Palissade de Franck Villemaud

palissade

Editions Taurnada, 9,99€, 180 pages

Merci aux Editions Taurnada de me permettre à nouveau la découverte d’un de leur titre, sorti tout récemment.

4ème de couverture

À sa sortie de l’hôpital psychiatrique, où il a séjourné un temps suite à une séparation douloureuse, Fred emménage dans une petite maison en arrière d’un immeuble, avec pour unique voisin Roland, ancien légionnaire d’une cinquantaine d’années.
Sur fond d’alcool et de rock’n’roll, une amitié trouble et déjantée va alors se nouer entre eux, dans le décor inamovible de leur cour commune que divise une vieille palissade en bois.
Jusqu’à ce que le passé s’invite à la fête…

Mon avis

Une belle surprise !

Fred est mort 6 mois plutôt. Et il va nous raconter comment tout cela est arrivé. Oui parce que Fred est notre narrateur ! Il a emménagé dans une petite maison à l’arrière d’un immeuble. Après une séparation douloureuse, il a passé du temps en hôpital psychiatrique. Fred a décidé de tirer un trait sur cette période, en profitant à fond. Inscrit sur les réseaux sociaux, Fred fait beaucoup de conquêtes et les filles défilent dans sa petite maison. Fred a une passion, il adore le rock’n’roll et joue de la guitare. C’est ainsi qu’un jour où il joue du Damien Rice, qu’il est invectivé par son voisin, Roland la cinquantaine, ancien légionnaire, qui voudrait bien entendre du rock, du vrai ! D’abord agacé, Fred lie connaissance avec Roland qui lui propose une petite soirée picole. Une soirée qui va se multiplier. Fred va donc picoler la nuit avec Roland, du rock et des cigarettes et s’envoyer en l’air avec ses nombreuses conquêtes le jour. Jusqu’au jour où une fille va faire chavirer le cœur de Fred et mettre en danger l’amitié entre Roland et notre narrateur. Et si cet événement allait révéler la vraie nature des deux hommes ?

Dans Palissade, on est presque en huit-clos. Fred ne sort pas beaucoup de chez lui, à part pour se ravitailler en clopes, en café… Pareillement pour Roland, à part une fois de temps en temps où il donne un coup de main dans une épicerie la nuit (où il se ravitaille lui en bouteilles, plus ou moins bonnes) sinon il ne sort que pour remplir le frigo. Les chapitres sont ponctués de références musicales, de sons, … mélange de douceur et de violence, un peu comme dans la vie de Fred, ou celle de Roland. Les personnages sont délicieusement tordus. Je me suis attachée à eux et je fus d’autant plus surprise de ma lecture. Parce que si on sait que Fred va disparaitre, on sent bien que quelque chose d’autre va se passer, mais comment, quoi, pourquoi, c’est ce que l’on va découvrir progressivement.

Les n° de chapitre sont décroissants, le narrateur compte donc à rebours vers l’inéluctable. Les chapitres sont courts, le style est percutant, l’écriture orale ce qui donne un récit très dynamique, qui se lit rapidement, avec un rythme d’enfer. Très addictif, on a du mal à le lâcher une fois commencé. J’ai beaucoup aimé le style de Franck Villemaud, direct, légèrement familier, franc mais jamais vulgaire. Un bel équilibre.

On a l’impression de discuter avec Fred. Il marque des pauses, des arrêts sur image, des retours en arrière comme si on retraçait littéralement le fil de ces 6 derniers mois. Il y a des passages drôles, d’autres plus mélancoliques ou encore plus violents. On est tellement embarqué dans le récit qu’on ne s’attend absolument pas à ce qu’il va se passer. La bande son est un plus dans le récit, on fait des découvertes, on réfléchit aux choix faits (ce n’est pas obligatoire mais c’est sympathique de se prendre au jeu d’écouter un peu les chansons). Vraiment chouette.

On apprend à la fin que le récit va être adapté en pièce de théâtre et je trouve que c’est une bonne idée, je m’en faisais même la réflexion lors de la lecture, que ça fait un bon scénario. Je souhaite beaucoup de succès au roman et à la pièce 🙂

Une lecture rapide, entrainant, surprenante. A découvrir.

Merci encore aux Editions Taurnada 🙂

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Il neige sur Encelade d’Olivier Moyano

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Éditions du Chat Noir, 200 pages, 14,90€

Lu en partenariat avec la maison d’éditions que je remercie chaleureusement pour sa gentillesse et sa confiance 🙂

4ème de couverture (moi je dirais pour une fois, à ne pas lire ou en diagonale pour garder un max de surprise)

Après avoir survécu au meurtre de sa mère, Steven est placé en institution et confié aux bons soins de Sylvère Murat. Une relation particulière s’établit peu à peu entre le psychologue et son patient de quatre ans, obsédé par le mystère du « chat qui s’allume », dernières paroles de sa défunte mère. Cependant, au fil des sessions, le thérapeute décèle dans l’ombre du garçon un énigmatique inconnu qui parle au nom du petit. L’étrangeté de ce phénomène atteint un point de non-retour le jour où l’enfant disparaît sans laisser de traces.

Pour Sylvère, le lien n’est pas pour autant rompu. Au contraire, une série d’inexplicables coïncidences vient le renforcer, poussant le psychologue à mettre sa vie routinière entre parenthèses afin de partir à la recherche de Steven.
Mais ce qu’il trouvera au terme de son voyage sera au-delà de toute imagination…
Avec ce roman aux accents Murakamiens, Olivier Moyano nous offre une fiction empreinte d’onirisme où l’on apprend qu’il n’est jamais trop tard pour trouver sa place.

Résumé

De septembre à décembre 2012, Steven, un jeune garçon de 4 ans se raconte à un expert psychiatre. En effet, l’enfant a perdu sa mère dans d’horribles circonstances et l’expert doit tenter d’évaluer s’il doit être pris en charge psychologiquement ou non. Steven est un enfant en avance sur son âge, intelligent mais il n’a pas encore pris conscience du drame qu’il vit. Il doit donc être placé en foyer, avec suivi psychologique. C’est le Dr Sylvère Murat qui s’entretiendra régulièrement avec le jeune garçon. Leur première rencontre fût spéciale, inaugurant des changements aussi bien pour l’enfant que pour le médecin. Et qu’elle est donc cette histoire de chat qui s’allume qui semble obséder Steven ?

Mon avis

Une lecture surprenante et déroutante, dans le sens positif de ces termes !!!

J’ai la chance d’avoir reçu ce livre en partenariat et bien qu’il aurait rejoint ma collection de Chat Noir, je ne l’aurais peut être pas lu si rapidement sans cela. Personnellement, la couverture a tendance à me faire flipper, pourtant j’aime les chats, et puis pour ne pas me spoiler, je ne lis plus les 4ème de couverture ou alors en diagonale, du coup, j’aurais peut-être trainée à l’ouvrir ….  Et cela aurait été bien dommage !!!

Enfin un livre surprenant et déroutant, qui joue sur les ambiances et qui conduit le lecteur là où ne s’y attend pas, en littérature fantastique, ça fait du bien de sortir des sentiers battus. Voici donc un livre qui se démarque, une histoire particulière, originale, inattendue ! L’auteur mélange les genres et les styles, et réussi à s’en sortir haut la main alors que ça aurait pu vite partir de travers.

Olivier Moyano sait varier les ambiances, sa plume se fait tantôt dure, tantôt poétique. Le livre commence par la voix de Steven et place son lecteur dans une réalité cruelle, froide et laide. L’âge de ce petit garçon et ce qu’il va raconter vont créer chez le lecteur comme un malaise et surtout faire naitre de nombreux questionnements. Je suis allée de surprises en surprises au cours de ma lecture, ne sachant jamais à quoi m’attendre. Un thriller? Un thriller fantastique ? De la SF ? La 4ème dimension ? Un peu de tout ça, et en même temps, non, un résultat résolument : Fantastique ! Puis l’histoire prend une autre direction en suivant Sylvère. Le suspense est maitrisé, alors qu’on se dit qu’on a pigé le truc ! BaM ! La direction prise fait un virage à 180° !

Les personnages sont attachants, Steven surtout, et Sylvère, mais aussi Lucie (bien que son tic de langage m’ait agacé à la longue). Les autres personnages sont entourés de mystères. Je ne saurai pas dire ce que j’ai préféré : les références ? la construction ? les idées ? Toujours est-il que les symboles utilisés et la façon de le faire, d’entretenir le mystère m’ont beaucoup plu. Ce n’est pas un coup de coeur, parce qu’il m’a manqué la touche d’émotion (il y a certainement des références qui ont inspiré l’auteur qui m’ont échappé) que d’autres auront peut-être ressenti lors cette lecture. C’est en tout cas une excellente découverte qui a quelque chose de particulier, bien à elle.

J’ai adoré être déroutée à chaque chapitre démarré, parfois par le changement de style du récit, d’autres fois parce qu’on nous laisse en suspens en attente de réponse,  par les interrogations qui naissent de la lecture. Certaines « théories » (désolée, je ne trouve pas le terme adéquate) peuvent paraitre compliquées mais le récit n’est jamais obscur ou flou. J’ai aimé cette impression d’être coincée entre réalité et fiction, entre folie et raison, entre rêve et volonté… ne sachant pas de quel côté allait pencher la balance. J’ai beaucoup aimé cette balade comme l’appelle l’auteur. Cette lecture a été moins éprouvante que le présageait le début et la couverture (et maintenant que j’ai lu le texte, je comprend et approuve ce choix, comme quoi! ) et j’ai passé un très beau moment de lecture (je me surprend d’ailleurs d’avoir autant apprécié, je ne pensais pas être la cible privilégiée pour de ce type d’histoire).

C’est très certainement un titre qui surprendra les lecteurs de la maison d’éditions (bien que je n’ai pas encore lu tous leurs titres, il semble bien se démarquer) en tout cas, je salue le choix éditorial, ce livre est un peu à part, différent (du moins de ce que j’ai déjà lu) mais il séduira les lecteurs, j’en suis sure, voilà un choix judicieux ! Proposer des choses différentes, se renouveler, et permettre au lecteur de déconnecter, d’être surpris, de découvrir autre chose. J’adore !

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Top Ten Tuesday #8

Le Top Ten Tuesday est un rendez-vous hebdomadaire dans lequel on liste notre top 10 selon le thème littéraire défini. Ce rendez-vous a initialement été créé par The Broke and the Bookish et repris en français par Iani.

 Le thème de cette semaine est:

Les 10 livres dont vous n’attendiez pas grand chose mais qui vous ont positivement surpris

1- La Horde du contrevent d’Alain Damasio ! J’y suis allée à reculons, c’est un véritable coup de cœur !!!!

2- Les âmes vagabondes de Stephenie Meyer

3- Les Ecriveurs Tome 1- La Cité lumineuse de Frédéric Mars

4- Les enfants de la liberté de Marc Levy

5- Irish Coffee de Carol Higgins Clark

6- Janua Vera de  Jean-Philippe Jaworski

7- Quatre-vingt treize de Victor Hugo

8- Forteresse Digitale de Dan Brown

9- Deception point de Dan Brown

10- Le signe de Raymond Khoury

Pas si facile que ça, j’avais bien des classiques en tête mais je n’ai pas encore lu les livres, donc peut être que dans 1an, ce classement serait à refaire !

Le thème de la semaine prochaine :

Les 10 livres que vous avez achetés à cause du titre ou de la couverture

N’hésitez pas à me donner les vôtres en commentaire ou le lien vers votre TTT 🙂

Le Dernier Hiver de Jean-Luc Marcastel

Un grand MERCI à Claire / Agnah’s World chez qui j’ai gagné ce roman lors d’un concours !

Black Moon, 16 €, 450 pages

4ème de couverture

Un ciel de sang.

De la neige à perte de vue.

Et une forêt de pins. Des pins qui dévorent tout.

Demain. L’Hiver engloutira le monde.

Johan refuse de s’agenouiller devant le sort.

Par amour, il décide de retrouver celle qu’il aime.

Par amour, son frère, Théo, va lui ouvrir la voie.

Par amour, ses amis laissent tout derrière eux pour l’accompagner.

Pour cela, ils devront pénétrer jusqu’au cœur des ténèbres…

Au cœur de leurs propres ténèbres.

Résumé

2035, -31°C.  A Aurillac comme sur la planète entière, l’Hiver s’est installé, les océans ont gelés, la neige a tout recouvert, le Crépuscule baigne les villes dans un ciel de sang. Une armée de pins vampires, la Malsève, a presque tout envahi et la Société est complètement désorganisée. C’est dans contexte, que Johan décide de tout quitter pour retrouver sa bien-aimée Léa qui a du suivre ses parents à Bergerac. Par amour, il est prêt à risquer sa vie. Dans sa périlleuse aventure, il sera accompagné de Théo son grand frère, Fanie, leur sœur de cœur, et Khalid son ami d’enfance.

Mon avis

L’auteur nous lâche dans un monde quasi apocalyptique où la Malsève étend ses racines et où le Crépuscule remplace le Jour. C’est un univers sombre, noir, froid et oppressant. J’ai été happé dès le début, la lecture va vite. C’est très rythmé  même si j’ai trouvé que ça perdait un peu en vitesse à l’arrivée  de nos héros à Bergerac mais ça ne dure pas longtemps, on repart dans l’action jusqu’à la fin. Sur leur chemin, ils croisent des créatures engendrées par la Malsève assez terrifiantes mais aussi des humains tels qu’on n’aimerait pas en croiser tous les jours. Rajouté au froid ambiant, j’en ai eu des frissons!

L’auteur a une écriture fluide, le vocabulaire est très travaillé, certains passages sont poétiques et métaphoriques, c’est agréable à lire et j’ai vraiment été prise dans l’histoire. Un panel de sentiments est développé tout le long du roman : l’amour, la détresse, la peur, l’espoir, la déshumanisation, … Mais bien que le monde semble vivre ses derniers hivers, il y a des lueurs d’espoir.

L’auteur ne se prive pas de faire quelques clichés (sur les nationalités, les histoires d’amour, etc.) mais c’est uniquement pour mieux les abattre et nous pousser à la réflexion.

En parlant de réflexion, Jean-Luc Marcastel nous offre une réflexion sur l’Humanité intéressante et poussée.

Dans cette ambiance de fin du monde, il y a ceux qui privilégient l’entre-aide, qui gardent espoir et foi en un avenir même s’il est plus qu’incertain et qui se battent pour ne pas perdre leur humanité et leur âme. Et il y a ceux qui ont abolit les codes, qui vivent « sans foi, ni loi », qui en deviennent égoïstes et cruels, que la peur de disparaître a rendu fou ou plus monstrueux que les créatures engendrées par la Malsève. C’est là que prend tout son sens la locution latine Homo homini lupus est (de Plaute et reprises par d’autres auteurs) : L’homme est un loup pour l’homme !

L’histoire flirte souvent  avec le fantastique, les êtres vivants évoluent au contact de la Malsève et/ou des radiations du Crépuscule, des êtres humains développant certains pouvoirs. Quelques personnes pourront trouver cela invraisemblable mais j’ai trouvé que c’était très bien amené dans le récit. Il est vrai que rien pourtant ne le laisse entrevoir dans le 4ème de couverture.

J’ai apprécié les personnages, on s’attache à eux. Ils ne sont pas parfaits, ils ont leurs forces et leurs faiblesses. Johan est froid et sombre. Il a perdu sa mère jeune et s’est créée une double personnalité appelée « Corbeau » pour ne pas souffrir. Elle prend le dessus dès qu’un évènement difficile ou traumatisant arrive. Ce corbeau est insensible, logique et sans état d’âme. Johan décide de retrouver Léa parce que c’est la seule qui a  vraiment su voir en lui. Théo, le frère de Johan, est un ancien militaire, il est comme un chevalier de l’ancien temps, droit et altruiste. Il a pourtant des secrets. Fanie est une jeune eurasienne, qui n’est pas aimée de ses parents qui voulaient un fils et qui lutte pour se faire une place dans ce qu’il reste de ce monde et dans le cœur de Johan. Enfin, Khalid est celui qui ajoute une touche d’humour et de réflexion (ah son grand père qui faisait des babouches… !), il est toujours prêt à aider ses amis.

J’ai beaucoup aimé l’histoire, l’atmosphère oppressante et sombre, les personnages et leur évolution, la réflexion sur l’humanité. L’action se passe en France et je trouve que c’est vraiment pas mal, je connais peu d’histoires de ce type se passant chez nous.

J’aurai aimé avoir plus d’informations sur la Malsève parce qu’on a qu’un bref aperçu de son mode de fonctionnement. Toutefois, l’histoire se comprend parfaitement sans ça. Et même  cela  contribue à maintenir une tension dans l’histoire, la Malsève et le Crépuscule restant un mystère.

Les « triangles » amoureux, c’était un peu en trop pour moi, mais ils ne prennent toute la place dans l’histoire donc je suis passée très facilement au dessus.

Je ne suis pas déçue par la fin, mais pas convaincue non plus, il y a des choses que j’ai trouvé de trop (je n’en dis pas plus pour ceux qui le liront). Mais l’ensemble est bien mené.

C’est une très bonne surprise, je ne connaissais pas Jean-Luc Marcastel et je trouve qu’il écrit très bien. Je ne suis pas contre découvrir autre chose de lui.