Les herbes de la lune – 2 d’Anne Laure

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Editions du Chat Noir, 14,90€, 222 pages

4ème de couverture

«Mon équilibre personnel me faisait penser à un sablier. Il était de mon devoir de garder la même quantité de sable de chaque côté de l’ampoule en verre. Vie humaine. Vie druidique. En franchissant la ligne, je me perdrais.» Après avoir embrassé sa véritable nature, Abigail va faire face à ses ambivalences pour gagner sa place au sein de la communauté, entre apprentissage et déboires sentimentaux…

Mon avis

J’avais tellement hâte de découvrir la suite de la vie d’Abigail que je n’ai pas traîné à lire ce roman (mais plus à le chroniquer on est d’accord).  Ce diptyque est un véritable coup de cœur ! Il est certain que je le relirai (avec la joie d’enchaîner les deux tomes) et j’ai hâte aussi je lire de nouveau un récit de l’auteure ^^

L’histoire reprend là où le tome 1 s’était arrêté. Exactement, là, où pauvre lectrice que je suis, je fus frustrée de ne pas avoir la suite.

Abigail attend des nouvelles de Tim mais ce dernier reste silencieux. Il est, a priori, parti réviser chez son grand-père mais il est quand même étrange qu’elle n’ait aucune nouvelle. Abi se replie alors sur elle-même. Il faut dire, qu’elle a des difficultés à concilier la vie druidique et la vie humaine, du mal à trouver sa véritable place, à savoir qui elle est vraiment… Avec elle, le lecteur va découvrir son histoire et son passé. Mais pour cela, elle devra affronter ses peurs et certaines révélations et lutter contre l’obscurité.

Dans sa vie de tous les jours, Abi prépare toujours le mariage de sa grand-mère avec André le libraire. Mais intérieurement, elle lutte pour ne pas laisser la Force l’atteindre et prendre le dessus. Surtout avec l’absence de Tim qui la ronge de l’intérieur.

Dans ce second tome, on apprend plein de choses sur la mythologie celte, sur le druidisme, les cérémonies. Il développe plus les relations entre les personnages, les liens et la hiérarchie des autorités druidiques et la psychologie de notre héroïne que le premier tome, qui lui nous éclairait sur la magie, les coutumes, et développait plus les personnages secondaires entourant la jeune fille. Même si ces derniers sont plus en retrait, ils sont toujours aussi essentiels à l’équilibre d’Abi, à sa vie, et au récit.

Ici c’est donc bien Abigail qui est au centre du récit. On partage ses doutes, ses choix, ses questionnements. Elle est en quête d’elle-même. Et on comprend qu’elle ne sera pas complète tant qu’elle ne connaitra pas ses racines. Et un personnage devra se révéler pour qu’elle puisse comprendre enfin qui elle est. Toutefois, cette révélation ne sera pas sans conséquence sur la vie d’Abi.

Comme lors de la lecture du premier tome, on se rend compte des nombreuses recherches de l’auteure, notamment sur les cérémonies qui ne sont pas toujours des célébrations festives. Cette suite est plus sombre que le premier tome et contient plus d’éléments dramatiques. Des événements qui marqueront Abigail pour toujours. Pour rendre le récit si intense, il fallait faire passer l’héroïne par de nombreux sentiments et la douleur et la peine ne lui seront pas épargné. Il fallait un événement marquant et le choix d’une disparition donne beaucoup de profondeur au récit, d’émotions ausisi et de puissance. Je me doutais que l’auteur ferait ce choix et j’ai eu peur. Heureusement pour moi, celui qui est fait est très cohérent avec le récit et m’a épargné la crise cardiaque. Plus sombre, donc, mettant en relief les vieilles rivalités dans la nouvelle vie d’Abi. La trahison, le mensonge. La relation d’Abi avec un des personnages, les révélations, vont tout changer pour elle. Et elle devra apprendre le pardon après un phase légitime de révolte. Certains peuvent trouver ce pardon trop rapide, pour moi, il est cohérent parce que dans ce qu’elle découvre, il n’y a pas que du négatif.

Anne-Laure a su mettre les mots sur le mal-être d’Abi comme sur son bonheur et le l’avoue dans ce tome, j’ai versé quelques larmes. Comme pour le premier, j’ai été complètement en empathie avec cette jeune femme à la fois forte et fragile. Même si je n’ai pas eu la même impression qu’à la lecture du tome 1, d’être complètement immergée au point de ne plus me rendre compte que je lisais, je n’en étais pas loin. Je me souviens avoir frissonné, avoir eu l’impression de sentir les éléments naturels se détraquer, etc. Puis, il faut dire que les décors sont magnifiques. Les descriptions sont telles que j’ai eu l’impression d’y être.

Ce diptyque présente quelques surprises et quelques révélations. De plus, j’admire le travail de l’auteur sur la culture celte mais aussi pour m’avoir épargné les clichés, le triangle amoureux, les « je t’aime, moi non plus ». L’histoire d’Abi et de Tim est belle et tendre, ils se complètent et s’équilibrent. Ont besoin l’un de l’autre. C’est beau, jamais mièvre. Pour une fois que la romance d’un roman ne me donne pas des hauts- le-cœur mais au contraire me fait fondre ! Merci Anne Laure.

Le seule reproche que je ferais et que c’est trop court. J’étais tellement dedans que j’en aurais bien repris encore 100 pages ! J’aurais bien aimé plus de détail dans la célébration des noces par exemple. Je n’avais tout simplement pas avoir de quitter ces personnages auxquels je me suis profondément attachée.

Les herbes de la lune, c’est une histoire de découvertes, d’acceptation de soi, du lourd regard des autres  mais c’est aussi un hymne à la Nature. Cette histoire nous rappelle bien comment elle est importante, vitale, cruciale. J’ai adoré ce qu’Abi représente, le druidisme, les équilibres, les autres mondes. Le melting pot, la débâcle des sentiments : amour, espoir, destruction, l’ambiguïté et l’ambivalence des êtres, l’harmonie. J’ai adoré l’écriture simple mais captivante de l’auteure. Vivement le prochain roman d’Anne Laure ^^

Les herbes de la lune d’Anne Laure

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Éditions du Chat Noir, 231 pages, 14,90€

4ème de couverture

« Elle est différente, c’est certain. Pas seulement différente des autres filles. Elle est Autre. » Aussi sûrement que ses cauchemars récurrents ne sont pas le fruit de son imagination, l’univers que s’apprête à découvrir Abigail va lui ouvrir les portes de son passé, mais aussi de son avenir.
Les brumes mystérieuses de la lande, la force destructrice de la mer, la célébration du solstice d’hiver et la fête celtique de l’Alban Arthan : autant de secrets que la jeune étudiante ne pouvait soupçonner.

À présent, Abigail devra puiser dans la puissance du cycle lunaire pour affronter son destin qui s’est rapidement mis en marche. Bien trop rapidement…

Résumé

Début décembre. Abigail se réveille suite à un cauchemar qui lui a semblé si réel. Dans ce mauvais rêve, elle se trouve dans les Landes poursuivie par un homme. Pour lui échapper, elle se réfugie dans une grotte mais il la rejoint et elle doit s’enfoncer toujours plus profondément jusqu’à une chute sans fin. Réveillée très tôt, Abigail décide de sortir prendre l’air et de rejoindre Morgan son meilleur ami pour le petit déjeuner. Dans le vieux troquet, elle cherche à savoir si le lieu déserté de son cauchemar existe et en effet, il semble s’agir de la Lande des brumes, un endroit réputé maudit. Ceci ne sera que la première des révélations qui vont changer la vie de la jeune femme…

Mon avis

Un énorme coup de coeur ❤

C’est simple, j’ai tout aimé dans ce roman, même ce qui m’agace d’ordinaire !!! Il rassemble tout ce que j’aime comme thématiques et l’histoire d’Abigail et ce qu’elle est m’ont énormément plu.

Le lecteur découvre une jeune femme encore étudiante, orpheline qui vit chez sa grand-mère. Abigail fait un étrange cauchemar dans lequel elle veut échapper à un homme duquel émane une étrange puissance, mélange d’attraction et de peur. Elle est donc souvent réveillée en pleine nuit et ses insomnies la fatiguent de plus en plus. Ce cauchemar récurrent et le manque de sommeil jouent sur son moral et sa motivation pour ses études d’histoire. Heureusement, la grand-mère d’Abigail est là pour elle, ainsi que son meilleur ami Morgan. Et puis, il y a Timothée, un garçon dont elle est pathétiquement amoureuse, comme une collégienne, en l’observant de loin, en rougissant quand il lui adresse la parole.

Pour l’aider à retrouver le sommeil, Abigail a essayé il y a quelques temps des infusions de sommeil et tombe sur un livre qu’André, un ami libraire de sa grand-mère, lui a offert, qui provient de l’Herboristerie Lune, en centre ville de Madden. Elle ressent au fond d’elle qu’elle doit se rendre dans ce lieu, sans réussir à se l’expliquer, cela lui parait important. Là bas, elle fait la rencontre de Ler le propriétaire, et ressent de drôles de chose, notamment quand elle croise un jeune homme brun, mystérieux et sombre. Puis presque au même moment dans sa vie, Timothée lui propose de travailler ensemble, alors qu’il bosse ses TD depuis le début de l’année avec Merewenn, grande et belle jeune fille qui a elle aussi des vues sur Tim. Abigail se rend compte que son attirance pour Timothée est peut-être réciproque, elle accepte donc de travailler avec lui sur un exposé de médecine médiévale.

Ils vont avoir l’occasion de passer du temps ensemble et de se rapprocher. De plus, pour leur exposé, ils vont s’inscrire à des ateliers à l’herboristerie Lune. Abigail se révèle très attirée par l’art des plantes et de leurs pouvoirs. A l’herboristerie, Abigail tombe sur le garçon qui ne l’a pas laissée indifférente lors de sa première venue, il s’agit de Maelann le neveu de Ler. Il lui propose de venir célébrer l’Alban Arthan, le 21 décembre, le solstice d’hiver. Troublée, elle ne sait pas quoi faire et puis elle ne connait pas bien ces célébrations anciennes. Elle décide cependant de s’y rendre avec Timothée avec qui elle ne pourra pas passé Noël. Mais il va se passer d’étranges choses lors de la célébration du solstice qui vont bouleverser la vie d’Abigail.

On est donc amené à suivre Abigail et en parallèle, le lecture découvre quelques impressions de Timothée. J’ai commencé le roman en ne sachant pas grand chose de l’histoire et je me suis lassée complètement portée. J’ai beaucoup aimé la tournure que prennnent les événements. Je ne savais pas à quoi m’attendre et j’ai adoré !

De plus, on a vraiment l’impression d’y être, la lande sauvage, le bord de mer, les villages aux rues pittoresques, des personnalités bourrues et attachantes. Une multitude de décors, de caractères et d’habitudes qui donne une atmosphère particulière, mystique et mystérieuse au roman, qui lui donne du caractère. Et Abigail est entourée de personnages atypiques et charismatiques.  Sa grand mère d’abord, parfois ouverte, parfois vieux jeu mais adorable. Leur maison est un petit nid confortable, avec du thé, des plaids en tweed et de l’amour. Cette vielle femme a un caractère bien trempé, pilier de la vie d’Abigail, elle a aussi ses secrets. Il y a aussi André l’ami libraire de la grand mère, il est ouvert, patient et offre son aide aux deux femmes, il est le confident, la figure paternelle. Abigail a deux meilleurs amis, Morgan qui fut sa première peine de cœur, le beau jeune homme étant de l’autre bord et Gwen sa meilleure amie qui malheureusement n’est plus aussi présente depuis qu’elle est partie vivre avec son compagnon. Et puis, il y a Ler, l’herboriste, récemment rencontré qui permettra à Abigail de se connaitre.

Notre héroïne va se découvrir à l’occasion du solstice d’hiver, nous allons découvrir pourquoi elle est Autre. Elle va apprendre aussi des choses sur ses parents disparus quand elle était jeune. Au fil de l’histoire, le passé remonte à la surface. Le passé de la jeune femme mais pas seulement. Le monde d’Abigail s’ouvre à elle mais elle n’a pas le révélateur qu’elle devrait avoir à ses côtés qui lui permettrait de comprendre les choses qui se passent. Le temps des choix est arrivé. La belle relation entre Abi et Timothée, trop intense et trop rapide sera mise à l’épreuve. Mais pas seulement, elle va devoir affronter bien pire que des doutes sur une histoire d’amour. On vibre avec Abigail. On ressent sa détresse, ses doutes, sa frustration et son impatience. On ouvre les yeux avec elle sur ce qu’elle est. On se demande ce qu’il va lui arriver, comment elle va réagir, ce qu’elle va choisir et comment les choses vont tourner pour elle et ceux qui l’entourent.

J’ai, d’habitude, bien du mal avec les couples, la romance ou les effets type triangle amoureux, la jalousie, les doutes, l’incohérence de certaines réactions, mais ici, j’étais tellement prise que je n’en suis aperçu qu’une fois fini ^^
L’écriture d’Anne Laure est simple mais ce n’est pas un défaut, la beauté des choses, la force des éléments, la puissance des événements sont extrêmement bien décrites et elles n’ont pas besoin de lyrisme ou de longues phrases compliquées. Le style s’est se faire apaisant et terrifiant quand il le faut. Atmosphère et ambiance sont justes comme il le faut. J’ai adoré la structure du récit aussi découpé en jour, avec le cycle de la lune.

Dans le roman, Anne Laure nous transmet sa passion pour les plantes, la magie, la puissance de la Lune, des éléments, de la Nature, leurs beautés et leur importance, … De petits détails qui m’ont fait accrocher au récit, j’ai redécouvert des choses, j’en ai appris d’autres. J’ai adoré me promener dans les forêts, assister aux célébrations, vivre au rythme de la Lune. J’ai été complément immergée dans l’histoire. Je devais me forcer à me « défaire » du récit, c’est comme si j’étais à côté d’Abigail. Le seul défaut du roman c’est d’être trop court ! Une fois fini, je me suis dit plusieurs fois, que j’allais le reprendre et continuer mais non, j’étais bien à la dernière page. J’avais vraiment envie de poursuivre l’aventure et découvrir le destin de cette jeune fille. C’est sur, je me jetterai sur la suite à sa sortie. Je l’attends avec impatience.

Voilà, j’ai la méchante impression de pas réussir à transmettre ce que j’ai ressenti lors de cette lecture. Peut-être que je ne le peux simplement pas. Les thèmes, ce qu’est Abigail, tout cela me parle. Vivement la suite ❤ Je vous recommande cette lecture, et encore plus si comme moi, en secret pour aimeriez un jour ouvrir une herboristerie ^^

Et je vous conseille si vous avez FB de passer sur la page du roman, l’auteure est adorable et poste régulièrement des photos magnifiques qui permettent de mettre le lecteur dans l’ambiance de son récit.

La couverture du 1er tome est magnifique et celle du second tout autant, regarder :

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Un bûcher sous la neige de Susan Fletcher

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J’ai lu, 475 pages, 8,00€

4ème de couverture

Au cœur de l’Écosse du XVe siècle, Corrag, jeune fille accusée de sorcellerie, attend le bûcher. Dans le clair-obscur d’une prison putride, le révérend Charles Leslie, venu d’Irlande, l’interroge sur les massacres dont elle a été témoin. Mais, depuis sa geôle, la voix de Corrag s’élève au-dessus des légendes de sorcières et raconte les Highlands enneigés, les cascades où elle lave sa peau poussiéreuse. Jour après jour, la créature maudite s’efface. Et du coin de sa cellule émane une lumière, une grâce, qui vient semer le trouble dans l’esprit de Charles.

Résumé

AU 17EME SIÈCLE,

Charles écrit à sa femme restée en Irlande, il est bien arrivé en Écosse, mais un de ses chevaux est fatigué et blessé, il doit faire une halte imprévue, l’occasion peut-être de recueillir des indices sur les actions des partisans du roi Guillaume, en effet, Charles est jacobite et il paraitrait que des soldats à la solde de Guillaume ont massacrés des Écossais, parce que ces derniers ont prêté serment à Jacques, réfugié en France. La halte de Charles va être plus longue que prévue, la neige ne cesse de tomber, et l’état de son cheval ne lui permet pas de reprendre la route.
Corrag est emprisonnée dans un cachot sombre et humide et attend, tout en soliloquant, le bûcher car elle est accusée d’être une sorcière.
Charles découvre que Corrag aurait assisté aux massacres des Écossais, il décide de lui rendre visite malgré sa répugnance à s’adresser à cet être misérable et diabolique…

Mon avis

Lecture effectuée dans le cadre d’un challenge sur le blog de lecture L’île aux Livres, je n’avais pas entendu parler de ce livre avant que J’ai Lu le propose au Club et ça aurait été dommage, je serais passée à côté d’une excellente lecture !

Susan Fletcher est une auteure que je souhaitais découvrir, bon, je pensais que je serai amenée à lire d’abord La fille de l’Irlandais, mais le destin en a voulu autrement.

J’avoue il est assez difficile (enfin moi j’ai trouvé) de se mettre dedans, parce que le style oral de Corrag est pas mal déstructuré. Imaginez une jeune fille sans éducation, au XVIe siècle, qui a vécu le plus souvent seule, dans la campagne anglaise, qui s’exprime comme elle pense, avec des gestes, un peu comme si elle n’était pas toute seule dans sa tête. Au début, c’est l’impression qu’on a, puisqu’elle ne s’entretient pas encore avec le révérend Leslie.  Il faut donc s’habituer à sa façon de parler, décousue avec les idées qui se mélangent. On comprend ensuite ce qu’elle voulait dire parce qu’elle raconte à Charles les choses dans l’ordre chronologique et de façon petit peu plus ordonnée. Donc, on s’habitue et le récit va en s’améliorant du point de vue de la compréhension. En tout cas, pour moi, une fois dedans, ça se lit plutôt bien et j’ai eu rapidement envie de savoir comme l’histoire de Corrag et celle qu’elle nous raconte allaient finir.

Corrag a été élevée par sa mère Cora, elle n’a pas de père et elles vivent en retrait de la ville, dans une maison près d’un lac, légèrement beaucoup dominée par la nature. Cora est vue comme une sorcière, comme sa mère avant elle, et la première chose qu’elle dit à sa fille c’est qu’elle en est une aussi. Voilà dans quel contexte va grandir cette petite fille. Devenue femme, Corrag reste petite et fluette, on la « traite » souvent de gueuse, de sorcière. Mais est-elle vraiment une sorcière, qui envouterait les gens par ses mots et userait des plantes pour tromper son monde? Ou bien est-elle uniquement un être incompris, vivant avec la nature, un être que personne n’a jamais cherché à connaitre et à comprendre ?
Corrag sera amenée à fuir l’Angleterre et à trouver refuge en Écosse. Elle se sent attirée par les hauteurs, par les Highlands, par son climat froid, ses paysages sauvages et ses habitants que beaucoup considère comme des barbares. Ce n’est pas la violence qui l’attire mais va se sentir proche de ces gens qui sont comme elle, des marginaux.

Tout cela et bien plus encore, on l’apprend de Corrag même, qui raconte en plusieurs après-midi au révérend Leslie, sa vie, son enfance, son arrivée dans les Highlands et sa rencontre avec les MacDonald. Celle a qui Cora a demandé de ne jamais aimer parce qu’aimer c’est souffrir, ne fera pourtant que cela toute sa vie, aime sa mère, la nature, les animaux, lui…  Et oui, elle a vu des choses en Écosse et oui, elle dira tout ce qu’elle sait à cet homme qui la regarde d’abord comme une étrangère, comme une sorcière, comme le Mal incarné et qui progressivement va comprendre beaucoup de choses sur elle, sur les Écossais et sur lui-même.

Même si au début, j’ai eu du mal à dissocier Corrag de sa façon de s’exprimer, je me suis progressivement attachée à elle, à son histoire. J’étais triste pour elle, pour le sort qu’on lui réserve, révoltée de penser que certaines choses se passaient vraiment comme ça.

Le récit est ponctué par des lettres de Charles à son épouse, qui est restée avec leurs fils en Irlande. Ces lettres sont belles, on découvre un homme qui doute, qui se questionne, qui écoute l’avis de sa femme, qui cherche à comprendre. Corrag est-elle emprisonnée pour sorcellerie ou il y a-t-il autre chose ? Je n’ai pas tout de suite apprécié Charles, sa passivité et sa façon d’être borné à la religion m’ont irrité, puis on apprend des choses sur lui, sur sa famille, il adore son épouse,  il change progressivement et on apprend à l’apprécier.

J’ai vraiment beaucoup aimé cette histoire, même si j’aurai préféré une fin différente. Bien entendu, je ne dirai pas comment cette histoire se termine, j’aurai aimé un peu plus de, comment dire, cohérence peut-être, mais bon, c’est presque un détail. Parfois, sur la fin, j’ai trouvé que cette jeune fille qui ressemble à une fillette quand même, faisait des choses peu cohérentes avec son gabarit, m’enfin, c’est un là encore peut-être juste moi qui chipote.

Un bûcher sous la neige, est une belle histoire avec des thèmes intéressants comme la différence, la tolérance, l’acceptation. C’est aussi un aperçu historique d’une Angleterre en transition, avec un peuple protestant qui craint un futur roi Catholique. Un livre sur les oppositions aussi entre foi/nature; Lowlands/Highlands, catholique/protestant; Angleterre/Écosse; barbares/civilisés. Où se situe la frontière entre les deux camps? Qui est préférable à l’autre ? Qui connait-on vraiment ?  Les apparences sont trompeuses et personne ne peut être complément tout blanc ou tout noir.

Le gros plus, dans ce récit, fût pour moi, c’est les descriptions de la nature, et surtout de cette Écosse sauvage, au temps changeant, capricieux, des grands espaces aux tons vert, rouille, orange et marron. Des cascades, des rochers, des lochs, des monts,… Une immense sensation de liberté, d’espoir et pourtant ancré dans un sens de l’honneur et des traditions. Une invitation au voyage. Les descriptions sont belles et poétiques, un émerveillement qu’on partage avec Corrag. On a vraiment l’impression d’y être et de sentir le froid, les odeurs de tourbes et le vent.

Il faut donc essayer de passer la barrière du style au début et si l’histoire vous embarque, alors, je pense que comme moi, vous passerez un excellent moment avec ce livre. Par contre, dans le cas, contraire, la moindre chose pourrait vous faire lever les yeux aux ciels. Avec le recul, personnellement, je trouve même que c’était un pari osé mais réussi de faire parler une jeune fille étrange, qui peut s’embrouiller, aller trop vite d’un côté, ou détailler à l’extrême la nature qui l’entoure. Parce que c’est bien ce qu’on doit retenir de Corrag, elle est « nature », les plantes sont sa vie, son univers, elle ne connait que ça. Et rendre tout ça, sa façon de parler, comme si les idées émergeaient trop vite pour elle, ça n’a pas dû être quelque chose de facile à faire et à traduire.

J’ai donc beaucoup aimé ce roman et il m’a donné envie de lire d’autres livres de Susan Fletcher, notamment la fille de l’irlandais,que pas mal de membre du challenge Irlande et Littérature irlandaise, ont lu.

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challenge destins de femmes