La mort s’invite à Pemberley de P.D. James

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Le livre de poche, 7€60, 400 pages

4ème de couverture

Rien ne semble devoir troubler l’existence ordonnée et protégée de Pemberley, le domaine ancestral de la famille Darcy, dans le Derbyshire, ni perturber le bonheur conjugal de la maîtresse des lieux, Elizabeth Darcy. Elle est la mère de deux charmants bambins, sa soeur préférée, Jane, et son mari, Bingley, habitent à moins de trente kilomètres de là, et son père adulé, Mr Bennet, vient régulièrement en visite, attiré par l’imposante bibliothèque du château. Mais le climat s’alourdit soudain lorsque, à la veille du bal d’automne, un drame contraint les Darcy à recevoir sous leur toit la jeune soeur d’Elizabeth, Lydia, et son mari, Wickham, que leurs frasques passées ont rendu indésirables à Pemberley. Avec eux s’invitent la mort, la suspicion mais aussi le romanesque.

Mon avis

Une déception

Un prologue explique au lecteur, qui ne connaitrait pas Orgueil et Préjugés de Jane Austen, certains des événements survenus 6 ans auparavant. Il retrouve donc résumés la venue de M. Bingley et M. Darcy à Netherfield Park, le bal où Darcy et Elizabeth se sont rencontrés, la maladie de Jane et la venue inattendue de sa sœur, etc., les différentes allées et venues des uns et des autres. Tout ceci, du point de vue des gens de Meryton, des « on dit ». Ainsi, il serait possible qu’Elizabeth ait dupé tout le monde, quelle ne recherchait que fortune et prestige ? Pourquoi tant d’animosité envers le charmant Wickham devenu beau-frère de Darcy mais qui n’est jamais reçu à Pemberley ?

Le lecteur retrouve donc Elizabeth et Darcy, 6 ans après l’action d’Orgueil et Préjugés, un jour avant l’organisation du bal de l’automne, le traditionnel bal autrefois organisé par Lady Anne, la mère de Darcy. Elizabeth a été complètement acceptée au domaine de Pemberley par les domestiques et gens de maison. C’est donc l’esprit serein et avec plaisir que les festivités sont organisées. Amitié et déférence acquises grâce à la bonté et l’esprit d’Elizabeth mais aussi car elle a donné deux beaux garçons à Darcy, ce qui assure un maintien de la famille au sein du domaine et donc l’assurance de garder son travail et de servir cette famille présente depuis des décennies.

Jane et Charles Bingley qui ne vivent pas très loin de Pemberley sont bien entendu présents au bal et reçus une journée en avance. Ils sont venus accompagnés d’un avocat de Londres comptant parmi leurs amis, M. Alveston. La veille du bal sont donc présents à Pemberley les Bingley et leur ami, le Colonel Fitzwilliam cousin de Darcy, co-tuteur de la douce Georgiana, sœur de Darcy et cette dernière demeurant toujours au domaine.

Au début du roman, on apprend différentes choses, les intentions du Colonel Fitzwilliam, récent héritier de sa famille et du titre, le bonheur de Darcy et Elizabeth et de Jane et Bingley, les relations entre Elizabeth et son amie Charlotte, etc. Mais aussi, l’existence d’une amitié entre Georgiana et M. Alveston , de tensions entre ce dernier et le Colonel Fitzwilliam, la présence à quelques lieux de là du fils mourant de l’ancien cocher du domaine M Bidwell, les bonnes relations entre Elizabeth et Lady Catherine de Bourgh. En somme, P.D. James nous plonge complètement dans la suite d’Orgueil et Préjugés, basant son action à Pemberley et reprenant les personnages principaux mais chacun ayant évolué, changé, etc.

Mais le soir de la veille du bal, après le repas, alors que les invités et les hôtes sont au salon, que le Colonel Fitzwilliam s’est absenté pour prendre l’air, arrivé une diligence a bien trop vive allure sur le domaine de Pemberley. Avec stupéfaction, les protagonistes découvrent Lydia Wickham, la sœur d’Elizabeth en plein crise d’hystérie. Le cocher raconte alors qu’il a laissé M. Wickham et son ami le capitaine Denny, après une dispute, dans les bois de Pemberley et qu’il a entendu des coups de feu. Lydia hurle à tous que son Wickham est mort et que Denny l’a tué.

Cet événement vient troubler la quiétude de Pemberley de ses habitants. Darcy et les hommes du domaine vont alors se rentrent dans les bois à la recherche de Wickham et du capitaine Denny. Ils tomberont alors sur le corps sans vie de l’un d’eux et l’autre en état de choc. Commence alors l’enquête concernant la mort soudaine et inattendue d’un des protagonistes.

J’ai bien aimé retrouvé l’ambiance, l’atmosphère et les personnages d’Orgueil et Préjugés, ainsi que les clins d’œil de l’auteur, le tempérament de Lydia qui n’a pas changé, la présence de M. Bennett toujours absorbé par les livres, le caractère de Mrs Bennett, etc. Le fait de reprendre les personnages et de leur redonner vie dans une suite m’a plu, et ça ne m’a pas dérangé. C’est même très sympathique. Ma déception pour ce roman vient de l’intrigue et de la façon dont le récit est construit. C’est avec la construction que j’ai eu beaucoup de mal. Restant fidèle à l’époque, le 19è, il n’est pas surprenant qu’il n’y est finalement pas vraiment d’enquête policière. Mais je pensais quand même avoir les points de vue des différents personnages comme Elizabeth ou même la version de Lydia, l’avis de Darcy ou du médecin du village. Mais bon, ici pas de travail sur les personnages et la façon dont ils vivent les choses. C’est la procédure judiciaire qui est détaillée et qui présente donc la soirée et la nuit du meurtre.

Et donc, le récit nous présente 3 ou 4 fois la même chose, le même déroulé des événements. Cette redondance ne m’a pas plu du tout. C’est bien trop et je me suis ennuyée. J’ai trouvé que du coup, la structure narrative mettait en évidence les personnages et les lieux où s’est vraiment joué les événements, en les pointant du doigt, sans laisser un effet de surprise à la fin quand on apprend la vérité sur tout. La construction du récit ne laisse pas assez la possibilité de fausses pistes ou de rebondissements, puisqu’il n’y a pas d’enquête. C’est la même version jusqu’à ce que le seul rebondissement explique la vérité.

Alors que j’ai adoré le prologue avec le point de vue des gens de Meryton et des étrangers sur les événements d’Orgueil et Préjugés, je n’ai pas aimé les explications de Darcy sur des événements vieux de 6 ans, qu’il comprenne qu’il faut communiquer avec sa sœur oui, mais qu’il revienne sur sa lettre à Elizabeth, ce n’était pas vraiment la peine. Pas du tout d’intérêt dans cette histoire. Un hors sujet fait pour combler quoi ?

Outre ces points, j’ai apprécié l’explication sur le vrai déroulement des événements même si du coup je me suis douté de qui et pourquoi un peu trop facilement, et je ne pouvais pas m’empêcher de dire, sacré Wickham, quand-même, y a des choses qui ne change pas !!

Même s’il y a pas mal de choses que j’ai aimé (retrouver les personnages, la société anglaise du 19è, l’explication finale entre autres), mon impression générale est une déception, parce que je ne m’attendais pas à m’ennuyer sur plus de 200 pages du roman. Les lourdeurs de l’enquête et du procès ont pris le pas sur le reste.

J’essaierai de relire un PD James parce que c’était bien écrit, facile à lire et que c’est une auteure très prisée dans le monde du polar. Je ne peux donc pas rester sur un seul récit et une déception.

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La véritable histoire de Noël de Marko Leino / Challenge « Il était 2 fois Noël » : 15 décembre

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Michel Lafon, 300 pages, 13,95 €

4ème de couverture

Au cœur de la Laponie, pays des neiges éternelles, le jeune orphelin Nicolas est recueilli par les habitants de son village. Mais ils sont tous trop pauvres pour pouvoir l’adopter. Le Conseil des Anciens prend alors une décision inédite : chaque année, le garçon sera pris en charge par une famille différente, et il en changera le jour de Noël.

Avec une étincelle d’espoir et de joie de vivre, Nicolas décide de se consacrer à sa passion : fabriquer des jouets. Le garçon va ainsi raviver l’émerveillement au cœur de cette région glacée. Et pourrait bien être à l’origine d’une des plus belles légendes.

Résumé

Ossi et Tommi sont deux frères qui s’amusent sur la place un beau jour d’été, ils jouent à lancer un vieux camion de pompier rouge dans l’eau et cela sera au premier à le récupérer. C’est toujours Tommi qui gagne, Ossi ne plongeant jamais les yeux ouverts ! Mais cette fois, Ossi croit bien avoir battu son frère, il remonte un objet emprisonner dans les algues. Une fois nettoyé, il s’agit d’un coffret en bois finement sculpté mais cadenassé. Les deux garçons décident de montrer l’objet à leur papy qui pourra peut-être l’ouvrir. Et en effet, après quelques difficultés, le coffret est ouvert. Il contient une montre à gousset et un petit mot : « Joyeux Noël Aada. Ton frère Nicolas. » Le grand-père d’Ossi et Tommi se souvient alors d’une légende que son propre grand-père lui avait raconté. La véritable histoire de Noël. Et c’est maintenant à Tommi et Ossi de la découvrir.

Mon avis

Une excellente lecture pour les fêtes !

Quand j’ai vu que ce livre sortait cette année, je voulais absolument le lire. J’ai vu le film de 2008, il y a deux ans et j’avais beaucoup aimé, je voulais retrouver un peu de la magie de ce beau film, toutefois trop court. Et c’est réussi ^^

L’histoire commence donc de nos jours, avec deux frères qui se chamaillent pas mal et qui découvrent par une belle journée d’été un petit coffret de bois ouvragé et délicatement ciselé contenant une ancienne montre à gousset de peu de valeur et un petit billet dans la montre faisant référence à Aada et Nicolas. Le grand-père des deux garçons décide de se rendre sur la plage à l’endroit où les enfants jouent sur les rochers et se rend compte qu’il a certainement entre les mains une preuve que la légende de Nicolas et d’Aada est réelle. Du moins, la coïncidence est trop belle pour ne pas raconter La véritable histoire de Noël à ses petits-fils, même lors un chaud après-midi d’été.

C’est ainsi que le lecteur bascule fort longtemps en arrière quand le petit village de Korvajoki ne comptait que 8 maisons. Et que tout prêt vivait sur une île, Nicolas 5 ans, sa petite sœur Aada 1 an et leurs parents. L’hiver tarde un peu à arriver et les parents de Nicolas nettoient leurs filets de pêche pendant que Nicolas s’occupe de sa petite sœur. Le ciel pourtant commence à se faire menaçant, annonciateur du vent, du froid, de la neige et de rigueur. Aada est prise de fièvre deux nuits avant Noël et ses parents décident de l’emmener, en plein nuit alors qu’une tempête s’annonce, sur terre dans l’espoir qu’au village, quelqu’un pourra les aider. Ils laissent le soin à Nicolas de veiller sur le feu de la maison, il doit l’entretenir car il ne serait pas sain de ramener leur petite fille malade même soignée dans une maison glaciale. Le père de Nicolas lui confie donc cette tâche ainsi que sa montre à gousset afin que le petit, même s’il ne sait pas lire l’heure, puisse voir le temps qui passe avant que sa famille ne reviennent. Au petit matin, le feu est presque éteint, le bois manque et la tempête de neige de la nuit à tout recouvert. Et la famille de Nicolas n’est toujours pas rentrée. Cependant la mission du petit étant ce qu’elle est, il se débrouille comme il peut pour entretenir le feu mais encore de longues heures plus tard, toujours aucun retour au chalet. Alors qu’il s’apprête à passer une nouvelle soirée seul, il attend du bruit mais ce n’est pas sa famille qui revient. Deux pêcheurs du village sont venus lui apprendre une bien effroyable nouvelle. Nicolas ne peut rester sur l’île, il accompagne alors avec ses maigres affaires, les deux hommes au village.

L’assemblée de villageois doit décider du sort du petit garçon. Même Iisakki, un ermite marchant ambulant d’ustensiles en bois et autres objets y assiste et met son grain de sel. Il est décidé que Nicolas vivrait un an chez une famille puis changerait tous les ans à la Noël, jusqu’à ses 13 ans, où une nouvelle assemblée déciderait quoi faire.

Les débuts de Nicolas dans la famille d’accueil sont extrêmement difficiles. C’est un petit bonhomme en deuil qui, même s’il est plus que reconnaissant de l’aide des villageois, n’ose pas s’attacher de peur d’avoir trop mal à la séparation. Il reste seul même s’il est serviable et qu’il apprend vite. Un jour, toutefois, une mésaventure le rapprochera d’Eemeli le fils du premier couple. Pour remercier la famille et rendre heureux les enfants, le petit Nicolas va fabriquer quelques jouets en bois qui leur donnera à Noël avant de changer de famille. Nicolas ne le sait pas encore mais il vient de sceller son destin.

La véritable histoire de Noël est un très beau conte. Une belle histoire qui explique comment serait née la légende du Père Noël. Mais c’est également, une histoire assez triste, car Nicolas, est orphelin et bien seul parfois. Il est pourtant très courageux et bien en avance pour son âge. Les difficultés l’ont privé de son insouciance et d’une enfance heureuse. Mais au fil de l’histoire, des années, il se rend compte que ce petit village est devenu sa famille. Et qu’il a connu beaucoup d’instants heureux. Sa rencontre avec Iisakki, cet homme aigri qui n’aime pas les enfants, va aussi le changer. La première particularité de Nicolas est son obsession pour Noël et ce que cela représente pour lui. Sa petite sœur était née à Noël et a disparu peu avant cette même date. Seulement, imposer sa vision des choses aux autres n’est pas facile. Il est aveuglé par certaines choses et en oublie d’autres  pourant important. Heureusement, la véritable histoire de Noël est aussi une grande histoire d’amitié entre Nicolas et Eemeli. Ce dernier aura beaucoup d’importance dans la vie de Nicolas. La seconde particularité de cet enfant puis de cet homme si spécial : c’est qu’il n’a aucune notion du temps qui passe pour lui ou pour les autres. Cela lui donne un air naïf ou distrait.

Cette lecture m’a fait verser quelques larmes, je suis très émotive. Je l’ai lu assez vite en une soirée, complètement immergée, du coup, je me suis fort attachée aux personnages et je n’ai pas pu retenir quelques larmes parfois ^^ Je pense que si je n’avais pas déjà connue l’histoire, via le film de 2008, cette histoire aurait été un coup de cœur ❤ C’est parfois triste mais c’est la vraie magie de Noël. Des valeurs passent dans ce livre jeunesse : l’amitié, savoir garder un secret, donner sans attendre en retour, ne pas tirer la couverture à soi, faire la joie autour de soi. Bref, de belles valeurs qui conviennent parfaitement à la période de Noël. Et puis quelque part, cette histoire est crédible, on peut y croire. Ou choisir de rester terre à terre. Peu importe. Moi en tout cas, je suis restée une grande enfant, et je crois à la magie de Noël. J’ai donc passé un excellent moment, malgré les larmes, oui oui ! J’ai même préféré le récit au livre qui a le mérite d’être plus développé, on est plus au côté de Nicolas et de ce qui lui arrive.

De plus, j’ai apprécié avoir l’impression d’y être, la Laponie, la solitude de l’hiver, les montagnes, la neige, le froid, les rennes (j’ai adoré le passage avec les rennes), la solidarité entre les pêcheurs qui ont la vie dure, les forêts, …

Je suis ravie d’avoir lu ce roman jeunesse, que je recommande aux enfants et aux grands enfants ! Merci Tsuki de m’avoir prêté ton exemplaire ❤ J’ai ainsi pu le lire pour la lecture commune du challenge « Il était deux fois Noël » ❤

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et il rentre dans le challenge puisque l’auteur indique avoir fait les deux écrits (scénario et livre) à la même période.

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Avant d’aller dormir de S.J. Watson

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Sonatine Editions, 21€, 400 pages

4ème de couverture

A la suite d’un accident survenu une vingtaine d’années plus tôt, Christine est aujourd’hui affectée d’un cas très rare d’amnésie : chaque matin, elle se réveille en croyant être une jeune femme célibataire ayant la vie devant elle, avant de découvrir qu’elle a en fait 47 ans et qu’elle est mariée depuis vingt ans. Son dernier espoir réside dans son nouveau médecin, Ed Nash. Celui-ci lui a conseillé de tenir un journal intime afin qu’elle puisse se souvenir de ce qui lui arrive au quotidien et ainsi reconstituer peu à peu son existence. Quand elle commence à constater de curieuses incohérences entre son journal, ce que lui dit son entourage et ses rares souvenirs, Christine est loin de se douter dans quel engrenage elle va basculer. Très vite elle va devoir remettre en question ses rares certitudes afin de faire la vérité sur son passé… et sur son présent.

Résumé

Christine se réveille un matin. Elle se demande où elle est et qui peut être le garçon à côté d’elle dans le lit. Elle se lève mais se rend compte qu’elle n’est pas chez elle. Elle trouve la salle de bain et là stupéfaction elle ne se reconnait pas dans le miroir. Puis finalement, oui, ce sont bien ses yeux. Mais ces cheveux, ces rides… Et ces photos qui entourent le miroir. Qui est cet homme, son époux ? Ce dernier se lève et lui explique qui elle est et le mal qui la touche. Suite à un accident elle n’a plus de souvenir de ces dernières années, et chaque jour elle se réveille en pensant avoir 20 ans voire moins… Le docteur Nash l’appelle, il doit lui réexpliquer qui il est. Il la suit depuis quelques temps, il a espoir qu’elle fasse des projets. Elle tient depuis quelques temps un journal. Mais certaines incohérences entre les jours vont la perturber… Christine va essayer de faire la lumière sur sa vie…

Mon avis

J’ai beaucoup aimé malgré la chute.

Le lecteur découvre Christine affectée par un cas rare d’amnésie. Elle ne se souvient pas de ses journées, et donc des dernières années de sa vie… presque 25 ans de néant. Le matin elle se réveille en pensant avoir 20 ans voire moins mais elle en a 47 ans et ne se souvient pas de plus de la moitié de sa vie. Elle est mariée à Ben qui travail dans une école. Le docteur qui la suit le fais sans le consentement de son mari. Ben ne croit plus que la médecine puisse venir en aide à sa femme. Le Dr Nash est persuadé pourtant que Christine puisse faire des progrès. La première partie du livre commence un jour comme les autres. Christine amnésique. Le docteur l’appelle pour lui rappeler leur rendez-vous. Ce jour-là, elle récupère un journal. Son journal. Depuis quelques temps, sous les conseils du médecin elle écrit tout ce qui se passe dans sa journée. Elle écrit en cachette de son mari. Sur la seconde page, elle a écrit « ne pas faire confiance à Ben » mais pourquoi ? Dans la seconde partie du livre, le lecteur découvre le cheminement de la vie de Christine. Et de plus en plus, Christine met en évidence des incohérences dans ses journées. Des réponses de Ben différentes d’un jour à l’autre. Pourquoi ? la protège-t-elle ? Se protège-t-il ? Quel est l’accident dont Christine a été victime ?

C’est vrai que le déroulé des journées de Christine peut être un peu redondant mais de cette redondance nait les questions, le chaos de la vie de cette femme qui ne se souviens pas de sa vie. On doute autant que Christine, on apprend en même temps qu’elle au fur et à mesure. On se demande ce qu’il va se passer, ce qui a bien plus se passer 20 ans auparavant. On en vient même à se demander si ce qu’on lit est réel, si Christine existe, si elle est folle ou paranoïaque.

Comme cette femme est notre narratrice, peut-être que rien n’est vrai, que nous sommes manipulés ? Tout est possible!!! On ne sait jamais ce qu’on peut prendre pour argent comptant ? Christine nous dit-elle tout ? On peut imaginer tout et son contraire. C’est génial. C’est un très bon thriller psychologique. On se demande qui tire les ficelles ? si quelqu’un tire les ficelles bien sur ^^ On extrapole, on interprète, on choppe des indices, ou on croit en découvrir. Le lecteur échafaude ses hypothèses. Pourquoi a-t-elle la mémoire bloquée ? Que lui est-il arrivé ? Qu’a-t-elle vécu ? Progressivement, lentement, les choses s’emboitent, s’éclairent.

La psychologie de Christine est super bien travaillée. C’est haletant. L’auteur dose ses pauses, ménage le suspense. J’avais vraiment envie de savoir. Comme on apprend en même temps qu’elle et à un instant t, on se demande si elle a déjà vécu les événements, si elle a déjà eu ou non des souvenirs plus précis, on sent progressivement que quelque chose cloche. Est-ce que ça vient de Christine ? de son entourage ? On s’attache à ce personnage. Même si par certains côtés elle a pu m’agacer,  elle a aussi su me toucher par d’autres aspects. Ce n’est pas facile de se mettre à la place de quelqu’un qui ne retient rien d’un jour à l’autre mais j’ai trouvé que l’auteur s’en était super bien sorti. Les pages se tournent sans se dire « ça c’est pas cohérent ». On ne se pose pas que des questions sur Christine, tout le monde parait bizarre, son mari, le docteur Nash, ainsi que les autres rares personnages croisés.  On en deviendrait parano nous aussi !

En tout cas, le suspense est ménagé, on apprend les choses vraiment qu’à la fin, l’ambiance et l’intrigue tiennent jusqu’au bout. Par contre, j’ai été un poil déçue par la chute, une de mes hypothèses de départ mais que j’avais rejetée. Mais dans l’ensemble, tout se tient vraiment très bien.  C’est sympa de se poser des questions mais c’est super aussi de se laisser porter et de ne pas vouloir à tout pris décortiquer ou tout comprendre en 50 pages. Le dénouement n’a pas été aussi original qu’espérer mais la construction elle est géniale donc ça rattrape bien !

Une très bonne lecture en tout cas pour moi. J’espère aller voir le film qui sort ce mois-ci même si j’ai un peu peur de la façon dont le sujet est traité (journal vidéo à la place du journal papier).

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Fahrenheit 451 de Ray Bradbury

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Folio SF, 224 pages, 5,60€

4ème de couverture

451 degrés Fahrenheit représentent la température à laquelle un livre s’enflamme et se consume. Dans cette société future où la lecture, source de questionnement et de réflexion, est considérée comme un acte antisocial, un corps spécial de pompiers est chargé de brûler tous les livres dont la détention est interdite pour le bien collectif. Montag, le pompier pyromane, se met pourtant à rêver d’un monde différent, qui ne bannirait pas la littérature et l’imaginaire au profit d’un bonheur immédiatement consommable. Il devient dès lors un dangereux criminel, impitoyablement pourchassé par une société qui désavoue son passé.

Résumé

Montag rentre de sa journée de travail. Il est pompier. Mais lu n’éteint pas des incendies. Il est chargé avec sa brigade de brûler les livres. Ces ouvrages qui font réfléchir, dont les idées peuvent amener les gens à rêver, se rebeller, apprendre. Sur sa route, il croise une jeune fille. Dans un monde où personne ne va vers l’autre, Clarisse lui parle et échange avec lui. Cette rencontre surprenante va le hanter pour la nuit. Il rentre retrouver sa femme, qui ne souhaite rien d’autres qu’un nouveau mur-écran … un 4ème…

Mon avis

Un classique  à lire ou relire !

Montag est pompier, mais pas les pompiers comme nous les connaissons, son rôle à lui est de détruire les ouvrages, les livres, ces objets subversifs, qui prônent des idées, des idéaux, des histoires, un passé. Ces livres qu’on a d’abord abrégés, puis condensés, puis finalement rejetés. Montag est lui à une période charnière de sa carrière. Il réfléchit. Et croise Clarisse qui le pousse à réfléchir encore plus.  A ce qu’il fait. Et que contiennent donc ces livres pour qu’un jour quelqu’un ai décidé qu’il sera mieux de les brûler. Il a l’impression de ne plus comprendre son existence. Dans quel monde vit-il ? Qu’est-ce que ce monde où sa femme s’abrutit de programmes dont elle ne sait même pas discuter. Qui passe son temps avec un bruit de fond dans les oreilles, qui prend tant de médicaments sans savoir ce qu’elle le fait, au point de ne pas comprendre qu’on ait dû la réanimer… Quel est ce monde gris et monotone ? Et Montag lui, a-t-il encore envie de faire parti de ce monde?

Ray Bradbury nous sert un monde dystopique où les gens pour être plus raisonnable, pour la Paix, ont supprimé de leur existence le savoir, leur passé, la culture. Où le gouvernement a sauté sur l’occasion inespérée d’avoir enfin un peuple de moutons qui sera plus simple à gérer.

J’ai eu du mal à accrocher au 1er tiers du roman. C’est froid, insensible, Montag semble s’interroger beaucoup mais reste passif, sans réaction devant les événements. Comment pourrait-il posséder des émotions, des sentiments quand on ne les reconnait plus, qu’on ne sait plus ce qui existait avant. De plus, on passe un peu de coq à l’âne, dans une sorte de rêve, de brouillard. Du coup, c’est difficile. On ne s’attache pas au personnage et on se demande où tout ça va en venir.

Et puis, à un moment, l’action est lancée. Comme si Montag était tout à fait éveillé, comme si Clarisse avait été son déclencheur ou du moins une aide à ce qu’il avait déjà commencé à entreprendre. Parce que les livres intriguent notre pompier, il a envie de savoir ce qu’ils contiennent, ces messages, ce passé qu’il ne connait pas ou ne connait plus. Il a, sans s’en rendre compte, tout simplement envie de se sentir vivant. Et quand la traque de Montag commence, le lecteur est happé dans cette course poursuite.

Les autres personnages sont presque tous « absents », le lecteur n’en retiendra que peu : Clarisse, jeune « folle » dont la famille sait rire, s’émerveiller, discuter, vivre tout simplement. Le capitaine des pompiers, qui semble en savoir plus qu’il n’y parait sur la Société. Et qui semble si érudit dans un monde qui n’a pourtant plus accès au savoir, aux idées, aux mots. Il est sournois et terrifiant dans son genre. Vicieux. Je l’ai détesté ! Mais c’est lui qui nous explique ce qu’a voulu le peuple : lorsque la technologie a pris le dessus, les gens ne voulaient plus apprendre.

Replacé dans son contexte, ce roman est une satire de la société de l’époque, la Guerre Froide, le Maccarthisme. Mais finalement, le message reste actuel, si vrai.  L’uniformisation de la pensée, faire des gens des moutons qui ne seront plus capables de penser par eux-même. Les priver de réflexion, de rêves. Un monde horrible où les jeunes s’entretuent quand ils n’ont pas leur dose de sensations fortes. Où les adultes sont froids, dociles, sans curiosité. Qui ne savaient plus qui est leur conjoint, leurs collègues, ce que ressentent les gens. Tout le contraire de Clarisse, pétillante, curieuse, intelligente. Ceux qui savent encore.

Alors que je n’y arrivais pas au début, je me suis attachée à Montag, à sa lutte pour se réveiller, pour vivre. Ne plus avoir peur des idées, des théories, des livres, et au contraire, vouloir les lire, les comprendre, les retenir. Décider que les livres ne seront plus synonymes de tension entre les gens, entre les minorités, amenant à se combattre. J’ai oublié le mal qu’à fait Montag sans le chercher et j’ai espéré pour lui pour le monde un renouveau, du changement.

Cette histoire qui commençait difficilement devient prenante. D’un style froid et confus dans le quotidien de Montag on passe quand ce dernier s’éveille (se réveille, revit) à un style plus travaillé, avec de belles métaphores, des images. Quand Montag se sent  vivant, l’écriture se réveille également, on ressent presque les odeurs, les bruits…

La fin est plus philosophique, reflétant la guerre froide immobile, silencieuse, invisible mais pourtant bien présente. Une attente, un climat de tension. La fuite des cerveaux, des artistes, des scientifiques communistes. Comme ceux qui se retrouvent dans la forêt à la fin. L’auteur s’adresse presque au lecteur à travers l’esprit de Montag. Le lecteur lui aussi doit prendre conscience et comprendre l’importance du souvenir, du collectif. Qu’en ne rejetant pas le passé, la réalité, une lueur d’espoir, de renaissance, pour un monde nouveau est possible.

Fahrenheit 451  est un classique que j’ai découvert au Club de lecture et j’en suis plus que ravie. Je n’avais pas eu à l’étudier en cours, c’est dommage, j’aurai aimé le découvrir avant mais il n’est jamais trop tard. C’est un classique qu’il faut avoir lu au moins une fois, que l’on peut relire (je le relirai je pense, je suis sure d’y voir encore d’autres messages, d’autres interprétations). Qu’on aime ou pas, il fait réfléchir  et reste très actuel ! Vraiment à lire, relire, découvrir ^^

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La belle et la bête de Madame de Villeneuve

9782070349593FSFolio, 2€, 135 pages

4ème de couverture

«Le monstre se fit entendre. Un bruit effroyable, causé par le poids énorme de son corps, par le cliquetis terrible de ses écailles et par des hurlements affreux, annonça son arrivée. En voyant approcher la Bête, qu’elle ne put envisager sans frémir en elle-même, la Belle avança d’un pas ferme, et d’un air modeste salua fort respectueusement la Bête. Cette démarche plut au monstre. Se retournant vers la Belle, il lui dit : « Bonsoir, la Belle ».» Gabrielle-Suzanne de Villeneuve (1685-1755) est l’auteur de l’un des contes de fées les plus célèbres de la littérature française. Venue tardivement à la littérature, elle est également l’auteur de plusieurs autres contes et romans, parmi lesquels La Jardinière de Vincennes qui connut un grand succès.

Résumé

Un riche marchand a 3 fils et 3 filles. La dernière des filles est la plus belle, si bien que tous ne l’appelle que la Belle, ce qui attise la jalousie de ses sœurs. Mais sans compter son physique, elle est aussi la plus studieuse et la moins vaniteuse. Mais un jour, le riche marchand perd tout et la famille est contraint de déménager à la compagne.

Un matin, une opportunité se présente au marchand de se refaire un pécule mais le temps d’arriver sur place, il ne trouve que de vains espoirs. Sur la route du retour, le cheval du marchand le conduit dans un château. Il y découvre des merveilles. Quand il cueille une rose pour sa fille Belle, une étrange malédiction se met en marche.

Mon avis

Mitigée !

Le lecteur découvre le conte original de la Belle et la Bête. Celui-ci est composé de deux parties. La première est le conte que l’on connait à quelques modifications près et la seconde nous raconte comment le prince est devenu à la Bête et qui est vraiment la Belle.

Autant j’ai bien aimé la première partie, autant j’ai vraiment pas aimé la seconde. Et pour vous dire pourquoi, je vais devoir spoiler, j’en suis désolée ^^

Commençons par le positif. C’est une belle histoire, un beau récit et bien écrit, même s’il faut s’accrocher pour bien comprendre toutes les tournures de phrases. Le style est celui du 17ème- 18ème siècle et il peut parfois sembler lourd. Je ne le cache pas, il ne m’aurait pas fallu 50 pages de plus. Parce qu’au bout d’un moment, c’est un peu fatiguant. Une question d’habitude sans doute.

Autre point positif, le récit touche vraiment au Merveilleux. La Bête est vraiment monstrueuse et bête. L’enchantement est vraiment présent. Il se passe des choses étranges et féériques dans le palais de la Bête. On prend plaisir à suivre la Belle qui déambule dans le château et découvrir 1000 et 1 choses surprenantes. Le côté magique, merveilleux est vraiment plaisant. Les fenêtres qui s’ouvrent vers des loisirs : théâtre, opéra,… les décors, les fées bonnes et mauvaises, ….

Toujours pour le positif, j’ai trouvé les sentiments relatés vraiment très bien maitrisés. La jalousie et la haine des sœurs de la Belle, leur vanité et leur suffisance aussi. La bêtise et l’horreur de la Bête, la naïveté et la candeur de la Belle, sa bonté et sa simplicité également. L’amour filial et fraternel. Vraiment tout cela est très bien décrit. Puis on comprend comment la Belle change d’avis et finit par s’unir à la Bête.

Dernier point positif, avoir des explications sur le comment et pourquoi  le Prince a été changé en Bête, comment les événements se sont enchainés, sont deux points forts intéressants et paradoxalement… je n’ai pas apprécié la version de l’histoire, surtout du côté de la Belle.

Arrive donc le négatif. Dans la seconde partie, où le lecteur en découvre plus sur Belle et le Prince. Pourquoi, cette jeune fille doit-elle absolument être une princesse pour épouser le prince ? Oui c’est la réalité de l’époque sans doute mais ça brise « le conte de fée » pour le coup ^^ Je serai bien resté sur la belle et intelligente fille, roturière qui épousa son Prince… Mais ce n’est pas encore ça le pire pour moi, c’est qu’on a deux fois la démonstration en moins de 20 pages. Une fée ne peux pas épouser un roi non plus, bien oui, la fée est trop au dessus du roi… Pfff, franchement moi, ça m’a fatiguée. En gros, pas possible de dépasser sa condition. A cette époque, tu es dans la misère, tu y restes…

De plus, les explications sont un peu embrouillées, les fées ne peuvent pas avoir des prénoms comme tout le monde, on arrive plus à suivre à la fin… C’est un peu dommage.

Je ne déconseillerai pas cette lecture, je pense que les défauts que j’y trouve, ont sans doute un grand fond personnel. Dans l’ensemble, c’est une belle lecture qui a vraiment pour elle d’ouvrir le lecteur à un style pas si aisé que ça et au Merveilleux.

Voilà, la Belle et la Bête, il y a du bon comme il y a du moins bon pour moi. Finalement, je resterais presque à préférer le dessin animé de Disney moi qui pourtant ne suis pas une fan absolue des Disney. J’ai aimé sans adoré. Et je pense que si je devais le lire un jour à mes enfants, je m’arrêterai avant que la fée nous raconte comment et pourquoi toute cette histoire !

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