La main gauche de la nuit d’Ursula Le Guin

51OXdtrCXJL._SX308_BO1,204,203,200_Le livre de poche, 350 pages, 7€10

4ème de couverture

Sur Gethen, la planète glacée que les premiers hommes ont baptisée Hiver, il n’y a ni hommes ni femmes, seulement des êtres humains. Des androgynes qui, dans certaines circonstances, adoptent les caractères de l’un ou l’autre sexe.
Les sociétés nombreuses qui se partagent Gethen portent toutes la marque de cette indifférenciation sexuelle. L’Envoyé venu de la Terre, qui passe pour un monstre aux yeux des Géthéniens, parviendra-t-il à leur faire entendre le message de l’Ekumen ?

Ce splendide roman a obtenu le prix Hugo et a consacré Ursula Le Guin comme un des plus grands talents de la science-fiction.

Mon avis

Lu dans le cadre de mon club de lecture, j’avoue que je n’avais pas vraiment envie de me jeter sur le livre. J’ai eu du mal avec le début du récit mais finalement, c’est une bonne lecture, certes parfois un peu poussive mais  qui fait réfléchir et permet de lancer le débat sur le genre.

Genly Ai est un Envoyé. Seul, il tente de présenter sa mission et si possible convaincre les peuples des planètes qu’il visite des avantages pour ces derniers de rejoindre l’Ekumen, organisation interplanétaire qui réunit différents systèmes stellaires autour d’échanges commerciaux. Cette alliance permet les échanges culturels, économiques et techniques avec d’autres planètes éloignées de plusieurs décennies.

Dans ce monde, les humains semblent avoir  connu une évolution génétique différente des autres : ils ne sont ni homme ni femme. Ils sont asexués la majeure partie du temps ce qu’on appelle le « soma », jusqu’à ce qu’ils rentrent en « kemma » qui se produits plusieurs fois dans l’année et où ils prennent alors de façon aléatoire l’état d’homme ou de femme. Les organes sexuels deviennent alors apparents et ils peuvent se reproduire. L’absence de genre n’est pas le seul élément qui différent du monde de Genly Ai. Le décompte des années, les mois, les heures sont différentes,  les relations familiales sont différentes (voire peut-être même trop pour mon esprit étriqué), la vie politique est différente. Bref, il n’est pas évident pour l’Envoyé de s’adapter, de comprendre le fonctionnement de cette civilisation, et surtout à s’habituer à ses interlocuteurs. Surtout quand on ne sait pas si on s’adresse à des « il » ou a des « elles ». Et de l’autre côté, pour les Gethéniens, Genly Ai est bloqué dans une phase hormonale qui le maintient du côté masculin, il est donc toujours « en chaleur », il passe pour un monstre, un pervers.

J’avoue, j’ai eu un peu de mal avec le début du récit. Une sorte d’intrigue géopolitique. L’Envoyé est un prétexte pour comprendre comment se comporte politiquement les deux plus grands pays de Nivôse. Dans l’un, il n’est pas vraiment accepté, il met des mois à être reçu par le roi, mais on communique sur lui, les gens savent qui il est. Dans l’autre pays, on lui fait meilleur accueil, tout le monde veut l’avoir à sa table mais à côté de ça c’est censure, espionnage et compagnie. ça vous rappelle rien ? Genly est balloté entre non-dit, excuses et faux-semblants et nous parait soit perdu, soit naïf alors que ce sont les circonstances qui nous le font apparaitre ainsi.

Le récit est entrecoupé de légendes et de textes anciens sur le passé de la planète, rédigé par des envoyés, et il dénote avec le reste du récit. Plus intéressants, plus fluides, parfois poétiques, ils m’ont permis de m’accrocher à cette lecture. Et surtout, on finit par comprendre que c’est par ce biais que le lecteur est éclairé sur le fonctionnement des êtres de Nivôse, sur le comportement et les coutumes des habitants et sur la personnalité d’un des protagonistes.

Pour un roman écrit en 1969 (et c’est la force de la SF), on n’a pas l’impression que le récit soit daté, il est encore franchement d’actualité. D’aucuns trouveront peut-être qu’on parle plus de sexualité, du genre et autres, de nos jours et que le récit est désuet. Moi je ne trouve pas, quand on voit certaines actualités, quand on voit encore comment la moitié de la planète se comporte, je pense que les messages du livre restent d’actualité. Alors oui, peut-être qu’il n’approfondit pas encore vraiment tout ça, la place de la femme, le genre, … mais il permet de lancer la réflexion et le débat. Certaines idées ou certaines théories (du type, il n’y a pas de guerre sur ce monde en partie parce qu’il n’y a pas de sexualité, que les humains ne sont pas continuellement perverti et donc que l’homme ne désire pas prendre le dessus sur la femme ou les autres (puisqu’il peut bien être un jour l’un, l’an qui suit l’autre pendant le kemma) et donc qu’il y a beaucoup moins de lutte de pouvoir ou encore l’idée que la femme est plus molle, voire hystérique, etc.) peuvent faire bondir, mais je pense que l’auteure les utilise pour justement faire réagir son lecteur. Et d’autres idées (tolérance, dénoncer la censure et les régimes totalitaires, …) elles nous font hocher la tête en disant « oui, je comprends et je suis d’accord »).
Pour tout cela, ce roman est vraiment intéressant. Dommage que le style ne soit pas assez fluide, et qu’on ne comprenne pas plus tôt les messages que l’auteur veut faire passer, parce que le début est poussif et rebute un peu, je peux comprendre que certains lecteurs abandonnent leur lecture.

Quel dommage, parce que justement j’ai nettement préféré la seconde partie du récit dans laquelle Genly est arrêté et ensuite contraint de faire route avec Thérem. J’ai aimé cette traversé du glacier, la lutte pour survivre, pour avancer et surtout, ce huit-clos, permet d’enfin comprendre les personnages. On se rend compte qu’ils avaient des attentes et des préjugés l’un sur l’autre mais que leurs différences les empêchaient de se comprendre. Et finalement, la communication qui va s’instaurer entre les deux personnages va lever les barrières et les malentendus et franchement j’ai vraiment aimé les suivre, avoir leur point de vue respectif. Cette partie est un hymne à la tolérance, à la découverte de l’autre, à l’acceptation des différences, à la compréhension des autres, à la fusion des idées, au partage, aux échanges.

Un personnage à part entière est Nivôse, ou Gethen, cette planète aux conditions climatiques extrêmes. Le style et la plume d’Ursula Le Guin permettent de s’y croire vraiment. On n’a pas l’impression d’un monde si éloigné mais plutôt d’une contrée mystérieuse à l’autre bout de notre planète et pourtant, les lieux et les habitants ne sont pas comme nous les connaissons même si on peut retrouver certaines ressemblances. La traversée du glacier est vraiment le moment que j’ai préféré dans le récit et où on apprend encore mieux la façon dont est faite la planète, la rigueur du climat, les paysages, etc.

Un avis mitigé donc, je ne peux pas affirmer avoir adoré le roman parce que j’ai trop peiné à me plonger dedans mais je n’ai pas détesté, c’est une bonne lecture qui a plein de choses à apporter, un ouvrage de SF intéressant et qui fait référence. Je pense qu’il a su et sait encore trouver son public. Je ne continuerai pas dans la découverte des récits de l’Ekumen, mais je relirai un jour peut-être Ursula Le Guin.
Ah oui, on découvre le pourquoi du titre, et c’est assez poétique, assez joli, c’est dans ce type de passage que j’ai apprécié la plume de l’auteure.

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Points chauds de Laurent Genefort

9782253169819-T

Le livre de poche, 384 pages, 7€60

4ème de couverture

Désormais, nous ne serons plus jamais seuls. Septembre 2019.
Deux Bouches s’ouvrent. L’une, au-dessus du Pacifique. L’autre, au large du Golfe du Bengale. Ce qui en tombe se noie dans l’océan… Reste la réalité imposée par l’événement : nous ne sommes plus seuls ! D’autant que bientôt une troisième Bouche se matérialise sur la terre ferme, et les aliens débarquent sur Terre. C’est l’effervescence, la mobilisation mondiale, l’exultation… les vagues de suicides, aussi. Et bientôt une quatrième Bouche, puis une cinquième, puis dix, cent, mille Bouches qui partout apparaissent, livrant passage à des kyrielles d’extraterrestres de races, de mœurs et d’aptitudes diverses… À la sidération initiale succèdent le chaos et la terreur. Pourtant il faut faire face, s’adapter, mais comment vivre dans un monde qui ne vous appartient plus ?

Mon avis

Un sympathique lecture.

Quand les bouches s’ouvrent sur Terre, le monde que l’on connait change radicalement. Cependant, il s’avère vite que les extra-terrestres qui traversent les bouches ne sont pas hostiles, du moins pas volontairement. Ce sont des voyageurs et non des combattants. Toutefois, chaque race est différente autant visuellement que culturellement. Et ce qui peut être considéré pour un peuple comme une démonstration de respect ou de tentative de dialogue peut être considére par d’autres comme une menace. Les groupes qui débarquent sur Terre se rendent en fait vers une nouvelle bouche. Il faut donc quand cela est possible sécuriser l’accès de l’une à l’autre et surtout empêcher les humains curieux de les emprunter. Une section spéciale de l’armée est créée. Dans laquelle s’engage Léo. Le lecteur va le suivre sur plusieurs années, dans le monde entier (ou presque) et pour des missions qui seront parfois éloignées de la mission première de la section.

Parallèlement à l’histoire de ce militaire, Adriadne une jeune ado décide de passer la bouche qui s’est ouverte dans son immeuble, avant que celle-ci soit protégée par les militaires. A Prokopyé, un nénèste raconte sa rencontre avec les héhé-ty, afin d’honorer la mémoire de son peuple, il décide de venir en aide à cette race qui tente de rallier une autre bouche en traversant la toundra glacée. En 2027, deux scientifiques : une espagnole et un indien doivent travailler ensemble en Suisse, sur deux Corcovados. Camila, quand à elle, travaille dans l’humanitaire et c’est donc tout naturellement qu’elle décide d’aider les shaytans à traverser le désert mais surtout sa mission consiste à les appareiller car ces derniers ont subis des blessures graves…

Le récit se compose d’instants de vie de ces différents personnages entrecoupés de news, d’interview, de petites annonces,… toujours en rapport avec la perception des hommes sur les bouches, les créatures qui en sortent ainsi que la réaction des hommes et femmes de la Terre.

Le récit est assez concis, l’auteur a volontairement construit son récit comme tel, plutôt comme un reportage, comme un documentaire que comme un roman de science-fiction. Ainsi tout semble très réel. Les réactions nous semblent donc cohérentes avec ce qui se passent. En bien ou en mal. Certaines choses donnent la chair de poule, d’autres donnent de l’espoir.
Le récit est construit sur les différents points de vue des personnages, qui présentent des points de vues « thématiques » : Humanitaire – Scientifique –
Militaire – Humaniste.

L’auteur balaye ainsi un ensemble de réactions possibles. Il y a ceux qui aident et ceux qui luttent contre les hommes qui veulent profiter des caractéristiques des aliens ou qui cherchent à les tuer sans pourtant avoir été menacés. Certains les enferment,  les aliens se retrouvent parqués comme des animaux.  Où encore dans certaines zones on les tue par dizaine. Là où la guerre hésitait déjà, elle ne s’arrêtera pas avec l’arrivée des aliens. Or la plupart d’entre eux sont inoffensifs.  Mais parfois, certains sont de nature toxique pour la planète ou les humains mais jamais consciemment comme une xenoplante et ses spores ou encore des aliens avec une force inattendue. C’est l’inconnu. Et cela fait peur.

Dans les réactions, il y a les riches qui s’arment et se replient sur eux-même. Qui augmentent la sécurité de leurs habitations. En général, les pauvres ou les gens modestes vont être ceux qui vont aider, qui se montrent souvent plus ouverts.
Le lecteur découvre que les politiques et les gouvernements ont peur, et refusent que les humains partent par les bouches. Pourquoi voudraient-il quitter la Terre ? Et quand on découvre que certaines technologies aliens peuvent venir en aide aux gens, les autorités s’opposent à ce progrès, de peur de perdre leur pouvoir sur les gens, de perdre de l’argent, de perdre le contrôle. La liberté fait peur donc c’est hors de question.

Le principe des bouches est vraiment intéressant. Il s’agit juste de passer de l’une à l’autre. Et il arrive que certains aliens décident de rester. Comme certains humains partent à l’aventure ou passent la bouche dans l’espoir de trouver une vie meilleure.

On peut facilement faire un parallèle avec notre monde. Avec les exodes, les migrants, les guerres, les conflits. Le récit renvoi à nos peurs, à nos espoirs, à notre regard sur les autres. Je retiendrai surtout un livre qui montre que ce que la peur de l’autre peut engendrer d’horrible mais aussi ce que la différence peut amener de beau. C’est aussi très effrayant de voir que ces êtres ne sont pas considérés comme des êtres vivants. Il n’ont aucun droit. Comment ne pas penser à certains choses que l’on voit aux infos le soir ?
Quelle régression, on y voit un retour à des périodes noires de notre Histoire. Ceux qui cherchent à les aider, à les protéger sont dénigrés ou arrêtés. Certains passages font froids dans le dos. Et parfois, il y a des lueurs d’espoirs comme dans la toundra ou à la fin du récit.

A la fois, on peut trouver que l’auteur ne va pas assez loin, qu’il ne tisse pas assez de liens entre les différentes parties, mais cependant il arrive en ces quelques récits à montrer quasiment tous les aspects d’un gros bouleversement. Les forces armées, les recherches scientifiques, la religion (entre ceux qui croient à un message de dieu et ceux qui y voient le diable), l’entraide, le profit,… Il aurait été plaisant de suivre les aventures des humains qui ont passés une bouche, là on n’en garde qu’un vague aperçu. Mais, peut-être que l’auteur n’en a pas fini avec son univers ?

Moi, j’ai eu une préférence pour les passages qui décrivent les aliens, les modes de vie, leur planètes d’origine. Certains mondes font rêver, d’autres flipper. Et il faut une sacrée dose d’imagination pour les visualiser. Mon récit préféré a été celui du nénèste et l’opposition aux russes.

Il y aurait encore beaucoup de choses à dire sur ce livre, qui bien que court, contient tellement de choses. Il plaira en plus, je pense, à ceux qui ne sont pas SF. C’est une lecture sur la psychologie des humains confrontés à l’inconnu et à la différence.

Un plus, le guide de survie en situation de contact alien qui permet de prolonger le récit en développant plus les caractéristiques des aliens. Pas trop court pour avoir un vrai plus, mais pas trop long, parce que ce type de guide même s’il ne se prend pas au sérieux pourrait vite être rébarbatif. Je l’ai lu d’une traite, sinon, je pense que je n’y serais pas revenu.

Bref, une bonne découverte, une lecture sympathique, un auteur à suivre.

 

Lucy’s Liberty de Célia Flaux

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Editions Voy’[el], collection e-court, ebook, 0,99€

4ème de couverture

À bord du Liberty, la famille de Lucy émigre vers une planète lointaine pour rejoindre les croyants qui partagent leur foi. Lucy est orpheline, et elle éprouve une profonde reconnaissance envers son oncle et sa tante qui l’ont recueillie. Toutefois, le quotidien à bord d’un vaisseau spatial lui réserve bien des surprises et des rencontres, dont certaines capables de changer sa vie.

Mon avis

Merci aux éditions Voy’el et Manon pour ce nouvel e-court dans le cadre du partenariat entre la collection et le blog 🙂

Lucy est orpheline, elle a été recueillie par son oncle et sa tante et élevée avec ses deux cousines. Sa famille est très croyante et refuse toute idée de technologie qu’elle serve au futile ou à l’amélioration du quotidien. Surtout pour l’oncle de Lucy qui considère tout ça comme diablerie, offense au Seigneur.

Toutefois, il va faire une exception pour quitter la Vielle Terre trop corrompue, trop industrialisée. La famille va réaliser un voyage spatial vers une nouvelle planète, où vivent déjà d’autres vrais croyants et où la technologie et l’industrialisation ne sont pas développées. Lucy décolle alors vers une nouvelle vie sans technologie, faite de contrition et dévouée au Seigneur.

Cependant, à bord du vaisseau, Lucy va faire des rencontres et va affronter des choses qui vont changer sa vie.

Cet e-court est sympa, mélange Young adult et science-fiction. Et il met en avant des thèmes forts comme la liberté, la tolérance, l’émancipation, les choix. Plus que le personnage de Lucy, auquel je l’avoue, je ne me suis pas complètement attachée, c’est ce qu’elle va apprendre sur elle même, les autres et la vie qui est intéressant. Elle va, à la fois, voir des choses magnifiques et vivre des choses douloureuses. Un apprentissage, comme un chemin initiatique. Peu développé cependant, format e-court oblige.

J’ai beaucoup aimé les Abott et Aslan en particulier, les liens entre la famille font sourire. Et inversement, les Believer la famille de Lucy m’ont horripilée. J’ai eu beaucoup de mal avec le fanatisme religieux de son oncle. L’auteure réussit donc très bien à nous faire détester ou apprécier les personnages. Et j’ai apprécié retrouver un peu de SF même si elle est un peu trop « jeunesse » et rapide pour moi.

Cet e-court se lit vite, facilement, c’est fluide, rythmé et il y a pas mal de thèmes traités en peu de pages : l’extrémisme, l’entraide, les différents aspects de la famille, la justice, etc. Dommage toutefois que ce soit un peu trop survolé pour le point de vue de Lucy, je ne sais pas, peut-être que j’aurai préféré une narration à la première personne, pour m’attacher un peu plus à Lucy et avoir plus de force et de détails dans ses réactions, ses sentiments. Pour moi, le voyage est trop court.

Je remercie à nouveau les membres de la collection e-court et les éditions Voy’el pour ce partenariat riche en découverte ^^

Une octave de réalité de Julien Pinson

9782364752436

Editions Voy’[el], collection e-court, ebook, 0,99€

4ème de couverture

Les réalités se superposent à une octave l’une de l’autre. Les chats sont absents, mais présents, responsables des personnalités. Dans les nuages, Hanumân observe le combat. Et quelque part, une cartouche de gaz attend son atome.

Résumé

Henry est officier sur un vaisseau un peu particulier, comme son monde d’ailleurs. Lorsqu’il se réveille, son Cheshire Monsieur C, lui permet de dissiper tous ces rêves et souvenirs qui ne lui appartiennent pas. Henry a de la chance depuis que lui et l’équipage sont en mission, il n’a encore jamais décroché, ce qui n’est pas le cas du reste du vaisseau. Henry prend son poste auprès du Capitaine, qu’il ne peut pas sentir. A 6 mois de la retraite que lui réserve cette nouvelle mission?

Mon avis

De nouvelles parutions e-court sont sorties  !!!! Voici ma 5ème lecture dans le cadre du partenariat entre le blog et la collection e-court des Editions Voy’[el]. Merci de me permettre de découvrir cette nouvelle 🙂

Et bien le moins qu’on puisse dire c’est qu’en voilà une nouvelle originale, un poil complexe, à ne pas lire après 3 jours sans sommeil ! J’exagère un peu, elle est certes particulière mais une fois commencée, on est plongé dans un monde si différent, si intéressant que s’en est frustrant de la terminer ! Dans le monde d’Henry, les chats ne sont pas dans la même réalité que les humains et chacun en a un qui lui est nécessaire pour vivre. C’est le chat qui tire l’homme de ses cauchemars mais surtout qui l’aide à se reconnecter à la réalité quand le vaisseau fait des sauts entre les différents plans de réalité.

En fait, c’est assez difficile à expliquer alors que sous la plume de Julien Pinson c’est si facile à comprendre ! Dès le début, on est directement confronté à Henry qui doit aider son ami Fred à « reconnecter », l’auteur nous explique ainsi son monde par des exemples concrets ! Henry compose une litanie dans laquelle le lecteur va déjà en découvrir beaucoup sur l’univers dans lequel la vie évolue. Dans l’univers d’Henry, on peut passer d’une réalité à l’autre, grâce à la musique. C’est aussi avec la musique que se fait la guerre avec les Figés. Ce monde est régit par des règles : respecter les paliers, ne pas être séparer trop longtemps de son Cheshire ,…

Un univers complexe, dense et bien travaillé. Où l’on se bat à coup de percus, de cuivres contre des têtes nucléaires. ;Autant dire que ce n’est pas banal mais pas pour autant sans danger. Où sont mélangés physique quantique et héroïsme, solfège et science-fiction. Où en quelques pages, l’auteur réussit à nous happer dans ce bel univers. Ou l’on s’attache aux personnages. J’ai été surprise d’être si émue à la fin. Court mais prenant.

Il ne faut pas avoir peur des mélanges, de la physique quantique, des différents plans de réalité, d’un monde musical, etc., c’est ce qui donne sa beauté au texte, son originalité mais aussi sa poésie et une certaine impression de mélancolie. Une très bonne surprise, un e-court original à découvrir !

Merci encore aux Editions Voy’[el] et la collection e-court, pour ce partenariat décidément très riche en découverte et en histoire originale !!!

Fahrenheit 451 de Ray Bradbury

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Folio SF, 224 pages, 5,60€

4ème de couverture

451 degrés Fahrenheit représentent la température à laquelle un livre s’enflamme et se consume. Dans cette société future où la lecture, source de questionnement et de réflexion, est considérée comme un acte antisocial, un corps spécial de pompiers est chargé de brûler tous les livres dont la détention est interdite pour le bien collectif. Montag, le pompier pyromane, se met pourtant à rêver d’un monde différent, qui ne bannirait pas la littérature et l’imaginaire au profit d’un bonheur immédiatement consommable. Il devient dès lors un dangereux criminel, impitoyablement pourchassé par une société qui désavoue son passé.

Résumé

Montag rentre de sa journée de travail. Il est pompier. Mais lu n’éteint pas des incendies. Il est chargé avec sa brigade de brûler les livres. Ces ouvrages qui font réfléchir, dont les idées peuvent amener les gens à rêver, se rebeller, apprendre. Sur sa route, il croise une jeune fille. Dans un monde où personne ne va vers l’autre, Clarisse lui parle et échange avec lui. Cette rencontre surprenante va le hanter pour la nuit. Il rentre retrouver sa femme, qui ne souhaite rien d’autres qu’un nouveau mur-écran … un 4ème…

Mon avis

Un classique  à lire ou relire !

Montag est pompier, mais pas les pompiers comme nous les connaissons, son rôle à lui est de détruire les ouvrages, les livres, ces objets subversifs, qui prônent des idées, des idéaux, des histoires, un passé. Ces livres qu’on a d’abord abrégés, puis condensés, puis finalement rejetés. Montag est lui à une période charnière de sa carrière. Il réfléchit. Et croise Clarisse qui le pousse à réfléchir encore plus.  A ce qu’il fait. Et que contiennent donc ces livres pour qu’un jour quelqu’un ai décidé qu’il sera mieux de les brûler. Il a l’impression de ne plus comprendre son existence. Dans quel monde vit-il ? Qu’est-ce que ce monde où sa femme s’abrutit de programmes dont elle ne sait même pas discuter. Qui passe son temps avec un bruit de fond dans les oreilles, qui prend tant de médicaments sans savoir ce qu’elle le fait, au point de ne pas comprendre qu’on ait dû la réanimer… Quel est ce monde gris et monotone ? Et Montag lui, a-t-il encore envie de faire parti de ce monde?

Ray Bradbury nous sert un monde dystopique où les gens pour être plus raisonnable, pour la Paix, ont supprimé de leur existence le savoir, leur passé, la culture. Où le gouvernement a sauté sur l’occasion inespérée d’avoir enfin un peuple de moutons qui sera plus simple à gérer.

J’ai eu du mal à accrocher au 1er tiers du roman. C’est froid, insensible, Montag semble s’interroger beaucoup mais reste passif, sans réaction devant les événements. Comment pourrait-il posséder des émotions, des sentiments quand on ne les reconnait plus, qu’on ne sait plus ce qui existait avant. De plus, on passe un peu de coq à l’âne, dans une sorte de rêve, de brouillard. Du coup, c’est difficile. On ne s’attache pas au personnage et on se demande où tout ça va en venir.

Et puis, à un moment, l’action est lancée. Comme si Montag était tout à fait éveillé, comme si Clarisse avait été son déclencheur ou du moins une aide à ce qu’il avait déjà commencé à entreprendre. Parce que les livres intriguent notre pompier, il a envie de savoir ce qu’ils contiennent, ces messages, ce passé qu’il ne connait pas ou ne connait plus. Il a, sans s’en rendre compte, tout simplement envie de se sentir vivant. Et quand la traque de Montag commence, le lecteur est happé dans cette course poursuite.

Les autres personnages sont presque tous « absents », le lecteur n’en retiendra que peu : Clarisse, jeune « folle » dont la famille sait rire, s’émerveiller, discuter, vivre tout simplement. Le capitaine des pompiers, qui semble en savoir plus qu’il n’y parait sur la Société. Et qui semble si érudit dans un monde qui n’a pourtant plus accès au savoir, aux idées, aux mots. Il est sournois et terrifiant dans son genre. Vicieux. Je l’ai détesté ! Mais c’est lui qui nous explique ce qu’a voulu le peuple : lorsque la technologie a pris le dessus, les gens ne voulaient plus apprendre.

Replacé dans son contexte, ce roman est une satire de la société de l’époque, la Guerre Froide, le Maccarthisme. Mais finalement, le message reste actuel, si vrai.  L’uniformisation de la pensée, faire des gens des moutons qui ne seront plus capables de penser par eux-même. Les priver de réflexion, de rêves. Un monde horrible où les jeunes s’entretuent quand ils n’ont pas leur dose de sensations fortes. Où les adultes sont froids, dociles, sans curiosité. Qui ne savaient plus qui est leur conjoint, leurs collègues, ce que ressentent les gens. Tout le contraire de Clarisse, pétillante, curieuse, intelligente. Ceux qui savent encore.

Alors que je n’y arrivais pas au début, je me suis attachée à Montag, à sa lutte pour se réveiller, pour vivre. Ne plus avoir peur des idées, des théories, des livres, et au contraire, vouloir les lire, les comprendre, les retenir. Décider que les livres ne seront plus synonymes de tension entre les gens, entre les minorités, amenant à se combattre. J’ai oublié le mal qu’à fait Montag sans le chercher et j’ai espéré pour lui pour le monde un renouveau, du changement.

Cette histoire qui commençait difficilement devient prenante. D’un style froid et confus dans le quotidien de Montag on passe quand ce dernier s’éveille (se réveille, revit) à un style plus travaillé, avec de belles métaphores, des images. Quand Montag se sent  vivant, l’écriture se réveille également, on ressent presque les odeurs, les bruits…

La fin est plus philosophique, reflétant la guerre froide immobile, silencieuse, invisible mais pourtant bien présente. Une attente, un climat de tension. La fuite des cerveaux, des artistes, des scientifiques communistes. Comme ceux qui se retrouvent dans la forêt à la fin. L’auteur s’adresse presque au lecteur à travers l’esprit de Montag. Le lecteur lui aussi doit prendre conscience et comprendre l’importance du souvenir, du collectif. Qu’en ne rejetant pas le passé, la réalité, une lueur d’espoir, de renaissance, pour un monde nouveau est possible.

Fahrenheit 451  est un classique que j’ai découvert au Club de lecture et j’en suis plus que ravie. Je n’avais pas eu à l’étudier en cours, c’est dommage, j’aurai aimé le découvrir avant mais il n’est jamais trop tard. C’est un classique qu’il faut avoir lu au moins une fois, que l’on peut relire (je le relirai je pense, je suis sure d’y voir encore d’autres messages, d’autres interprétations). Qu’on aime ou pas, il fait réfléchir  et reste très actuel ! Vraiment à lire, relire, découvrir ^^

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Rémiges de cendre de Julien Chatillon-Fauchez

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Editions Voy’[el], collection e-court, ebook, 0,99€

4ème de couverture

L’univers est un lieu étrange, et Atarashi Hiroshima l’une de ses composantes. Planète dévastée par un hiver nucléaire, elle est morte pour toute vie depuis des siècles. Seules ses richesses minières attirent désormais les prospecteurs, qui font fi des radiations.
Pourtant, dans le silence ouaté des cendres irradiées, Atarashi Hiroshima préserve une confidence de l’univers.

Résumé

La narratrice est spécialiste des extractions minières, free-lance, elle dispose de son propre vaisseau et propose ses services aux entreprises de prospection minière. Elle doit indiquer cette fois-ci si des prospections sont envisageables sur Atarashi Hiroshima, planète dévastée par un hiver nucléaire. Mais elle va y faire une surprenante découverte…

Mon avis

Le printemps annonce de nouvelles parutions e-court !!!! Voici ma 4ème lecture dans le cadre du partenariat entre le blog et la collection e-court des Editions Voy’[el]. Merci de me permettre de découvrir cette nouvelle 🙂

Au premier paragraphe, le lecteur sent déjà que l’univers de ce texte va être empreint de douceur et de poésie. On sent une recherche dans les termes, un travail pour créer, en peu de temps, un univers et une  atmosphère particulière. Dans l’ensemble, j’ai aimé. Le message, la façon de faire, l’univers : des éléments réunis pour passer un bon moment de lecture. L’histoire est intéressante et l’ambiance sur l’astre est belle, douce, avec un brin de nostalgie et de zénitude.

La découverte de la spécialiste en prospection minière va la bouleverser. Cela va lui faire changer de rythme de vie, de philosophie, changer sa façon de voir les choses. L’ordre des choses est aussi bouleverser. La narratrice va chercher à comprendre ce qui se passe, elle est face à un dilemme et va devoir un choix ? Que décidera-t-elle ? Garder pour elle sa découverte ou la partager? On est tous un jour confronté à une question comme celle-là, même si elle ne concerne pas toujours des choses aussi essentielles. On peut donc se mettre à la place de la spécialiste. Et personnellement, j’abonde dans son sens, j’aurais fait le même choix. J’ai trouvé dans tout cela de la beauté dans les ténèbres et un contexte, des messages forts et fragiles à la fois.

Rémiges de cendre est un e-court abordant les thèmes de la préservation, de la beauté, de la renaissance, de la continuité, de la vie. Ce texte est très touchant et délivre un beau message, une belle leçon, très en phase avec les thématiques actuelles :  environnement, retour aux sources, science et nature…

Un petit bémol toutefois, le style n’est pas toujours très fluide (peut-être parce que l’auteur est un français d’ailleurs?), parfois certains mots choisis dénotent trop avec le reste du langage utilisé. Par contre, des termes scientifiques donnent beaucoup de crédibilité au récit. Un peu de technique où le kindle s’avère un bon support avec son dictionnaire intégré.

Un gros plus, c’est les références à la culture asiatique, aux us du Japon. D’ordinaire, je ne suis pas fan de ce pays ou même de lAasie, je dois bien le reconnaitre, mais là je trouve que c’est un pays, une façon de vivre, une philosophie de vie qui va très bien avec l’univers science-fiction, un peu post-apocalypique. Ce côté-là m’a beaucoup plut et les symboliques sont vraiment parfaites pour ce type de format et de récit.

Un e-court à découvrir, une bulle d’optimisme, d’espoir et de beauté dans un univers de cendre et de plumes.

Merci encore aux Editions Voy’[el] et la collection e-court, pour ce partenariat très riche en découverte !!!

Le Livre de la Création (Les derniers guerriers du silence) de Yoann Berjaud

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Édition Mnémos, Collection Dédales, 272 pages, 19€

4ème de couverture

 » Les héros sont presque tous morts, mais les hommes se battent encore. »

 Les mondes de la Confédération sont tombés. Les armées du Neo-Mashma s’imposent, Le Livre de la Création se déchire, lui qui seul contient l’univers et sa permanence. Une apocalypse implacable étendra bientôt son aile noire sur les survivants de la Confédération des Cent Planètes.
Cependant, dans l’ombre et le secret, les Derniers Guerriers du Silence poursuivent la lutte.
Une poignée de héros fragiles et farouches sont lancés dans une quête désespérée afin d’empêcher le monde de sombrer.
Les pages du Livre s’amenuisent, sa puissance faiblit et la trame du monde s’épuise.
Le Dieu Noir sera impitoyable avec les indécis et seule la vibration sacrée du Chant Premier a le pouvoir de sauver les âmes.
Il est temps d’écrire le Destin de l’Humanité, il est temps de clore le Livre de la Création.

Après Le Chant Premier, Yoann Berjaud conclut magistralement son épopée dans l’univers des Guerriers du Silence de Pierre Bordage.
Avec son style lyrique, il ouvre une nouvelle voie dans la science-fiction avec des personnages aux destins héroïques qui puisent au plus profond d’eux-mêmes pour accomplir leur chemin de vie.

Résumé

Attention risque de spoiler du T1 de ce diptyque !

Après avoir voyager dans le temps et l’espace grâce au Grimoire Sacré, Sékhem a été arrêtée par les chevaliers du Néo-Mashma qui la traquaient notamment le Lion Noir et est livrée à l’Aigle Noir, bras armé du Dieu Noir. Cependant, elle va recevoir une aide inattendue qui lui permettra de fuir grâce au Chant Premier  et de rejoindre Athénaïa sur Aguiba. Elle doit lui remettre des plans de vaisseaux, les seuls capables de défendre Terra Mater contre les armées du Néant…

Siliana, 26 ans après la Bataille du Dharma, se réveille dans une étrange contée. L’instant d’avant elle était à Vénitia en train d’étudier le Grimoire Sacré. Sans aucun doute, elle a voyagé grâce au Livre de la Création. Ce livre qu’elle doit détruire pour voir s’accomplir l’œuvre de destruction du Néant…

Quelles sont les épreuves que va rencontrer Sékhem et les autres guerriers du silence ? Parviendront-ils à sauver Terra Mater, et l’Humanité ? Que va découvrir Siliana en sondant le Livre sacré ? Arrivera-t-elle à le détruire, à mettre fin à sa souffrance et à l’Humanité toute entière ?

Mon avis

De nouveau, je tiens à remercier à Yoann Berjaud et à Mnémos Editions, pour la suite du diptyque des Derniers Guerriers du Silence ! Quand j’ai accepté de lire Le chant Premier,  je ne pensais pas recevoir avec la suite, ce fût une belle surprise, merci beaucoup.

Pour lire ma chronique du tome 1 : Le chant Premier c’est >ici<

Une suite époustouflante, une magnifique conclusion de ce diptyque ! 

Cette fois-ci, je n’ai eu aucun mal à rentrer dans cette suite, probablement parce que je connaissais l’univers et que le 1er était encore « frais » dans ma mémoire. Et surtout j’avais envie de savoir ce qu’il allait advenir des personnages et de l’Univers !

Le lecteur retrouve les personnages là où il les avait quittés précédemment, il doit se passer quelques semaines ou mois mais pas beaucoup plus. Nous retrouvons l’univers dense et complexe, développé par l’auteur, basé sur les Guerriers du Silence de Pierre Bordage. Peu ou pas de rappel des actions précédentes en début de roman, c’est vraiment dans la continuité du 1er Tome. Parfois cependant dans le récit de rapides références aux événements passés et aux épreuves traversées par les protagonistes. Un tome à ne pas dissocier du Chant Premier. Comme dans le premier opus, les débuts de chapitre donnent des extraits de mémoires, de carnets, de traités, … comme une introduction à ce que vont vivre les personnages dans le chapitre. Cette fois, les événements sont « datés », soit nous découvrons ce qu’il s’est passé durant les 6 mois avant la Bataille du Dharma (bataille  stratégique pour les deux « camps »), soit nous avons les événements se passant 26 ans après la bataille.

Avec le récit de Siliana, 26 ans après la Bataille du Dharma, nous comprenons que les Guerriers du Silence ont échoué, que le Dieu Noir domine et que le Néant va bientôt anéantir l’Humanité. Mais pour cela, il faut détruire le dernier artéfact : Le livre la Création. Et cette mission est confiée à Siliana. Pour mémoire, c’est la petite fille de Sékhem. Elle est devenue une sorte de déesse, la Grande Prêtresse de la Nuit, amante du Dieu Noir. Son âme est pourtant celle de Sri Lumpa (dont on découvre l’histoire), âme torturée, à la fois défenseur de la Vie et détenteur du Pouvoir Noir… J’ai personnellement d’abord détesté Siliana, ensuite ça s’est transformée en juste pas appréciée en effet (certaines de ses répliques, n’ont pas sonné juste à mes oreilles), comment réussir à aimer, une âme si noire, une furie, une déesse de mort ? Comment aimer son arrogance, son ton supérieur, son besoin de destruction ? Mais est-elle vraiment responsable de sa destinée ? N’est-elle pas qu’un jouet de plus entre les mains du Dieu Noir ? D’une autre force ? Pourra-t-elle changer ? ou s’amender ? Ou sera-t-elle toujours l’instrument de destruction du Néant ?

Puis, nous retrouvons avec grand plaisir, notre héroïne Sékhem. Après son passage dans le futur, elle revient avec un élément important pour combattre les forces armées du Néo-Mashma. Mais aussi avec une blessure sentimentale. Elle s’absorbe dans sa mission, en symbiose parfaite avec Athénaïa, l’intelligence artificielle qu’elle a rencontré dans Le Chant Premier. Elle a traversé quelques épreuves dans le 1er tome, et d’autres encore plus terrifiantes l’attendent dans ce second tome. Le lecteur comprend toute son importance dans la trame du récit et dans le destin qui se joue. Impossible de ne pas se sentir proche de cette femme blessée mais courageuse. Impossible de ne pas comprendre les besoins qu’elle aura et les choix qu’elle fera.
Il en est de même pour Nephtys, la sorcière rouge. Sa principale mission dans ce tome est de surveiller les armées du Néo-Mashma sur Kémya. Elle découvre l’existence du Plérôme Noir, des êtes qui vont tout faire pour gouverner toute forme de vie dans l’Univers. Dans sa surveillance, Nephtys sera amenée à prendre des risques et elle assistera à des événements traumatisants et horribles, qui l’amèneront à faire certains choix parfois limites.

Bien entendu, le roman permet aussi de retrouver les autres personnages découverts dans Le Chant Premier, Sahel, le Vitaguerrier qui va partir en mission sur la planètre Cryo et faire d’étranges rencontres, il devra faire des choix, et assumer certains actes qui auront des conséquences au travers le récit, …. Adryan, qui va combattre au côté de Sékhem, lui sera un peu plus en retrait dans le récit. Hartmon, le mage des sables (ex-mari de Sékhem), va se voir confier la mission de s’occuper de la Lance du Destin, un artéfact puissant et dangereux, voué corps et âme au Néant… Beaucoup d’événements seront liés à cette Lance, à son porteur légitime…. Le lecteur découvrira la destinée de Lydia, la soeur d’Adryan, ou encore de Lyorim, cet alpha insoumis… Aucun personnage ne sera oublié. Chacun à sa place, son rôle à jouer dans la bataille contre le Néant, même les choses qui paraissent de moindres importances, sont nécessaires à la compréhension des enjeux finaux, des destinées, … L’auteur avait finement préparé la trame de son récit, distillant les informations, les éléments nécessaires à la compréhension des événements. Dans ce second tome, les guerriers rentrent en action et le duel entre les forces du Bien et du Mal aura bien lieu.

Le récit emportera le lecteur à la rencontre des premiers peuples, de la première race à avoir évoluée dans l’Univers ; à la rencontre de lieux étranges, hors du temps et de l’espace. Le lecteur comprendra les tenants et aboutissants des agissements du Dieu Noir, découvrira ce qu’il est. Toute la lumière sera faite sur les artéfacts anciens : livre de la création, lance du destin, jeu du dharma… Et nous comprendront que dans l’Univers rien n’est laissé au hasard…

Dans toutes les épreuves traversées par les héros, par les derniers guerriers du silence, il sera question de choix, de conséquences, de remise en cause, de confiance, ils n’en restent pas des humains même extraordinaires, pris de doutes, avec des failles, des faiblesses, pouvant faire des erreurs. Ils seront parfois pantins, parfois maitres de leurs destins. Certains devront se débrouiller par eux-même; croire en eux, faire confiance aux autres. D’autres recevront des aides inattendues

Nous retrouvons dans cette suite, les thèmes développés dans le premier tome : la dualité du monde, et des hommes, tiraillés entre le Bien et le Mal, la souffrance, la haine, les ténèbres et l‘espoir, la lutte pour survivre, la lumière, l’entre-aide, l’amour, le soutien, le dépassement de soi, … complétés par une question essentielle : jusqu’où l’être est prêt à aller pour détruire ou pour survivre?

Il y a des événements, des aspects, plus durs dans ce roman que dans le précédent, plus d’actions (combats), des chapitres plus courts qui donnent beaucoup de rythme, les pages se tournent sans les voir défiler. Le récit bien que dense reste fluide, car le texte n’est pas alourdit de vaines digressions ou descriptions. L’auteur va à l’essentiel dans son développement, en continuant à émerveiller le lecteur ou à l’horrifier parfois. J’ai apprécié les changements de point de vue permettant d’alléger certains passages, et aussi de s’attacher encore plus aux personnages, parce que cette fois, en plus des mémoires de Sékhem, on a les pensées d’Hartmon, de Nephtys, de Lydia, de Sahel ou encore de quelques personnages plus secondaires aux côtés plus sombres. J’aurai d’ailleurs bien aimé la vision des événements à travers les yeux de Markman, l’Aigle Noir.

Les révélations et actions finales notamment sur le dieu noir ou sur Yantis, l’Ange Rebelle sont assez surprenantes, il y a des choses que je n’avais pas vu venir pour ma part. Ces révélations arrivent assez vite (c’est un diptyque) mais je n’ai pas eu l’impression de déséquilibre avec le premier tome. Il y a très peu de redondance dans le récit, ce qui est très appréciable surtout quand sont développés des destins croisés comme ici, avec différents points de vue ou encore des espace temps différents.

Ce second roman est à l’image du premier, vraiment très bien écrit, riche en vocabulaire, c’est toujours très visuel. Les êtes, les lieux, l’histoire, sont sublimés par les mots de Yoann Berjaud. Et vraiment cette fois-ci je n’ai eu aucun mal à reprendre l’histoire, et même le bémol que j’avais émis sur le Chant Premier, concernant l’excès de beauté, de superbe chez les héros, je ne l’ai pas retrouvé ici, on voit plus leurs failles ou leurs doutes. Parfois on « nage » encore dans le côté merveilleux, dans l’émerveillement, dans la Lumière, mais on comprend pourquoi ces côtés sont tellement mis en avant  et on accepte cette vision de l’auteur. C’est comme un message qu’il nous livre. Autant cela m’avait irritée dans le 1er tome, autant là je comprend la philosophie et les choix de l’auteur. A tel point, que la fin m’a beaucoup touchée. C’est beau et terrifiant en même temps.
Je me suis rendue compte que je me suis attachée à beaucoup de personnages même certains qu’on voit moins (Lyorim est mon coup de coeur) et qu’une fois, le livre terminé, ce fut comme un grand vide. Un grand vide, avec une étrange sensation d’apaisement et d’espoir.

Yoann Berjaud a développé dans son diptyque un univers dense, riche et complexe. On peut sentir un très gros travail (pour coller à l’univers de Pierre Bordage déjà) mais aussi pour s’en démarquer certainement, pour construire un imaginaire propre sur des bases existantes, ça doit être très difficile. Yoann Berjaud nous donne en tout cas, dans ce diptyque le développement d’un univers complet, complexe mais qui se tient de bout en bout. Avec une dimension mystique, une alliance de croyances et de technologie dans des lieux terrifiants et/ou apaisants. Avec une dimension épique et des destins hors du commun. Un diptyque de SF magnifique et maitrisé.

Même si, nous nous laissons guider par l’auteur, les personnages et le récit, que nous nous doutons de la finalité (mais peut être pas de la manière dont cela va se passer), nous apprécions grandement de découvrir les chemins pour y accéder. Parfois le lecteur sera surpris, parfois il sera juste spectateur attentif et souvent, il réfléchira aux sens à donner aux actes, aux paroles, … La globalité de ce récit nous permet d’établir un parallèle sur notre monde, sur l’évolution des mentalités, sur les choix et les conséquences des décisions, sur le fossé qui se creuse de plus en plus entre les hommes.

Le Livre de la création (et Le Chant Premier aussi) nous confie que tout est une histoire de combats intérieurs, c’est d’abord contre soi qu’on se combat avant de combattre les autres, c’est d’abord en se connaissant qu’on peut livrer bataille pour soi et les autres.

Je continue être impressionnée par la richesse des deux romans que sont Le Chant Premier et le Livre de la Création, reprenant et développant un univers magnifique et foisonnant. La plume de Yoann Berjaud est belle, lyrique et précise, c’est un auteur à suivre !

Merci encore à Yoann Berjaud et aux Editions Mménos pour ce diptyque époustouflant !