La main gauche de la nuit d’Ursula Le Guin

51OXdtrCXJL._SX308_BO1,204,203,200_Le livre de poche, 350 pages, 7€10

4ème de couverture

Sur Gethen, la planète glacée que les premiers hommes ont baptisée Hiver, il n’y a ni hommes ni femmes, seulement des êtres humains. Des androgynes qui, dans certaines circonstances, adoptent les caractères de l’un ou l’autre sexe.
Les sociétés nombreuses qui se partagent Gethen portent toutes la marque de cette indifférenciation sexuelle. L’Envoyé venu de la Terre, qui passe pour un monstre aux yeux des Géthéniens, parviendra-t-il à leur faire entendre le message de l’Ekumen ?

Ce splendide roman a obtenu le prix Hugo et a consacré Ursula Le Guin comme un des plus grands talents de la science-fiction.

Mon avis

Lu dans le cadre de mon club de lecture, j’avoue que je n’avais pas vraiment envie de me jeter sur le livre. J’ai eu du mal avec le début du récit mais finalement, c’est une bonne lecture, certes parfois un peu poussive mais  qui fait réfléchir et permet de lancer le débat sur le genre.

Genly Ai est un Envoyé. Seul, il tente de présenter sa mission et si possible convaincre les peuples des planètes qu’il visite des avantages pour ces derniers de rejoindre l’Ekumen, organisation interplanétaire qui réunit différents systèmes stellaires autour d’échanges commerciaux. Cette alliance permet les échanges culturels, économiques et techniques avec d’autres planètes éloignées de plusieurs décennies.

Dans ce monde, les humains semblent avoir  connu une évolution génétique différente des autres : ils ne sont ni homme ni femme. Ils sont asexués la majeure partie du temps ce qu’on appelle le « soma », jusqu’à ce qu’ils rentrent en « kemma » qui se produits plusieurs fois dans l’année et où ils prennent alors de façon aléatoire l’état d’homme ou de femme. Les organes sexuels deviennent alors apparents et ils peuvent se reproduire. L’absence de genre n’est pas le seul élément qui différent du monde de Genly Ai. Le décompte des années, les mois, les heures sont différentes,  les relations familiales sont différentes (voire peut-être même trop pour mon esprit étriqué), la vie politique est différente. Bref, il n’est pas évident pour l’Envoyé de s’adapter, de comprendre le fonctionnement de cette civilisation, et surtout à s’habituer à ses interlocuteurs. Surtout quand on ne sait pas si on s’adresse à des « il » ou a des « elles ». Et de l’autre côté, pour les Gethéniens, Genly Ai est bloqué dans une phase hormonale qui le maintient du côté masculin, il est donc toujours « en chaleur », il passe pour un monstre, un pervers.

J’avoue, j’ai eu un peu de mal avec le début du récit. Une sorte d’intrigue géopolitique. L’Envoyé est un prétexte pour comprendre comment se comporte politiquement les deux plus grands pays de Nivôse. Dans l’un, il n’est pas vraiment accepté, il met des mois à être reçu par le roi, mais on communique sur lui, les gens savent qui il est. Dans l’autre pays, on lui fait meilleur accueil, tout le monde veut l’avoir à sa table mais à côté de ça c’est censure, espionnage et compagnie. ça vous rappelle rien ? Genly est balloté entre non-dit, excuses et faux-semblants et nous parait soit perdu, soit naïf alors que ce sont les circonstances qui nous le font apparaitre ainsi.

Le récit est entrecoupé de légendes et de textes anciens sur le passé de la planète, rédigé par des envoyés, et il dénote avec le reste du récit. Plus intéressants, plus fluides, parfois poétiques, ils m’ont permis de m’accrocher à cette lecture. Et surtout, on finit par comprendre que c’est par ce biais que le lecteur est éclairé sur le fonctionnement des êtres de Nivôse, sur le comportement et les coutumes des habitants et sur la personnalité d’un des protagonistes.

Pour un roman écrit en 1969 (et c’est la force de la SF), on n’a pas l’impression que le récit soit daté, il est encore franchement d’actualité. D’aucuns trouveront peut-être qu’on parle plus de sexualité, du genre et autres, de nos jours et que le récit est désuet. Moi je ne trouve pas, quand on voit certaines actualités, quand on voit encore comment la moitié de la planète se comporte, je pense que les messages du livre restent d’actualité. Alors oui, peut-être qu’il n’approfondit pas encore vraiment tout ça, la place de la femme, le genre, … mais il permet de lancer la réflexion et le débat. Certaines idées ou certaines théories (du type, il n’y a pas de guerre sur ce monde en partie parce qu’il n’y a pas de sexualité, que les humains ne sont pas continuellement perverti et donc que l’homme ne désire pas prendre le dessus sur la femme ou les autres (puisqu’il peut bien être un jour l’un, l’an qui suit l’autre pendant le kemma) et donc qu’il y a beaucoup moins de lutte de pouvoir ou encore l’idée que la femme est plus molle, voire hystérique, etc.) peuvent faire bondir, mais je pense que l’auteure les utilise pour justement faire réagir son lecteur. Et d’autres idées (tolérance, dénoncer la censure et les régimes totalitaires, …) elles nous font hocher la tête en disant « oui, je comprends et je suis d’accord »).
Pour tout cela, ce roman est vraiment intéressant. Dommage que le style ne soit pas assez fluide, et qu’on ne comprenne pas plus tôt les messages que l’auteur veut faire passer, parce que le début est poussif et rebute un peu, je peux comprendre que certains lecteurs abandonnent leur lecture.

Quel dommage, parce que justement j’ai nettement préféré la seconde partie du récit dans laquelle Genly est arrêté et ensuite contraint de faire route avec Thérem. J’ai aimé cette traversé du glacier, la lutte pour survivre, pour avancer et surtout, ce huit-clos, permet d’enfin comprendre les personnages. On se rend compte qu’ils avaient des attentes et des préjugés l’un sur l’autre mais que leurs différences les empêchaient de se comprendre. Et finalement, la communication qui va s’instaurer entre les deux personnages va lever les barrières et les malentendus et franchement j’ai vraiment aimé les suivre, avoir leur point de vue respectif. Cette partie est un hymne à la tolérance, à la découverte de l’autre, à l’acceptation des différences, à la compréhension des autres, à la fusion des idées, au partage, aux échanges.

Un personnage à part entière est Nivôse, ou Gethen, cette planète aux conditions climatiques extrêmes. Le style et la plume d’Ursula Le Guin permettent de s’y croire vraiment. On n’a pas l’impression d’un monde si éloigné mais plutôt d’une contrée mystérieuse à l’autre bout de notre planète et pourtant, les lieux et les habitants ne sont pas comme nous les connaissons même si on peut retrouver certaines ressemblances. La traversée du glacier est vraiment le moment que j’ai préféré dans le récit et où on apprend encore mieux la façon dont est faite la planète, la rigueur du climat, les paysages, etc.

Un avis mitigé donc, je ne peux pas affirmer avoir adoré le roman parce que j’ai trop peiné à me plonger dedans mais je n’ai pas détesté, c’est une bonne lecture qui a plein de choses à apporter, un ouvrage de SF intéressant et qui fait référence. Je pense qu’il a su et sait encore trouver son public. Je ne continuerai pas dans la découverte des récits de l’Ekumen, mais je relirai un jour peut-être Ursula Le Guin.
Ah oui, on découvre le pourquoi du titre, et c’est assez poétique, assez joli, c’est dans ce type de passage que j’ai apprécié la plume de l’auteure.

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Caver Den de Xavier Portebois

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Editions Voy’[el], collection e-court, ebook, 1,49€

4ème de couverture

Après un accident causé par un fouisseur devenu fou, Linh se réveille amputé du bras droit dans la ville minière de Caver Den. Afin de rembourser sa prothèse, il va devoir remonter les traces du fouisseur et comprendre les raisons de sa démence.

Mon avis

Merci aux éditions Voy’el, Manon et Tesha pour ce nouvel e-court dans le cadre du partenariat entre la collection et le blog 🙂

Je dois l’avouer, je n’ai pas été très emballée par le résumé, envoyé quelques temps avant Noël. Je n’avais pas le temps de le lire en décembre, mais ce mois-ci, oui, alors je me suis lancée et je ne regrette pas ! En effet, ne jamais se fier entièrement à son impression parce que Caver Den est une très bonne lecture, une novella très bien écrite et avec une histoire prenante !

Linh traverse une partie d’une des nouvelles planètes, à moto pour rejoindre le lieu où il pourra prendre une navette pour quitter cet endroit où il trouve avoir déjà passé assez de temps. Terre minière, aride et sèche, il a hâte de la quitter mais avant il doit faire une halte dans la ville minière de Caver Den, qui semble plus sure que l’itinéraire qu’il avait prévu de prendre et que sillonnent des bandits. La route Nord qui mène à la cité est en très mauvaise état et malgré sa prudence, Linh a un accident et se retrouve éjecté de sa moto.

Il se réveille dans une pièce médicale et découvre avec stupeur que le docteur et maire de la ville n’a pu sauver son bras arraché semble-t-il dans l’accident et lui a posé une prothèse dernier cri. Afin de payer les soins, les réparations de sa moto et la prothèse, hors de prix, il accepte de passer un marché avec le toubib. En effet, un fouisseur de la cité minière semble devenu fou et dévaste tout sur son passage et a déjà tué des mineurs. Linh est un animalier et peut communiquer avec les animaux et insectes, le maire lui demande donc de l’aider à capturer l’animal dément et ainsi sa dette sera payée. Cependant, au cours de son enquête, Linh va découvrir que les habitants de Caver Den ne lui ont pas tout rapporté sur l’animal et sa démence…

Un récit très bien monté et ficelé, j’ai apprécié suivre Linh dans cette aventure. Un récit SF avec un petit côté film des années 80. Linh est attachant surtout grâce à sa faculté de comprendre puis communiquer avec les animaux et les insectes grâce à des accessoires technologiques et les exosquelettes dont sont équipés les animaux. L’enquête de Linh est intéressante et comme lui, le lecteur comprend progressivement que quelque chose cloche. Mais Linh est bien déterminé à ne pas se laisser faire ni manipuler. Une tension monte à la fin du récit et on se demande comment tout cela va se terminer.

Caver Den est très bien écrit, très visuel, je n’ai eu aucune difficulté à me représenter la ville, la mine et les animaux. L’ambiance à la fois polar et SF est maitrisée et il y a juste assez d’éléments technologiques pour lier l’ensemble. Et puis, les familiers du héros sont eux aussi attachants notamment la pieuvre sylvestre trop mignonne. Je vous conseille la découverte de cette novella vraiment réussie.

Encore merci à Voy’el et la collection e-court pour cette découverte ^^

Noëls d’hier et de demain – Anthologie dirigée par Pierre-Alexandre Sicart

Couverture

Argemmios éditions, 391 pages, 20€

4ème de couverture

Vive le vent, vive le vent, vive le vent d’hiver…

Voici Saint Nicolas, venu annoncer la période des fêtes, accompagné de ses rennes, de ses lutins, et parfois du Père Fouettard. Voici la Befana, qui le remplace en Italie. Voici les rois mages, sur le chemin qui les mènera jusqu’à l’enfant Jésus, qui ignore encore qu’il mourra sur la croix. Voici le temps des fêtes, qui font rêver enfants et commerçants. Voici le temps des cadeaux et des bonbons, de la chaleur familiale, et des sans-logis qui, sous le grand manteau blanc, lentement meurent de froid.

Voici le temps des histoires – au coin du feu, ou dans une lointaine station spatiale où il ne neige jamais que des étoiles.

Mon avis

Une superbe découverte, quel dommage qu’on ne le trouve plus que d’occasion 😦

Au sommaire de cette anthologie : David Baquaise, Olivier Boile, Ophélie Bruneau, Orson Scott Card, Muriel Essling, Pierre Gévart, Léo Lamarche, Meddy Ligner, Jean-Marc Ligny, Claude Mamier, Élodie Meste, Damien Nortier, Anne Rossi, Alain Rozenbaum, Nicolas Saintier, Léa Silva, Ian Watson, Dean Whitlock

Un recueil parfaitement équilibré, où le choix des nouvelles n’est pas laissé au hasard, leur ordre non plus, comme l’expliquer P-A Sicart. Une belle façon de découvrir certains auteurs ou de les redécouvrir. Et des genres, des styles différents. Des nouvelles poétiques, angoissantes, mélange d’espoir et de désespoir. Des visions des Noëls passés ou à venir qui émerveillent pour les premiers, font froid dans le dos pour les seconds.

On y croise le Père Noël, le Père Gel russe, la Befana, le père Fouettard, … mais aussi Marie, les Rois mages… des contes et légendes revisités et retravaillés à merveille par les auteurs.

Quand Jésus descend par la cheminée de Ian Watson

On a ici une réécriture complète des histoires de Noël et de Jésus. Dans un monde qui ne surconsomme pas, Jésus vient retirer aux gens leurs biens les plus précieux pour les redistribuer aux pauvres. Quand à Noël, à l’époque romaine, il a reçu de 3 magiciens un grand sac magique, il peut y trouver ce que désire les gens. Mais cela va lui attirer les foudres de l’empereur… Cette nouvelle démarre fort l’anthologie avec un récit original et surprenant.

La Méthode Noël de Nicolas Saintier

A l’orphélinat Clauss, le directeur s’appelle Noël Nicolas Clauss, débonaire mais sévère. Il est aidé par sa femme Befana qui s’occupe de l’intendance et par Hans Trapp qui corrige les orphelins pas sages. Marion est si triste, elle veut une belle poupée mais n’a pas d’argent. Le père Clauss lui promet donc le jouet si elle travaille dur. Et au bout de quelque temps, elle finit par l’avoir, ce qui va susciter la jalousie des autres enfants et entretenir une paranoïa. Hugo lui aussi quelque chose. Le directeur décide alors de faire travailler les enfants et de récompenser ceux qui se seront le plus dévouer à leurs tâches quotidiennes…. Cette nouvelle pointe les travers de notre société : surconsommation, travail des enfants, profit, …, elle réécrit le conte de Noël et la méthode Noël n’a vraiment pas que du bon !

Noël en solitaire de Léa Silva

Thomas ne veut pas fêter Noël. C’est devenu une fête célébrant la surconsommation et l’hypocrisie et plus une fête célébrant les notions de partage, d’espoir et de magie. Il sort donc se promener le soir de Noël. Là, il rencontre un vieil homme qui cherche la péniche de sa fille. Tom décide de l’aider à trouver son chemin… et va passer une bien drôle de soirée. Une nouvelle sympathique délivrant un joli message d’espoir. Je partage certaines convictions exposées dans ce texte.

Du Sang sur des mains de givre d’Olivier Boile

Snegourochka a décidé d’en finir avec Ded Moroz, le Père Gel, que tous les enfants russes adorent mais qui la brime, l’humilie et la prive à longueur de temps. La jeune fille est différente, c’est une filles des glaces et elle n’en peut plus et va agir,…. et ça être assez violent. On découvre ici la figure traditionnelle russe du Père Gel et de sa petite fille Snegourochka. Récit plus pessimiste, il n’aurait pas dénoté dans un recueil noir. Il est sombre, cruel et met fin au rêve.

Befana d’Anna Rossi

L’atmosphère de la planète est devenu irrespirable sans tomber malade et se condamner à une espérance de vie courte. Noël vit dans un immeuble équipée où la concierge Befana est encore la seule à sourire, à se faire la cuisine et à ne pas avoir peur de l’extérieur. Elle va ouvrir les yeux de Noël sur la dure réalité de la vie mais également sur l’espoir que la génération de Noël représente pour tous. J’ai beaucoup aimé cette réécriture de la légénde italienne de Befana. La nouvelle est teinte d’espoir, d’optimiste et reflète parfaitement l’Esprit de Noël.

Le Sauveur d’Alain Rozenbaum

Jos et Mia, deux petits vieux, reçoivent en ce soir de Noël leurs amis à diner mais surtout ils attendent impatiemment le moment où le Père Noël leur apportera ce qu’ils ont commandé, un robot chirurgien pour Jos qui ne voit plus bien et devient complètement incontinent et pour Mia une barrette mémoire parce qu’elle oublie tout. Et cette semaine là, elle a justement oublié d’acheter des recharges de carbone pour faire fonctionner le synthétiseur gastronomique et autres appareils technologiques dont ils ne peuvent plus se passer pour vivre. Mais ce soir là, le Père Noël qui voit l’humanité s’éteindre peu à peu, leur fait un cadeau d’un autre genre… Noire, très noire et  cynique à souhait. L’avenir est sombre et il ne reste plus beaucoup d’espoir pour l’humanité avec des personnages pareils !

Miriam, Messie de Dean Whitlock

Une réécriture de la vie de Marie, la mère de Jésus. Miriam a un don particulier. Elle reçoit la visite de l’ange Gabriel qui lui annonce qu’elle va accomplir de grandes choses et qu’elle doit se concentrer sur les signes. Alors qu’elle devient une femme, son père part à la recherche d’un mari pour elle. Un jour, elle reçoit de nouveau la visite de Gabriel qui lui annonce que leur peuple à besoin d’un chef et qu’elle a été choisi. Et pour ce que les gens la suive, il y aura un miracle. Elle aura donc un enfant cet hiver. Quand l’ange s’en va, elle rencontre un homme qu’elle ne laisse pas indifférent…  Une nouvelle qui conte les origines des célébrations chrétiennes de la nativité. Une pointe de fantastique ou de miracle ?

Gloire éternelle de Meddy Ligner

En pleine guerre des tranchées, les allemands célèbrent la nuit de Noël ce qui occasionne une trève. Le capitaine en profite alors pour envoyer Dubois chercher de l’eau. C’est bien sa veine, c’est loin, dangereux dans ces tranchées qui se transforment en pleine nuit en vrai labyrinthe… Mais pour ce soldat qui veut laisser une marqué indélébile dans l’histoire, pas question de désobéir. Il part donc accomplir sa mission mais elle ne se passera pas vraiment comme espérer … enfin pas tout à fait … Une nouvelle sympathique avec une chute assez bien trouvée.

Poupée et vieux journaux de David Baquaise

Mathilde et Marthe se rendent dans la maison de leur enfance abandonnée depuis quelques mois, depuis le décès de leur maman. Elles doivent y accomplir quelque chose et avec un peu de chance, elles seront enfin en paix… Un récit fantastique dans une atmosphère oppressante et fantastique.

Nuit de Noël à l’Octogone de Jean-Marc Ligny

Gabriel, SDF, cherche un refuge à l’abri du froid en ce soir de Noël, le dernier du siècle. Il tente la Maison-Dieu où il sait qu’un soupirail l’amènera vers une cave à l’abri. Mais tout est fermé. Il essaie alors l’Octogone en chantier. Peut-être qu’avec un peu de chance… Une nouvelle fantastique assez courte. Un peu trop pour moi d’ailleurs.

Le don de Damien X. Nortier

Jérémie passe Noël chez son grand-père que tous appelle Père Joseph. Le jeune garçon ne prend pas part aux jeux de ses cousins et décide de chercher la cache des cadeaux de Noël. Il se rend dans le cabinet de travail de Joseph mais il tombe nez à nez avec son grand-père. Jérémie avoue qu’il ne croit plus au Père Noël et qu’il s’attendait à ce que Père Joseph soit en train de préparer les cadeaux. Ce dernier lui demande ce qu’il aimerait pour Noël, la réponse de Jérémie ne le satisfait pas. Il va alors lui raconter une histoire de tradition sur le sens des cadeaux… J’ai bien aimé cette nouvelle qui revient sur les Roi mages et leur chemins vers l’enfant Jésus. Et sur un mystérieux 4ème mage…

A nos espoirs d’Ophélie Bruneau

Nolwenn, commissaire reçoit un appel le soir de Noël, une urgence sur Lyon, elle et ses collègues doivent s’y rendre au plus vite. A Lyon, Lydia n’a pas envie de rentrer chez elle après le lycée pour un tête à tête avec sa mère, carrément pas dans l’ambiance de ce soir de Noël. Il peut des cordes et elle se dirige vers le Vieux Lyon, un quartier qui l’apaise. Elle y percute un jeune de son âge, étrange, qui lui dit être polynésien. Il semble perdu voir recherché. Il lui demande de l’aide, se protéger de la pluie. Lydia se méfie mais elle décide de l’aider quand même… Une nouvelle fantastique qui vire à la SF. Peut-être un peu trop douce.

Un jour par an de Claude Mamier

Julien déprimé décide de tenter la Chance et se voir ce que ça va donner comme dans un récit qu’il vient de terminer. Il décide de se jeter du 9ème étage de son immeuble et de voir ce que va lui réserver le destin. Il est alors arrêté par le Père Noël qui n’est pas celui qu’on croit. Tout comme les lutins qui furètent dehors et qui ne sont pas là pour distribuer les cadeaux de Noël…. Cette nouvelle est très glauque et on se demande ce qui est vrai et ce qu’il ne l’ai pas. Julien est-il fou ?

A Christmas Carol de Pierre Gévart

Dans une station spatial, l’équipage s’apprête à fêter Noël, Goosta est de garde, aidé par Lia (une AI) qui lui annonce qu’ils vont entrer en collision avec un objet. Lia programme donc une manoeuvre d’évitement mais si elle réussit, l’objet lui change également sa trajectoire… Et l’équipage va voir débarquer le Père Noël et ses rennes ! Une nouvelle SF totalement loufoque ^^

Le village de M. Noël d’Élodie Meste

Noëlla a 5 ans et nous raconte sa vie. Elle vit en Suède avec son papa et sa maman. Elle teste des jouets que fabrique son papa. Mais elle ne peut les garder. A Noël, on les lui reprend et pendant ce temps elle dort. Elle ne comprend pas pourquoi papa n’aime pas Noël, qu’il se dispute de plus en plus souvent avec maman… Sa maman est si gentille et prévenante que la petite fille oublie vite certaines petites contrariétés…. Mais un jour le comportement de sa maman change… Une nouvelle angoissante, une idée bien trouvée, une fin… pfiou. Par certains aspects, elle fait même froid dans le dos.

Le Vœu secret des anges de Léo Lamarche

P’tit Luc ne parvient pas à écrire sa lettre au Père Noël… Parce qu’il est des choses qu’on ne peut pas demander comme ça dans une lettre. Lui ne voudrait rien d’autres que des parents qui s’aiment à nouveau, qui arrêtent de se disputer. Mais ça c’est impossible ça se trouve pas dans un catalogue… Alors P’tit Luc pleure. Et ses larmes coulent sur le papier… Une nouvelle qui reflète la magie de Noël.

Le Père Noël de Muriel Essling

Une nouvelle glaçante. D’un côté, un jeune homme Sam plaqué par sa copine le soir du Réveillon. Il est en rage, quoi il l’a trompé c’est vrai mais ça n’avait pas d’importance. On ne rompt pas un soir comme celui-ci. Il tente de la faire revenir en lui envoyant un dernier texto. D’un autre côté, une famille, un trajet en voiture vu par les yeux du plus vieux des deux garçons. Un petit trop lucide et froid pour son âge.

Pour une pincée de poussière d’Orson Scott Card

La nouvelle la plus longue du récit. Enoch est un petit garçon qui doit déménager parce que sa maman est gravement malade. Même s’il comprend, il n’accepte pas de devoir se séparer de ce qui fait sa vie. Surtout ça serait reconnaitre que sa mère va mal et c’est certainement ce qui lui fait le plus peur. Il décide de se perdre dans un grand magasin de jouet. Il tombe sur fille bizarre Mo et la suit. Il passe alors derrière des cartons, dans une pièce étroite et se retrouve dans un autre monde. Où les écureuils ne vous veulent pas du bien et où Mo est un chevalier qui doit délivrer un roi. Enoch va sans doute vivre des aventures comme on n’en vit jamais… s’il survit. Et eut-être trouvera-t-il la fameuse poussière qui pourrait sauver sa mère ? Un récit fantastique, fantasy, un peu à la Narnia, rempli d’espoir, d’amour et de choix.

Noëls d’hier et de demain est vraiment une anthologie agréable à lire, qui émerveille et fait frisonner. Les textes apportent tous quelque chose, sont à la fois différent (style, thème) et complémentaire. Le recueil est vraiment bien équilibré. J’ai passé un agréable moment de lecture.

Fahrenheit 451 de Ray Bradbury

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Folio SF, 224 pages, 5,60€

4ème de couverture

451 degrés Fahrenheit représentent la température à laquelle un livre s’enflamme et se consume. Dans cette société future où la lecture, source de questionnement et de réflexion, est considérée comme un acte antisocial, un corps spécial de pompiers est chargé de brûler tous les livres dont la détention est interdite pour le bien collectif. Montag, le pompier pyromane, se met pourtant à rêver d’un monde différent, qui ne bannirait pas la littérature et l’imaginaire au profit d’un bonheur immédiatement consommable. Il devient dès lors un dangereux criminel, impitoyablement pourchassé par une société qui désavoue son passé.

Résumé

Montag rentre de sa journée de travail. Il est pompier. Mais lu n’éteint pas des incendies. Il est chargé avec sa brigade de brûler les livres. Ces ouvrages qui font réfléchir, dont les idées peuvent amener les gens à rêver, se rebeller, apprendre. Sur sa route, il croise une jeune fille. Dans un monde où personne ne va vers l’autre, Clarisse lui parle et échange avec lui. Cette rencontre surprenante va le hanter pour la nuit. Il rentre retrouver sa femme, qui ne souhaite rien d’autres qu’un nouveau mur-écran … un 4ème…

Mon avis

Un classique  à lire ou relire !

Montag est pompier, mais pas les pompiers comme nous les connaissons, son rôle à lui est de détruire les ouvrages, les livres, ces objets subversifs, qui prônent des idées, des idéaux, des histoires, un passé. Ces livres qu’on a d’abord abrégés, puis condensés, puis finalement rejetés. Montag est lui à une période charnière de sa carrière. Il réfléchit. Et croise Clarisse qui le pousse à réfléchir encore plus.  A ce qu’il fait. Et que contiennent donc ces livres pour qu’un jour quelqu’un ai décidé qu’il sera mieux de les brûler. Il a l’impression de ne plus comprendre son existence. Dans quel monde vit-il ? Qu’est-ce que ce monde où sa femme s’abrutit de programmes dont elle ne sait même pas discuter. Qui passe son temps avec un bruit de fond dans les oreilles, qui prend tant de médicaments sans savoir ce qu’elle le fait, au point de ne pas comprendre qu’on ait dû la réanimer… Quel est ce monde gris et monotone ? Et Montag lui, a-t-il encore envie de faire parti de ce monde?

Ray Bradbury nous sert un monde dystopique où les gens pour être plus raisonnable, pour la Paix, ont supprimé de leur existence le savoir, leur passé, la culture. Où le gouvernement a sauté sur l’occasion inespérée d’avoir enfin un peuple de moutons qui sera plus simple à gérer.

J’ai eu du mal à accrocher au 1er tiers du roman. C’est froid, insensible, Montag semble s’interroger beaucoup mais reste passif, sans réaction devant les événements. Comment pourrait-il posséder des émotions, des sentiments quand on ne les reconnait plus, qu’on ne sait plus ce qui existait avant. De plus, on passe un peu de coq à l’âne, dans une sorte de rêve, de brouillard. Du coup, c’est difficile. On ne s’attache pas au personnage et on se demande où tout ça va en venir.

Et puis, à un moment, l’action est lancée. Comme si Montag était tout à fait éveillé, comme si Clarisse avait été son déclencheur ou du moins une aide à ce qu’il avait déjà commencé à entreprendre. Parce que les livres intriguent notre pompier, il a envie de savoir ce qu’ils contiennent, ces messages, ce passé qu’il ne connait pas ou ne connait plus. Il a, sans s’en rendre compte, tout simplement envie de se sentir vivant. Et quand la traque de Montag commence, le lecteur est happé dans cette course poursuite.

Les autres personnages sont presque tous « absents », le lecteur n’en retiendra que peu : Clarisse, jeune « folle » dont la famille sait rire, s’émerveiller, discuter, vivre tout simplement. Le capitaine des pompiers, qui semble en savoir plus qu’il n’y parait sur la Société. Et qui semble si érudit dans un monde qui n’a pourtant plus accès au savoir, aux idées, aux mots. Il est sournois et terrifiant dans son genre. Vicieux. Je l’ai détesté ! Mais c’est lui qui nous explique ce qu’a voulu le peuple : lorsque la technologie a pris le dessus, les gens ne voulaient plus apprendre.

Replacé dans son contexte, ce roman est une satire de la société de l’époque, la Guerre Froide, le Maccarthisme. Mais finalement, le message reste actuel, si vrai.  L’uniformisation de la pensée, faire des gens des moutons qui ne seront plus capables de penser par eux-même. Les priver de réflexion, de rêves. Un monde horrible où les jeunes s’entretuent quand ils n’ont pas leur dose de sensations fortes. Où les adultes sont froids, dociles, sans curiosité. Qui ne savaient plus qui est leur conjoint, leurs collègues, ce que ressentent les gens. Tout le contraire de Clarisse, pétillante, curieuse, intelligente. Ceux qui savent encore.

Alors que je n’y arrivais pas au début, je me suis attachée à Montag, à sa lutte pour se réveiller, pour vivre. Ne plus avoir peur des idées, des théories, des livres, et au contraire, vouloir les lire, les comprendre, les retenir. Décider que les livres ne seront plus synonymes de tension entre les gens, entre les minorités, amenant à se combattre. J’ai oublié le mal qu’à fait Montag sans le chercher et j’ai espéré pour lui pour le monde un renouveau, du changement.

Cette histoire qui commençait difficilement devient prenante. D’un style froid et confus dans le quotidien de Montag on passe quand ce dernier s’éveille (se réveille, revit) à un style plus travaillé, avec de belles métaphores, des images. Quand Montag se sent  vivant, l’écriture se réveille également, on ressent presque les odeurs, les bruits…

La fin est plus philosophique, reflétant la guerre froide immobile, silencieuse, invisible mais pourtant bien présente. Une attente, un climat de tension. La fuite des cerveaux, des artistes, des scientifiques communistes. Comme ceux qui se retrouvent dans la forêt à la fin. L’auteur s’adresse presque au lecteur à travers l’esprit de Montag. Le lecteur lui aussi doit prendre conscience et comprendre l’importance du souvenir, du collectif. Qu’en ne rejetant pas le passé, la réalité, une lueur d’espoir, de renaissance, pour un monde nouveau est possible.

Fahrenheit 451  est un classique que j’ai découvert au Club de lecture et j’en suis plus que ravie. Je n’avais pas eu à l’étudier en cours, c’est dommage, j’aurai aimé le découvrir avant mais il n’est jamais trop tard. C’est un classique qu’il faut avoir lu au moins une fois, que l’on peut relire (je le relirai je pense, je suis sure d’y voir encore d’autres messages, d’autres interprétations). Qu’on aime ou pas, il fait réfléchir  et reste très actuel ! Vraiment à lire, relire, découvrir ^^

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Xénome de Nicolas Debandt

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Editions de l’Homme Sans Nom, 397 pages – Sortie : 26 Mai 2014, 19,90€

4ème de couverture

« Je me souviens très bien du jour où je naquis à la conscience. Il y a des jours comme ça qui ne s’oublient pas. Celui-ci était un 4 février. Celui de l’année 2184. »

Yann se réveille, sans savoir qui il est ni d’où il vient. Impliqué malgré lui dans une histoire de vol d’œuvres d’art au Louvre, il débute sa vie au rythme effréné de la fuite, des rencontres, des choix et des révélations.

Nicolas Debandt, à travers la situation impossible de Yann, soulève les questions de l’être et de l’existence, et dépeint une société contrôlée et voyeuriste où la place de l’homme est définie par son ADN, et où tout s’achète, même les gènes.

Résumé

Une conscience qui s’éveille. A Paris, au Louvre. Un corps d’homme. Des machines. Cet être qui s’éveille à la conscience se redresse. Il n’a pas de passé, pas de mémoire. Tétanisé, il ne sait que faire. L’instinct le pousse à sortir de la salle où il s’est éveillé. Un technicien de surface Joseph le trouve hébété dans un couloir. Pensant que cet individu est drogué  et en difficulté, Joseph l’aide et le recueille chez lui. Il lui donne un nom Yann. Jospeh est un Operaris. Débridé. Il consomme des drogues qui lui permettent de réfléchir et comprendre plus de chose que les autres Operaris. Mais qui est Yann ? Qu’est-il ? Comment à évolué notre monde ?

Mon avis

Un gros coup de coeur ! ❤

Bravo et merci à Nicolas Debandt pour cette histoire superbe, pour ce roman SF haletant et entrainant. C’est profond. Sensible. Terrifiant. Incroyable. J’ai beaucoup aimé la découverte de soi, la quête de Yann pour avoir des réponses. J’ai adoré les idées, l’anticipation, les messages, les personnages.

L’action se déroule dans un Paris surpeuplé, très urbanisé, de nouvelles espèces ont vu le jour à la place des Homo Sapiens. 4 espèces avec des particularités différentes existent et permettent au monde de survire. Les Homo Operaris, ceux qui « opèrent », sorte de classe ouvrière. Emploi du temps sur mesure, peu de réflexions, pas de révolte. Les Homo Obediensis, ceux qui « obéissent » aux ordres, des travailleurs, fonctionnaires. Ce sont les deux espèces que Yann rencontre en premier. Le lecteur va découvrir les deux autres espèces, principalement les Nexilis, en suivant un inspecteur de police. Les Homo Nexilis sont intelligents et occupent des professions comme policier, directeur, commerciaux, chercheur,… ce sont ceux qui agissent et disposent d’un minimum d’autorité. Puis, le lecteur découvrira les Homo Aureus, au dessus des Nexilis. Ceux qui possèdent.

On découvre aussi le Websoc, sorte de réseau social géant, connecté en permanence aux esprits des Obediensis et des Nexilis. Chacun membre ayant un profil gardant en mémoire toutes les actions, pensées, localisations… permettant de disposer aussi de toutes les informations culturelles, politiques, actualités, divertissements si nécessaire. Bref, tout y est enregistré. Tout s’affiche en hologramme devant vos yeux.  Impossible ou presque de se cacher, d’avoir une vie privée. Terrifiant. L’aire des êtres connectés. Mais aussi dans ce Paris des années 2184, le génome a été complètement remanié, vous pouvez disposer de nouveaux gènes, les acheter à la TransTrad, disposer de capacités supplémentaires, améliorer vos performances, etc. etc. Incroyable.

Yann lui ne sait pas qui il est, ce qui est sur c’est qu’il apprend vite. Mais pour avoir un avenir, il faut connaitre son passé, du moins, c’est ce que ressent Yann et il va donc se mettre en quête de son histoire, déterminer pourquoi il s’est éveillé déjà adulte, de cette façon.

Certaines péripéties et circonstances vont à Yann de croiser le chemin de Naya, une voleuse de gène. Durant tout le roman ou presque, le lecteur va découvrir le monde, les espèces, le passé de ce monde, les gens à travers les yeux de Yann. D’un autre côté, le lecteur va suivre l’enquête de l’inspecteur Roussel qui recherche Naya depuis des années et a qui est confié une enquête de vol d’œuvres d’art au Louvre, bizarrement le même soir que l’éveil de Yann.On apprend à connaitre Naya. Et on se pose plein de questions De quelle espèce est-elle ? Comment réussit-elle a se cacher de ceux qui la traque ? …

Nicolas Debandt a beaucoup creusé la psychologie de ces personnages, une véritable réussite. Ce n’est pas évident, de se mettre à la place de quelqu’un qui s’éveille à la conscience et qui se découvre. Pourtant l’auteur réussi cela. Yann est différent, il apprend vite, essaie d’analyser les comportements, les événements, les émotions. Avec lui, on ressent l’envie, la jalousie, l’incompréhension, la perte. Mais aussi l’affirmation de soi, la volonté de savoir mais aussi de braver les interdits. Le lecteur passe comme Yann par une foule d’émotions et de sentiments, on se sent alors si proche de Yann. Comment ne pas s’attacher alors à ce personnage et à sa quête ?

Avec Naya, on découvre que la TransTrad a le monopole de la synthèse génétique et que l’obtention de nouveaux gènes n’est que temporaire, que les gens deviennent « dépendants ». Le monde alors nous apparait rempli de vices et de choses cachés. Plus on creuse, plus les choses nous semblent étranges, illogiques… Quel est réellement ce monde évolué ? Qu’est-ce qui a changé la société à ce point ? Naya est forte et fragile à la fois, c’est un très beau personnage. Nicolas Debandt creuse aussi la vie et le passé de l’inspecteur Roussel. J’ai alterné entre des « il m’énerve » et des « je l’aime bien ». Cet inspecteur est le reflet de la Société. Mais il va vivre des choses qui vont éveiller sa conscience. On le voit changer et je me suis aussi attachée à lui. Il y a plein de personnages à découvrir, chacun à son importance. C’est un roman dense et enrichissant.

Xénome est un livre qui marque et qui prend la peine de montrer les dérives possibles du progrès. Ce qu’on apprend est terrifiant. Les messages véhiculés par Nicolas Debandt sont puissants, profonds et forts. C’est indéniablement un livre qui fait réfléchir. Un roman de SF original et très bien fait. J’avoue qu’avoir fait une partie de mes études en biologie m’a beaucoup aidé. Mais même sans cela, je pense qu’il est très accessible. Et puis, le mélange de la SF avec un côté enquête policière permet de rythmer le récit, le fluidifie, tient le lecteur en haleine et permet quelque chose de percutant. Et on ne le lit pas forcément comme un roman de SF, c’est plus abordable même si les idées sont elles vraiment dignes de auteurs d’anticipation. Qu’est prêt à faire l’homme au nom du Bien Commun ? Que sait-on vraiment ? Quelle est la réalité que l’on nous cache ? Les questions de 2184 pourraient se poser actuellement ! Flippant !

J’aurai peut-être aimé en appendre plus sur la période charnière qui a conduit aux 4 espèces et durant laquelle a été  développer des biotechnologies. Mais même sans ça c’est excellent. Et surtout je remercie l’auteur pour la fin. Même si j’ai versé ma petite larme, et eu la gorge nouée, elle ne fait pas dans la facilité et ça c’est un gros plus. Enfin quelque chose de moins convenu. J’ai adoré. Je le lirai très certainement dans quelques années, parce qu’il m’a fait forte impression et que pense que je pourrais encore découvrir des choses en le relisant ! Mais avant je lirai le diptyque Illuvendan 🙂

Un excellent titre des Editions de l’Homme Sans Nom qui décidément dispose d’une sélection d’ouvrages qu’il faut découvrir ! ❤

Géniteurs & Fils d’Anthony Boulanger

90921193

Chat Noir Éditions, 14,90€, 170 pages

4ème de couverture

L’union tissée tre un père et son enfant est un lien primordial qui demeure bien au-delà du temps partagé, mais que se passe-t-il lorsque cette relation est non-fonctionnelle, défaillante, dangereuse ? Rabaissées, violentées, ignorées, quel destin attend ces pauvres âmes qui portent les stigmates d’une jeunesse gâchée ? Pourront-ils engendrer une nouvelle génération ou bien les séquelles de leurs traumas ne provoqueront-elles que la répétition de maux profonds ?
À travers les nouvelles de ce recueil, oscillant entre réel et fantasme, des Fils et leur Géniteur se fuient, se pourchassent, se détruisent, volant en éclats de vie et de peur. La plume d’Anthony Boulanger suit l’évolution de cette relation, en quête de compréhension et d’un changement possible afin d’effacer les erreurs vécues par les générations meurtries.

Mon avis

Un très, très bon recueil !

Une fois n’est pas coutume, je commence avec la couverture. J’ai longtemps hésité parce qu’elle est aussi belle qu’elle me touche et me fait peur. Je pensais que ça serait très difficile de lire un recueil sur un thème comme celui du père, du fils, et les poings serrés du père et le regard triste du fils laissent penser que ça ne va pas bien se passer. Et j’ai vraiment bien fait de dépasser mon appréhension, car ce recueil est une vraie réussite !

Géniteurs & fils est un recueil aux nouvelles sombres, parfois dures mais poétiques et fantastiques. Découpé en 5 parties, le lecteur découvre des nouvelles des plus poignantes, aux plus optimistes. 5 visions de l’enfance et de la confrontation entre la progéniture et le père. De multiples variations très réussies sur un même thème.

Je vais essayer de donner rapidement mon impression sur les nouvelles, sans toute fois, les résumer en détail afin de garder du suspense ^^

1ère partie : Génération première

Tombent les pluies

Cette nouvelle, c’est comme une rengaine, un poème. C’est différente façon de voir, de ressentir la douleur et la souffrance. Elle est très dure mais la façon d’écrire, le style d’Anthony Boulanger sublime l’écrit alors que le thème  reste très difficile, dur.

Entre 4 murs, entre 4 murmures

Un texte dur également. Un enfant enfermé pour un crime mais l’a-t-il commis ? La cruauté apparait progressivement et comme bien souvent les apparences peuvent être trompeuses.

Johann…

A sa façon, Anthony Boulanger traite de la violence conjugale et du drame familiale en mêlant fantastique, imaginaire, créatures et réalité. Une nouvelle magnifique, qui prend aux tripes.  Une histoire aussi belle que cruelle, très prenante.

Après le mot fin

Un côté fantastique très prenant également pour cette nouvelle, un hymne à l’amour d’un fils pour sa mère, un combat, des choix à faire.

Les 4 nouvelles de cette première partie donnent le ton du recueil, mélant de réalité froide et cruelle avec une dose plus ou moins importante d’imaginaire et de fantastique. 4 nouvelles traitées dont le thème de la violence est traitée de façon subtile, touchante, poignante, sans tomber dans le glauque et le pathos. Le lecteur n’en sort toutefois indemne. La violence d’un père, la maltraitance, la souffrance, … sont des thèmes dures à traiter qui sont ici abordés avec une certaine pudeur. Anthony Boulanger y parvient en introduisant une note fantastique qui loin de dédramatiser la réalité, permet de créer un échappatoire, de faire surgir un espoir, un moyen de fuir, de s’échapper d’une réalité trop dure.

2ème partie : Génération abandonnée

Proie et chasseur

L’histoire d’un homme traqué par un enfant accompagné de loups. Cet enfant pourchasse pour l’empire les déserteurs. Mais l’homme fuit, affronte les tempêtes, car il a espoir de revoir sa femme et son fils qu’il a du quitter pour combattre.

C’est une belle nouvelle même si on voit venir le twist on apprécie énormément de découvrir comment tout cela se passe. La traque est très bien contée. On s’y croirait vraiment !

L’écume des nuits

Deux adolescents, Delphine et Pierre se disputent. L’un veut attendre avant d’enfin s’échapper de l’emprise de son père. L’autre n’en peux plus et n’imagine pas rester plus longtemps.  L’histoire de l’indifférence de pères pour leurs enfants qui ne font pas le poids face à la Mer.

C’était pas mal du tout, on ressent bien les sentiments des adolescents et on aurait presque envie de les aider dans leurs desseins.

Disparition programmée

La vie d’un homme invisible, cobaye de son propre père, contée par l’homme invisible lui-même. Un être sensible, qui va s’épanouir dans l’Art. Et quelle fin !

Une nouvelle très surprenante et rondement bien menée ^^

3 nouvelles dans cette deuxième partie qui traitent de l’indifférence, du rejet et de l’abandon. Quand l’amour paternel fait défaut. On s’éloigne ici de la violence et on rentre dans la psychologie de l’ado ou de l’enfant qui a grandit beaucoup trop vite.

3ème partie : Génération perdue

Entretien de validation

En 2025, un enfant de 6 ans passe son entretien de validation. Peut-il présenter un valeur ajoutée sociétale ? Le jury va en décider.

Une nouvelle futuriste dans une société qui fait froid dans le dos. Une nouvelle courte mais efficace, qui donne matière à réflexion !

Repas de famille

Un enfant réveille sa mère en pleine nuit. Il est terrifié, il entend des coups donnés depuis le rez-de-chaussée et si des voleurs s’étaient introduit chez eux ?

Une fin terrible qu’on voit pas venir. Une nouvelle noire et glauque, courte mais terrifiante à souhait ^^

Hommes et chimères

Des hommes fuient afin d’échapper à la chimère de leur territoire. Cette créature qui autrefois les aidait et devenir récemment synonyme de malheur et de destruction. Les héros d’autrefois sont devenus des tyrans. Les hommes n’ont plus beaucoup d’espoir, vie est devenue synonyme de mort.

A travers la relation entre un homme et son fils, Anthony Boulanger nous transporte dans un univers que l’on aimerait voir développer. C’est avec plaisir qu’on lit cette nouvelle plus longue que les précédentes. Un univers créé en quelques pages déjà passionnants avec un vrai fond ! Très réussi !

Déchirures et tissages

Stephen marin aguerrit a fait fortune grâce à sa femme et son fils doués de don précieux en navigation. Cependant, il a eu le revers de la médaille, à trop en vouloir, le capitaine traine sa mélancolique, sa peine, et sa douleur derrière lui. Son fils survit plus qu’il ne vit. Ombre de lui même. L’équipage du navire se rend vers une station pour commercer. Mais elle a été attaquée ! Par qui et pourquoi ?

Comme pour la nouvelle précédente, Anthony Boulnager réussi à créer un univers original et qui tient la route en quelques pages. Un côté SF qui m’a beaucoup plut. Et toujours en arrière fond, la relation terrible, touchante et triste d’un père et son fils.

Ici Anthony Boulanger s’essaie à des thèmes différents en gardant en fils conducteur les relations parents / enfants. Des essais assez réussis dans des genres variéUs : SF, fantasy, horreur… 4 nouvelles avec beaucoup de travail d’univers. Un plaisir !

4ème partie : Génération sauvée

Il avait pour mères le brume et les Neufs filles…

Un viking fou de douleur d’avoir perdu sa femme  en couche et  dont le bébé ne va pas survivre, embarque avec son bébé à la proue de son navire pour mourir et rejoindre son aimée.  L’enfant est toutefois sauvé  par la brume.

Une légende Nordique très joliment écrite et contée ! J’ai beaucoup aimé l’atmosphère dégagée par l’histoire, le mélange légende et réel.

Le mal de pierre

Un jeune homme défie son père. Pour lui prouver que ce n’est pas un couard, il décide d’aller voir ce qui se trouve de l’autre côté de la cascade. Il découvre alors ce qu’il n’aurait jamais imaginer trouver. Mais une malédiction semble s’être déclenchée …

Une jolie nouvelle mais je dois le reconnaitre, elle m’a beaucoup moins plus que les autres.

L’écorce des coeurs

Une jolie histoire d’un homme amoureux dryade, mi femme ni arbre. Elle attend son promis et ne prête aucune attention au pauvre jeune homme….

Idem ici, à croire que je ne suis pas une romantique ^^ Mais l’histoire est jolie, elle est douce et la chute m’a bien plu ^^

3 nouvelles plus optimistes sur la relation père / fils, enfin parce que l’Amour est présent pour sauver cette génération perdue ^^  J’ai un peu moins aimé les 2 derniers textes mais cette petite baisse ne retire rien à l’intérêt des histoires et la qualité de l’écriture.

5ème partie : Génération seconde

Le rouge, le blanc et l’Artefact

Ressil Maler nous raconte les derniers événement survenus dans son monde. Tous les 262 ans, les 5 lunes forment un pentagone qui permet l’accès à une caverne, dont laquelle se trouve l’Artefact. Parmi les aspirants présents, serviteur de la Voie Blanche, un Pur, un seul aura le droit de demander quelque chose qui sera   accomplit. Mais qui est cet homme en rouge qui attend lui aussi de rentrer dans la caverne. Ressil ne peut rester à l’observer. Il décide d’aller l’aborder. S’en suit alors un échange très surprenant…

Une nouvelle très intéressante. Qui creuse le thème de la volonté, du choix, de la liberté. Il y a plusieurs niveaux d’interprétation et le récit est très prenant. Philosophique, la nouvelle aborde le libre arbitre, la violence, la rédemption, la foi, le pouvoir, la puissance. C’est très intéressant. Le thème père et fils est plus ténu mais on finit par le trouver et le comprendre.

Cette nouvelle allume le flambeau de l’espoir et conclue parfaitement le recueil.

Géniteurs & Fils est un très bon recueil de nouvelles, divers et variées. Tout en gardant, le fil conducteur, Anthony Boulanger suit une progression de l’horreur à l’espoir. Le fil conducteur est plus ténu dans les derniers textes, est-ce parce que l’image du père peut s’améliorer ? En tout cas, je découvre un auteur qui arrive à traiter de thèmes durs d’une manière poignante et belle, avec simplicité, avec l’aide d’un imaginaire curieux et prenant. Un auteur qui arrivent en peu de mots à créer des univers passionnants, à décrire les relations entre les hommes. Un auteur à découvrir.

Encore un très bon ouvrage, différent et réussi des Editions du Chat Noir ^^

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DefiPALImaginales2014