Le Livre de la Création (Les derniers guerriers du silence) de Yoann Berjaud

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Édition Mnémos, Collection Dédales, 272 pages, 19€

4ème de couverture

 » Les héros sont presque tous morts, mais les hommes se battent encore. »

 Les mondes de la Confédération sont tombés. Les armées du Neo-Mashma s’imposent, Le Livre de la Création se déchire, lui qui seul contient l’univers et sa permanence. Une apocalypse implacable étendra bientôt son aile noire sur les survivants de la Confédération des Cent Planètes.
Cependant, dans l’ombre et le secret, les Derniers Guerriers du Silence poursuivent la lutte.
Une poignée de héros fragiles et farouches sont lancés dans une quête désespérée afin d’empêcher le monde de sombrer.
Les pages du Livre s’amenuisent, sa puissance faiblit et la trame du monde s’épuise.
Le Dieu Noir sera impitoyable avec les indécis et seule la vibration sacrée du Chant Premier a le pouvoir de sauver les âmes.
Il est temps d’écrire le Destin de l’Humanité, il est temps de clore le Livre de la Création.

Après Le Chant Premier, Yoann Berjaud conclut magistralement son épopée dans l’univers des Guerriers du Silence de Pierre Bordage.
Avec son style lyrique, il ouvre une nouvelle voie dans la science-fiction avec des personnages aux destins héroïques qui puisent au plus profond d’eux-mêmes pour accomplir leur chemin de vie.

Résumé

Attention risque de spoiler du T1 de ce diptyque !

Après avoir voyager dans le temps et l’espace grâce au Grimoire Sacré, Sékhem a été arrêtée par les chevaliers du Néo-Mashma qui la traquaient notamment le Lion Noir et est livrée à l’Aigle Noir, bras armé du Dieu Noir. Cependant, elle va recevoir une aide inattendue qui lui permettra de fuir grâce au Chant Premier  et de rejoindre Athénaïa sur Aguiba. Elle doit lui remettre des plans de vaisseaux, les seuls capables de défendre Terra Mater contre les armées du Néant…

Siliana, 26 ans après la Bataille du Dharma, se réveille dans une étrange contée. L’instant d’avant elle était à Vénitia en train d’étudier le Grimoire Sacré. Sans aucun doute, elle a voyagé grâce au Livre de la Création. Ce livre qu’elle doit détruire pour voir s’accomplir l’œuvre de destruction du Néant…

Quelles sont les épreuves que va rencontrer Sékhem et les autres guerriers du silence ? Parviendront-ils à sauver Terra Mater, et l’Humanité ? Que va découvrir Siliana en sondant le Livre sacré ? Arrivera-t-elle à le détruire, à mettre fin à sa souffrance et à l’Humanité toute entière ?

Mon avis

De nouveau, je tiens à remercier à Yoann Berjaud et à Mnémos Editions, pour la suite du diptyque des Derniers Guerriers du Silence ! Quand j’ai accepté de lire Le chant Premier,  je ne pensais pas recevoir avec la suite, ce fût une belle surprise, merci beaucoup.

Pour lire ma chronique du tome 1 : Le chant Premier c’est >ici<

Une suite époustouflante, une magnifique conclusion de ce diptyque ! 

Cette fois-ci, je n’ai eu aucun mal à rentrer dans cette suite, probablement parce que je connaissais l’univers et que le 1er était encore « frais » dans ma mémoire. Et surtout j’avais envie de savoir ce qu’il allait advenir des personnages et de l’Univers !

Le lecteur retrouve les personnages là où il les avait quittés précédemment, il doit se passer quelques semaines ou mois mais pas beaucoup plus. Nous retrouvons l’univers dense et complexe, développé par l’auteur, basé sur les Guerriers du Silence de Pierre Bordage. Peu ou pas de rappel des actions précédentes en début de roman, c’est vraiment dans la continuité du 1er Tome. Parfois cependant dans le récit de rapides références aux événements passés et aux épreuves traversées par les protagonistes. Un tome à ne pas dissocier du Chant Premier. Comme dans le premier opus, les débuts de chapitre donnent des extraits de mémoires, de carnets, de traités, … comme une introduction à ce que vont vivre les personnages dans le chapitre. Cette fois, les événements sont « datés », soit nous découvrons ce qu’il s’est passé durant les 6 mois avant la Bataille du Dharma (bataille  stratégique pour les deux « camps »), soit nous avons les événements se passant 26 ans après la bataille.

Avec le récit de Siliana, 26 ans après la Bataille du Dharma, nous comprenons que les Guerriers du Silence ont échoué, que le Dieu Noir domine et que le Néant va bientôt anéantir l’Humanité. Mais pour cela, il faut détruire le dernier artéfact : Le livre la Création. Et cette mission est confiée à Siliana. Pour mémoire, c’est la petite fille de Sékhem. Elle est devenue une sorte de déesse, la Grande Prêtresse de la Nuit, amante du Dieu Noir. Son âme est pourtant celle de Sri Lumpa (dont on découvre l’histoire), âme torturée, à la fois défenseur de la Vie et détenteur du Pouvoir Noir… J’ai personnellement d’abord détesté Siliana, ensuite ça s’est transformée en juste pas appréciée en effet (certaines de ses répliques, n’ont pas sonné juste à mes oreilles), comment réussir à aimer, une âme si noire, une furie, une déesse de mort ? Comment aimer son arrogance, son ton supérieur, son besoin de destruction ? Mais est-elle vraiment responsable de sa destinée ? N’est-elle pas qu’un jouet de plus entre les mains du Dieu Noir ? D’une autre force ? Pourra-t-elle changer ? ou s’amender ? Ou sera-t-elle toujours l’instrument de destruction du Néant ?

Puis, nous retrouvons avec grand plaisir, notre héroïne Sékhem. Après son passage dans le futur, elle revient avec un élément important pour combattre les forces armées du Néo-Mashma. Mais aussi avec une blessure sentimentale. Elle s’absorbe dans sa mission, en symbiose parfaite avec Athénaïa, l’intelligence artificielle qu’elle a rencontré dans Le Chant Premier. Elle a traversé quelques épreuves dans le 1er tome, et d’autres encore plus terrifiantes l’attendent dans ce second tome. Le lecteur comprend toute son importance dans la trame du récit et dans le destin qui se joue. Impossible de ne pas se sentir proche de cette femme blessée mais courageuse. Impossible de ne pas comprendre les besoins qu’elle aura et les choix qu’elle fera.
Il en est de même pour Nephtys, la sorcière rouge. Sa principale mission dans ce tome est de surveiller les armées du Néo-Mashma sur Kémya. Elle découvre l’existence du Plérôme Noir, des êtes qui vont tout faire pour gouverner toute forme de vie dans l’Univers. Dans sa surveillance, Nephtys sera amenée à prendre des risques et elle assistera à des événements traumatisants et horribles, qui l’amèneront à faire certains choix parfois limites.

Bien entendu, le roman permet aussi de retrouver les autres personnages découverts dans Le Chant Premier, Sahel, le Vitaguerrier qui va partir en mission sur la planètre Cryo et faire d’étranges rencontres, il devra faire des choix, et assumer certains actes qui auront des conséquences au travers le récit, …. Adryan, qui va combattre au côté de Sékhem, lui sera un peu plus en retrait dans le récit. Hartmon, le mage des sables (ex-mari de Sékhem), va se voir confier la mission de s’occuper de la Lance du Destin, un artéfact puissant et dangereux, voué corps et âme au Néant… Beaucoup d’événements seront liés à cette Lance, à son porteur légitime…. Le lecteur découvrira la destinée de Lydia, la soeur d’Adryan, ou encore de Lyorim, cet alpha insoumis… Aucun personnage ne sera oublié. Chacun à sa place, son rôle à jouer dans la bataille contre le Néant, même les choses qui paraissent de moindres importances, sont nécessaires à la compréhension des enjeux finaux, des destinées, … L’auteur avait finement préparé la trame de son récit, distillant les informations, les éléments nécessaires à la compréhension des événements. Dans ce second tome, les guerriers rentrent en action et le duel entre les forces du Bien et du Mal aura bien lieu.

Le récit emportera le lecteur à la rencontre des premiers peuples, de la première race à avoir évoluée dans l’Univers ; à la rencontre de lieux étranges, hors du temps et de l’espace. Le lecteur comprendra les tenants et aboutissants des agissements du Dieu Noir, découvrira ce qu’il est. Toute la lumière sera faite sur les artéfacts anciens : livre de la création, lance du destin, jeu du dharma… Et nous comprendront que dans l’Univers rien n’est laissé au hasard…

Dans toutes les épreuves traversées par les héros, par les derniers guerriers du silence, il sera question de choix, de conséquences, de remise en cause, de confiance, ils n’en restent pas des humains même extraordinaires, pris de doutes, avec des failles, des faiblesses, pouvant faire des erreurs. Ils seront parfois pantins, parfois maitres de leurs destins. Certains devront se débrouiller par eux-même; croire en eux, faire confiance aux autres. D’autres recevront des aides inattendues

Nous retrouvons dans cette suite, les thèmes développés dans le premier tome : la dualité du monde, et des hommes, tiraillés entre le Bien et le Mal, la souffrance, la haine, les ténèbres et l‘espoir, la lutte pour survivre, la lumière, l’entre-aide, l’amour, le soutien, le dépassement de soi, … complétés par une question essentielle : jusqu’où l’être est prêt à aller pour détruire ou pour survivre?

Il y a des événements, des aspects, plus durs dans ce roman que dans le précédent, plus d’actions (combats), des chapitres plus courts qui donnent beaucoup de rythme, les pages se tournent sans les voir défiler. Le récit bien que dense reste fluide, car le texte n’est pas alourdit de vaines digressions ou descriptions. L’auteur va à l’essentiel dans son développement, en continuant à émerveiller le lecteur ou à l’horrifier parfois. J’ai apprécié les changements de point de vue permettant d’alléger certains passages, et aussi de s’attacher encore plus aux personnages, parce que cette fois, en plus des mémoires de Sékhem, on a les pensées d’Hartmon, de Nephtys, de Lydia, de Sahel ou encore de quelques personnages plus secondaires aux côtés plus sombres. J’aurai d’ailleurs bien aimé la vision des événements à travers les yeux de Markman, l’Aigle Noir.

Les révélations et actions finales notamment sur le dieu noir ou sur Yantis, l’Ange Rebelle sont assez surprenantes, il y a des choses que je n’avais pas vu venir pour ma part. Ces révélations arrivent assez vite (c’est un diptyque) mais je n’ai pas eu l’impression de déséquilibre avec le premier tome. Il y a très peu de redondance dans le récit, ce qui est très appréciable surtout quand sont développés des destins croisés comme ici, avec différents points de vue ou encore des espace temps différents.

Ce second roman est à l’image du premier, vraiment très bien écrit, riche en vocabulaire, c’est toujours très visuel. Les êtes, les lieux, l’histoire, sont sublimés par les mots de Yoann Berjaud. Et vraiment cette fois-ci je n’ai eu aucun mal à reprendre l’histoire, et même le bémol que j’avais émis sur le Chant Premier, concernant l’excès de beauté, de superbe chez les héros, je ne l’ai pas retrouvé ici, on voit plus leurs failles ou leurs doutes. Parfois on « nage » encore dans le côté merveilleux, dans l’émerveillement, dans la Lumière, mais on comprend pourquoi ces côtés sont tellement mis en avant  et on accepte cette vision de l’auteur. C’est comme un message qu’il nous livre. Autant cela m’avait irritée dans le 1er tome, autant là je comprend la philosophie et les choix de l’auteur. A tel point, que la fin m’a beaucoup touchée. C’est beau et terrifiant en même temps.
Je me suis rendue compte que je me suis attachée à beaucoup de personnages même certains qu’on voit moins (Lyorim est mon coup de coeur) et qu’une fois, le livre terminé, ce fut comme un grand vide. Un grand vide, avec une étrange sensation d’apaisement et d’espoir.

Yoann Berjaud a développé dans son diptyque un univers dense, riche et complexe. On peut sentir un très gros travail (pour coller à l’univers de Pierre Bordage déjà) mais aussi pour s’en démarquer certainement, pour construire un imaginaire propre sur des bases existantes, ça doit être très difficile. Yoann Berjaud nous donne en tout cas, dans ce diptyque le développement d’un univers complet, complexe mais qui se tient de bout en bout. Avec une dimension mystique, une alliance de croyances et de technologie dans des lieux terrifiants et/ou apaisants. Avec une dimension épique et des destins hors du commun. Un diptyque de SF magnifique et maitrisé.

Même si, nous nous laissons guider par l’auteur, les personnages et le récit, que nous nous doutons de la finalité (mais peut être pas de la manière dont cela va se passer), nous apprécions grandement de découvrir les chemins pour y accéder. Parfois le lecteur sera surpris, parfois il sera juste spectateur attentif et souvent, il réfléchira aux sens à donner aux actes, aux paroles, … La globalité de ce récit nous permet d’établir un parallèle sur notre monde, sur l’évolution des mentalités, sur les choix et les conséquences des décisions, sur le fossé qui se creuse de plus en plus entre les hommes.

Le Livre de la création (et Le Chant Premier aussi) nous confie que tout est une histoire de combats intérieurs, c’est d’abord contre soi qu’on se combat avant de combattre les autres, c’est d’abord en se connaissant qu’on peut livrer bataille pour soi et les autres.

Je continue être impressionnée par la richesse des deux romans que sont Le Chant Premier et le Livre de la Création, reprenant et développant un univers magnifique et foisonnant. La plume de Yoann Berjaud est belle, lyrique et précise, c’est un auteur à suivre !

Merci encore à Yoann Berjaud et aux Editions Mménos pour ce diptyque époustouflant !

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Le Chant Premier (Les derniers guerriers du silence) de Yoann Berjaud

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Édition Mnémos, Collection Dédales, 288 pages, 20,5€

4ème de couverture

La Confédération des planètes est en paix. Et pourtant…
… Aux confins de l’espace, Sékhem, la jeune amiral de la flotte des six anneaux de Sbarao, braque les senseurs de son vaisseau de guerre sur un étrange artefact suspendu dans le vide.
Dans les splendeurs de Bella Syracusa, Adryan l’aristocrate éprouve les pouvoirs du séduisant Dieu Noir.
Des bas-fonds de Raya aux dunes d’Osgore, Sahel le Vitaguerrier s’éveille aux énergies de l’ancien monde…
Ces destins prêts à basculer deviendront-ils les gardiens ultimes du Chant Premier, à l’origine de toute vie ? Les Derniers Guerriers du Silence ?

Épopée spatiale, récit initiatique et journal intime, le Chant premier compose un véritable Space Opera mystique. L’écriture de Yoann Berjaud est un souffle qui nous transporte de batailles cosmiques en conflits intimes à la suite de personnages au destin incertain, en quête d’absolu.
Comme L’Incal ou Dune, Yoann Berjaud trace une voie originale de la Science-Fiction.
Se déroulant dans l’univers des Guerriers du Silence de Pierre Bordage, Le Chant Premier se lit indépendamment.

Résumé

Il y a quelques siècles, les humains ont eu à affronter les Scaythes d’Hyponéros, qui contrôlaient l’esprit des hommes. Grâce entre autres aux Guerriers du Silence, l’Univers a perduré. Cependant, alors que la confédération des planètes est en paix, le Néant est de nouveau aux portes de l’Univers, prêt à tout anéantir. L’amirale Sékhem qui commande l’armada spatiale du gouvernement des 6 anneaux de Sbarao, mène ses troupes vers un objet extrahumain une sphère bleue irradiant de paix et de sérénité. De quoi s’agit-il ? Un piège? Une menace ? Un message ? Une invitation ? Sékhem décide d’aller voir par elle-même. Parvenue au sein de cette sphère, elle se retrouve comme téléportée sur sa planète natale, Kémya. Où elle retrouve son fils qu’elle croyait mort. Rajân, lui annonce que des heures sombres se profilent, qu’il doit se cacher. Et qu’elle, elle doit être sur ses gardes car elle est traquée par les seigneurs du mal. En effet, une prophétie la désigne comme celle qui pourrait empêcher la destruction du genre humain… Commence alors pour Sékhem (et pour d’autres personnages), une lutte contre le Néant et ses chevaliers, un combat pour la Vie…

Mon avis

Tout d’abord merci à Yoann Berjaud et à Mnémos Editions, pour cette belle opportunité de découvrir le diptyque des Derniers Guerriers du Silence !

Un très beau roman de SF, même si personnellement, il m’a fallut du temps pour rentrer vraiment dedans.

Le lecteur découvre progressivement les personnages et les planètes « importants » du récit. Attention, il n’est pas plongé comme cela, tel quel, dans un univers dense et complexe, sans un minium d’informations. Les débuts de chapitre donnent des extraits de mémoires, de carnets, de traités, … afin de nous permettre de situer les événements de ce roman, par rapport aux écrits précédents de Pierre Bordage. En effet, lunivers de Chant Premier est emprunté des Guerriers du Silence de Bordage, et est continué par Yoann Berjaud. Les introductions de chapitre nous racontent donc rapidement les faits historiques, les batailles passées, l’affrontement entre les Scaythes et les hommes,…

Le premier personnage à être présenté au lecteur est Sékhem. Cette jeune femme originaire de Kémya, planète du désert, amirale, commandant une armée puissante. Nous apprenons une partie de son histoire, sa formation de guerrière, son initiation aux conditions extrêmes du désert par son père Sethi, son « don de voyance » transmis par sa mère Lilya, l’existence d’un ex-mari Hartmon et d’un enfant d’une vingtaine d’année Rajân, qui malheureusement s’est suicidé quelques mois plutôt. Sékhem a beaucoup de mal à faire son deuil mais son entrainement et son sens du devoir, lui permettent de continuer à avancer. Jusqu’au jour, où elle est averti de la présence d’une entité dans l’espace, elle a pour mission d’aller voir ce que c’est. Ce premier événement va engendrer des révélations. Sékhem va comprendre qu’on lui a menti, que son enfant vit toujours, qu’un immense danger arrive et que le Néant approche, décidé à tout anéantir de l’Univers. Sékhem est promise à un rôle d’importance car sa formation aux stratégies militaires et son endurance, la désigne comme une pièce maitresse dans le combat qui va opposer les Guerriers du silence et les chevaliers servant le Néant. Elle pourrait être en mesure d’empêcher la destruction de l’humanité et par suite de l’univers. Mais pour cela, des épreuves l’attendent puisqu’elle est poursuivi par les chevaliers du Dieu Noir et elle va devoir faire confiance à des personnes qui l’ont personnellement trahie jadis.

Deux autres personnages importants dans le récit, dans le « combat » vers la sauvegarde de l’humanité, sont suivis par le lecteur. D’abord, Adryan, un aristocrate de Bella Syracusa. Personnage dévasté par la perte de son père avec qui, il s’entendait à merveille et qui comme lui était sénateur de la république de Bella Syracusa. Nous apprenons vite que sur cette planète, les vieilles familles complotent depuis des siècles contre la confédération des 100 planètes, que les hommes d’État sont corrompus. Et que la « capitale » Vénitia abrite même un ordre secret le Neo-Mashma. Les membres de cet ordre ont la capacité d’influencer la matière par l’esprit. Adryan va être recruté par cet ordre aux ordres du Dieu Noir, mais cela ne se passera pas comme prévu.
Puis, nous découvrons Sahel, un Vitaguerrier, espion du Réseau Ronde Lune Rouque, alors aux prises avec un adepte du Dieu Noir. Il utilise le Cri de Mort pour s’en débarrasser (une technique particulière des Initiés), mais son poursuivant se relève. Sahel sera aidé par un homme Lyorim, qui prétend avoir des visions du futur. Ce dernier indique à Sahel qu’il doit l’accompagner pour l’aider dans une partie de sa mission. Ils doivent retrouver le Gardien des Annales Inddiques. Cet homme est un légendaire guerrier du silence, qui en quelque sorte, protège l’Histoire de l’Humanité et donc l’Humanité. Seulement, eux aussi, se verront freiner par des difficultés et des trahisons.

Ce roman est vraiment très bien écrit, rien en vocabulaire, en images, c’est très visuel. Le récit est rythmé et le style fluide. Chaque chapitre suit un personnage ce qui nous évite de nous perdre entre les mondes et les personnes, ce qui je pense serait le cas, si on alternait les points de vue dans un même chapitre. Cependant, il faut s’accrocher au début de la lecture, se familiariser avec les personnages et le très riche univers repris dans ce livre. Au niveau du rythme, j’ai apprécié certains passages à la première personne, extrait des écrits de Sékhem, qui permet de varier la narration et surtout qui permettent au lecteur de s’attacher à elle, de mieux la comprendre. C’est une héroïne féline et sauvage mais endurcie par ses fonctions militaires. On a envie de la suivre et de savoir ce qu’elle va découvrir, les dangers qu’elle va affronter mais surtout réussira-t-elle?

Yoann Berjaud développe dans ce roman, un univers dense, riche et complexe. La confédération des 100 planètes est composée de planètes toutes différentes les unes des autres (avec des soleils, des lunes, des géographies diverses,…), avec des peuples différents également (des nomades, des citoyens aliénés par neuropuces, …). Il semble s’approprier à la perfection la mythologie et l’univers développés par Pierre Bordage (malheureusement n’ayant pas lu la trilogie, je ne peux pas comparer). Toutefois, je peux dire qu’on peut en effet, lire ce livre complètement indépendamment des œuvres précédentes. Nous comprenons très bien les choses, c’est très complet. Cependant, il est peut-être plus facile pour un lecteur connaisseur des guerriers du silence, d’appréhender le côté mystique des événements. Nous remontons dans la lecture presque aux origines de l’univers. La présence du Chant Premier, de l’Antra de vie, du Son primordial. Des choses que nous comprenons très bien à la lecture mais qu’il est assez difficile de retranscrire ici sans trop en raconter sur l’ensemble des faits et des personnages. En tout cas, nous découvrons les figures emblématiques des religions principales de cet univers, la planète originelle (Terra Nova) et ses premiers guerriers du silence, jusqu’à la menace actuelle. Et de nouveaux guerriers du silence apparaissent, les destinées changent, d’autres se façonnent, luttant pour la Vie pour l’humanité ou pour accomplir la volonté du Dieu Noir.

A travers ce roman et cette histoire, on aborde la dualité du monde, et des hommes, tiraillés entre le Bien et le Mal, sous fond de crises et de guerre de religion. Auxquelles se mêlent des luttes de pouvoir, la corruption, la souffrance, la haine, les ténèbres et l’anéantissement. Et bien entendu, leurs contraires, l‘espoir, la lutte pour survivre, la lumière, l’entre-aide, l’amour, le soutien, le dépassement de soi,

Le lecteur sera amené à rencontrer de nombreux personnages. J’ai beaucoup apprécié Sékhem, mais aussi Athenaïa, Abahelle, Sahel et Lyorim. Et de rencontrer de nombreux types de personnages, des gardiens, des guides spirituels, des anges, des êtres transcendés, des guerriers, des espions,… Et pourtant, le tout dans une logique narrative et une construction concise. Nous n’avons pas une impression de fouillis, les personnages et l’univers sont parfaitement maitrisés par l’auteur, qui sait où il veut en venir et par où il va faire passer ses personnages.

Personnellement, j’ai eu un peu de mal à rentrer pleinement dans ma lecture, peut-être parce que je ne lis pas tant de SF que cela (j’en regarde beaucoup en séries et en films mais j’en lis assez peu) mais passé la seconde moitié du roman, j’ai avalé les pages, j’avais enfin envie de savoir comment les personnages (il a peut-être fallu que tous me soit présentés avec leurs missions ?) allaient s’en sortir. L’intrigue nous réserve quelques rebondissements préparant la suite (Le livre de la création). Le travail de l’auteur est très intéressant (de Pierre Bordage également ?), on sent au cours de la lecture plusieurs influences, plusieurs mythologies servant de bases aux différents mondes (empire et croyance égyptiens, empire romain, religion judéo-chrétienne et indouiste, …) qui permettent aux lecteurs de se raccrocher un peu à des choses qu’ils connaissent, comme des points de repère.

Un petit bémol pour moi, c’est qu’au bout d’un moment, j’avais l’impression que tous les personnages étaient beaux, méchants mais pas vraiment, magnifiques avec une aura exceptionnelle, un destin fabuleux, peu de défauts, beaucoup de qualités, surdoués, extraordinaires…. J’aurai aimé que les personnages plus sombres, plus noirs et pas gentils du tout, soit plus présents, plus développés. Parfois avec les visions du futur, les prophéties et autres, j’avais le sentiment que tout était déjà « plié », que l’on n’aurait pas vraiment de surprise. Mais dans le dernier tiers du roman, cette impression m’a quittée. Pendant, une bonne partie de ma lecture, je ne suis pas vraiment parvenue du coup, à m’attacher aux personnages, même si j’étais émerveillée par l’écriture et la description des mondes, des croyances, j’avais du mal à y adhérer complètement. Mais vers la fin (quand ça commence à prendre une tournure différente, à se corser un peu plus), j’ai beaucoup plus accroché. J’ai d’ailleurs enchainé avec la suite parce que j’ai très envie de savoir comment va se terminer cette histoire et afin de rester immergée dans l’Univers (parce qu’il ne doit quand même pas être évident de laisser passer 1 année entre les deux tomes).

Personnellement, je suis impressionnée par ce roman même s’il m’a fallut du temps pour y accrocher vraiment, le lecteur y découvre un Univers riche et foisonnant, des planètes magnifiques et/ou terrifiantes, des destins noirs ou lumineux, des personnages développés et combattifs, à la recherche d’eux-même pour le bien de tous. Le tout servi par une plume belle et précise. Un premier roman SF impressionnant.

Je suis plongée dans la suite, Le Livre de la Création, mon avis devrait être publié dans le mois ^^

Merci encore à Yoann Berjaud et aux Editions Mménos.