Le grimoire des anciens (Sort-Céleri – Maïa Luna – T2) de Frédérique Pinson-Ibarburu

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Corinne Ozenne Editions, 16,50€, 188 pages

4ème de couverture

Après «Sort Céleri», nous voilà, une fois encore embringué dans la vie folle et trépidante de Maïa Luna, qui, pour cette nouvelle aventure nous entraîne dans une poursuite endiablée contre le temps ! Maïa impliquera à nouveau dans son périple, et ce bien malgré eux, ses compagnons d’armes : son fidèle dragon, un pirate caractériel, un mage dévoué et un second envoutant… Entre mer, amour, trahison et vols à dos de dragons, savourez ce nouvel opuscule désopilant des aventures féeriques de Maïa et ses acolytes. Accrochez-vous ça va décoiffer !

Mon avis

Un bon moment de lecture, des qualités mais aussi quelques défauts.

Maïa Luna, sorcière dotée de grands pouvoirs et qui n’a pas la langue dans sa poche, est retenue prisonnière par son ennemi le puissant mage Callaghan. Il la retient dans une geôle d’une de ses demeures et commence à la torturer pour lui faire avouer ce qu’elle sait sur la cachette du Grimoire des Anciens. Ce puissant livre de magie, dont on ne sait ce qu’il contient mais qui est très précieux, ne doit pas tomber en de mauvaises mains sinon il en serait fini de Faërie. Maïa doit donc puiser dans ses ressources pour ne rien divulguer ce que qu’elle aurait appris sur le livre.

Dans sa prison, elle énumère ses « amis » susceptibles de lui venir en aide. Si seulement, elle pouvait utiliser ses pouvoirs pour les prévenir. Il y a Elorn ce dragon de 5m de hauteur qu’elle a sauvé de Callaghan, puis le mage Philibert Turlututu, grand fêtard, guide spirituel et ancien bras droit de Callaghan, le mage Ryan qui entretien une relation amoureuse en pointillé avec la jeune sorcière et qui fut aussi jadis sous les ordres du mage noir et enfin le pirate Jack Rackman, qui en pince pour elle, qui fut son amant mais qui l’a semble-t-il trahit tout récemment. Comment va-t-elle se tirer du bourbier où elle s’est fourrée ? Et qui lui viendra en aide ?

Dans le premier chapitre, c’est Maïa qui nous raconte son histoire, dans un langage oral et fleuri, où elle ne mâche pas ses mots. Ensuite, on a la fois le point de vue de Maïa à la première personne et la description de ce qui se passe pour les autres personnages.

Plusieurs choses m’ont chiffonnées pendant cette lecture. Déjà, c’est un tome 2 et même si l’auteure replace les événements dans le contexte et donne les éléments du livre précédent, je regrette qu’on ne puisse pas trouver le tome 1 chez le nouvel éditeur ne serait-ce qu’en ebook. ça ne m’aurait pas dérangée de me le procurer avant de lire ce livre gagné chez Péléane. Ensuite, j’ai eu du mal avec les mélanges des temps, quand Maïa parle l’auteure utilise le présent et pour le reste c’est écrit au passé, je pense que le récit aurait gagné en fluidité avec l’utilisation unique du présent. Enfin, il y a des coquilles dont une assez récurrente et c’est dommage Callaghan/Gallaghan…

A part cela, j’ai passé un bon moment, c’est une lecture détente, bourrée d’humour dès l’avant-propos. De l’humour et de la dérision Maïa n’en manque pas, elle a un style et une gouaille bien à elle. Et sa vie est mouvementée autant en tant que sorcière avec une grande destinée que sentimentalement ! Et c’est pas rien de le dire ^^ C’est parfois chaud et pas que parce qu’elle va devoir se battre pour sa vie ! Il y a beaucoup d’actions et de rythme. ça bouge pas mal.

J’ai bien aimé les personnages développés par l’auteure, chacun avec son caractère, on découvre là une belle galerie de personnages, excentriques et loufoques. Ma préférence va à  Elorn et Philibert ^^ J’aurais bien aimé que le méchant fasse un peu plus peur/flipper et pourquoi pas avoir aussi son point de vue. Autre chose, malgré le titre, on n’apprend pas encore grand chose sur Le grimoire des anciens 😦

Merci à Péléane et les Éditions Corinne Ozenne pour le concours et la découverte. Et vous, vous connaissiez ? Vous l’avez lu ?

 

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Les tribulations d’une gothique amoureuse de Cécile Guillot

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EDB Editions, 200 pages, 13,00€ / 2,99€ en ebbok

4ème de couverture

Lily est amoureuse de Vince, mais pas seulement… Elle aime aussi…

La vie.
La musique.
Son travail.
Ses corsets.
Les cupcakes.
Un peu, beaucoup, passionnément, à la folie… elle décide de vivre ses rêves au lieu de rêver sa vie…

Mon avis

Les tribulations d’une gothique amoureuse est une lecture légère et fraîche, de celles qui font du bien.

Lily travaille dans une école, elle s’occupe d’enfants présentant des difficultés d’apprentissage pour diverses raisons. Lily a son style bien à elle et ne s’en lasse pas compter. Oui, car Lily est gothique et n’est pas bien vue par sa directrice pincée et aigrie et certaines collègues vieux jeu. Mais Lily ne va certainement pas changer ce qu’elle est pour plaire à de vieilles mégères (bon ok pas si vieilles mais quand l’esprit est étriqué…).

Lily est aussi membre d’un groupe de musique branché, métal, elle joue avec ses amis et elle est secrètement amoureuse de Vince, le musicien rebelle de la bande. Ils répètent tous ensemble toutes les semaines, mais le rythme s’accélère quand une belle opportunité s’offre à eux.

Lily met du cœur à l’ouvrage mais ne peut s’empêcher d’être un peu à cran. Peut-être, parce qu’elle n’arrive pas à avouer ses sentiments à celui qu’elle couve pourtant du regard. Il faut dire que le bad boy collectionne les conquêtes et Lily aimerait tellement être celle pour qui il laisserait tomber ses mauvais travers. Mais rien ne va se passer comme Lily l’aurait espéré. Ajouter une directrice qui s’acharne sur une de ses collègues… La vie de Lily est simple mais pas de tout repos pour autant !

Lily est attachante, c’est une jeune femme avec ses doutes mais qui dégage quelque chose de plus que les autres. Même si on ne partage pas tous les traits de caractère ou le gout vestimentaire de l’héroïne, on s’identifie toujours à un moment où à un autre à elle. J’ai apprécié sa façon d’être, sa manière de répondre aux clichés sur les gothiques, son goût pour les cupcakes, sa relation avec sa meilleure amie, etc.

Il faut dire que Cécile Guillot nous sert une romance certes mais sans nombre des clichés associés au genre. Des petits quiproquos, mais pas l’un des schémas agaçants qu’on retrouve trop souvent (au choix, jeu du chat et de la souris, triangle amoureux ou propos nian-nian).

Les tribulations de Lily sont à des années lumières de celle de l’accro du shopping qui m’avait agacé.  Ici, point de jeune fille écervelée qui trouve tous les bonnes raisons pour ne pas faire face à ses responsabilités. Lily avec ses défauts a cependant la tête sur les épaules. Bien sur, cela ne l’empêche pas d’être une rêveuse. Au contraire.  Mais elle décide de vivre ses rêves et de faire face au bon comme au mauvais. Une jeune fille normale, qui peut se faire des films, qui peut se replier sur elle-même, qui peut être jalouse mais qui n’en reste pas moins sympathique, attentive aux autres, même si ce n’est pas toujours facile. Les situations dans lesquelles se retrouvent Lily sont crédibles. Et crédibilité ne rime pas avec ennui. Les pages se tournent toutes seules et on a envie de savoir ce que va faire Lily. J’ai beaucoup apprécié les personnages secondaires mais je ne préfère pas les décrire pour vous les laisser les découvrir.

Ce roman est une lecture agréable, douce et qui met du baume au coeur, servie par la plume apaisante de Cécile Guillot. On retrouve pas mal de choses et de passions de Cécile Guillot,  la musique,  la mode (vintage, gothique chic,…),… et l’auteure nous partage subtilement ses coups de coeur et ses bonnes adresses.

J’ai vraiment passé un très bon moment avec cette lecture, que je me reverrais bien relire plus tard. Et oui, je peux adorer une lecture classée romance quand celle-ci est juste, sympathique et drôle. A découvrir.

Noëls d’hier et de demain – Anthologie dirigée par Pierre-Alexandre Sicart

Couverture

Argemmios éditions, 391 pages, 20€

4ème de couverture

Vive le vent, vive le vent, vive le vent d’hiver…

Voici Saint Nicolas, venu annoncer la période des fêtes, accompagné de ses rennes, de ses lutins, et parfois du Père Fouettard. Voici la Befana, qui le remplace en Italie. Voici les rois mages, sur le chemin qui les mènera jusqu’à l’enfant Jésus, qui ignore encore qu’il mourra sur la croix. Voici le temps des fêtes, qui font rêver enfants et commerçants. Voici le temps des cadeaux et des bonbons, de la chaleur familiale, et des sans-logis qui, sous le grand manteau blanc, lentement meurent de froid.

Voici le temps des histoires – au coin du feu, ou dans une lointaine station spatiale où il ne neige jamais que des étoiles.

Mon avis

Une superbe découverte, quel dommage qu’on ne le trouve plus que d’occasion 😦

Au sommaire de cette anthologie : David Baquaise, Olivier Boile, Ophélie Bruneau, Orson Scott Card, Muriel Essling, Pierre Gévart, Léo Lamarche, Meddy Ligner, Jean-Marc Ligny, Claude Mamier, Élodie Meste, Damien Nortier, Anne Rossi, Alain Rozenbaum, Nicolas Saintier, Léa Silva, Ian Watson, Dean Whitlock

Un recueil parfaitement équilibré, où le choix des nouvelles n’est pas laissé au hasard, leur ordre non plus, comme l’expliquer P-A Sicart. Une belle façon de découvrir certains auteurs ou de les redécouvrir. Et des genres, des styles différents. Des nouvelles poétiques, angoissantes, mélange d’espoir et de désespoir. Des visions des Noëls passés ou à venir qui émerveillent pour les premiers, font froid dans le dos pour les seconds.

On y croise le Père Noël, le Père Gel russe, la Befana, le père Fouettard, … mais aussi Marie, les Rois mages… des contes et légendes revisités et retravaillés à merveille par les auteurs.

Quand Jésus descend par la cheminée de Ian Watson

On a ici une réécriture complète des histoires de Noël et de Jésus. Dans un monde qui ne surconsomme pas, Jésus vient retirer aux gens leurs biens les plus précieux pour les redistribuer aux pauvres. Quand à Noël, à l’époque romaine, il a reçu de 3 magiciens un grand sac magique, il peut y trouver ce que désire les gens. Mais cela va lui attirer les foudres de l’empereur… Cette nouvelle démarre fort l’anthologie avec un récit original et surprenant.

La Méthode Noël de Nicolas Saintier

A l’orphélinat Clauss, le directeur s’appelle Noël Nicolas Clauss, débonaire mais sévère. Il est aidé par sa femme Befana qui s’occupe de l’intendance et par Hans Trapp qui corrige les orphelins pas sages. Marion est si triste, elle veut une belle poupée mais n’a pas d’argent. Le père Clauss lui promet donc le jouet si elle travaille dur. Et au bout de quelque temps, elle finit par l’avoir, ce qui va susciter la jalousie des autres enfants et entretenir une paranoïa. Hugo lui aussi quelque chose. Le directeur décide alors de faire travailler les enfants et de récompenser ceux qui se seront le plus dévouer à leurs tâches quotidiennes…. Cette nouvelle pointe les travers de notre société : surconsommation, travail des enfants, profit, …, elle réécrit le conte de Noël et la méthode Noël n’a vraiment pas que du bon !

Noël en solitaire de Léa Silva

Thomas ne veut pas fêter Noël. C’est devenu une fête célébrant la surconsommation et l’hypocrisie et plus une fête célébrant les notions de partage, d’espoir et de magie. Il sort donc se promener le soir de Noël. Là, il rencontre un vieil homme qui cherche la péniche de sa fille. Tom décide de l’aider à trouver son chemin… et va passer une bien drôle de soirée. Une nouvelle sympathique délivrant un joli message d’espoir. Je partage certaines convictions exposées dans ce texte.

Du Sang sur des mains de givre d’Olivier Boile

Snegourochka a décidé d’en finir avec Ded Moroz, le Père Gel, que tous les enfants russes adorent mais qui la brime, l’humilie et la prive à longueur de temps. La jeune fille est différente, c’est une filles des glaces et elle n’en peut plus et va agir,…. et ça être assez violent. On découvre ici la figure traditionnelle russe du Père Gel et de sa petite fille Snegourochka. Récit plus pessimiste, il n’aurait pas dénoté dans un recueil noir. Il est sombre, cruel et met fin au rêve.

Befana d’Anna Rossi

L’atmosphère de la planète est devenu irrespirable sans tomber malade et se condamner à une espérance de vie courte. Noël vit dans un immeuble équipée où la concierge Befana est encore la seule à sourire, à se faire la cuisine et à ne pas avoir peur de l’extérieur. Elle va ouvrir les yeux de Noël sur la dure réalité de la vie mais également sur l’espoir que la génération de Noël représente pour tous. J’ai beaucoup aimé cette réécriture de la légénde italienne de Befana. La nouvelle est teinte d’espoir, d’optimiste et reflète parfaitement l’Esprit de Noël.

Le Sauveur d’Alain Rozenbaum

Jos et Mia, deux petits vieux, reçoivent en ce soir de Noël leurs amis à diner mais surtout ils attendent impatiemment le moment où le Père Noël leur apportera ce qu’ils ont commandé, un robot chirurgien pour Jos qui ne voit plus bien et devient complètement incontinent et pour Mia une barrette mémoire parce qu’elle oublie tout. Et cette semaine là, elle a justement oublié d’acheter des recharges de carbone pour faire fonctionner le synthétiseur gastronomique et autres appareils technologiques dont ils ne peuvent plus se passer pour vivre. Mais ce soir là, le Père Noël qui voit l’humanité s’éteindre peu à peu, leur fait un cadeau d’un autre genre… Noire, très noire et  cynique à souhait. L’avenir est sombre et il ne reste plus beaucoup d’espoir pour l’humanité avec des personnages pareils !

Miriam, Messie de Dean Whitlock

Une réécriture de la vie de Marie, la mère de Jésus. Miriam a un don particulier. Elle reçoit la visite de l’ange Gabriel qui lui annonce qu’elle va accomplir de grandes choses et qu’elle doit se concentrer sur les signes. Alors qu’elle devient une femme, son père part à la recherche d’un mari pour elle. Un jour, elle reçoit de nouveau la visite de Gabriel qui lui annonce que leur peuple à besoin d’un chef et qu’elle a été choisi. Et pour ce que les gens la suive, il y aura un miracle. Elle aura donc un enfant cet hiver. Quand l’ange s’en va, elle rencontre un homme qu’elle ne laisse pas indifférent…  Une nouvelle qui conte les origines des célébrations chrétiennes de la nativité. Une pointe de fantastique ou de miracle ?

Gloire éternelle de Meddy Ligner

En pleine guerre des tranchées, les allemands célèbrent la nuit de Noël ce qui occasionne une trève. Le capitaine en profite alors pour envoyer Dubois chercher de l’eau. C’est bien sa veine, c’est loin, dangereux dans ces tranchées qui se transforment en pleine nuit en vrai labyrinthe… Mais pour ce soldat qui veut laisser une marqué indélébile dans l’histoire, pas question de désobéir. Il part donc accomplir sa mission mais elle ne se passera pas vraiment comme espérer … enfin pas tout à fait … Une nouvelle sympathique avec une chute assez bien trouvée.

Poupée et vieux journaux de David Baquaise

Mathilde et Marthe se rendent dans la maison de leur enfance abandonnée depuis quelques mois, depuis le décès de leur maman. Elles doivent y accomplir quelque chose et avec un peu de chance, elles seront enfin en paix… Un récit fantastique dans une atmosphère oppressante et fantastique.

Nuit de Noël à l’Octogone de Jean-Marc Ligny

Gabriel, SDF, cherche un refuge à l’abri du froid en ce soir de Noël, le dernier du siècle. Il tente la Maison-Dieu où il sait qu’un soupirail l’amènera vers une cave à l’abri. Mais tout est fermé. Il essaie alors l’Octogone en chantier. Peut-être qu’avec un peu de chance… Une nouvelle fantastique assez courte. Un peu trop pour moi d’ailleurs.

Le don de Damien X. Nortier

Jérémie passe Noël chez son grand-père que tous appelle Père Joseph. Le jeune garçon ne prend pas part aux jeux de ses cousins et décide de chercher la cache des cadeaux de Noël. Il se rend dans le cabinet de travail de Joseph mais il tombe nez à nez avec son grand-père. Jérémie avoue qu’il ne croit plus au Père Noël et qu’il s’attendait à ce que Père Joseph soit en train de préparer les cadeaux. Ce dernier lui demande ce qu’il aimerait pour Noël, la réponse de Jérémie ne le satisfait pas. Il va alors lui raconter une histoire de tradition sur le sens des cadeaux… J’ai bien aimé cette nouvelle qui revient sur les Roi mages et leur chemins vers l’enfant Jésus. Et sur un mystérieux 4ème mage…

A nos espoirs d’Ophélie Bruneau

Nolwenn, commissaire reçoit un appel le soir de Noël, une urgence sur Lyon, elle et ses collègues doivent s’y rendre au plus vite. A Lyon, Lydia n’a pas envie de rentrer chez elle après le lycée pour un tête à tête avec sa mère, carrément pas dans l’ambiance de ce soir de Noël. Il peut des cordes et elle se dirige vers le Vieux Lyon, un quartier qui l’apaise. Elle y percute un jeune de son âge, étrange, qui lui dit être polynésien. Il semble perdu voir recherché. Il lui demande de l’aide, se protéger de la pluie. Lydia se méfie mais elle décide de l’aider quand même… Une nouvelle fantastique qui vire à la SF. Peut-être un peu trop douce.

Un jour par an de Claude Mamier

Julien déprimé décide de tenter la Chance et se voir ce que ça va donner comme dans un récit qu’il vient de terminer. Il décide de se jeter du 9ème étage de son immeuble et de voir ce que va lui réserver le destin. Il est alors arrêté par le Père Noël qui n’est pas celui qu’on croit. Tout comme les lutins qui furètent dehors et qui ne sont pas là pour distribuer les cadeaux de Noël…. Cette nouvelle est très glauque et on se demande ce qui est vrai et ce qu’il ne l’ai pas. Julien est-il fou ?

A Christmas Carol de Pierre Gévart

Dans une station spatial, l’équipage s’apprête à fêter Noël, Goosta est de garde, aidé par Lia (une AI) qui lui annonce qu’ils vont entrer en collision avec un objet. Lia programme donc une manoeuvre d’évitement mais si elle réussit, l’objet lui change également sa trajectoire… Et l’équipage va voir débarquer le Père Noël et ses rennes ! Une nouvelle SF totalement loufoque ^^

Le village de M. Noël d’Élodie Meste

Noëlla a 5 ans et nous raconte sa vie. Elle vit en Suède avec son papa et sa maman. Elle teste des jouets que fabrique son papa. Mais elle ne peut les garder. A Noël, on les lui reprend et pendant ce temps elle dort. Elle ne comprend pas pourquoi papa n’aime pas Noël, qu’il se dispute de plus en plus souvent avec maman… Sa maman est si gentille et prévenante que la petite fille oublie vite certaines petites contrariétés…. Mais un jour le comportement de sa maman change… Une nouvelle angoissante, une idée bien trouvée, une fin… pfiou. Par certains aspects, elle fait même froid dans le dos.

Le Vœu secret des anges de Léo Lamarche

P’tit Luc ne parvient pas à écrire sa lettre au Père Noël… Parce qu’il est des choses qu’on ne peut pas demander comme ça dans une lettre. Lui ne voudrait rien d’autres que des parents qui s’aiment à nouveau, qui arrêtent de se disputer. Mais ça c’est impossible ça se trouve pas dans un catalogue… Alors P’tit Luc pleure. Et ses larmes coulent sur le papier… Une nouvelle qui reflète la magie de Noël.

Le Père Noël de Muriel Essling

Une nouvelle glaçante. D’un côté, un jeune homme Sam plaqué par sa copine le soir du Réveillon. Il est en rage, quoi il l’a trompé c’est vrai mais ça n’avait pas d’importance. On ne rompt pas un soir comme celui-ci. Il tente de la faire revenir en lui envoyant un dernier texto. D’un autre côté, une famille, un trajet en voiture vu par les yeux du plus vieux des deux garçons. Un petit trop lucide et froid pour son âge.

Pour une pincée de poussière d’Orson Scott Card

La nouvelle la plus longue du récit. Enoch est un petit garçon qui doit déménager parce que sa maman est gravement malade. Même s’il comprend, il n’accepte pas de devoir se séparer de ce qui fait sa vie. Surtout ça serait reconnaitre que sa mère va mal et c’est certainement ce qui lui fait le plus peur. Il décide de se perdre dans un grand magasin de jouet. Il tombe sur fille bizarre Mo et la suit. Il passe alors derrière des cartons, dans une pièce étroite et se retrouve dans un autre monde. Où les écureuils ne vous veulent pas du bien et où Mo est un chevalier qui doit délivrer un roi. Enoch va sans doute vivre des aventures comme on n’en vit jamais… s’il survit. Et eut-être trouvera-t-il la fameuse poussière qui pourrait sauver sa mère ? Un récit fantastique, fantasy, un peu à la Narnia, rempli d’espoir, d’amour et de choix.

Noëls d’hier et de demain est vraiment une anthologie agréable à lire, qui émerveille et fait frisonner. Les textes apportent tous quelque chose, sont à la fois différent (style, thème) et complémentaire. Le recueil est vraiment bien équilibré. J’ai passé un agréable moment de lecture.

Les herbes de la lune – 2 d’Anne Laure

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Editions du Chat Noir, 14,90€, 222 pages

4ème de couverture

«Mon équilibre personnel me faisait penser à un sablier. Il était de mon devoir de garder la même quantité de sable de chaque côté de l’ampoule en verre. Vie humaine. Vie druidique. En franchissant la ligne, je me perdrais.» Après avoir embrassé sa véritable nature, Abigail va faire face à ses ambivalences pour gagner sa place au sein de la communauté, entre apprentissage et déboires sentimentaux…

Mon avis

J’avais tellement hâte de découvrir la suite de la vie d’Abigail que je n’ai pas traîné à lire ce roman (mais plus à le chroniquer on est d’accord).  Ce diptyque est un véritable coup de cœur ! Il est certain que je le relirai (avec la joie d’enchaîner les deux tomes) et j’ai hâte aussi je lire de nouveau un récit de l’auteure ^^

L’histoire reprend là où le tome 1 s’était arrêté. Exactement, là, où pauvre lectrice que je suis, je fus frustrée de ne pas avoir la suite.

Abigail attend des nouvelles de Tim mais ce dernier reste silencieux. Il est, a priori, parti réviser chez son grand-père mais il est quand même étrange qu’elle n’ait aucune nouvelle. Abi se replie alors sur elle-même. Il faut dire, qu’elle a des difficultés à concilier la vie druidique et la vie humaine, du mal à trouver sa véritable place, à savoir qui elle est vraiment… Avec elle, le lecteur va découvrir son histoire et son passé. Mais pour cela, elle devra affronter ses peurs et certaines révélations et lutter contre l’obscurité.

Dans sa vie de tous les jours, Abi prépare toujours le mariage de sa grand-mère avec André le libraire. Mais intérieurement, elle lutte pour ne pas laisser la Force l’atteindre et prendre le dessus. Surtout avec l’absence de Tim qui la ronge de l’intérieur.

Dans ce second tome, on apprend plein de choses sur la mythologie celte, sur le druidisme, les cérémonies. Il développe plus les relations entre les personnages, les liens et la hiérarchie des autorités druidiques et la psychologie de notre héroïne que le premier tome, qui lui nous éclairait sur la magie, les coutumes, et développait plus les personnages secondaires entourant la jeune fille. Même si ces derniers sont plus en retrait, ils sont toujours aussi essentiels à l’équilibre d’Abi, à sa vie, et au récit.

Ici c’est donc bien Abigail qui est au centre du récit. On partage ses doutes, ses choix, ses questionnements. Elle est en quête d’elle-même. Et on comprend qu’elle ne sera pas complète tant qu’elle ne connaitra pas ses racines. Et un personnage devra se révéler pour qu’elle puisse comprendre enfin qui elle est. Toutefois, cette révélation ne sera pas sans conséquence sur la vie d’Abi.

Comme lors de la lecture du premier tome, on se rend compte des nombreuses recherches de l’auteure, notamment sur les cérémonies qui ne sont pas toujours des célébrations festives. Cette suite est plus sombre que le premier tome et contient plus d’éléments dramatiques. Des événements qui marqueront Abigail pour toujours. Pour rendre le récit si intense, il fallait faire passer l’héroïne par de nombreux sentiments et la douleur et la peine ne lui seront pas épargné. Il fallait un événement marquant et le choix d’une disparition donne beaucoup de profondeur au récit, d’émotions ausisi et de puissance. Je me doutais que l’auteur ferait ce choix et j’ai eu peur. Heureusement pour moi, celui qui est fait est très cohérent avec le récit et m’a épargné la crise cardiaque. Plus sombre, donc, mettant en relief les vieilles rivalités dans la nouvelle vie d’Abi. La trahison, le mensonge. La relation d’Abi avec un des personnages, les révélations, vont tout changer pour elle. Et elle devra apprendre le pardon après un phase légitime de révolte. Certains peuvent trouver ce pardon trop rapide, pour moi, il est cohérent parce que dans ce qu’elle découvre, il n’y a pas que du négatif.

Anne-Laure a su mettre les mots sur le mal-être d’Abi comme sur son bonheur et le l’avoue dans ce tome, j’ai versé quelques larmes. Comme pour le premier, j’ai été complètement en empathie avec cette jeune femme à la fois forte et fragile. Même si je n’ai pas eu la même impression qu’à la lecture du tome 1, d’être complètement immergée au point de ne plus me rendre compte que je lisais, je n’en étais pas loin. Je me souviens avoir frissonné, avoir eu l’impression de sentir les éléments naturels se détraquer, etc. Puis, il faut dire que les décors sont magnifiques. Les descriptions sont telles que j’ai eu l’impression d’y être.

Ce diptyque présente quelques surprises et quelques révélations. De plus, j’admire le travail de l’auteur sur la culture celte mais aussi pour m’avoir épargné les clichés, le triangle amoureux, les « je t’aime, moi non plus ». L’histoire d’Abi et de Tim est belle et tendre, ils se complètent et s’équilibrent. Ont besoin l’un de l’autre. C’est beau, jamais mièvre. Pour une fois que la romance d’un roman ne me donne pas des hauts- le-cœur mais au contraire me fait fondre ! Merci Anne Laure.

Le seule reproche que je ferais et que c’est trop court. J’étais tellement dedans que j’en aurais bien repris encore 100 pages ! J’aurais bien aimé plus de détail dans la célébration des noces par exemple. Je n’avais tout simplement pas avoir de quitter ces personnages auxquels je me suis profondément attachée.

Les herbes de la lune, c’est une histoire de découvertes, d’acceptation de soi, du lourd regard des autres  mais c’est aussi un hymne à la Nature. Cette histoire nous rappelle bien comment elle est importante, vitale, cruciale. J’ai adoré ce qu’Abi représente, le druidisme, les équilibres, les autres mondes. Le melting pot, la débâcle des sentiments : amour, espoir, destruction, l’ambiguïté et l’ambivalence des êtres, l’harmonie. J’ai adoré l’écriture simple mais captivante de l’auteure. Vivement le prochain roman d’Anne Laure ^^

Even dead things feel your love de Mathieu Guibé

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Editions du Chat Noir, 276 pages, 19€90, mars 2013

4ème de couverture

Au terme de votre vie, à combien estimez-vous le nombre de minutes au cours desquelles vous avez commis une erreur irréparable ? De celle dont les conséquences régissent d’une douloureuse tyrannie vos agissements futurs jusqu’au trépas. Mon acte manqué ne dura pas plus d’une fraction de seconde et pourtant ma mémoire fracturée me renvoie sans cesse à cet instant précis tandis que la course du temps poursuit son inaltérable marche, m’éloignant toujours un peu plus de ce que j’ai perdu ce jour-là. Je me demande si notre dernière heure venue, les remords s’effacent, nous délestant ainsi d’un bagage bien lourd vers l’au-delà ou le néant, peu importe. Puis je me souviens alors qu’il s’agit là d’une délivrance qui m’est interdite, condamné à porter sur mes épaules ce fardeau à travers les âges, à moi qui suis immortel.

L’amour ne devrait jamais être éternel, car nul ne pourrait endurer tant de douleur.

Mon avis

Il était franchement temps que je sorte le livre de Mathieu Guibé, dont j’avais beaucoup aimé Germinescence, de ma PAL ! J’ai beaucoup aimé ^^

Le prologue nous plonge immédiatement dans la tête de Josiah Scarcewillow à un moment de son existence qui le lecteur le comprendra plus tard, est des plus importants, moment charnière dans les événements qui vont se dérouler. Et nous comprenons bien vite que Josiah est une créature sombre, une créature de la nuit, un vampire.

1850, la science et le progrès explosent et Josiah n’apprécie guère cette explosion qui met en danger son existence, son secret. De plus en plus, les vampires sont chassés, traqués et les nouvelles techniques qui émergent ont tendance à trop venir en aide aux chasseurs. Pour l’heure, Josiah admire le bâtiment construit à Hyde Park avant de repartir vivre dans sa demeure délaissée du Gloucestershire. Il y retrouvera Rudolf, majordome. Quelques temps après son arrivée sur ses terres, Josiah tombe sur des chasseurs profitant que le domaine soit à l’abandon pour traquer le renard, braconner sur une propriété qui n’est pas la leur. Lors de cette rencontre, Josiah fait la connaissance d’une demoiselle ayant cherché, même s’il se fût trop tard, à apaiser les souffrances d’un renard touché par les gentilshommes. Abigale, différente, va toucher au plus profond de son être le vampire désabusé. Commence alors une passionnante histoire d’un amour contrarié, au romantisme torturé.

Au premier abord, complètement pas ce que j’aime comme histoire. Je suis encore novice en vampire, moi je suis plutôt sorcières et fantôme et les histoires d’amour compliquées ou à l’eau de rose… ce n’est pas franchement ma tasse de thé. Et bien, quelle surprise ! Ce qui aurait pu être mal parti c’est finalement soldé par une superbe lecture ^^ Comme quoi, il faut savoir donner sa chance à certaines histoires.

Le récit est découpé en plusieurs parties. A part la première, chacune d’entre elles m’a surprise, avançant vers l’inconnu (l’avantage de lire très peu de chroniques ou bien d’attendre deux ans pour lire un livre), le récit prend une tournure qui n’était inattendue. J’ai franchement aimé ce mélange de romantisme, de cruauté, de poésie et de noirceur. Un équilibre parfait des mélanges (comme dirait ma copine Brenda, du cœur à ses raisons, mais là je digresse.)

Even dead things feel your love est l’histoire de la rencontre entre deux êtres diamétralement opposés. Une jeune fille, Abigale, joviale, douce, spontanée curieuse  et intelligente, qui va se révéler à la fois forte et passionnée bien que subissant le devoir familial. Et un être qui n’est plus que l’ombre de lui même, Josiah, vampire désabusé, parfois cruel, à la créature sanguinaire et gentilhomme respectable en société, intelligent, mais blasé d’une si longue existence fade et monotone. Abigale va pourtant parvenir à troubler le vampire. Il est touché par la beauté de la jeune fille, par sa compassion, de sa façon de voir le monde et de la beauté en chaque chose. Josiah est un vampire comme j’aime en lire, il dispose de bons et de terrifiants côtés. L’auteur respecte la plupart des codes en la matière et y ajoute sa pâte, son grain de sel.  Les deux êtres vont être amenés à se revoir, et Abigale se relèvera plus surprenante que ce que je pouvais attendre du personnage. A son côté, le vampire oubliera même le danger qui rôde…

La première partie de transitoire est assez conventionnelle mais romantique et à la fois ni mièvre ni naïve. La psychologie de Josiah est finement travaillée, analysée et cohérente. Le récit est imprégné d’une sorte de romantisme nostalgique. L’écriture n’est pas envolée mais suffisamment poétique et imagée pour qu’elle touche le lecteur.

La présence d’Abigail fait en quelque sort revivre le mort-vivant, lui fait de nouveau ressentir un trouble, une envie, autre chose que chercher à étacher sa soif dévorante voulue par sa nature. Il se sent presque de nouveau « vivant », utile, aimé… Mais Josiah a baissé sa garde et le danger se fait de plus en plus présent. La seconde partie du récit est un maelström de sentiment : tristesse, haine, rage, dégout, rejet. La psychologie du personnage est toujours détaillée, subtile et juste. Le récit est le reflet du combat intérieur du personnage, une introspection, puis de sa douleur, de son envie de vengeance. La tournure du récit change, moins conventionnelle, plus originale. Cela continue encore dans les parties qui suivent. L’histoire bascule. Et j’ai beaucoup aimé ce changement de direction. L’envie de raconter autre chose. Le temps qui passe, la douleur, l’espoir, …. Et je n’en dirai pas plus, il faut le découvrir par soi-même mais je ne m’attendais pas aux changements opérés.

Even dead things feel your love est une histoire magnifiquement macabre, une débâcle des sentiments. Le gros plus du récit est la description de ces derniers. Ils sont forts, puissants, destructeurs. On a vraiment tout le désespoir ou l’espoir des personnages, la douleur de la perte de l’être aimé, l’insatisfaction de la condition des personnages ou leur questionnement. Par exemple, où commence l’inhumanité, qu’est-ce qui nous caractérise, etc.  ? C’est pour moi, une très belle lecture, la relation entre les deux personnages, et ce qui leur arrive m’ont surprise. Elle sort du lot. La fin est belle, un peu triste mais tellement cohérente avec tout ce qui s’est déroulé dans le récit. Mathieu Guibé a une belle plume et même si on ne trouve pas forcément à chaque phase, dans les tournures l’époque décrite, les détails et la psychologie du personnage principal font le reste.

La vie devant soi d’Emile Ajar

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Folio, 274 pages, 7,50€

4ème de couverture

Signé Ajar, ce roman reçut le prix Goncourt en 1975.
Histoire d’amour d’un petit garçon arabe pour une très vieille femme juive: Momo se débat contre les six étages que Madame Rosa ne veut plus monter et contre la vie parce que « ça ne pardonne pas » et parce qu’il n’est « pas nécessaire d’avoir des raisons pour avoir peur ». Le petit garçon l’aidera à se cacher dans son « trou juif », elle n’ira pas mourir à l’hôpital et pourra ainsi bénéficier du droit sacré « des peuples à disposer d’eux-mêmes » qui n’est pas respecté par l’Ordre des médecins. Il lui tiendra compagnie jusqu’à ce qu’elle meure et même au-delà de la mort.

Résumé

Momo, petit garçon arabe d’une dizaine d’année vit depuis presque toujours chez Madame Rosa, une vieille juive qui a connu Auschwitz et qui, autrefois, se défendait avec son cul, et qui a ouvert par la suite une pension clandestine pour accueillir les enfants de putain. Ces dernières souhaitent en effet protéger leurs enfants de l’Assistance publique ou des représailles des proxénètes. Momo qui n’a jamais vu sa mère venir le voir et qui ne connait pas son père raconte avec ses mots à lui sa relation avec Madame Rosa et les habitants de son quartier…

Mon avis

Je pensais ne pas aimer ce roman qui trainé dans ma PAL depuis des années, et … j’ai vraiment beaucoup aimé.

Momo nous raconte sa vie chez Madame Rosa, une personne maintenant âgée, rattrapée par le temps qui passe. Cette dame juive, ancienne prostituée, garde chez elle contre de l’argent des enfants de prostituées. Arabe, juif, chrétien, noir, blanc, … Madame Rose ne fait pas de distinction. Pour Momo, elle touche un mandat, ce qui lui permet de tenir financièrement. Momo est le plus grand, c’est donc lui qui aide Madame Rosa. L’école n’a pas voulu de lui, il apprend donc à lire et à écrire l’arabe grâce à M. Hamil, un petit vieux qui passe son temps au troquet à se souvenir de sa vie passée de marchand de tapis entre deux relectures d’une des œuvres de Victor Hugo : Les misérables.

Mais voilà, Momo qui déjà se pose beaucoup de questions sur lui-même, ses parents, la vie, se rend bien compte que l’état de santé de Madame Rosa se dégrade. Elle ne peut plus monter les escaliers, elle qui vit au 6ème étage d’un immeuble sans ascenseur. Il s’inquiète pour elle, autant qu’elle se fait souvent du mauvais sang pour Momo. Le verdict du médecin est cependant sans appel, Madame Rosa vieillit, elle devra aller à l’hôpital pour y terminer sa vie. Mais Madame Rosa refuse cette option, elle veut disposer de sa vie, son corps et son esprit libre jusqu’au bout…

Au départ, le récit de Momo est décousu, ses anecdotes alambiquées et son fil conducteur assez flou. Cependant, on finit quand même par s’attacher à ce petit garçon qui écrit comme il parle, langage familier et surtout comme il l’entend autour de lui. Le langage est, il est vrai, un peu particulier, propos d’enfant ou d’adolescent qui n’a pas toutes les clés en main, pas la bonne grammaire ou le bon vocabulaire, qui fait des phrases distordues, mais qui surtout des réflexions tellement vraies, remplies de vérité, de sincérité et d’amour. Momo ne juge pas les gens, il n’est pas formaté par une éducation, une société. Il voit les gens comme ils sont, les aiment pour ce qu’ils sont et même s’il ne les comprend pas toujours, leur reste fidèle.

Momo a besoin de se faire remarquer, lui qui n’a que Madame Rosa au monde. Il recherche l’attention et l’amour d’une mère mais il n’a que Madame Rosa dans sa vie. Il lui arrive de faire les bêtises, de plus en plus grosses pour qu’on parle de lui. Mais son insouciance s’en va petit à petit quand il se rend compte que Madame rose ne pourra bientôt plus s’occuper de lui. Il a des propositions d’aller vivre ailleurs mais le jeune garçon ne peut se résoudre à laisser sa mère nourricière toute seule. Alors parfois, il part de longues heures trainer en ville, il fait des rencontres, plus ou moins importantes, mais rentre toujours à 6ème étage de l’immeuble de Belleville.

L’enfance de Momo est difficile, ce qu’il traverse, ce qu’il vit est très loin d’être une partie de plaisir mais Momo, même s’il a des passages à vide, essaie de rester positif ou du moins de ne pas s’assoir sur ses convictions, ses principes. Et il va lui en arriver des choses à Momo dans ce roman. Il va découvre le mensonge, l’amour, l’amitié, la peur, etc. Une foule de sentiments va déferler en lui, joie, culpabilité, espoir, tristesse,… Il nous livre son avis sur la vie, le bonheur, son attachement à Madame Rosa, la tolérance, … en utilisant tous les sujets et les prétextes qui alimentent son quotidien : ceux qui se droguent, l’école, le médecin de Rosa, …

L’auteur réussit à aborder des sujets durs et difficiles sans pathos et sans vulgarité tout en faisant parler un enfant d’une dizaine d’année, au langage parfois fleurit et qui vit des choses compliqués et dures. Un paradoxe. Les réflexions de Momo sont tellement vraies, tellement poignantes que je n’ai pu m’empêcher d’en lire quelques unes à hautes voix à mon zhomme : sur la vieillesse, l’hôpital, sur l’euthanasie, sur la prostitution, sur la tolérance, sur le genre… Que de thématiques puissantes et qui ont dues choquer/étonner/surprendre les lecteurs et le monde de l’édition de 1975.

Dans la vie devant soi, on sourit, on rit autant qu’on a envie de s’indigner, se révolter et parfois de pleurer. Alors oui, ce n’est pas évident à lire, le style est particulier, mais je pense qu’il est important de s’accrocher, parce que les messages qui sont délivrés sont tout simplement magnifiques, beaux et tristes à la fois. Un livre fort en émotion avec de l’humour (parce que sinon, on n’y survivrait pas) qu’il faut avoir lu une fois pour se faire son propre avis.

Une fois n’est pas coutume :

Extraits

« Moi, l’héroïne je crache dessus. Les mômes qui se piquent deviennent tous habitués au bonheur et ça ne pardonne pas, vu que le bonheur est connu pour ses états de manque. Pour se piquer, il faut vraiment chercher à être heureux et il n’y a que les rois des cons qui on des idées pareilles. […]Je ne tiens pas tellement à être heureux, je préfère encore la vie. Le bonheur c’est une belle ordure et une peau de vache et il faudrait lui apprendre à vivre. On est pas du même bord lui et moi, et j’ai rien à en foutre. J’ai encore jamais fait de politique, parce que ça profite toujours à quelqu’un, mais le bonheur, il devrait y avoir des lois pour l’empêcher de faire le salaud. Je ne vais pas vous parler du bonheur parce que je ne veux pas faire une crise de violence, mais monsieur Hamil dit que j’ai des dispositions pour l’inexprimable. Il dit que l’inexprimable, c’est là qu’il faut chercher et que c’est là que ça se trouve »

« Maintenant le docteur Katz essayait de convaincre Madame Rosa pour qu’elle aille à l’hôpital. Moi, j’avais froid aux fesses en écoutant le docteur Katz. Tout le monde savait dans le quartier qu’il n’était pas possible de se faire avorter à l’hôpital même quand on était à la torture et qu’ils étaient capables de vous faire vivre de force, tant que vous étiez encore de la barbaque et qu’on pouvait planter une aiguille dedans. La médecine doit avoir le dernier mot et lutter jusqu’au bout pour empêcher que la volonté de Dieu soit faite. Madame Rosa est la seule chose au monde que j’aie aimée ici et je ne vais pas la laisser devenir champion du monde des légumes pour faire plaisir à la médecine. »

challenge ciné

Tobie Lolness – T2 – Les yeux d’Elisha de Timothée de Fombelle

9782070629466

Folio junior, 426 pages, 8€20

4ème de couverture

Le grand chêne où vivent Tobie et les siens est blessé à mort.
Les mousses et les lichens ont envahi ses branches. Léo Blue règne en tyran sur les Cimes et retient Elisha prisonnière. Les habitants se terrent. Les Pelés sont chassés sans pitié. Dans la clandestinité, Tobie se bat, et il n’est pas le seul. Au plus dur de l’hiver, la résistance prend corps. Parviendra-t-il à sauver son monde fragile? Retrouvera-t-il Elisha? Au cœur d’un inoubliable monde miniature, le second et dernier tome d’un grand roman d’aventure, d’amitié et d’amour.

Résumé (attention, comme la 4ème, elle spoile un peu ^^)

Elisha est désormais retenue dans un des 3 oeufs du nid de l’Arbre. On lui assure qu’elle n’est pas prisonnière mais étrangement, elle n’a pas le trop de sortir de l’enceinte du nid. Elisha s’est rasée la tête pour retarder son mariage forcé avec celui qui détient désormais le pouvoir dans les cimes : Léo Blue. Elisha tente régulièrement de s’échapper mais elle n’a encore jamais pu passer la barrière constituée par les meilleurs hommes de Léo. Le froid et secret Léo. Depuis que Tobie a disparu, la situation de l’Arbre et dans l’arbre s’est détériorée… A un point que la situation va bientôt devenir critique. De plus, Léo persécute le peuple de l’herbe qui semble payer pour les événements du passé. Tobie qui a découvert une bien sombre vérité parviendra-t-il à sauver l’Arbre ? A sauver Elisha ?

Mon avis

Encore une excellente lecture ! Ce diptyque est un coup de coeur !

Difficile de faire un résumé ou une chronique de ce second tome, sans spoiler un peu. En effet, sachez qu’on reprend l’histoire là où elle s’arrêtait sauf qu’il s’était passé un peu de temps à la fin du premier, les héros sont donc légèrement plus vieux ce qui explique l’attirance de Léo pour cette demoiselle différente et si belle qu’est Elisha. Cette dernière pense qu’elle ne reverra jamais Tobie. Mais fidèle à son caractère impétueux, il est hors de question qu’elle cède aux avances du jeune Léo Blue, froid, calculateur et sans pitié avec les Pelés. Ce dernier est devenu celui qui contrôle l’Arbre dans une entente tacite avec Jo Mitch Arbor qui lui exploite de plus en plus l’arbre. Le cratère se développe de plus en plus, et pour cause, JMA utilise une main d’œuvre toute particulière. Il tient ses gens en esclavage. Il a aussi sous sa surveillance tous les savants et têtes pensantes, anciens membres du conseil de l’Arbre.

J’ai vraiment aimé ce second tome. Il y a des choses assez convenues, une tournure des événements à laquelle je m’attendais et puis il y aussi des explications, l’histoire de certains personnages que je n’avais pas anticipé. Je me suis de nouveau laissée porter par l’histoire et la suite des aventures de Tobie. Le lecteur va retrouver les personnages du premier tome et en découvrir plus qu’il ne l’imaginait. Certains personnages secondaires voire très secondaires du 1er, sont développés ici. Tous les personnages ont leur rôle à jouer, rien n’avait été laissé au hasard dans le 1er.

Pour ce qui se pose la question, on aussi en découvrir un peu plus que les Pelés, un peuple pacifique et attachant, le cœur sur la main, courageux et simple. Le lecteur va comprend pourquoi Léo est aussi cruel, pourquoi il aide Jo Mitch alors que ce dernier détruit l’arbre. Le lecteur saura ce qui se cache derrière l’Ombre, et de ne pas se fier aux apparences.

J’ai beaucoup aimé le développement, l’existence, les espoirs et l’abattement des personnages. Comme la famille Asseldor qui va nous démontrer que le bonheur n’est pas de réussir et de s’élever dans la société mais de rester solidaire et de prendre des risques. Comme les bûcherons et Nils Amen nous monteront comme il est possible de garder espoir et que la patience permet de parvenir à ses fins. Il y a des messages très forts dans ce second tome, comme dans le diptyque. Il est plus fort et plus dur parfois que le 1er, c’est vraiment un jeunesse, une aventure, des personnages qui permettront aux 10 ans et plus, de découvrir une palette de sentiments et de caractères, de s’émerveiller ou de trembler pour les protagonistes.

L’histoire de Tobie Lolness est une vraie aventure, le héros est attachant, courageux, volontaire, intrépide. Il a bien quelques petits défauts, comme sa façon de ne pas voir certaines choses qui sautent aux yeux mais on lui pardonne. Parce qu’il se bat pour ceux qu’il aime mais pas uniquement pour sauvegarder l’espoir, un monde meilleur, un avenir. Il va prendre des risques mais garder la tête sur les épaules. Et il aura des soutiens inattendus.

La révélation de la fin du tome 1 que j’avais trouvé un peu « en trop » trouve un déroulement et une explication parfaite dans ce second volet. Elle donne, en fait, de la profondeur à l’histoire. L’auteur va développer un peu le passé des parents de Tobie et de la vie dans l’Arbre. L’intrigue est vraiment très bien menée. L’auteur a tissé sa trame sur les deux tomes de façon brillante. Les messages de ce roman sont magnifiques ❤ C’est intelligent, bien écrit et entraînant. C’est fluide, un vrai « page turner ».

Bref, ce diptyque est un vrai coup de cœur, que je conseille aux petits comme aux grands. Je m’arrête là pour ne pas être tenter d’en dire trop. Il vaut vraiment le coup, ça serait dommage de tout vous raconter ^^