Sorcières associées d’Alex Evans

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Auto-édition, ebook, 243 pages, 2,99€

4ème de couverture

Envoûtement de vampire, sabotage de zombies et invasion de gremlins font partie du quotidien du cabinet Amrithar et Murali, sorcières associées. Dans la cité plusieurs fois millénaire de Jarta, où la magie refait surface à tous les coins de rues, les maisons closes sont tenues par des succubes et les cimetières grouillent de goules, ce n’est pas le travail qui manque! Mais tous vous le diront: les créatures de l’ombre ne sont pas les plus dangereuses…

Résumé

Tanit et Padmé sont deux associées dont la spécialité est les enquêtes se rapportant au Pouvoir, à la magie, aux créatures surnaturelles. Elles sont installées depuis quelques temps dans un cabinet de Jarta, la cité millénaire où le commerce et l’argent sont rois. Quand se présente un vampire dans la salle d’attente du cabinet, Tanit reste maîtresse d’elle-même et accepte de le recevoir. C’est la première fois qu’une créature vient demander de l’aide contre un humain. Malgré les risques, Tanit accepte de s’occuper de son affaire. Puis se présente un industriel fortuné qui désire une enquête sur son usine, régulièrement sabotée. Il pense à une malédiction. Tanit n’en est pas convaincue mais l’appât de l’argent facile la pousse à accepter. Les sorcières vont se pencher sur ces deux affaires dont les enjeux risquent de les dépasser…

Mon avis

Merci à Alex Evans pour la confiance accordée et la découverte de ce roman auto édité.

J’ai beaucoup aimé cette lecture, un vrai moment de détente.

Les sorcières Tanit et Padmé travaillent ensemble dans un cabinet depuis quelques années. Elles commencent à bien se connaître et leur affaire fonctionne bien. Parmi les missions qu’elles réalisent pour leurs clients : exorcisme, enquête sur les malédictions, recherche d’objets magiques, etc. Elles sont chacune leurs talents et leurs caractères et  c’est un duo qui se complètent bien.

Les deux sorcières sont amenées à travailler sur deux nouvelles enquêtes, une des plus surprenantes, aider un vampire à trouver celui qui l’a amené dans notre dimension et se sert de lui comme d’une arme. Et une autre demande, qui va mettre les deux enquêtrices mal à l’aise, celle d’un industriel qui a remplacé ses employés par une main d’œuvre gratuite et…. particulière.

Chacune des sorcières enquête à sa façon, pour Tanit, l’ancienne agent spéciale, c’est l’action qui prime, pour Padmé, c’est plutôt l’investigation, les recherches, les entretiens.  Chacune à son style dans le travail comme dans la vie privée. Car non seulement, nous les suivons dans leur enquête mais nous les accompagnons aussi en dehors de leur travail. Tanit est plutôt du genre à ramener des hommes chez elle, Padmé plutôt du style à préserver sa vie privée et à s’occuper de sa fille. Cependant, elles pourraient bien cacher leur jeu toutes les deux. Elles sont en tout cas très attachantes. J’ai beaucoup aimé les suivre et découvrir leur passé. L’auteur en donne assez pour que le lecteur les découvre avec intérêt et pas trop, peut-être, pour nous préparer une suite ?

J’ai trouvé l’intrigue bien ficelée, les informations glanées le long de l’enquête, les recoupements, les recherches, c’est vraiment très sympa. Jarta est une ville avec un gros potentiel, il peut s’y passer plein de choses étranges. L’auteur a créé un univers très intéressant, avec des peuples différents et amenés à s’affronter. Le récit est émaillé de vielles rancœurs, de tentions, du retour inexpliqué et inattendu de la magie. Jarta est la ville du commerce où très peu de choses sont interdites, ce qui donne une atmosphère singulière, faite des extrêmes, pauvretés et richesse, débauches et croyances,… Un mélange hétéroclite où tout peut arriver. Ajoutez à cela les créatures surnaturelles, les goules, les zombies, les gremlins, les succubes, … et vous obtenez un mélange détonnant !

Il y a beaucoup de rythme dans le récit, de l’action, des rebondissements. J’ai beaucoup aimé la double narration. Être tantôt avec Tanit , tantôt avec Padmé qui apprennent des choses différentes. On découvre ainsi deux fois plus la vie en ville, les habitudes, les traditions, le passé des personnages et des territoires. J’ai beaucoup aimé aussi la « morale » de l’utilisation de la magie. Comme un effet boomerang si on ne la prend pas au sérieux. J’aurai toutefois bien aimé un peu plus de « mythologie », l’origine du Pouvoir, un peu plus de développement sur les circonstances de son retour. Peut-être dans une suite. En tout cas, il y a matière pour.

Personnellement, je ne comparerais pas le récit à Conan Doyle et son univers.Il n’y peut-être pas assez de détails tordus, d’addiction et de déductions tireparlescheveuxmaispasvraiment pour ça mais Sorcières associées est rondement bien mené, porté par des héroïnes qui se prennent en main et ne se lasse pas marcher sur les pieds. Un gros plus pour l’ambiance steampunk très bien rendue. Très bien fondue dans l’histoire. Ni trop ni trop peu. C’est assez imagé pour qu’on se fasse une idée des inventions, du fonctionnement de certaines machines et pas trop détaillé pour ne pas alourdir le récit et laisser une place à l’imagination du lecteur.

Un bémol toutefois, les coquilles et fautes.  Je ne suis pas trop sensible à cela, elles ne m’ont pas empêchée de savourer ma lecture. Je pense que certaines, signalées, seront corrigées rapidement. Il serait vraiment dommage de s’arrêter à cela. Même si ce type d’aventure peut fleurir ces temps-ci, le récit et l’histoire sont originales. Il y a de l’humour, de l’action, du fond. Alex Evans est une auteur à suivre ^^ Et j’espère qu’il y aura une suite, ça me plairait beaucoup de replonger dans Jarta en compagnie des deux sorcières.

Dernier point, la couverture est superbe ! J’aime beaucoup.

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Le livre perdu des sortilèges de Deborah Harkness

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Orbit, 19,80€, 528 pages (prêt de Cali <3)

4ème de couverture

Diana Bishop est la dernière d’une longue lignée de sorcières, mais elle a renoncé depuis longtemps à son héritage familial pour privilégier ses recherches universitaires, une vie simple et ordinaire. Jusqu’au jour où elle emprunte un manuscrit alchimique : l’Ashmole 782. Elle ignore alors qu’elle vient de réveiller un ancien et terrible secret, et que tous – démons, sorcières et vampires – le convoitent ardemment. Parmi eux, Matthew Clairmont, un vampire aussi redoutable qu’énigmatique. Un tueur, lui a-t-on dit. Diana se retrouve très vite au cœur de la tourmente, entre un manuscrit maudit et un amour impossible.

Résumé

Diana, jeune américaine, est docteur en histoire des sciences et ses recherches actuelles concernent l’alchimie. Elle travaille à Oxford en Angleterre, où elle doit passer une année entière, se documenter à la bibliothèque bodléienne d’Oxford pour préparer une conférence. La particularité de Diana est qu’elle est une Bishop, une sorcière et la dernière de sa lignée mais elle refuse de se servir de sa magie surtout dans son travail, elle n’aspire qu’à une vie normale et ordinaire. Mais un jour, elle va avoir entre les mains un manuscrit particulier : l’Ashmole 782, un livre ensorcelé. Sous ces traits de livre d’alchimie, Diana se doute qu’il est bien plus, mais ne veut pas s’en préoccuper et le rend à la bibliothèque. Seulement, Diana n’est pas seule sur Terre, et le fait d’avoir eu entre ses mains ce livre convoité, va la mettre en danger…

Mon avis

Une belle découverte !

On suit donc Diana Bishop, une sorcière d’une longue lignée mais qui ne veut pas utiliser sa magie. Suite à la disparition de ses parents, elle veut être normale et se refuse à participer aux convents avec les autres sorcières ou à les côtoyer. Diana est historienne,  jeune, jolie, sportive et intelligente. Elle m’a plus d’une fois agacée mais faut dire qu’elle a des défauts qui vont bien avec le personnage donc pas d’aversion pour Diana ! En plus, ce n’est pas une adolescente écervelée, en mal d’amour ou niaise et ça c’est tout à fait appréciable !

J’ai apprécié le Matthew ténébreux, mystérieux, scientifique, amateur de bons vins, les passages où on découvre comment il se nourrit, sa transformation en vampire, son passé avant ça et ces « vies » après. Je pense que j’ai plus accroché à ce personnage qu’à celui de Diana.

J’ai été un peu longue à me mettre dans l’histoire, même si la lecture est facile. Je n’étais pas trop motivée, surtout que j’appréhendais énormément le côté romance. Au début, assez peu de choses se passe, on n’apprend pas vraiment grand chose sur le livre perdu des sortilèges, c’est surtout la naissance de l’histoire entre Diana et Matthew.  Ils se voient à la bibliothèque, un peu en dehors, elle se pose pas mal de questions mais ne semble pas encore trop perturbée par ce qu’il se passe. C’est un peu long. Et puis dès que Matthew et Diana quittent l’Angleterre, il commence à y avoir plus d’action, Diana ne se laisse plus porter par les événements, elle s’affirme, etc., on apprend plein de choses, ça devient beaucoup plus prenant.

Un seul chapitre ne concerne pas Diana, quand Matthew part en Écosse voir Hamish (début du livre). On découvre ce démon, et plein de choses sur la façon de voir de Matthew, sur ce qu’il ressent, la narration est quelque peu différente et on a un autre point de vue que celui de Diana et c’est agréable. Malheureusement, ça ne se produit qu’une seule fois, j’aurai bien aimé avoir plus de chapitres de ce type (pourquoi pas le ressentiment de la mère de Matthew par exemple).

La romance prend une grande place dans le récit, mais comme leur amour est très compliqué, finalement, les passages plus « mielleux », il n’y en a pas tant que cela. C’est vrai que c’est rapide, l’action ne se déroule que sur quelques semaines mais bizarrement, on a un impression de lenteur, de non précipitation, un drôle de mélange, qui m’a bien plu finalement.

Ce qui fait que ce roman est un belle découverte et qu’il s’agit d’un livre dense, avec des détails, des rebondissements, des personnages secondaires, des anecdotes, etc. Ce qui me manquait dans Sans âme par exemple, je l’ai trouvé ici et j’ai adoré, des anecdotes historiques sur la vie de Matthew, de sa mère, de la famille de Diana,…, des extraits de livres scientifiques ou autres, des références religieuses… Certains parlent de digressions, moi, je trouve que vraiment ces éléments donnent beaucoup plus de poids au récit, y a des recherches, du travail et ce n’est pas uniquement un décor à une histoire d’amour et ça vraiment, j’aime beaucoup ! En plus, cela donne envie de faire des recherches, de se documenter sur l’alchimie, sur ce qui est vrai, ce qui est inventé, etc.

Cet aspect « scientifique » « historique » est, pour moi, le gros plus de cette histoire, les textes alchimiques, les éléments qui s’imbriquent les uns à la suite des autres. Mes passages préférés sont ceux où Diana découvre les textes alchimiques, les enluminures, les illustrations, … et les anecdotes historiques qui expliquent les comportements de Matthew. Et j’ai aimé les recherches de Matthew sur les relations entre créatures, y aurait-il un ancêtre commun ? Qui a créé qui ? L’ADN, le sang,…, etc.  Loin d’être un frein à la lecture, j’ai complètement adhéré à ce côté scientifique !

J’ai beaucoup aimé, moi qui lit peu de bit-lit ou du moins de romans à créatures, en apprendre plus sur ces dernières (du moins la vision de l’auteure) : connaitre les habitudes des vampires, les caractéristiques des démons, ce qu’est la Congrégation. Ce que font les sorcières et leur entourage de fantômes, etc.  J’ai adhéré aux interrogations posées par l’existence de lAshmole 782, que contient-il ? Pourquoi les trois types de créatures veulent le récupérer ? Qui l’a ensorcelé ?

Deuxième atout de la seconde partie du roman, les personnages secondaires. J’ai eu beaucoup plus de facilité et suis plus rentrée dans ma lecture quand les personnages secondaires ont commencé à être plus nombreux. Et surtout j’ai aimé leur complexité, notamment Ysabeau, Marcus, Sarah, Emily… Et quand on commence à comprendre ce qu’il arrive à Diana et qu’elle découvre ce dont elle est capable.

Deborah Harkness signe là son premier roman et dans l’ensemble c’est réussi. On a une vraie histoire, des informations distillées tout le long du livre quand il faut, comme il faut, l’écriture est fluide, présente beaucoup de vocabulaire (au moins deux points qui indiquent une bonne traduction), des recherches, des détails et c’est cohérent (parfois, je me disais « attention mais au début il y avait ça et puis ? » et puis on répondait à mes interrogations même mineures). C’est efficace et j’avoue j’ai été touchée et émue par certains passages.

C’est vraiment donc vers la moitié du roman que j’ai été « conquise », c’est pour ça que ça n’est pas un coup de cœur, je ne dirais pas que le début m’a ennuyée mais c’est long à démarrer. Mais une fois dedans, j’avais vraiment envie de continuer et de savoir ce qu’on allait apprendre. Je savais qu’il s’agit au moins d’une trilogie et donc que je ne saurai pas le fin mot de l’histoire avant un moment, donc je n’ai pas été frustrée de la fin. Cependant, oui, je voudrais lire la suite, surtout que ça s’annonce très intéressant et j’espère ne pas me tromper en disant que le côté historique qui m’a tant plu ici, je le retrouverai certainement dans L’école de la nuit !

Merci Calinette pour le prêt et pour la découverte ❤ ! T’aurais pas le tome 2 par hasard 😉

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challenge destins de femmes

Trois Soeurcières de Terry Pratchett

Pocket, 6€10, 287 pages

Lecture réalisée dans le cadre de la lecture commune du Club de Lecture Alille.com d’aout 2012.

4ème de couverture

Le vent, l’orage et les éclairs… Tout cela dans l’horreur d’une profonde nuit. Une de ces nuits, peut-être, où les dieux manipulent les hommes comme des pions sur l’échiquier du destin. Au coeur des éléments déchaînés luisait un feu, telle la folle dans l’oeil d’une fouine. Il éclairait trois silhouettes voûtées. Tandis que bouillonnait le chaudron, une voix effrayante criailla :  » Quand nous revoyons-nous, toutes les trois ?  » Une autre voix, plus naturelle, répondit : « Ben, moi j’peux mardi prochain. » Rois, nains, bandits, démons, héritiers du trône, bouffons, trolls, usurpateurs, fantômes, tous sont au rendez-vous. Shakespeare n’en aurait pas rêvé autant. Ou peut-être que si ? Mais l’avantage du roman par rapport au théâtre c’est que l’on peut s’autoriser beaucoup, beaucoup plus de personnages. Et même le ravitaillement en vol d’un balai de sorcière !

Résumé du début

C’est la nuit, trois personnages sont à la fin de leur réunion autour d’un chaudron… Trois sorcières réunies en convent, histoire de partager leurs expériences, leur façon de voir et de faire les choses,… Initié par Magrat Goussedail, jeune sorcière, elle se réunit avec Nounou Ogg, qui vit marié avec une ribambelle d’enfants après du château du royaume et Mémé Ciredutemps, la doyenne des sorcières…

Quand le roi Vérence, monarque du royaume de Lancre, s’aperçoit qu’il est hors de son corps, assassiné d’une dague dans le dos, la Mort s’adresse à lui et lui explique la situation:  il ne peut l’emmener parce qu’il semble que sa destinée n’est pas terminée, il doit donc hanter le château en temps que fantôme. Quelle désolation pour Vérence qui ne peut plus rien faire et encore moins se venger du Duc qu’il sait être coupable de son assassinat ! Et en plus son fils (un bébé) a disparu, la couronne royale aussi d’ailleurs.

Ils ont été emmené par les gardes auprès de Mémé Ciredutemps, seulement cette dernière ne sait pas bien quoi en faire ! Elle ne peut garder ni le bébé, ni la couronne et encore moins s’immiscer dans les affaires du royaume…

Mon avis

J’ai lu les 5 précédents. Une chance d’ailleurs, parce que comme pas mal de mes coupines, je n’aime pas lire les séries dans le désordre. Cependant, ayant lu les 5 précédents donc, je peux dire que ce 6ème livre peut se lire indépendamment, des autres. On retrouve d’univers si particulier du Disque-Monde bien sur mais les personnages principaux de ce tome, n’ont pas été vu avant (mise à part la Mort, présente régulièrement dans les livres, et plus particulièrement dans le 4ème tome : Mortimer)

Seule une allusion à un (autre) personnage des tomes précédents est faite mais franchement elle n’a pas d’importance dans cette histoire donc pas de problème si vous devait lire ce tome avant les autres.

Autant j’ai me souviens bien des 4 premiers, autant le 5ème tome ne m’a laissé de souvenirs impérissables et autant celui-ci je pense que je m’en souviendrais ! C’est un très bon tome qui se lit facilement et vite, toujours écrit sur le ton du sérieux et de humour à la fois, de la parodie comme j’aime. Je trouve que plus j’avance dans les annales du Disque-monde, plus l’univers créé me semble familier, plus le côté parodique revient aux personnages, plus qu’à l’ensemble de l’histoire, question d’habitude certainement. En tout cas, j’ai beaucoup aimé l’histoire et les thèmes abordés par ce tome.

Les trois sorcières ont des comportements, des physiques et des caractères différents. Entre la doyenne Mémé Ciredutemps, intransigeante, qui n’aime pas franchement perdre son temps et encore moins user de la magie si elle n’y est pas forcée, Magrat, la jeunette débutante, romantique, qui aimerait tant que les sorcières utilisent tous les trucs et astuces des livres, dans les traditions et Nounou Ogg, bonne vivante, qui s’est marié, a eu une ribambelle d’enfants, qui aime bien boire un coup et chanter des chansons paillardes, on a 3 personnages hauts couleur qui ne sont pas souvent d’accord, j’adore quand elles se chamaillent et se prennent la tête,  toutes  trois différentes ça fait des étincelles mais elles ont quand même une belle complicité.

Les personnages secondaires sont bien développés je trouve entre le roi Vérence mort et fantôme de son nouvel état pédant comme il faut, le duc et la duchesse antipathiques à souhait, le fou pas si fou, le fils du défunt roi Vérence, Tomjan et ses parents adoptifs, le nain Hwel, auteur des pièces de la troupe de théâtre, on a là une belle palette de personnages également.

Cette intrigue tourne autour du théâtre et on a beaucoup de référence au théâtre tel qu’on le connait nous. J’ai adoré quand Mémé Ciredutemps découvre le théâtre et qu’elle a le sentiment qu’on lui  ment et que tout est faux, elle s’énerve et ne comprend pas! Pas de mystère Trois soeurcières fait référence aux 3 sorcières de MacBeth de Shakespeare et il y a même un passage très plaisant et librement inspiré. J’ai beaucoup aimé également l’inspiration et les rêves de Hwel, il rêve de notre théâtre, de choses qui n’existent pas dans son monde et le décalage est très drôle. Prendre le sujet du théâtre en parodie, je trouve ça très bien trouvé, les auteurs de pièce ont toujours quelques choses à dénoncer sur la société, les personnages sont rarement pure invention, les faits sont faux mais pas vraiment, etc.

On sourit beaucoup et on rigole même parfois à la lecture de ce tome joliment décalé. Les amoureux de théâtre devraient repérer plus facilement que moi les références et les clins d’œil. Moi, j’y vois aussi des références à Hamlet même si c’est moi flagrant que MacBeth. Il faut aussi avoir de l’humour, et ne pas être rebuté par certaines formes de parodie, parce que sinon, je vois déjà venir les brimades et autres remarques acerbes.

Autre point en décalage et récurent dans Les annales du Disque-Monde c’est la vision de la magie, ici par les sorcières (par les mages, les rois, les humains, la Mort, dans d’autres tomes), c’est caustique. On ne doit pas rigoler avec la magie, c’est un sujet sérieux, tellement, que c’est à peine si on en fait vraiment !

J’ai aimé retrouver le décalage et l’humour de Pratchett, cette façon qu’on les personnages à prendre au pied de la lettre les expressions, voire une retranscription de nos expressions courantes dans l’histoire même (avoir du sang sur les mains par exemple).

Parfois, il y a quelques longueurs, mais l’ensemble : les personnages, les réparties, les prises de bec, l’humour, les références, … ont su me les faire oublier.

J’ai lu que Trois soeurcières avait été adapté en film d’animation en 1997 avec la voix de Christopher Lee dans le rôle de la Mort, ça me plairait bien de tomber dessus un de ces jours mais ça ne doit pas être facile à trouver. Des années qu’on parle d’un film aussi mais verra-t-il un jour le jour ? Le prochain que je lirai sera Pyramides et après avoir zieuté la liste des personnages, je ne retrouverai ni les sorcières, ni les mages ! Voilà pourquoi j’aime cette série, on découvre dans un même univers, plein de domaines, de personnages et de lieux qui sont indépendant, mais délicatement reliés entre eux.

Twixt de Francis Ford Coppola

Film fantastique, qui a fait l’ouverture du dernier Festival de Gérardmer
Avec Val Kilmer, Bruce Dern, Elle Fanning, Ben Chaplin,…

Écrivain sur le déclin, Hall Baltimore (Val Kilmer) arrive à Swan Valley (bourgade pommée au fin fond des États Unis) pour une séance de dédicace de son dernier roman de sorcellerie. Il est pris à partie par le shérif du village (Bruce Dern) qui lui raconte qu’il écrit également des histoires, qu’une jeune fille du coin est morte dans d’étranges conditions et qu’il soupçonne un tueur en série, ne serait-ce pas un bon sujet de roman ? Pourquoi ne pas écrire avec lui ? Dans un rêve, Hall rencontre le fantôme d’une jeune fille dénommée V. (Elle Fanning). Il y a-t-il un lien avec la jeune fille retrouvée morte ? En tout cas, Hall pense détenir là un bon sujet pour son nouveau roman qu’il a promis à son éditeur…

J’ai beaucoup aimé cette histoire et l’atmosphère du film. On suit un écrivain dont les ouvrages se vendent de moins en moins bien et qui est malheureux et alcoolique depuis la mort de sa fille. Par contrat avec son éditeur, il est enfermé dans un type de romans (la sorcellerie) et il n’est plus perçu par ses lecteurs comme un auteur crédible, il ne se renouvèle pas, et même s’il en a l’envie, il ne le peux pas encore. Le shérif de la ville lui propose de coécrire un livre mais sur un thème quelque peu différent, les vampires, car ce shérif est convaincu que les jeunes gens qui vivent de l’autre coté du lac sont des adorateurs du diable, et des vampires. Et que la jeune fille morte (et retrouvée avec un pieu dans le cœur) est liée à ces jeunes gens et est la victime d’un tueur en série. D’abord Hall rejette la proposition du shérif mais dans son sommeil, il va faire des rêves étranges. Il va donc rester en ville et tenter d’en apprendre un peu plus sur la ville et l’endroit où il se trouve, réputé maudit, hanté et où le temps ne s’écoule pas comme ailleurs (le clocher du village dispose ainsi de 7 horloges, indiquant toute une heure différente).

Le personnage de cet écrivain est vraiment attachant, il est alcoolique depuis la perte de sa fille dans un accident et les rêves qu’il va faire, vont nous permettre d’en apprendre plus sur les circonstances de cette mort et pourquoi il est devenu alcoolique. Une manière pour Copolla de montrer que le drame personnel vécu par un « artiste » influence considérablement son univers et sa manière de  le représenter (en effet, sans la révéler la façon dont est more de la fille d’Hall est la même que celle du fils aîné de Copolla : Gian-Carlo, surnommé Gio).

Hall Baltimore découvre plein de choses dans ses rêves (pas toujours provoqués par la fatigue) sur le passé de la ville , il rencontre V. le fantôme d’une jeune fille de 12/13 ans. Il va découvrir que des enfants ont été massacrés bien des années plus tôt dans un lieu qui après est devenu un hôtel. Au cours de ses rêves, il arrive à faire le lien entre le passé de la ville et la morte de la jeune fille retrouvée récemment. L’ambiance des rêves est fantastique et les images sont simplement magnifiques. Filmées en dégradé de gris (pas complètement du noir et blanc) dans des lieux fantasmagoriques (une forêt, une falaise,..) avec de la brume, l’ambiance y est vraiment. Et le détachement de certaines couleurs (le rouge, le jaune, …) donne des scènes magiques et très belles.

Sans rentrer dans les détails de l’histoire pour ne pas trop en révéler, les rêves, comme bien souvent sont les rêves, faits par Hall sont étranges et décousus, parfois embrouillés, mais toutes les informations importantes sont données. Et les recherches de Hall sur les jeunes du lac donnent également des éléments. Par notre réflexion, on arrive assez facilement à remettre les événements et les idées en ordre.

C’est un film fantastique, esthétique et poétique. Un des jeunes de l’autre coté du lac, le « chef » est un être mystérieux, mélancolique, qui récite du Baudelaire en français dans le texte, les jeunes filles chantent de l’opéra ou danse devant de grands feux. Sont-ils vraiment maléfiques ? Dans ses rêves, Hall tombe sur Edgar Allan Poe (joué par Ben Chaplin), personnage mystérieux, mélancolique et sombre, qui va le guider dans sa quête d’une histoire à écrire et de la fin à trouver, dans un besoin de se livrer et de parler du malheur vécu,…

Certaines scènes sont tragi-comiques, comme aime les faire Coppola, Val Kilmer est excellent dans le rôle de l’écrivain alcoolo en panne d’inspiration (par exemple il n’arrive pas à débuter son roman, il essaie différentes accroches mais  ça ne va jamais. Il ne sait commencer un roman que toujours de la même manière : « il y avait de la brume sur le lac ». ).

J’ai trouvé le film très beau, avec ce qu’il faut de fantastique, l’histoire est bien tournée même si le style est étrange et esthétique. Et en plus, il m’a donné envie d’en savoir plus sur Edgar Allan Poe et ses ouvrages. Et de me pencher un peu plus sur l’œuvre cinématographique de Monsieur Coppola.