Noëls d’hier et de demain – Anthologie dirigée par Pierre-Alexandre Sicart

Couverture

Argemmios éditions, 391 pages, 20€

4ème de couverture

Vive le vent, vive le vent, vive le vent d’hiver…

Voici Saint Nicolas, venu annoncer la période des fêtes, accompagné de ses rennes, de ses lutins, et parfois du Père Fouettard. Voici la Befana, qui le remplace en Italie. Voici les rois mages, sur le chemin qui les mènera jusqu’à l’enfant Jésus, qui ignore encore qu’il mourra sur la croix. Voici le temps des fêtes, qui font rêver enfants et commerçants. Voici le temps des cadeaux et des bonbons, de la chaleur familiale, et des sans-logis qui, sous le grand manteau blanc, lentement meurent de froid.

Voici le temps des histoires – au coin du feu, ou dans une lointaine station spatiale où il ne neige jamais que des étoiles.

Mon avis

Une superbe découverte, quel dommage qu’on ne le trouve plus que d’occasion 😦

Au sommaire de cette anthologie : David Baquaise, Olivier Boile, Ophélie Bruneau, Orson Scott Card, Muriel Essling, Pierre Gévart, Léo Lamarche, Meddy Ligner, Jean-Marc Ligny, Claude Mamier, Élodie Meste, Damien Nortier, Anne Rossi, Alain Rozenbaum, Nicolas Saintier, Léa Silva, Ian Watson, Dean Whitlock

Un recueil parfaitement équilibré, où le choix des nouvelles n’est pas laissé au hasard, leur ordre non plus, comme l’expliquer P-A Sicart. Une belle façon de découvrir certains auteurs ou de les redécouvrir. Et des genres, des styles différents. Des nouvelles poétiques, angoissantes, mélange d’espoir et de désespoir. Des visions des Noëls passés ou à venir qui émerveillent pour les premiers, font froid dans le dos pour les seconds.

On y croise le Père Noël, le Père Gel russe, la Befana, le père Fouettard, … mais aussi Marie, les Rois mages… des contes et légendes revisités et retravaillés à merveille par les auteurs.

Quand Jésus descend par la cheminée de Ian Watson

On a ici une réécriture complète des histoires de Noël et de Jésus. Dans un monde qui ne surconsomme pas, Jésus vient retirer aux gens leurs biens les plus précieux pour les redistribuer aux pauvres. Quand à Noël, à l’époque romaine, il a reçu de 3 magiciens un grand sac magique, il peut y trouver ce que désire les gens. Mais cela va lui attirer les foudres de l’empereur… Cette nouvelle démarre fort l’anthologie avec un récit original et surprenant.

La Méthode Noël de Nicolas Saintier

A l’orphélinat Clauss, le directeur s’appelle Noël Nicolas Clauss, débonaire mais sévère. Il est aidé par sa femme Befana qui s’occupe de l’intendance et par Hans Trapp qui corrige les orphelins pas sages. Marion est si triste, elle veut une belle poupée mais n’a pas d’argent. Le père Clauss lui promet donc le jouet si elle travaille dur. Et au bout de quelque temps, elle finit par l’avoir, ce qui va susciter la jalousie des autres enfants et entretenir une paranoïa. Hugo lui aussi quelque chose. Le directeur décide alors de faire travailler les enfants et de récompenser ceux qui se seront le plus dévouer à leurs tâches quotidiennes…. Cette nouvelle pointe les travers de notre société : surconsommation, travail des enfants, profit, …, elle réécrit le conte de Noël et la méthode Noël n’a vraiment pas que du bon !

Noël en solitaire de Léa Silva

Thomas ne veut pas fêter Noël. C’est devenu une fête célébrant la surconsommation et l’hypocrisie et plus une fête célébrant les notions de partage, d’espoir et de magie. Il sort donc se promener le soir de Noël. Là, il rencontre un vieil homme qui cherche la péniche de sa fille. Tom décide de l’aider à trouver son chemin… et va passer une bien drôle de soirée. Une nouvelle sympathique délivrant un joli message d’espoir. Je partage certaines convictions exposées dans ce texte.

Du Sang sur des mains de givre d’Olivier Boile

Snegourochka a décidé d’en finir avec Ded Moroz, le Père Gel, que tous les enfants russes adorent mais qui la brime, l’humilie et la prive à longueur de temps. La jeune fille est différente, c’est une filles des glaces et elle n’en peut plus et va agir,…. et ça être assez violent. On découvre ici la figure traditionnelle russe du Père Gel et de sa petite fille Snegourochka. Récit plus pessimiste, il n’aurait pas dénoté dans un recueil noir. Il est sombre, cruel et met fin au rêve.

Befana d’Anna Rossi

L’atmosphère de la planète est devenu irrespirable sans tomber malade et se condamner à une espérance de vie courte. Noël vit dans un immeuble équipée où la concierge Befana est encore la seule à sourire, à se faire la cuisine et à ne pas avoir peur de l’extérieur. Elle va ouvrir les yeux de Noël sur la dure réalité de la vie mais également sur l’espoir que la génération de Noël représente pour tous. J’ai beaucoup aimé cette réécriture de la légénde italienne de Befana. La nouvelle est teinte d’espoir, d’optimiste et reflète parfaitement l’Esprit de Noël.

Le Sauveur d’Alain Rozenbaum

Jos et Mia, deux petits vieux, reçoivent en ce soir de Noël leurs amis à diner mais surtout ils attendent impatiemment le moment où le Père Noël leur apportera ce qu’ils ont commandé, un robot chirurgien pour Jos qui ne voit plus bien et devient complètement incontinent et pour Mia une barrette mémoire parce qu’elle oublie tout. Et cette semaine là, elle a justement oublié d’acheter des recharges de carbone pour faire fonctionner le synthétiseur gastronomique et autres appareils technologiques dont ils ne peuvent plus se passer pour vivre. Mais ce soir là, le Père Noël qui voit l’humanité s’éteindre peu à peu, leur fait un cadeau d’un autre genre… Noire, très noire et  cynique à souhait. L’avenir est sombre et il ne reste plus beaucoup d’espoir pour l’humanité avec des personnages pareils !

Miriam, Messie de Dean Whitlock

Une réécriture de la vie de Marie, la mère de Jésus. Miriam a un don particulier. Elle reçoit la visite de l’ange Gabriel qui lui annonce qu’elle va accomplir de grandes choses et qu’elle doit se concentrer sur les signes. Alors qu’elle devient une femme, son père part à la recherche d’un mari pour elle. Un jour, elle reçoit de nouveau la visite de Gabriel qui lui annonce que leur peuple à besoin d’un chef et qu’elle a été choisi. Et pour ce que les gens la suive, il y aura un miracle. Elle aura donc un enfant cet hiver. Quand l’ange s’en va, elle rencontre un homme qu’elle ne laisse pas indifférent…  Une nouvelle qui conte les origines des célébrations chrétiennes de la nativité. Une pointe de fantastique ou de miracle ?

Gloire éternelle de Meddy Ligner

En pleine guerre des tranchées, les allemands célèbrent la nuit de Noël ce qui occasionne une trève. Le capitaine en profite alors pour envoyer Dubois chercher de l’eau. C’est bien sa veine, c’est loin, dangereux dans ces tranchées qui se transforment en pleine nuit en vrai labyrinthe… Mais pour ce soldat qui veut laisser une marqué indélébile dans l’histoire, pas question de désobéir. Il part donc accomplir sa mission mais elle ne se passera pas vraiment comme espérer … enfin pas tout à fait … Une nouvelle sympathique avec une chute assez bien trouvée.

Poupée et vieux journaux de David Baquaise

Mathilde et Marthe se rendent dans la maison de leur enfance abandonnée depuis quelques mois, depuis le décès de leur maman. Elles doivent y accomplir quelque chose et avec un peu de chance, elles seront enfin en paix… Un récit fantastique dans une atmosphère oppressante et fantastique.

Nuit de Noël à l’Octogone de Jean-Marc Ligny

Gabriel, SDF, cherche un refuge à l’abri du froid en ce soir de Noël, le dernier du siècle. Il tente la Maison-Dieu où il sait qu’un soupirail l’amènera vers une cave à l’abri. Mais tout est fermé. Il essaie alors l’Octogone en chantier. Peut-être qu’avec un peu de chance… Une nouvelle fantastique assez courte. Un peu trop pour moi d’ailleurs.

Le don de Damien X. Nortier

Jérémie passe Noël chez son grand-père que tous appelle Père Joseph. Le jeune garçon ne prend pas part aux jeux de ses cousins et décide de chercher la cache des cadeaux de Noël. Il se rend dans le cabinet de travail de Joseph mais il tombe nez à nez avec son grand-père. Jérémie avoue qu’il ne croit plus au Père Noël et qu’il s’attendait à ce que Père Joseph soit en train de préparer les cadeaux. Ce dernier lui demande ce qu’il aimerait pour Noël, la réponse de Jérémie ne le satisfait pas. Il va alors lui raconter une histoire de tradition sur le sens des cadeaux… J’ai bien aimé cette nouvelle qui revient sur les Roi mages et leur chemins vers l’enfant Jésus. Et sur un mystérieux 4ème mage…

A nos espoirs d’Ophélie Bruneau

Nolwenn, commissaire reçoit un appel le soir de Noël, une urgence sur Lyon, elle et ses collègues doivent s’y rendre au plus vite. A Lyon, Lydia n’a pas envie de rentrer chez elle après le lycée pour un tête à tête avec sa mère, carrément pas dans l’ambiance de ce soir de Noël. Il peut des cordes et elle se dirige vers le Vieux Lyon, un quartier qui l’apaise. Elle y percute un jeune de son âge, étrange, qui lui dit être polynésien. Il semble perdu voir recherché. Il lui demande de l’aide, se protéger de la pluie. Lydia se méfie mais elle décide de l’aider quand même… Une nouvelle fantastique qui vire à la SF. Peut-être un peu trop douce.

Un jour par an de Claude Mamier

Julien déprimé décide de tenter la Chance et se voir ce que ça va donner comme dans un récit qu’il vient de terminer. Il décide de se jeter du 9ème étage de son immeuble et de voir ce que va lui réserver le destin. Il est alors arrêté par le Père Noël qui n’est pas celui qu’on croit. Tout comme les lutins qui furètent dehors et qui ne sont pas là pour distribuer les cadeaux de Noël…. Cette nouvelle est très glauque et on se demande ce qui est vrai et ce qu’il ne l’ai pas. Julien est-il fou ?

A Christmas Carol de Pierre Gévart

Dans une station spatial, l’équipage s’apprête à fêter Noël, Goosta est de garde, aidé par Lia (une AI) qui lui annonce qu’ils vont entrer en collision avec un objet. Lia programme donc une manoeuvre d’évitement mais si elle réussit, l’objet lui change également sa trajectoire… Et l’équipage va voir débarquer le Père Noël et ses rennes ! Une nouvelle SF totalement loufoque ^^

Le village de M. Noël d’Élodie Meste

Noëlla a 5 ans et nous raconte sa vie. Elle vit en Suède avec son papa et sa maman. Elle teste des jouets que fabrique son papa. Mais elle ne peut les garder. A Noël, on les lui reprend et pendant ce temps elle dort. Elle ne comprend pas pourquoi papa n’aime pas Noël, qu’il se dispute de plus en plus souvent avec maman… Sa maman est si gentille et prévenante que la petite fille oublie vite certaines petites contrariétés…. Mais un jour le comportement de sa maman change… Une nouvelle angoissante, une idée bien trouvée, une fin… pfiou. Par certains aspects, elle fait même froid dans le dos.

Le Vœu secret des anges de Léo Lamarche

P’tit Luc ne parvient pas à écrire sa lettre au Père Noël… Parce qu’il est des choses qu’on ne peut pas demander comme ça dans une lettre. Lui ne voudrait rien d’autres que des parents qui s’aiment à nouveau, qui arrêtent de se disputer. Mais ça c’est impossible ça se trouve pas dans un catalogue… Alors P’tit Luc pleure. Et ses larmes coulent sur le papier… Une nouvelle qui reflète la magie de Noël.

Le Père Noël de Muriel Essling

Une nouvelle glaçante. D’un côté, un jeune homme Sam plaqué par sa copine le soir du Réveillon. Il est en rage, quoi il l’a trompé c’est vrai mais ça n’avait pas d’importance. On ne rompt pas un soir comme celui-ci. Il tente de la faire revenir en lui envoyant un dernier texto. D’un autre côté, une famille, un trajet en voiture vu par les yeux du plus vieux des deux garçons. Un petit trop lucide et froid pour son âge.

Pour une pincée de poussière d’Orson Scott Card

La nouvelle la plus longue du récit. Enoch est un petit garçon qui doit déménager parce que sa maman est gravement malade. Même s’il comprend, il n’accepte pas de devoir se séparer de ce qui fait sa vie. Surtout ça serait reconnaitre que sa mère va mal et c’est certainement ce qui lui fait le plus peur. Il décide de se perdre dans un grand magasin de jouet. Il tombe sur fille bizarre Mo et la suit. Il passe alors derrière des cartons, dans une pièce étroite et se retrouve dans un autre monde. Où les écureuils ne vous veulent pas du bien et où Mo est un chevalier qui doit délivrer un roi. Enoch va sans doute vivre des aventures comme on n’en vit jamais… s’il survit. Et eut-être trouvera-t-il la fameuse poussière qui pourrait sauver sa mère ? Un récit fantastique, fantasy, un peu à la Narnia, rempli d’espoir, d’amour et de choix.

Noëls d’hier et de demain est vraiment une anthologie agréable à lire, qui émerveille et fait frisonner. Les textes apportent tous quelque chose, sont à la fois différent (style, thème) et complémentaire. Le recueil est vraiment bien équilibré. J’ai passé un agréable moment de lecture.

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Les étrangers du temps- T1-Destins obscurs de Corinne Gatel-Chol

etrangers du temps

Editions La Cabane à mots, 9€50, 300 pages

4ème de couverture

Colombe Hadrien

Deux destins… deux lignes parallèles, sur le même plan, qui jamais ne se croisent.

1896 – Colombe survit dans un 19è siècle difficile où la vie et la mort ne se différencient guère.
De nos jours – Hadrien dérive dans un présent aseptisé qui va bien trop vite pour lui. Rien ne devrait permettre qu’un jour leurs vies se rejoignent.

Et pourtant…
Corinne Gatel-Chol nous emmène dans une aventure sombre, où passé et présent se confondent. Elle nous entraîne sur un chemin chaotique semé de meurtres… entre fiction et réalité.
Ne vous fiez surtout pas aux apparences, ce livre est un thriller et tôt ou tard, il vous fera frissonner…

Résumé

Hadrien et sa famille emménagent dans une vieille et immense demeure à retaper. Un ancien château d’un grand domaine morcelé. Une aile de cette demeure est condamné car dangereuse, les sols des étages ne sont plus très solides. C’est dans cette aile et plus particulièrement tout en bas sous les toits où se trouvaient les chambres de bonnes qu’Hadrien pour s’isoler, surtout qu’il se fait un plaisir de braver l’interdiction parentale ! Hadrien a un problème avec l’autorité, surtout il s’ennuie et trouve son existence morne et absurde. Hadrien n’a d’ailleurs pas que des soucis avec l’autorité…

Il va découvrir le journal d’une petite bonne du 19ème siècle qui va le fasciner. Hadrien va apprend d’étranges choses…

Mon avis

Une très bonne lecture !

Le lecteur découvre le roman avec une scène d’ouverture intrigante ! Personnellement, un mois après ma lecture, je me demande encore où elle se place dans la narration et comment elle est lié à ce que j’ai lu ensuite. ça commence fort ! Ensuite, nous découvrons Hadrien un jeune garçon bientôt majeure, qui vient d’emménager avec sa famille, une sœur jumelle, un grand frère, une petite soeur, et ses parents dans un ancien château où tout est à refaire. Hadrien semble avoir des problèmes assez importants, ils sont entrés en ligne de compte quand la grande famille à déménager de Lyon. Le jeune homme est mal dans sa peau, du moins on ne le sent pas à l’aise. Il n’est apaisé que quand il brave les interdits. Comme se rendre dans l’aile interdite de la demeure car trop dangereuse. Par hasard, c’est dans cette aile, à l’étage des chambres de bonnes, qu’il va découvrir un journal intime. Celui de Colombe, bonne au château en 1896.

3 narrations vont alors s’alterner dans le récit. On va suivre Hadrien et sa soeur Héloïse qui préparent leur anniversaire. Hadrien qui s’en contre fiche et sa soeur qui ne voit pas qu’elle l’éclipse totalement aux yeux des autres. Ils sont si différents. Surtout qu’alors qu’elle commence à sortir avec un anglais en vacances, Hadrien lui s’enfonce encore un peu plus dans la solitude. Le comportement d’Hadrien change et sa famille s’inquiète. Jusqu’où sa déprime va-t-il le mener ?

Le lecteur découvre des passages du journal de Colombe, lu par Hadrien, qui garde le secret sur sa découverte. Un lien étrange se noue pour Hadrien vis-à-vis de la jeune fille. Rien de fort passionnant pourtant, elle couche par écrit ses journées. Quand un événement survient, elle le consigne. Comme lorsque son amie Louise pense que le futur époux de la demoiselle du château est épris d’elle.

Enfin, nous suivons Sabatier de Chabriol, un nouveau riche qui vit au domaine à la même époque que Colombe. Il va marier sa fille Hortense à un italien trop beau pour être honnête. Alessandro semble cacher beaucoup de choses.

Hadrien est attachant. D’abord, il semble antipathique, rarement souriant, il semble se moquer de tout. Puis, le lecteur apprend à le connaitre et se rend compte qu’il est malheureux. Quelque chose le pousse à se faire du mal. Mais quoi ? Est-ce conscient, inconscient? Est-ce que le journal de Colombe le sortira de son isolement ? Ou bien sera-t-il encore plus seul ? Parfois, Hadrien a l’impression de voir Colombe derrière un rideau d’une fenêtre, parfois de l’entendre rire avec Louise… Hadrien devient-il fou ou a-t-il une imagination trop fertile ? Hallucination ?

Colombe elle se confie sur le comportement étrange de l’italien qui doit épouser la fille du propriétaire du domaine. Il ne semble pas à sa place, comme d’une autre époque dans son discours ou ses tenues vestimentaires. De plus, il a un regard effrayant.  Colombe est mal à l’aise en sa présence. Mais elle n’a pas le temps de trop s’en préoccuper, il y a toujours quelque chose à faire, des tâches de plus en plus lourdes, de plus en plus physique. Pas le temps de batifoler non plus comme Louise. Enfin, ce n’est surtout pas son genre à Colombe. Elle aussi semble différente. On a envie d’en savoir plus sur elle.

Les interrogations me sont venues progressivement. Que se passe-t-il au 19ème siècle, qui est Alessandro ? Que cherche-t-il ? Que cache-t-il ? De nos jours, pourquoi Hadrien s’isole-t-il ? Est-il malade ? Fou ? Les choses qui lui arrivent relèvent-elle d’un caractère fantastique ?

J’ai beaucoup aimé l’ambiance du 19ème et les révélations progressives qui font changer l’atmosphère vers l’angoisse. A notre époque, les découvertes d’Hadrien font frémir. J’ai lu ce premier tome en 1 après midi, captivée. On est happé dans cette histoire sans savoir où elle va nous mener, j’adore cette impression. Et puis cette fin ! Je suis frustration !!!! On a l’impression de n’en être qu’au début, le voile allait se lever sur un mystère et … que se passe-t-il ??? ha Corine Gatel-Chol est sadique ^^ Elle donne plus qu’envie de se jeter sur la suite !!! Depuis, j’échafaude des théories, essaie de comprendre. Vivement que je puisse lire la suite. Certainement en ebook, le second tome étant en rupture de stock actuellement ^^

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Au service des insectes de Cindy Van Wilder

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Editions Voy’[el], collection e-court, ebook, 0,99€

4ème de couverture

La peste a ravagé les cités-murailles. Jadis protégées derrière leur dôme, survolées de glorieux aéronefs, elles ne sont désormais plus que ruines où errent les survivants. Les Insectes ont envahi les territoires laissés vacants par les hommes. Leurs ruches s’élèvent fièrement à la conquête du ciel. Bess est l’une des femmes recrutées pour prendre soin de leurs larves, ce qui lui assure un minimum de confort. Mais en ces temps de dévastation, que peut encore attendre de l’avenir une humaine qui a tout perdu ?

Résumé

Bess vit avec Marge et Jeannie, qui sont comme elle des nourrices. Ces survivantes disposent d’un minimum de confort en échange de leur travail pour la ruche. Elles nourrissent et prennent soin des cocons des différents insectes de la Ruche. Bess se résigne à cette existence, elle aimerait en savoir plus, mais dans ce contexte, elle ne peut faire que survivre. Jusqu’au jour, où une attaque se produit..

Mon avis

Voici ma seconde lecture dans le cadre du partenariat entre le blog et la collection e-court des Editions Voy'[el]. Merci de me permettre de découvrir cette nouvelle et par la même occasion Cindy Van Wilder dont c’est le premier texte que je lis.

Une nouvelle angoissante !

Le lecteur pénètre dans un monde post-apocalyptique. Le monde était occupé par les Hommes et les Insectes (oui oui des insectes géants, terrifiant n’est-ce pas?). Protégés derrière les cités-murailles et leurs dômes, les humains cherchaient à  exterminer les Insectes considérés comme une menace. Mais la Peste a décimé les cités, les hommes luttent pour survivre et les Insectes ont envahi le monde. Rien que ce point de départ, pour une phobique des insectes, c’est l’horreur !!!! Mais comme j’adore me faire peur, j’ai lu cette nouvelle avec un plaisir mêlé d’appréhension !

Au cours de ma lecture, j’ai pensé à d’autres lectures (polars notamment) où des illuminés pensent que l’avenir appartient aux insectes, qu’ils domineront le monde et que l’homme sera anéanti par eux et la nature. Et bien, ici, ces passionnés des petites bêtes seraient enchantés, Cindy Van Wilder nous donne un aperçu de ce que serait ce monde et cela donne la chair de poule !

Nous suivons Bess, qui a un peu plus de « chance » que d’autres survivants, elle bénéficie d’un minimum de confort, car elle est Nourrice. Un poste considéré par les survivants comme humiliant et dégradant mais surtout comme une traitrise de la part de ses femmes qui ne cherchent qu’à survivre. Les autres survivants moins chanceux donc, vivent dans la rue, sans manger à leur faim, dans la misère et la pauvreté.

Bess s’occupe donc de nourrir et de prendre soin des larves des Insectes au sein de la Ruche. Elle s’efforce de faire au mieux en évitant de se remémorer son passé, dramatique. J’ai ressenti beaucoup de peine pour Bess et l’auteure nous permet de bien ressentir ses émotions, sa relative indifférence, ses questionnements, ses peurs, … La vie de Bess est loin d’être enviable, le travail est dur et la pression constante. Imaginez être inspecté, gardé, observé,… par des guêpes géantes, pas commode du tout… Bouhhhh Et encore s’il n’y avait que des guêpes … d’autres dangers rôdent, terrifiants, poilus

Bess est un personnage qu’on prend plaisir à suivre, elle qui a tout perdu, va découvrir qu’il reste peut être un peu d’espoir dans sa vie. Cette nouvelle est cependant trop courte !!! Oui, je sais c’est le principe de cette collection, mais là, quand même, j’aurais aimé suivre Bess plus longtemps, et en savoir plus sur ce monde si particulier (et oui même si les insectes et moi, on est pas copain-copain). L’auteure nous dépeint un monde qu’on aimerait découvrir plus en détails, qui ne rougirait pas d’être développer en format plus long ! 

J’ai apprécié cette nouvelle angoissante (voire même terrifiante quand on est phobique!), très bien écrite même si je dois reconnaitre que je reste sur ma faim concernant l’univers post-apo très intéressant qui mériterait un développement !!! Cindy Van Wilder a su créer une atmosphère étrange et particulière, entre courant glacé et torpeur moite, mélange d’oppression et de sérénité. Je suis contente d’avoir découvert une auteure, son écriture et je guetterais ses news concernant ses prochaines publications.

Merci encore aux Editions Voy'[el] et la collection e-court, pour ce partenariat très riche en découverte !!!

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JLNN

On My WishList #24

« On my Wishlist » est un petit rendez-vous sympa lancé à la base par Book Chick City, et repris par la belle Chica sur son blog A l’abordage de la Culture – Chica’s Booksland. Je trouve l’idée excellente ! Alors je m’y mets 🙂

Il a lieu tous les samedis et permet dans sa version originale de faire un récap’ de tous les livres que l’on voudrait désespérément ajouter à notre PAL, qu’il s’agisse de parutions récentes ou non. Le RDV français concerne UN livre qui se trouve sur notre Wishlist : votre découverte de la semaine que vous piétinez de vous acheter ou ce livre que vous voyez régulièrement sur les blogs des copinautes ou dans votre librairie, qui vous fait envie mais pour lequel vous n’avez pas encore craqué !!

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Franck Thilliez : Vertige

4ème de couverture

Certains secrets sont inavouables, mais serions-nous prêts à mourir pour les cacher ?
Un homme se réveille au fond d’un gouffre, au coeur d’un environnement hostile, deux inconnus et son fidèle chien comme seuls compagnons d’infortune. Il est enchaîné au poignet, l’un des deux hommes à la cheville et le troisième est libre, mais sa tête est recouverte d’un masque effroyable, qui explosera s’il s’éloigne des deux autres. Qui les a emmenés là ? Pourquoi ? Bientôt, une autre question s’imposera, impérieuse : jusqu’ou faut-il aller pour survivre ?
Pour son 10e roman, Franck Thilliez réussit un tour de force dans ce huis clos étouffant et glacial à la fois, ou il joue à décortiquer l’âme humaine confrontée aux situations de l’extrême. Sans jamais épargner son lecteur, manipulé jusqu’à la dernière ligne, et, qui sait, peut-être plus encore…

Pourquoi ce livre ?

Il faut vraiment que j’explique pourquoi ?

Déjà, j’adore Franck Thilliez, sa façon d’écrire, de se documenter, de faire ses intrigues,… Ensuite, celui-ci sort bientôt en poche ! Vivement parce qu’il a eu de tellement bons échos que je veux le découvrir. Enfin, parce que ce livre change un peu de registre en partant sur un huis clos où on en arrive à … avoir le vertige. Bref, que de bonnes raisons pour avoir envie de découvrir celui là !

Et vous, quel est le livre que vous très envie d’avoir cette semaine ?

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Les On My Wish List de Natiora, NyrA, …

Dix petits nègres d’Agatha Christie

Le livre de Poche, 5,30€, 222 pages (avec la post-face)

Quatrième de couverture

Dix personnes apparemment sans point commun se retrouvent sur l’île du Nègre, invités par un mystérieux M. Owen, malheureusement absent. Un couple de domestiques, récemment engagé, veille au confort des invités. Sur une table du salon, dix statuettes de nègres. Dans les chambres, une comptine racontant l’élimination minutieuse de dix petits nègres. Après le premier repas, une voix mystérieuse s’élève dans la maison, reprochant à chacun un ou plusieurs crimes. Un des convives s’étrangle et meurt, comme la première victime de la comptine. Une statuette disparaît. Et les morts se succèdent, suivant le texte à la lettre. La psychose monte. Le coupable se cache-t-il dans l’île, parmi les convives ?

Résumé

L’ïle du Nègre a été récemment achetée par une mystèrieuse personne dont l’identité est cachée, une star du cinéma ? M. Owen ? Un excentrique millionnaire ? L’amirauté britannique y ferait-elle des expériences ? Personne ne le sait, même pas Mr et Mrs Rogers les deux domestiques récemment embauchés pour s’occuper de l’île et des invités. Car Mr  O’Nyme (c’est comme ça que se nomme le propriétaire dans ma version), a invité 8 personnes à séjourner sur l’île :

– Emily Brent vieille demoiselle âgée de 65 ans. Elle a reçu une éducation très stricte de son père, colonel de la vieille école. Elle vient sur l’île croyant être conviée par une connaissance effectuée 2 ou 3 ans plus tôt en vacances.

– le Dr Amstrong  médecin très en vogue, d’une intégrité indiscutable et très compétent d’un point de vue professionnel, se rend sur l’île pensant que Mrs O’Nyme souffrante a besoin de ses services,

-William Henry Blore, officier de police qui dirige une agence de détectives à Plymouth. Celui-ci a pour pseudonyme Mr Davis, pour ne pas qu’on le reconnaisse en temps que policier, mais il annonce très vite sa véritable identité aux autres convives. Il est convié par Mr O’Nyme lui-même pour veillé à la sécurité du site pendant le séjour en sa qualité de détective.

– Véra Claythorne, femme assez jeune, nerveuse et rongée par le passé. Elle était la gouvernante d’un enfant nommé Cyril puis professeur de physique dans un établissement de troisième ordre. Elle pense venir pour être la secrétaire de Mme O’Nyme (en intérim).

– Philip Lombard, capitaine fort, grand et aux petites moustaches. Il part souvent à l’étranger et a été mêlé à de multiples scandales. Il vient sur l’île à la demande d’un certain Mr  Morris en échange de 100 guinées.

– le Général Macarthur qui a eu une conduite courageuse pendant la Grande Guerre. Il pense venir retrouver de vieux copains militaire comme lui.

–  A.J. Marston, jeune homme charmant au physique de jeune premier. Il conduit vite de très belle voiture de sport.  Il pense être convié sur l’île par son ami Badger Berkelery.

– le juge Wargrave, magistrat respecté, remarquable et honnête. Il pense être invité par une ancienne amie Lady Constance Culmington.

A leur arrivée sur l’île, ces 8 personnes sont surprises et perturbées par l’absence de leurs hôtes. De plus, elles commencent à se rendre compte qu’elles n’ont pas toutes été conviées par la même personne.

Lors de la première soirée sur l’île après le repas, une mystérieuse voix se fait entendre dans le salon annonçant que les 10 personnes présentes sont coupables de la mort de certaines personnes qui sont clairement identifiées (nom + date). Les 10 protagonistes commencent alors à se défendre de ces accusations et cherchent par qui elle a pu être proférée. Mrs Rogers se trouvant mal est conduite à sa chambre et le Dr Amstrong lui fait prendre un somnifère. De retour en bas, les « invités » découvrent dans la pièce voisine que le message accusateur a été diffusé par un disque sur un gramophone.  Quand soudain, après avoir bu un énième whisky, le jeune Marston s’effondre, foudroyé. Il a été empoisonné. Est-ce un suicide ou un meurtre ? Le lendemain matin, Mrs Rogers est retrouvée morte dans son lit, ayant succombé dans son sommeil. S’était-elle suicidée, coupable de l’accusation portée contre elle et rongée de remord  ? As-elle été tuée? L’angoisse monte, personne ne vient comme tous les matins apporter le courrier et les provisions. Les 8 personnes présentes semblent bel et bien piégées sur l’île. Quand le Général MacArthur est retrouvé mort, il n’y a plus de doute possible, un assassin est sur l’île. Qui peut-il être ? Les crimes sont similaires à la comptine affichée dans chaque chambre  » 10 petits nègres » … des statuettes disparaissent à chaque mort … Est-ce l’œuvre d’une personne qui se cache sur l’île, d’un des convives, d’un fou ?

Mon avis

J’ai adoré ma lecture ! J’ai encore une fois été scotchée par Agatha !!!!

L’intrigue, très bien ficelée, est centrée sur une succession de crimes, on a les pensées de chacun des personnages et on ne peut quand même pas savoir si le coupable est parmi eux ! Cela permet à la tension de monter progressivement. Même si on lit la berceuse au début du roman, que l’on fait le rapprochement dans la succession des meurtres, on est quand même surpris de la façon dont tout cela se passe. Agatha Christie réussi à faire monter la peur et l’angoisse, le lecteur se sent piégé et pris en tenaille lui aussi. C’est très efficace.

Comme d’habitude, c’est très bien écrit avec les détails qu’il faut au moment où il les faut. C’est impressionnant d’être dans la tête des protagonistes mais de na pas réussir à démêler les nœuds de l’intrigue ! A chaque fois, que l’on pense avoir trouvé, hop retournement de situation et faut tout reprendre au début. C’est excellent !

Le livre se lit vite, on est happé par l’histoire, on veut savoir ce qui va arriver à ces personnages, vont-ils tous mourir? Par qui ? Comment ?  Sont-ils coupables des crimes dont ils sont accusés? On s’attache aux personnages, pourtant tous si différents, ils sont tous brillamment dépeints par Agatha, qui vous fait passer avec brio les sentiments ressentis par les personnages présents sur l’île.

Comme Agatha Christie le dira elle même, le roman est clair, direct et déroutant, la conclusion est plausible, la personne responsable ne se devine pas en 5 minutes et la succession des morts ne tourne pas en ridicule, tout reste cohérent et possible. Si certains ont tendance à lire la fin avant le début, c’est largement déconseillé. C’est vraiment se laisser guider du début dans l’intrigue qui permet la montée d’angoisse, les questionnements et d’être bluffer par la lecture.

J’ai encore passé une excellent moment avec la reine du roman policier (même si ici c’est un polar sans policier) ! En 2007, Dix petits nègres était dans la liste des ouvrages les plus vendus au monde, le premier roman policier et le septième livre tous genres confondus. Comme quoi, les histoires, le suspens et le talent d’Agatha Christie sont encore plus que jamais d’actualité. J’ai hâte d’ouvrir un autre Agatha et encore un autre, et un autre, et un autre…. 🙂

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Sans le vouloir, j’ai vu que cette lecture rentre dans le cadre du Challenge  La littérature fait son cinéma (2e année) via le blog Kabaret Kulturel

Plusieurs films ont été réalisés sur cette histoire.

Rebecca de Daphné du Maurier

Le livre de poche, 6,10€, 437 pages

MERCI à ma copine NyrA pour ce livre !!!!

Quatrième de couverture

Sur Manderley, superbe demeure de l’ouest de l’Angleterre, aux atours victoriens, planent l’angoisse, le doute : la nouvelle épouse de Maximilien de Winter, réussira-t-elle à se substituer à l’ancienne madame de Winter?
Rebecca, morte noyée, continue d’exercer sur tous une influence à la limite du morbide. La nouvelle Mme De Winter, timide, effacée, inexpérimentée, se débat de son mieux contre l’angoisse qui l’envahit, mais la lutte contre le fantôme de Rebecca est par trop inégale.

Résumé

La narratrice et son époux sont dans leur chambre d’hôtel, elle nous raconte qu’ils sont mieux là que dans leur domaine de Manderley, parce qu’il s’est passé trop de choses là-bas, que Manderlay n’est plus à eux, que Manderlay n’est plus. La narratrice nous raconte alors comment tout a commercé pour elle, un jour à Monte-Carlos, alors dame de compagnie de Mrs Van Hopper. Comment grâce au snobisme de celle qui l’emploie, elle va faire la connaissance de Maximilien de Winter. Ce quarantenaire charmant nous apparait sombre parce qu’il a perdu sa femme Rebecca, qui s’est noyée un peu moins d’un an plus tôt. Il a quitté l’Angleterre pour voyager et s’éloigner de ce passé douloureux. La narratrice et Mr de Winter vont être amenés à beaucoup de voir lorsque Mrs Van Hopper tombe malade et indisposée cette dernière doit rester dans son appartement à l’hôtel. Mr de Winter amène en promenade dans sa voiture notre héroïne et ils visitent les alentours de Monte-Carlo. Un jour alors que Mrs Van Hopper reçoit des nouvelles de sa famille et doit rentrée plus tôt que prévu à New-York, notre narratrice se rend compte qu’elle tient énormément à Maxim de Winter et alors qu’elle vient lui faire ses adieux, il la surprend en la demandant en mariage malgré leur vingtaine d’années d’écart, le fait qu’ils ne se connaissent que depuis peu et qu’aucun des deux n’a jamais évoqué à l’autre de sentiment amoureux particulier. Elle accepte et quitte le service de Mrs Van Hopper. Ils arrivent à Manderley (sur la côté anglaise), après leur voyage de noce en Italie,  la narratrice découvre que le domaine et la population avoisinante sont encore emprunts du vif souvenir de Rebecca, la première Mrs de Winter…

Mon avis

C’était une très bonne lecture, très agréable, j’ai beaucoup aimé même si quelques petites choses m’ont empêchés d’avoir un coup de cœur pour ce livre.

D’abord, je découvre avec plaisir Daphné du Maurier, son style et son écriture. Ce livre se lit très bien, rapidement, les descriptions des personnages ou des lieux sont savamment dosées, ni trop longues, ni trop courtes, c’est précis et très bien écrit. L’histoire est originale et très plaisante, la narratrice arrivera-t-elle à lutter contre le souvenir de Rebecca, cette femme qu’on luit décrit comme parfaite, belle et intelligente, qui savait administrer Manderley, le faisait briller aux yeux de la société et du voisinage ? Mais tout est-il aussi parfait ? Une grande partie du récit, se base sur les non-dits et les sous-entendus et comment la narratrice les interprète, car jeune, timide et très différente de Rebecca, elle n’ose questionner son époux Maxim, Franck qui s’occupe du domaine ou les domestiques. Elle se fait donc son idée sur qui était Rebecca, comme elle était et se sent progressivement inférieure à elle, gauche et insignifiante.  Le comportement des gens autour d’elle l’intrigue et l’angoisse progressivement. Influençable, elle interprète la  moindre chose, les moindres mots prononcés, se compare beaucoup à Rebecca et en vient à se sentir vaine et inutile.

Daphné du Maurier arrive parfaitement à décrire la peur, l’angoisse, les sentiments de son héroïne. Elle a également réussi à inventer des personnages très antipathiques, notamment Mrs Danvers, dont l’attitude envers la nouvelle Mrs de Winter est glaciale, plein d’animosité et parfois peut approcher la folie, elle considère la nouvelle femme de Mr de Winter comme une usurpatrice, bien en dessous de Rebecca et qui n’a rien à faire à Manderley; on peut citer également Jack Favell, personnage qui arrive vers le milieu du roman.

Le dénouement de cette histoire est brillamment trouvé, avec des retournements de situation qui tiennent le lecteur en haleine.

De plus, j’aime beaucoup, les romans (et les histoires en général) qui se passent dans les années 20 ou 30, l’ambiance, le charme et l’atmosphère des domaines et demeures anglaises, quand l’éducation prévalée sur la communication. Il était peu fréquent pour les dames de dire ce qu’elles pensaient sans peur de questionner. Les hommes ne se confiaient pas. D’où des non-dits qui accentuent les histoires et les situations.

Deux choses m’ont empêché d’avoir un coup de cœur pour ce roman. La première est que j’arrive difficilement à m’attacher à un personnage si je ne connais pas son nom, c’est bête, je sais. En effet, il n’est jamais fait mention du prénom de la narratrice. C’est voulu je pense, pour accroître le fossé séparant la nouvelle Mrs de Winter et Rebecca. En effet, le souvenir de cette dernière est tellement présent, c’est de ce personnage que né tout le drame du roman, qu’en comparaison, l’héroïne est effacée au point que le lecteur ne connaitra pas son nom.  Même si moi, cela m’a gêné pour m’attacher à la narratrice, je trouve que c’est vraiment très bien vu de la part de Daphné du Maurier. Seulement, cette difficulté à m’attacher à l’héroïne a été quelque peu renforcé par son caractère. A défaut se renseigner (ce qui est très cohérent vu sa personnalité : jeune et timide), elle  imagine souvent les choses, les pensées et les sentiments des autres et se fait ses propres scénarios. Au début de l’histoire, ça m’a agacé parce que c’était vraiment trop souvent sur trop peu de temps d’action. Une fois à Manderley, elle continue mais comme on rentre dans l’intrigue, dans cette lutte invisible avec le souvenir de Rebecca,  sa façon de voir, d’interpréter et de faire dans sa tête ses scénarios, sont beaucoup plus justifiés, utiles et intéressants.

Deuxième chose, si j’ai bien perçu que l’héroïne est progressivement effrayée et angoissée par tout ce qui se passe, je n’ai pas moi en tant que lectrice ressentie d’angoisse particulière. Maintenant, je pense que cela vient de moi, parce que le roman est très bien construit, les informations sont distillées au fur et à mesure, à juste dose pour faire de l’effet et les situations très efficacement contées. On est vraiment surpris de la tournure des événements.

Ces deux remarques, ressenti purement personnel, n’enlèvent rien au roman, qui est vraiment très bon! Je pense que je lirai, avec plaisir également, d’autres romans de Daphné du Maurier. J’aimerai bien voir maintenant l’adaptation du roman par Hitchcock sorti en 1940.

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2ème lecture réalisée dans le cadre du Challenge  La littérature fait son cinéma (2e année) via le blog Kabaret Kulturel

Le Dernier Hiver de Jean-Luc Marcastel

Un grand MERCI à Claire / Agnah’s World chez qui j’ai gagné ce roman lors d’un concours !

Black Moon, 16 €, 450 pages

4ème de couverture

Un ciel de sang.

De la neige à perte de vue.

Et une forêt de pins. Des pins qui dévorent tout.

Demain. L’Hiver engloutira le monde.

Johan refuse de s’agenouiller devant le sort.

Par amour, il décide de retrouver celle qu’il aime.

Par amour, son frère, Théo, va lui ouvrir la voie.

Par amour, ses amis laissent tout derrière eux pour l’accompagner.

Pour cela, ils devront pénétrer jusqu’au cœur des ténèbres…

Au cœur de leurs propres ténèbres.

Résumé

2035, -31°C.  A Aurillac comme sur la planète entière, l’Hiver s’est installé, les océans ont gelés, la neige a tout recouvert, le Crépuscule baigne les villes dans un ciel de sang. Une armée de pins vampires, la Malsève, a presque tout envahi et la Société est complètement désorganisée. C’est dans contexte, que Johan décide de tout quitter pour retrouver sa bien-aimée Léa qui a du suivre ses parents à Bergerac. Par amour, il est prêt à risquer sa vie. Dans sa périlleuse aventure, il sera accompagné de Théo son grand frère, Fanie, leur sœur de cœur, et Khalid son ami d’enfance.

Mon avis

L’auteur nous lâche dans un monde quasi apocalyptique où la Malsève étend ses racines et où le Crépuscule remplace le Jour. C’est un univers sombre, noir, froid et oppressant. J’ai été happé dès le début, la lecture va vite. C’est très rythmé  même si j’ai trouvé que ça perdait un peu en vitesse à l’arrivée  de nos héros à Bergerac mais ça ne dure pas longtemps, on repart dans l’action jusqu’à la fin. Sur leur chemin, ils croisent des créatures engendrées par la Malsève assez terrifiantes mais aussi des humains tels qu’on n’aimerait pas en croiser tous les jours. Rajouté au froid ambiant, j’en ai eu des frissons!

L’auteur a une écriture fluide, le vocabulaire est très travaillé, certains passages sont poétiques et métaphoriques, c’est agréable à lire et j’ai vraiment été prise dans l’histoire. Un panel de sentiments est développé tout le long du roman : l’amour, la détresse, la peur, l’espoir, la déshumanisation, … Mais bien que le monde semble vivre ses derniers hivers, il y a des lueurs d’espoir.

L’auteur ne se prive pas de faire quelques clichés (sur les nationalités, les histoires d’amour, etc.) mais c’est uniquement pour mieux les abattre et nous pousser à la réflexion.

En parlant de réflexion, Jean-Luc Marcastel nous offre une réflexion sur l’Humanité intéressante et poussée.

Dans cette ambiance de fin du monde, il y a ceux qui privilégient l’entre-aide, qui gardent espoir et foi en un avenir même s’il est plus qu’incertain et qui se battent pour ne pas perdre leur humanité et leur âme. Et il y a ceux qui ont abolit les codes, qui vivent « sans foi, ni loi », qui en deviennent égoïstes et cruels, que la peur de disparaître a rendu fou ou plus monstrueux que les créatures engendrées par la Malsève. C’est là que prend tout son sens la locution latine Homo homini lupus est (de Plaute et reprises par d’autres auteurs) : L’homme est un loup pour l’homme !

L’histoire flirte souvent  avec le fantastique, les êtres vivants évoluent au contact de la Malsève et/ou des radiations du Crépuscule, des êtres humains développant certains pouvoirs. Quelques personnes pourront trouver cela invraisemblable mais j’ai trouvé que c’était très bien amené dans le récit. Il est vrai que rien pourtant ne le laisse entrevoir dans le 4ème de couverture.

J’ai apprécié les personnages, on s’attache à eux. Ils ne sont pas parfaits, ils ont leurs forces et leurs faiblesses. Johan est froid et sombre. Il a perdu sa mère jeune et s’est créée une double personnalité appelée « Corbeau » pour ne pas souffrir. Elle prend le dessus dès qu’un évènement difficile ou traumatisant arrive. Ce corbeau est insensible, logique et sans état d’âme. Johan décide de retrouver Léa parce que c’est la seule qui a  vraiment su voir en lui. Théo, le frère de Johan, est un ancien militaire, il est comme un chevalier de l’ancien temps, droit et altruiste. Il a pourtant des secrets. Fanie est une jeune eurasienne, qui n’est pas aimée de ses parents qui voulaient un fils et qui lutte pour se faire une place dans ce qu’il reste de ce monde et dans le cœur de Johan. Enfin, Khalid est celui qui ajoute une touche d’humour et de réflexion (ah son grand père qui faisait des babouches… !), il est toujours prêt à aider ses amis.

J’ai beaucoup aimé l’histoire, l’atmosphère oppressante et sombre, les personnages et leur évolution, la réflexion sur l’humanité. L’action se passe en France et je trouve que c’est vraiment pas mal, je connais peu d’histoires de ce type se passant chez nous.

J’aurai aimé avoir plus d’informations sur la Malsève parce qu’on a qu’un bref aperçu de son mode de fonctionnement. Toutefois, l’histoire se comprend parfaitement sans ça. Et même  cela  contribue à maintenir une tension dans l’histoire, la Malsève et le Crépuscule restant un mystère.

Les « triangles » amoureux, c’était un peu en trop pour moi, mais ils ne prennent toute la place dans l’histoire donc je suis passée très facilement au dessus.

Je ne suis pas déçue par la fin, mais pas convaincue non plus, il y a des choses que j’ai trouvé de trop (je n’en dis pas plus pour ceux qui le liront). Mais l’ensemble est bien mené.

C’est une très bonne surprise, je ne connaissais pas Jean-Luc Marcastel et je trouve qu’il écrit très bien. Je ne suis pas contre découvrir autre chose de lui.