Apostasie de Vincent Tassy

apostasie

Editions du Chat Noir, 333 pages, 19,90€

4ème de couverture

Anthelme croit en la magie des livres qu’il dévore. Étudiant désabusé et sans attaches, il décide de vivre en ermite et de s’offrir un destin à la mesure de ses rêves. Sur son chemin, il découvre une étrange forêt d’arbres écarlates, qu’il ne quitte plus que pour se ravitailler en romans dans la bibliothèque la plus proche.
Un jour, au hasard des étagères, il tombe sur un ouvrage qui semble décrire les particularités du lieu où il s’est installé. Il comprend alors que le moment est venu pour lui de percer les secrets de son refuge.
Mais lorsque le maître de la Sylve Rouge, beau comme la mort et avide de sang, l’invite dans son donjon pour lui conter l’ensorcelante légende de la princesse Apostasie, comment différencier le rêve du cauchemar ?

Merci aux éditions du Chat Noir pour l’envoi de ce roman.

Mon avis

Pas loin du tout du coup de coeur !

Anthelme, jeune homme désabusé, ne trouve pas sa place dans ce monde. Il dévore des livres, s’imprègne des histoires et rêve de mondes et de vies qui n’existent que dans les écrits. Sans attaches, il décide de voyager et d’errer par monts et par vaux au gré du vent. Cependant, un jour il pénètre dans une étrange forêt d’arbres rouges, dans laquelle il perd souvent la notion du temps, des heures, des jours et des nuits. Il découvre une cabane dans laquelle il s’installe. A partir de là, il va parcourir cette étrange contrée, entre lieux enchanteurs et sentiers déroutants. Il la quitte de temps en temps pour se rendre dans la ville la plus proche dans laquelle il pille la bibliothèque, tenue par Alice, de ses ouvrages fantastiques et envoûtants, des romans qui le font s’évader, vivre des vies et des histoires qu’il ne pourra jamais vivre. Un jour, il va tomber sur un roman fascinant qui parle de l’endroit où il a élu domicile depuis 3 ans. La Sylve rouge. Ainsi, il n’est pas seul à connaître cet endroit. Le jour où il le rapporte à la douce Alice, il va rencontrer Alvaron, auteur mystérieux, habitant de la Sylve, doté d’un magnétisme étrange.

Alvaron va donner rendez-vous à Anthelme dans un lieu à la fois ensorcelant et angoissant, la maison des Effraies. Dans cette tour sans âge, il va faire la connaissance de personnages singuliers et du maître de la demeure : Aphelion. Être autant charismatique qu’étrange, autant triste que fascinant, autant mystérieux que troublant…  A la douce lumière d’une bougie d’Ellébore, au son de la harpe, Aphelion va prendre tout son temps à conter, entre autres étrangetés, l’histoire mélancolique et sublime de la princesse Apostasie.

Ce roman, découpé en 3 parties, est une merveille. Au début, le lecteur découvre Anthelme, un être à fleur de peau, et sa vie dans la Sylve rouge. J’ai eu un peu de mal avec les premiers chapitres, tout s’est enchaîné très vite. Je m’attendais à suivre Anthelme avant la Sylve mais non, l’auteur nous plonge dans le vif du sujet dès le départ. C’était donc le temps d’accrocher au rythme de l’histoire et de me laisser bercer. La seconde partie se passe dans la Maison des Effraies,  et suite, … je vous laisse le plaisir de la découverte.

La plume de l’auteur est magique, très belle, envoûtante, je me suis laissée porter par les mots, les sonorités. C’est soigné, travaillé, chaque mot semble pesé et choisi avec soin. Le travail d’écriture a dû être important ou la muse très inspirée. C’est difficile d’en parler sans avoir l’impression de trop en dire, j’ai presque envie de vous laisser la surprise ^^

Le récit, l’histoire d’Anthelme est mélancolique, poétique, intemporelle. Pour le plus grand plaisir du lecteur, l’univers se veut sombre, romantique, un peu macabre, mais doux. L’auteur réussit à mêler les contraires: la cruauté et la douceur, la folie et l’espoir, la lumière et la nuit, la chaleur et le froid, … le tout dans un entêtant parfum de fleurs étranges et dans des décors abruptes. Même dans la manière d’écrire, Vincent Tassy souffle la modernité et le passé, il allie les références aux contes de notre enfance avec une histoire de buveurs de sang, hors d’âge, différente de celles déjà contées même si on y retrouve des thèmes chers au genre sous une nouvelle inspiration : ambiguïté sexuelle & sensualité exacerbée, souffrance & délivrance, rêves & réalité,…

La partie dans la Sylve est calme, c’est un temps propice à la découverte et à l’émerveillement, mélange de fascination pour sa flore étrange : fleurs et arbres rouges et de simplicité : promenades et repos. Ce qui se passe dans la maison des Effraies fait passer le lecteur du calme à l’agitation et il passe par une foule de sentiments. Dans cette demeure envahie d’effraies, de lierres et d’épines, on s’y sent à la fois bien et oppressé, fasciné et effrayé. Le merveilleux y côtoie l’horreur. On vit un émerveillement malsain dans une aura surnaturelle.
Tout le roman est poétique et enivrant, les lieux, les personnages, j’ai oscillé entre malaise et ravissement. L’histoire d’Apostasie et de ses parents m’a touchée, si belle, si triste, …. J’ai aimé découvrir Lavinia, liée à un amour inconditionnel non partagé; Ambrosius, si doué, si sensible et à la fois si grave. J’ai eu mal avec eux, espéré avec eux, lutter à côté d’eux. J’étais, comme Anthelme, envoûtée par les histoires, les drames, le beau, le merveilleux et l’horrible. Puis une révélation m’a frustrée autant que le protagoniste ! Pour dire comme l’histoire se vit avec intensité. Heureusement, tout n’est pas terminé à ce stade de la lecture. Pour le reste, il faudra lire ce roman.

Je retiendrai une histoire magnifique, envoûtante, différente et mélancolique et une plume précise, belle, avec sa musicalité et son rythme particulier. Ainsi que l’amour des belles histoires, des mots, des livres. Une réussite. Je vous conseille vivement ce roman et la découverte de cet auteur.

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Tobie Lolness – T2 – Les yeux d’Elisha de Timothée de Fombelle

9782070629466

Folio junior, 426 pages, 8€20

4ème de couverture

Le grand chêne où vivent Tobie et les siens est blessé à mort.
Les mousses et les lichens ont envahi ses branches. Léo Blue règne en tyran sur les Cimes et retient Elisha prisonnière. Les habitants se terrent. Les Pelés sont chassés sans pitié. Dans la clandestinité, Tobie se bat, et il n’est pas le seul. Au plus dur de l’hiver, la résistance prend corps. Parviendra-t-il à sauver son monde fragile? Retrouvera-t-il Elisha? Au cœur d’un inoubliable monde miniature, le second et dernier tome d’un grand roman d’aventure, d’amitié et d’amour.

Résumé (attention, comme la 4ème, elle spoile un peu ^^)

Elisha est désormais retenue dans un des 3 oeufs du nid de l’Arbre. On lui assure qu’elle n’est pas prisonnière mais étrangement, elle n’a pas le trop de sortir de l’enceinte du nid. Elisha s’est rasée la tête pour retarder son mariage forcé avec celui qui détient désormais le pouvoir dans les cimes : Léo Blue. Elisha tente régulièrement de s’échapper mais elle n’a encore jamais pu passer la barrière constituée par les meilleurs hommes de Léo. Le froid et secret Léo. Depuis que Tobie a disparu, la situation de l’Arbre et dans l’arbre s’est détériorée… A un point que la situation va bientôt devenir critique. De plus, Léo persécute le peuple de l’herbe qui semble payer pour les événements du passé. Tobie qui a découvert une bien sombre vérité parviendra-t-il à sauver l’Arbre ? A sauver Elisha ?

Mon avis

Encore une excellente lecture ! Ce diptyque est un coup de coeur !

Difficile de faire un résumé ou une chronique de ce second tome, sans spoiler un peu. En effet, sachez qu’on reprend l’histoire là où elle s’arrêtait sauf qu’il s’était passé un peu de temps à la fin du premier, les héros sont donc légèrement plus vieux ce qui explique l’attirance de Léo pour cette demoiselle différente et si belle qu’est Elisha. Cette dernière pense qu’elle ne reverra jamais Tobie. Mais fidèle à son caractère impétueux, il est hors de question qu’elle cède aux avances du jeune Léo Blue, froid, calculateur et sans pitié avec les Pelés. Ce dernier est devenu celui qui contrôle l’Arbre dans une entente tacite avec Jo Mitch Arbor qui lui exploite de plus en plus l’arbre. Le cratère se développe de plus en plus, et pour cause, JMA utilise une main d’œuvre toute particulière. Il tient ses gens en esclavage. Il a aussi sous sa surveillance tous les savants et têtes pensantes, anciens membres du conseil de l’Arbre.

J’ai vraiment aimé ce second tome. Il y a des choses assez convenues, une tournure des événements à laquelle je m’attendais et puis il y aussi des explications, l’histoire de certains personnages que je n’avais pas anticipé. Je me suis de nouveau laissée porter par l’histoire et la suite des aventures de Tobie. Le lecteur va retrouver les personnages du premier tome et en découvrir plus qu’il ne l’imaginait. Certains personnages secondaires voire très secondaires du 1er, sont développés ici. Tous les personnages ont leur rôle à jouer, rien n’avait été laissé au hasard dans le 1er.

Pour ce qui se pose la question, on aussi en découvrir un peu plus que les Pelés, un peuple pacifique et attachant, le cœur sur la main, courageux et simple. Le lecteur va comprend pourquoi Léo est aussi cruel, pourquoi il aide Jo Mitch alors que ce dernier détruit l’arbre. Le lecteur saura ce qui se cache derrière l’Ombre, et de ne pas se fier aux apparences.

J’ai beaucoup aimé le développement, l’existence, les espoirs et l’abattement des personnages. Comme la famille Asseldor qui va nous démontrer que le bonheur n’est pas de réussir et de s’élever dans la société mais de rester solidaire et de prendre des risques. Comme les bûcherons et Nils Amen nous monteront comme il est possible de garder espoir et que la patience permet de parvenir à ses fins. Il y a des messages très forts dans ce second tome, comme dans le diptyque. Il est plus fort et plus dur parfois que le 1er, c’est vraiment un jeunesse, une aventure, des personnages qui permettront aux 10 ans et plus, de découvrir une palette de sentiments et de caractères, de s’émerveiller ou de trembler pour les protagonistes.

L’histoire de Tobie Lolness est une vraie aventure, le héros est attachant, courageux, volontaire, intrépide. Il a bien quelques petits défauts, comme sa façon de ne pas voir certaines choses qui sautent aux yeux mais on lui pardonne. Parce qu’il se bat pour ceux qu’il aime mais pas uniquement pour sauvegarder l’espoir, un monde meilleur, un avenir. Il va prendre des risques mais garder la tête sur les épaules. Et il aura des soutiens inattendus.

La révélation de la fin du tome 1 que j’avais trouvé un peu « en trop » trouve un déroulement et une explication parfaite dans ce second volet. Elle donne, en fait, de la profondeur à l’histoire. L’auteur va développer un peu le passé des parents de Tobie et de la vie dans l’Arbre. L’intrigue est vraiment très bien menée. L’auteur a tissé sa trame sur les deux tomes de façon brillante. Les messages de ce roman sont magnifiques ❤ C’est intelligent, bien écrit et entraînant. C’est fluide, un vrai « page turner ».

Bref, ce diptyque est un vrai coup de cœur, que je conseille aux petits comme aux grands. Je m’arrête là pour ne pas être tenter d’en dire trop. Il vaut vraiment le coup, ça serait dommage de tout vous raconter ^^

La dernière lame d’Estelle Faye

ladernierelame

Le pré aux clercs, 451 pages, 16€

4ème de couverture

Un monde qui ressemble à notre Renaissance, menacé par la montée des océans grouillant de créatures maléfiques, où règnent la violence, la famine et la misère. L’Église des Cendres prospère sur tout ce désespoir, menée par la mystérieuse Marie aux yeux verts. Dans une des dernières villes émergées, Joad tente d’apaiser les souffrances et se prépare à affronter l’Armée des Cendres. Joad et Marie vont s’engager dans une course dont l’enjeu n’est rien de moins que le sort du monde.

Résumé

Sévrina et ses amis ont fait la fête plusieurs jours et nuits d’affilé. A l’aube du 5ème jour, la jeune fille décide de rentrer enfin chez elle, où elle vit avec son père, un des derniers docteurs de Scande. Il cherche un moyen de sauver sa ville mais pas que. La Terre entière est menacée par la Crue qui est en train de tout recouvrir. Pendant ce temps, l’Eglise des Cendres et ses prêtres prennent de plus en plus d’importance et de pouvoir. Ils cherchent à arrêter tous ceux qui se veulent donner de l’espoir aux autres, tenter de sauver le monde. Quand le père de Séverina est assassiné sous ses yeux, la jeune fille s’échappe par les souterrains inondés. Elle en sortira plus que mal en point. Son destin est en train de changer, que va-t-elle devenir ?

Mon avis

Une très bonne lecture même si j’aurai apprécié un peu plus de développement sur certains points.

Malgré ce fait, je n’ai pas été frustrée dans la lecture pour autant, ça aurait juste permit de prolonger le plaisir de la lecture ^^

Le lecteur découvre un monde différent du notre mais qui par certains aspects peut être similaire. Les eaux sont progressivement en train de recouvrir toutes les surfaces, le sel attaque le métal mais surtout des créatures marines envahissent les cours, les jardins, les demeures, … coquillages et crustacés. Mais pas si sympathiques sur les ballades au bord de l’eau l’été. Des créatures venimeuses, acides, coriaces. Auxquelles il ne vaut mieux pas se frotter. Pendant ce temps, la religion « majoritaire » celle des Cendres étant son aura, mais on se demande si les prêtes désirent vraiment sauver les hommes et leurs âmes. Dans ce contexte, il y a ceux qui suivent, ceux qui survivent et ceux qui tentent d’améliorer le quotidien des leurs. Comme Joad de Vorastburg. Un homme avec deux prothèses mécaniques (une jambe, un bras) qui s’occupent d’un hôpital. Un homme qui ignore tout de son propre passé. Car dans le monde créé par Estelle Faye, certains ont le pouvoirs de vous ôter tous souvenirs. Ce qui nous donne des personnages mystérieux, qui se cherchent, que l’on découvre à mesure qu’ils se découvrent.

Marie est de ceux-là. Elle aussi n’a plus de mémoire. Recueillie par des Cendreux, elle sera d’abord un souffre douleur, mais habile et têtue, elle acquiert une vraie force au combat. De là, à prendre la tête d’une troupe et de faire mieux que le valeureux et agaçant Laurent de Wörst, il n’y a qu’un pas. Qui sera franchi. Le destin va faire se croiser Marie des Cendres et Joad. Pour quelle raison ? Est-ce que tout est écrit d’avance ? Le monde court-il inexorablement à sa perte ? Peut-il encore être sauvé ? Bien entendu, le lecteur saura ce qu’il advient de la belle et insouciante Séverina.

Plusieurs contrées traversées ressemblent à l’Europe ou à l’Asie. C’était très intéressant à découvrir et le lecteur va croiser des personnages intrigants, haut en couleur, courageux ou avide de pouvoir. Le récit s’émaille de nombreux rebondissements et ceux dès le début. Je suis personnellement allée de surprise en surprise, je ne m’attendais pas à la tournure des événements.Les personnages n’ont pas évolués de la façon dont je l’imaginais. Toutes les cartes, tous les fils de l’histoire ne sont pas distribuées, tissés d’entrée de jeu. Cela change de mes lectures précédentes et c’est vraiment très sympa.

Et puis, les Cendres font froids dans le dos, comment ne pas faire la comparaison avec notre monde si réel. On peut donc choisir une double lecture. Fantasy ou fantasy/réflexion. J’apprécie beaucoup. Et ça reste une lecture détente mais avec un fond, quelque chose de plus profond si on a envie de le voir. Tous les personnages secondaires apportent quelque chose à l’histoire. Ils permettent soit d’éclairer le lecteur sur le monde, soit de comprendre un peu mieux les réactions des personnages principaux. D’ailleurs, les personnages principaux sont-ils réellement les personnages principaux ?

L’histoire est sympa, on ne sait pas où elle va aboutir, où l’auteur nous emmène. Personnellement, j’aurai aimé un peu plus de choses sur Jester  Une jeune femme, belle et vive, qui va croiser Joad alors en exil et qui aura son rôle à tenir. Personnage féminin importante mais qui n’a peut être pas été suffisant détaillée (son passé, ses impressions). Même si je reconnais avoir apprécié qu’elle n’apparaissent pas immédiatement. En tout cas, l’univers , le monde dans lequel évolue les hommes est fascinant, l’ambiance créée est réussie, noirceur, mêlée d’ombre, d’humidité, de salissures. Comme le reflet du monde que nous détruisons peu à peu par nos actes ou nos idées. On ressent presque la moiteur ambiante, la touffeur à la fin, la sensation oppression. C’est très réussi.

Les personnages sont complexes, Marie notamment, perturbants aussi. Dans l’ensemble, les personnages sont attachants et on a vraiment envie de découvrir ce qu’ils vont devenir.  Le style est fluide, l’écriture rigoureuse, beaucoup de vocabulaire précis, quelques inventions bienvenues, un univers bien décrit. Peut être qu’une géographie plus développée, une carte, aurait apporté un plus. Et j’ai juste eu l’impression parfois que les ellipses de temps, certains passages assez courts pouvaient perturber le lecteur.

Dans tous les cas, La dernière lame fut une belle découverte, un bon moment de lecture. Qui peut dérouter un peu mais qui se démarque. Sure que je relirai un ouvrage d’Estelle Faye !

Fahrenheit 451 de Ray Bradbury

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Folio SF, 224 pages, 5,60€

4ème de couverture

451 degrés Fahrenheit représentent la température à laquelle un livre s’enflamme et se consume. Dans cette société future où la lecture, source de questionnement et de réflexion, est considérée comme un acte antisocial, un corps spécial de pompiers est chargé de brûler tous les livres dont la détention est interdite pour le bien collectif. Montag, le pompier pyromane, se met pourtant à rêver d’un monde différent, qui ne bannirait pas la littérature et l’imaginaire au profit d’un bonheur immédiatement consommable. Il devient dès lors un dangereux criminel, impitoyablement pourchassé par une société qui désavoue son passé.

Résumé

Montag rentre de sa journée de travail. Il est pompier. Mais lu n’éteint pas des incendies. Il est chargé avec sa brigade de brûler les livres. Ces ouvrages qui font réfléchir, dont les idées peuvent amener les gens à rêver, se rebeller, apprendre. Sur sa route, il croise une jeune fille. Dans un monde où personne ne va vers l’autre, Clarisse lui parle et échange avec lui. Cette rencontre surprenante va le hanter pour la nuit. Il rentre retrouver sa femme, qui ne souhaite rien d’autres qu’un nouveau mur-écran … un 4ème…

Mon avis

Un classique  à lire ou relire !

Montag est pompier, mais pas les pompiers comme nous les connaissons, son rôle à lui est de détruire les ouvrages, les livres, ces objets subversifs, qui prônent des idées, des idéaux, des histoires, un passé. Ces livres qu’on a d’abord abrégés, puis condensés, puis finalement rejetés. Montag est lui à une période charnière de sa carrière. Il réfléchit. Et croise Clarisse qui le pousse à réfléchir encore plus.  A ce qu’il fait. Et que contiennent donc ces livres pour qu’un jour quelqu’un ai décidé qu’il sera mieux de les brûler. Il a l’impression de ne plus comprendre son existence. Dans quel monde vit-il ? Qu’est-ce que ce monde où sa femme s’abrutit de programmes dont elle ne sait même pas discuter. Qui passe son temps avec un bruit de fond dans les oreilles, qui prend tant de médicaments sans savoir ce qu’elle le fait, au point de ne pas comprendre qu’on ait dû la réanimer… Quel est ce monde gris et monotone ? Et Montag lui, a-t-il encore envie de faire parti de ce monde?

Ray Bradbury nous sert un monde dystopique où les gens pour être plus raisonnable, pour la Paix, ont supprimé de leur existence le savoir, leur passé, la culture. Où le gouvernement a sauté sur l’occasion inespérée d’avoir enfin un peuple de moutons qui sera plus simple à gérer.

J’ai eu du mal à accrocher au 1er tiers du roman. C’est froid, insensible, Montag semble s’interroger beaucoup mais reste passif, sans réaction devant les événements. Comment pourrait-il posséder des émotions, des sentiments quand on ne les reconnait plus, qu’on ne sait plus ce qui existait avant. De plus, on passe un peu de coq à l’âne, dans une sorte de rêve, de brouillard. Du coup, c’est difficile. On ne s’attache pas au personnage et on se demande où tout ça va en venir.

Et puis, à un moment, l’action est lancée. Comme si Montag était tout à fait éveillé, comme si Clarisse avait été son déclencheur ou du moins une aide à ce qu’il avait déjà commencé à entreprendre. Parce que les livres intriguent notre pompier, il a envie de savoir ce qu’ils contiennent, ces messages, ce passé qu’il ne connait pas ou ne connait plus. Il a, sans s’en rendre compte, tout simplement envie de se sentir vivant. Et quand la traque de Montag commence, le lecteur est happé dans cette course poursuite.

Les autres personnages sont presque tous « absents », le lecteur n’en retiendra que peu : Clarisse, jeune « folle » dont la famille sait rire, s’émerveiller, discuter, vivre tout simplement. Le capitaine des pompiers, qui semble en savoir plus qu’il n’y parait sur la Société. Et qui semble si érudit dans un monde qui n’a pourtant plus accès au savoir, aux idées, aux mots. Il est sournois et terrifiant dans son genre. Vicieux. Je l’ai détesté ! Mais c’est lui qui nous explique ce qu’a voulu le peuple : lorsque la technologie a pris le dessus, les gens ne voulaient plus apprendre.

Replacé dans son contexte, ce roman est une satire de la société de l’époque, la Guerre Froide, le Maccarthisme. Mais finalement, le message reste actuel, si vrai.  L’uniformisation de la pensée, faire des gens des moutons qui ne seront plus capables de penser par eux-même. Les priver de réflexion, de rêves. Un monde horrible où les jeunes s’entretuent quand ils n’ont pas leur dose de sensations fortes. Où les adultes sont froids, dociles, sans curiosité. Qui ne savaient plus qui est leur conjoint, leurs collègues, ce que ressentent les gens. Tout le contraire de Clarisse, pétillante, curieuse, intelligente. Ceux qui savent encore.

Alors que je n’y arrivais pas au début, je me suis attachée à Montag, à sa lutte pour se réveiller, pour vivre. Ne plus avoir peur des idées, des théories, des livres, et au contraire, vouloir les lire, les comprendre, les retenir. Décider que les livres ne seront plus synonymes de tension entre les gens, entre les minorités, amenant à se combattre. J’ai oublié le mal qu’à fait Montag sans le chercher et j’ai espéré pour lui pour le monde un renouveau, du changement.

Cette histoire qui commençait difficilement devient prenante. D’un style froid et confus dans le quotidien de Montag on passe quand ce dernier s’éveille (se réveille, revit) à un style plus travaillé, avec de belles métaphores, des images. Quand Montag se sent  vivant, l’écriture se réveille également, on ressent presque les odeurs, les bruits…

La fin est plus philosophique, reflétant la guerre froide immobile, silencieuse, invisible mais pourtant bien présente. Une attente, un climat de tension. La fuite des cerveaux, des artistes, des scientifiques communistes. Comme ceux qui se retrouvent dans la forêt à la fin. L’auteur s’adresse presque au lecteur à travers l’esprit de Montag. Le lecteur lui aussi doit prendre conscience et comprendre l’importance du souvenir, du collectif. Qu’en ne rejetant pas le passé, la réalité, une lueur d’espoir, de renaissance, pour un monde nouveau est possible.

Fahrenheit 451  est un classique que j’ai découvert au Club de lecture et j’en suis plus que ravie. Je n’avais pas eu à l’étudier en cours, c’est dommage, j’aurai aimé le découvrir avant mais il n’est jamais trop tard. C’est un classique qu’il faut avoir lu au moins une fois, que l’on peut relire (je le relirai je pense, je suis sure d’y voir encore d’autres messages, d’autres interprétations). Qu’on aime ou pas, il fait réfléchir  et reste très actuel ! Vraiment à lire, relire, découvrir ^^

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