Fahrenheit 451 de Ray Bradbury

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Folio SF, 224 pages, 5,60€

4ème de couverture

451 degrés Fahrenheit représentent la température à laquelle un livre s’enflamme et se consume. Dans cette société future où la lecture, source de questionnement et de réflexion, est considérée comme un acte antisocial, un corps spécial de pompiers est chargé de brûler tous les livres dont la détention est interdite pour le bien collectif. Montag, le pompier pyromane, se met pourtant à rêver d’un monde différent, qui ne bannirait pas la littérature et l’imaginaire au profit d’un bonheur immédiatement consommable. Il devient dès lors un dangereux criminel, impitoyablement pourchassé par une société qui désavoue son passé.

Résumé

Montag rentre de sa journée de travail. Il est pompier. Mais lu n’éteint pas des incendies. Il est chargé avec sa brigade de brûler les livres. Ces ouvrages qui font réfléchir, dont les idées peuvent amener les gens à rêver, se rebeller, apprendre. Sur sa route, il croise une jeune fille. Dans un monde où personne ne va vers l’autre, Clarisse lui parle et échange avec lui. Cette rencontre surprenante va le hanter pour la nuit. Il rentre retrouver sa femme, qui ne souhaite rien d’autres qu’un nouveau mur-écran … un 4ème…

Mon avis

Un classique  à lire ou relire !

Montag est pompier, mais pas les pompiers comme nous les connaissons, son rôle à lui est de détruire les ouvrages, les livres, ces objets subversifs, qui prônent des idées, des idéaux, des histoires, un passé. Ces livres qu’on a d’abord abrégés, puis condensés, puis finalement rejetés. Montag est lui à une période charnière de sa carrière. Il réfléchit. Et croise Clarisse qui le pousse à réfléchir encore plus.  A ce qu’il fait. Et que contiennent donc ces livres pour qu’un jour quelqu’un ai décidé qu’il sera mieux de les brûler. Il a l’impression de ne plus comprendre son existence. Dans quel monde vit-il ? Qu’est-ce que ce monde où sa femme s’abrutit de programmes dont elle ne sait même pas discuter. Qui passe son temps avec un bruit de fond dans les oreilles, qui prend tant de médicaments sans savoir ce qu’elle le fait, au point de ne pas comprendre qu’on ait dû la réanimer… Quel est ce monde gris et monotone ? Et Montag lui, a-t-il encore envie de faire parti de ce monde?

Ray Bradbury nous sert un monde dystopique où les gens pour être plus raisonnable, pour la Paix, ont supprimé de leur existence le savoir, leur passé, la culture. Où le gouvernement a sauté sur l’occasion inespérée d’avoir enfin un peuple de moutons qui sera plus simple à gérer.

J’ai eu du mal à accrocher au 1er tiers du roman. C’est froid, insensible, Montag semble s’interroger beaucoup mais reste passif, sans réaction devant les événements. Comment pourrait-il posséder des émotions, des sentiments quand on ne les reconnait plus, qu’on ne sait plus ce qui existait avant. De plus, on passe un peu de coq à l’âne, dans une sorte de rêve, de brouillard. Du coup, c’est difficile. On ne s’attache pas au personnage et on se demande où tout ça va en venir.

Et puis, à un moment, l’action est lancée. Comme si Montag était tout à fait éveillé, comme si Clarisse avait été son déclencheur ou du moins une aide à ce qu’il avait déjà commencé à entreprendre. Parce que les livres intriguent notre pompier, il a envie de savoir ce qu’ils contiennent, ces messages, ce passé qu’il ne connait pas ou ne connait plus. Il a, sans s’en rendre compte, tout simplement envie de se sentir vivant. Et quand la traque de Montag commence, le lecteur est happé dans cette course poursuite.

Les autres personnages sont presque tous « absents », le lecteur n’en retiendra que peu : Clarisse, jeune « folle » dont la famille sait rire, s’émerveiller, discuter, vivre tout simplement. Le capitaine des pompiers, qui semble en savoir plus qu’il n’y parait sur la Société. Et qui semble si érudit dans un monde qui n’a pourtant plus accès au savoir, aux idées, aux mots. Il est sournois et terrifiant dans son genre. Vicieux. Je l’ai détesté ! Mais c’est lui qui nous explique ce qu’a voulu le peuple : lorsque la technologie a pris le dessus, les gens ne voulaient plus apprendre.

Replacé dans son contexte, ce roman est une satire de la société de l’époque, la Guerre Froide, le Maccarthisme. Mais finalement, le message reste actuel, si vrai.  L’uniformisation de la pensée, faire des gens des moutons qui ne seront plus capables de penser par eux-même. Les priver de réflexion, de rêves. Un monde horrible où les jeunes s’entretuent quand ils n’ont pas leur dose de sensations fortes. Où les adultes sont froids, dociles, sans curiosité. Qui ne savaient plus qui est leur conjoint, leurs collègues, ce que ressentent les gens. Tout le contraire de Clarisse, pétillante, curieuse, intelligente. Ceux qui savent encore.

Alors que je n’y arrivais pas au début, je me suis attachée à Montag, à sa lutte pour se réveiller, pour vivre. Ne plus avoir peur des idées, des théories, des livres, et au contraire, vouloir les lire, les comprendre, les retenir. Décider que les livres ne seront plus synonymes de tension entre les gens, entre les minorités, amenant à se combattre. J’ai oublié le mal qu’à fait Montag sans le chercher et j’ai espéré pour lui pour le monde un renouveau, du changement.

Cette histoire qui commençait difficilement devient prenante. D’un style froid et confus dans le quotidien de Montag on passe quand ce dernier s’éveille (se réveille, revit) à un style plus travaillé, avec de belles métaphores, des images. Quand Montag se sent  vivant, l’écriture se réveille également, on ressent presque les odeurs, les bruits…

La fin est plus philosophique, reflétant la guerre froide immobile, silencieuse, invisible mais pourtant bien présente. Une attente, un climat de tension. La fuite des cerveaux, des artistes, des scientifiques communistes. Comme ceux qui se retrouvent dans la forêt à la fin. L’auteur s’adresse presque au lecteur à travers l’esprit de Montag. Le lecteur lui aussi doit prendre conscience et comprendre l’importance du souvenir, du collectif. Qu’en ne rejetant pas le passé, la réalité, une lueur d’espoir, de renaissance, pour un monde nouveau est possible.

Fahrenheit 451  est un classique que j’ai découvert au Club de lecture et j’en suis plus que ravie. Je n’avais pas eu à l’étudier en cours, c’est dommage, j’aurai aimé le découvrir avant mais il n’est jamais trop tard. C’est un classique qu’il faut avoir lu au moins une fois, que l’on peut relire (je le relirai je pense, je suis sure d’y voir encore d’autres messages, d’autres interprétations). Qu’on aime ou pas, il fait réfléchir  et reste très actuel ! Vraiment à lire, relire, découvrir ^^

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Il est de retour de Timur Vermes

9782714456090

Belfond, 19,33€, 363 pages

4ème de couverture

Succès inouï en Allemagne, traduit dans trente-cinq langues, bientôt adapté au cinéma, Il est de retour est un véritable phénomène. Entre Chaplin, Borat et Shalom Auslander, une satire aussi hilarante que grinçante qui nous rappelle que face à la montée des extrémismes et à la démagogie, la vigilance reste plus que jamais de mise.

Soixante-six ans après sa disparition, Hitler se réveille dans un terrain vague de Berlin. Et il n’est pas content : comment, plus personne ne fait le salut nazi ? L’Allemagne ne rayonne plus sur l’Europe ? Depuis quand tous ces Turcs ont-ils pignon sur rue ? Et, surtout, c’est une FEMME qui dirige le pays ?
Il est temps d’agir. Le Führer est de retour et va remettre le pays dans le droit chemin. Et pour cela, il lui faut une tribune. Ça tombe bien, une équipe de télé, par l’odeur du bon client alléchée, est toute prête à lui en fournir une.
La machine médiatique s’emballe, et bientôt le pays ne parle plus que de ça. Pensez-vous, cet homme ne dit pas que des âneries ! En voilà un au moins qui ne mâche pas ses mots. Et ça fait du bien, en ces temps de crise…
Hitler est ravi, qui n’en demandait pas tant. Il le sent, le pays est prêt. Reste à porter l’estocade qui lui permettra d’achever enfin ce qu’il avait commencé…

Résumé

Par un bel après-midi ensoleillé, Hitler se réveille sur un terrain vague à Berlin. Il tombe d’abord sur la jeunesse berlinoise qui ne semble pas le reconnaitre. Hitler se dirige alors vers les rues plus animées et tombe sur un kiosque à journaux. C’est là qu’il découvre qu’il s’est réveillé en aout… 2011. 66 ans ont passé depuis ses derniers souvenirs. Le kiosquier lui propose son aide, le prenant pour un acteur qui cherche à percer et le garde quelques jours dans son kiosque. L’occasion pour le Führer de lire un peu ce qu’il se passe de nos jours et de décider que la Providence lui accord une nouvelle chance d’achever ce qu’il avait commencé.

Mon avis

Satire perturbante, exercice intéressant.

Voici donc Hitler qui se réveille 66 ans après sa disparition en avril 1945. Il n’a pas de souvenir de sa dernière soirée et c’est très surpris mais somme tout assez ravi qu’il se trouve être de nouveau là en 2011. Il découvre alors ce qu’il s’est passé depuis 1945, ce qu’est actuellement la politique allemande et c’est tout naturellement qu’il décide de reprendre s’il le peut son combat politique. Cependant, alors qu’il affirme partout s’appeler Adolf Hitler, il n’a pas la possibilité de prouver son identité, les gens qu’il rencontre opte pour le considérer comme un artiste, un acteur qui se fait passer pour le Fürher. C’est un orateur et sa façon de faire « comme le vrai » impressionne. On lui propose alors quelques minutes dans un show tv où il pourra dire ce qu’il veut, le contraste provoquant le rire. La télévision lui donne alors une vitrine inespérée.

Une première chose m’a gênée, c’est l’acceptation rapide du personnage de sa situation si inattendue. Il argumente que c’est la Providence sans finalement remettre en cause quoique ce soit. J’ai trouvé cela un peu trop simple. Il nous faut, lecteurs, accepter ce fait. Le Destin a voulu son Retour. Seconde chose, j’ai été mal à l’aise avec une narration à la première personne. Cette façon fait qu’on se sent intime avec les pensées de cet homme. Et là, vraiment ce fut compliqué pour moi. Je pense que l’auteur a fait ce choix justement pour nous faire réagir, c’est réussi. C’est perturbant de lire ce récit, en tout cas pour moi.

Il s’agit là, sinon, d’une très bonne satire. Car tout semble se passer si simplement. Comme si personne à notre époque n’allait vraiment réagir. On voit ce que l’on veut voir. Un acteur très doué. Un sosie qui se sert de sa ressemblance pour faire passer des messages. Mais le fait que les gens « marchent », ne semble pas plus intrigué, qu’ils ne réagissent pas vraiment… Fait froid dans le dos. Parce que ce n’est pas un comique burlesque, c’est vraiment le chef du Reich et les gens l’écoutent, le félicitent, s’attachent à lui, enfin à celui qu’il pense être. En fait, c’est assez compliqué à expliquer, pour le coup, il faut vraiment le lire pour le comprendre.

Il est intéressant de voir comment Hitler découvre les « nouvelles technologies et voies d’information ». La radio, la télévision, internet. Tous ses médias, qui vont lui permettre de faire entendre sa voix. Encore plus que dans les années 30. L’auteur réussit très bien à critiquer et faire réfléchir sur la télévision et les programmes. Adolf passe en revue les chaines et se rend compte qu’il n’y a pas vraiment de choses intelligentes dans les programmes de l’après-midi. Les gens veulent du divertissement. Mais finalement, le peuple regarde la vie de leurs contemporains pathétiques.

Il y pas mal d’humour noir, de quiproquos, de dialogues à double sens, du fait que les gens pensent que le Führer est un comédien. La façon de faire permet d’alléger les moments où on a les propos/ idées d’Hitler. Car lui parle le plus sérieusement du monde. Son talent oratoire lui permet de retourner toutes les situations à son avantage, derrière mon livre, ça m’a beaucoup énervée. Et j’attendais avec impatience, le moment où la situation allait se retourner. Je vous laisse découvrir si cela a été ou non le cas. J’ai eu du mal à le lire, je dois l’avouer.

Comme avec la télévision, Hitler découvre la politique nationale et internationale menée pendant les 66 dernières années grâce à Internet. En presque 70 ans, la position de l’Allemagne n’est plus la même, les préoccupations ont changées. Il en ressort atterré et il doit changer tout ça. Il rêve de retrouver l’Allemagne d’autrefois, et même si cela semble moins pressant, elle doit retrouver son envergure d’autrefois. Il doit faire quelque chose, il commence alors, le succès de ses passages à la télé grandissant, sa propagande. Jusqu’au jour où il dispose de sa propre émission…

J’ai trouvé certains passages un peu long. Peut-être parce qu’il a certaines choses historiques ou des thèmes que je ne connaissais pas. Que je n’ai pas non plus, une vision claire de la politique allemande actuelle. Mais on sent que l’auteur essaie de dénoncer des choses actuelles, le retour d’un nationalisme qui effraie, des personnages politiques peu charismatiques, des programmes inexistants. Il fait passer des messages.

Le roman et la façon de faire sont très intéressants. C’est bien écrit et servi par une réflexion poussée et intéressante. Mais j’ai besoin d’être en empathie avec un minimum de personnage pour aimer un livre. Et là, clairement ce n’était pas possible. Il y a tout le passif que l’on ne peut oublier et les idées qui me font hérisser le poil, qui me révolte. Il faut le lire parler des juifs, des femmes,… ahhhh. L’auteur réussit à faire réfléchir, réagir son lecteur, (éveiller les consciences ?) et c’est certainement ce qu’il voulait. Pour cela, je pense que ce roman est réussi. Pour le reste, c’est bien trop personnel, subjectif. Même si c’est vu le comique de contraste, de situation, l’humour noir, ça ne m’a malheureusement pas fait rire. Ce n’est pas un roman pour moi mais l’avoir lu m’a fait réfléchir et c’est déjà positif.