A l’ombre des falaises de Chloé Bourdon

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Les éditions du Petit caveau, 138 pages, 12€90

4ème de couverture

Nous sommes en 1901, dans un petit village des Cornouailles. Elisabeth vient de perdre son père et accepte difficilement la froideur de sa mère.

L’été où elle quitte l’enfance, elle comprend que derrière les apparences d’une petite bourgeoisie provinciale obsédée par la peur du scandale, se dissimulent des drames insoupçonnables, et des monstres qui rôdent, les soirs de pleine lune, dans l’ombre des falaises.

Mon avis

Dans les Cornouailles, Elisabeth, 14 ans, a perdu son père quelques semaines auparavant. Elle reste seule avec Judith sa sœur aînée sur le point de se marier et sa mère, une femme froide et soucieuse quoi qu’elle en dise des convenances et du paraître. Elles ne sont pas riches mais le monde extérieur ne doit pas s’en douter. Elisabeth pleure son père et ne comprend pas que sa mère semble si peu affectée. Cette dernière déteste Birdcliff et la demeure qu’elle a hérité de son père. Elisabeth s’ennuie aussi elle se réjouit d’apprendre que sa cousine Emily qui habite Londres va venir les voir pendant l’été. L’été où la destin de la jeune fille va changer. Où elle va comprendre que les monstres se cachent pas là où elle l’aurait cru…

Emily est une jolie jeune femme qui va divertir sa cousine en lui proposant des sorties. On peut difficilement refuser à Emily. C’est ainsi qu’un jour elles se rendent au château de Windmoor où vit Lord Osborne, un châtelain qui est récemment revenu des Indes et qui a amassé une belle forturne. Là bas, elles y feront la connaissance de Chris Osborne, que le Lord aurait eu avec une asiatique. Le jeune homme est différent par ses manières et sa façon d’être. Il ne laissera pas les jeunes demoiselles indifférentes… et leurs chemins se recroiseront.

J’ai beaucoup aimé ce récit. L’écriture est très maîtrisée pour un premier roman, très mature et précise. C’est vraiment bien écrit. Le style est juste et l’atmosphère, le vocabulaire, les us et coutumes, font que l’on se sent vraiment au début du 20è. Au fil de l’intrigue, l’atmosphère charge, l’ambiance se modifie, une sorte de tension monte. L’héroïne est un peu perturbée et un peu troublée, elle est tantôt naïve, tantôt plutôt mature. C’est difficile de la cerner mais on s’attache à elle quoi qu’elle fasse.

L’auteur a très bien détaillé son récit qu’il ne paraît pas court alors qu’on ne dépasse pas les 150 pages ! Elle a également sur rendre les liens entre la mère et la fille assez étranges, tendus… Comme si cette femme froide n’apprécie par son enfant, tout en essayant de la protéger de quelque chose de précis mais que le lecture ne connait pas. Il y a aussi les liens étranges entre Elisabeth et Christopher, comme une attraction malgré la différence d’âge. Le goût de l’interdit est superbement bien retranscrit ^^

Et puis, le décor, les Cornouailles, les falaises, la mer, une vieille demeure, ça a à la fois du charme et du caractère. Et une belle part de mystère.

J’ai apprécié l’histoire et l’appropriation de l’auteur du mythe vampirique. C’est vraiment intéressant et original. ça ne ressemble à pas à ce que je m’attendais et j’ai vraiment aimé ça. Elisabeth mène une sorte d’enquête et va creuse le passé, faire la lumière sur les secrets de famille. Le drame monte progressivement. Le lecteur devinera peut-être les révélations finales mais vouloir savoir la vérité et la façon dont tout s’est passé est vraiment prenant . Il y a quand même une ou deux choses qu’on ne voit pas venir.

Le récit est travaillé, si vous aimez le fantastique, les secrets de famille, le poids du passé, A l’ombre des falaises a tout pour vous plaire.

Les deux seuls points négatifs relevés : j’ai trouvé que pour son âge et sa condition Elisabeth a un peu trop de vocabulaire, mais l’auteure précise qu’elle lisait les livres de son père alors ma fois pourquoi pas. Ensuite, les jeunes gens de ce roman ont du mal à faire des déductions et sont parfois du coup, un peu tête à claque mais disons que ça ajoute à leurs caractères !

Je lirai avec plaisir un autre texte de Chloé Bourdon et ça tombe bien j’ai L’eau noire dans ma PAL 😉

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Narcogenèse d’Anne Fakhouri

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L’Atalante Editions, 312 pages, 19€

4ème de couverture

Louise Gaucher travaille dans un service de réanimation. Dès qu’elle le peut, elle s’assoupit auprès de ses malades plongés dans le coma. Elle a le don de voyager dans le « monde des rêves » où les patients choisissent entre la vie et la mort.
Simon Larcher est flic. Il ne boit plus, ne baise plus et ne joue à rien. Il voudrait juste nettoyer le monde de son horreur et de sa tristesse.
Une nuit de janvier, un enfant de la DDASS disparu est retrouvé dans le parc du Chais, propriété de la puissante et riche famille de Louise…

Dans Narcogenèse, Anne Fakhouri convoque les grandes peurs enfantines et les personnages de conte pour nous faire vivre la genèse de l’abandon et de l’infanticide. Sur fond de secret de famille, les deux enquêtes menées par Simon et Louise nous emmènent aux frontières du fantastique.

Résumé

En 1917, Adrienne a bâti son petit empire dans le domaine pharmaceutique, et a fait construire sa demeure « Le Chais » où elle vit avec sa fille et ses petits-enfants. Son héritage est son bien le plus précieux qu’elle souhaite transmettre aux générations futures. Adrienne a une sorte de don de prémonition, elle fait donc tout pour se conformer à l’avenir qu’elle entrevoit. Sa fille Cécile est de nouveau enceinte mais pendant son veuvage. Adrienne craint pour l’avenir du Chais et de sa réputation. Cécile ne pourra pas garder l’enfant…

De nos jours, Simon est flic et il enquête sur la disparition d’un enfant enlevé en pleine nuit sans intrusion dans sa chambre. Depuis quelques temps, le petit faisait d’horribles cauchemars. En parallèle, Zette travaille au service de réanimation de l’hôpital, elle possède le don de « voyager » dans les rêves des comateux. Lors d’une de ces incursions, elle rencontre un personnage infecte, Le Marchand de sable »… Que relie donc tous ces événements entre eux ?

Mon avis

Une très bonne lecture !

Quand j’ai vu qu’Anne Fakhouri était invitée aux Halliennales, j’ai eu envie de découvrir un de ses titres avant le jour J. Je me suis décidée pour Narcogenèse. La couverture est accrocheuse et c’est un thriller fantastique. De plus, je voulais découvrir les Éditions L’Atalante, ça tombe bien.

Le lecteur découvre d’abord une vielle femme, un peu austère et au caractère plus qu’affirmé. Dès le début, l’atmosphère est pesante, Adrienne, est très autoritaire, elle sait ce qu’elle veut, elle a construit son domaine et fait fortune toute seule ou presque et ne veut pour rien au monde que son héritage disparaisse ou que la réputation du Chais soit entachée.  Puis après ce prologue qui se déroule en 1917, l’action se situe de nos jours. Le lecteur suit Simon, un flic un peu atypique, pas marié, sans enfant, bon flic. Il enquête actuellement sur la disparition mystérieuse d’un enfant de la DDASS, en centre car maltraité par ses parents. Simon soupçonne un employé du centre, mais n’écarte aucune hypothèse. Le petit faisait d’horribles rêves, harcelé dans ceux-ci par un être décharné et terrifiant. Dans le coin, on raconte que le marchand de sable existe, ce sont surtout des commérages de vieux, qui croit aux fantômes et aux sorcières ou qui cherchent à effrayer les petits ! En parallèle, le lecteur rencontre au chais, Ti le fils des gardiens du Chais. Grâce à lui, on apprend que le Chais est occupé par Claude Gaucher, qui a perdu son mari, et qui vit avec ses deux filles Louise et Diane. Louise travaille au centre de réanimation de l’hôpital de la ville, et Diane s’occupe de ses deux enfants, Lucie et Max. La famille Gaucher est auréolée de mystère, c’est la famille la plus riche du coin, mais des bruits et des rumeurs courent et personne ne se lie jamais avec eux.

On reste dans une atmosphère un peu oppressante au sein de cette famille. Il se passe chez eux des choses, on le sent mais on se demande quoi sans arrêt. Et puis Louise a un don spéciale, elle peut communiquer avec les personnes dans le coma. Pourquoi ? Elle y fera une étrange rencontre, ce qui commencera à dénouer les nœuds de l’intrigue…

Elle est très bien menée, c’est prenant et le lecteur se pose beaucoup de question. Entre rêves, fantasmes et souvenirs, le lecteur est happé dans ce thriller fantastique où rien ne semble être ce qu’il devrait. Déjà il y a-t-il un secret entourant la famille Gaucher ? Si oui, quel est-il ? Les rumeurs vont bon train en ville. Le mystère est bien présent, Saul le frère de Louise et Diane a disparu mais est-il mort ? Où est-il enterré ? De même, Mamia, la mère de Claude est-elle vivante, personne ne l’a jamais revu, il n’y a pas eu d’enterrement. Ces événements alimentent le mystère autour du Chais. Ensuite, pourquoi des enfants sont enlevés ? Pourquoi en ville, des somnambules commentent des crimes? Tous parlent d’un être étrange, le Marchant de sable, une sorte de croquemitaine, terrifiant et cruel. Que se passe-t-il ?

Dans ce roman, les protagonistes devront remonter aux sources, replonger dans le passé. Comprendre les rêves et les cauchemars sera nécessaire pour dénouer les fils de l’intrigue. Le mélange est très bien fait entre éléments réels, fantastiques, oniriques… Certains passages plongent même le lecteur sur les sentiers de l’effroi… Certains sujets tabous sont exposés, plongeant le lecteur dans l’horreur…

J’ai beaucoup aimé, l’atmosphère, les secrets révélés au fur et à mesure, les références au magicien d’Oz, les passages quasi  fantasmagoriques,… Au début, j’ai eu du mal avec la psychologie des personnages principaux, puis je me suis attachée à Louis et à sa nièce Lucie. Certains personnages m’ont touchés comme Amélia, Max et Paulo. Cependant, je n’ai pas apprécié Simon. Je n’ai pas réussi à m’attacher. Du tout. Je n’arrive pas vraiment à comprendre pourquoi, surtout qu’on apprend pas mal de chose sur lui. C’est un bon flic qui ne cherche pas à briller mais qui est compétent, il a vécu des drames personnels.  Mais je suis restée distante.

Narcogenèse est un très bon roman fantastique, c’est très bien écrit, les points de vue alternés des protagonistes, permet du rythme et de conserver des effets de surprises et rebondissements. Je suis contente de mon choix, et ravie d’avoir découvert le talent d’Anne Fakhouri. J’irai me faire dédicacer mon livre demain aux Halliennales avec plaisir !

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Créature du Miroir de Jess Kaan

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Editions les Lucioles, 399 pages, 15€

4ème de couverture

Ludwik et Aleksandre, deux frères maltraités par la vie, vivent avec leur mère à Bavignies, une petite ville où il ne se passait rien, jusqu’à récemment… Car depuis quelque temps, les nuits de Bavignies sont devenues de véritables cauchemars. Plusieurs meurtres ont endeuillé la cité. Une créature mystérieuse rôde, sans parler de ce chat rouge aux intentions maléfiques qui apparait parfois, souvenir du passé maudit de la ville… Aleksandre et Ludwik aimeraient rester en dehors de cette histoire qui les dépasse et vivre leur vie. Hélas, il est un moment où le Mal doit être combattu… Un moment où l’on doit prendre les bonnes décisions au risque de tout perdre. Créature du Miroir est un roman dédié aux jeunes ordinaires d’aujourd’hui. Parce que ce sont eux qui peuvent tout changer !

Résumé

Ludwik Marlières a 11 ans et vit à Bavignies. Un soir qu’il rentre chez lui, plus tard que prévu, par les remparts, il reconnait les voix des 3 brutes du lycée. Ils zonent dans le quartier, cherchant certainement un coup foireux à faire. Ludwik prend peur, ces 3 là n’hésiteront pas à venir l’asticoter et à le frapper, s’ils le trouvent. Il se cache, mais le bruit qu’il fait alerte les lycéens. Prenant son courage à deux mains, il échafaude un plan et réussit à s’enfuir. Il rentre chez lui et raconte tout à son frère Aleksandre. Ce dernier n’est pas ravi depuis le décès de leur père, c’est lui qui doit prendre soin de son petit frère et celui-ci a le chic pour désobéir… Et leur mère qui est peu présente…
Si seulement, il n’y avait que les tracas quotidiens mais quelque chose rôde en ville, un homme a même été retrouvé assassiné. Et l’horreur ne fait que commencer…

Mon avis

Une excellente découverte, un très bon roman

J’ai beaucoup aimé ce nouveau livre de Jess Kaan, happée dès les premiers chapitres, je n’ai pas su le lâcher avant la fin !

Le lecteur rencontre d’abord Ludwik, 11 ans, on le sent triste mais volontaire. Lui et son meilleur ami Hugo, bien que très différents, se comprennent et se soutiennent. Mais ils sont souvent pris pour cibles par les plus forts du collège ou les terreurs du lycée, Sullivan, Geoffrey et Jordan. Ludwik est à un âge, où grandir, s’affirmer, est difficile. On a la fois envie de le protéger mais aussi de le laisser s’affirmer. Dans tout les cas, Ludwik est bien décidé à ne pas se laisser faire et oscille entre peur et courage. Son grand frère Aleksandre avec « ks » est en terminal. Il a quelques difficultés scolaires mais dans l’ensemble c’est un adolescent normal et courageux. Il prend soin de son frère même s’ils se brouillent régulièrement. Il veille sur lui, surtout quand leur mère n’est pas présente, très prise par son boulot. Elle est seule pour joindre les deux bouts depuis la mort un an plus tôt de son mari. On s’attache très vite à Ludwik et Aleksandre, on a envie de les connaitre, on est embarqué dans leur quotidien et les événements qui les touchent. On s’aperçoit qu’ils ont beaucoup de mal à accepter la disparition de leur père, ils n’ont pas encore fait leur deuil mais ils tentent de s’en sortir. Ils sont touchants mais jamais on ne tombe dans le pathos.

Ludwik et Aleksandre doivent affronter les tracas de leur quotidien, les menaces de Sullivan et sa bande, l’absence de plus en plus fréquente de leur mère le soir. Et en plus, depuis aussi depuis quelques temps, les rues de Bavignies ne sont plus très sures. Un étrange chat rouge apparait et disparait, des meurtres sont commis, … la ville semble sous le joug d’une malédiction. Et malheureusement, Aleksandre a le chic pour se trouver au mauvais endroit au mauvais moment. La police va le soupçonner d’avoir un rôle dans les événements récents. Le flic chargé de l’affaire surtout, prend en grippe Aleks et harcèle le jeune homme. Aleks est bien décidé à laver son honneur et prouver qu’il n’est pour rien dans les malheurs qui surviennent. Il va se mettre à chercher des pistes. Peut-être la police est-elle passée à côté de quelque chose ? Ludwik s’obstine à vouloir aider son grand frère. C’est ensemble qu’ils vont découvrir des choses de plus en plus surprenantes et terrifiantes…

Le lecteur se pose beaucoup de questions. Tout ce qui se passe en ville a-t-il un lien avec la nouvelle boutique du centre-ville, dont personne ne semble pouvoir dire depuis quand elle est ouverte ? Qui est Lucien Delcourt, la première victime ? Avait-il découvert quelque chose qui aurait du rester enfoui à jamais ? L’intrigue est bien ficelée, il y a beaucoup de rythme, de l’action, entrecoupé de moments plus calmes de réflexion, de vie et tracas quotidiens. Créature du miroir présente trois niveaux de narration, la vie des frères Marlières, les découvertes de M. Delcourt et enfin des faits qui se sont produits plusieurs siècles auparavant. Le lecteur découvrira les imbrications des 3 histoires. Cela donne un récit passionnant, une intrigue développée, un très bon roman « jeunesse » qui saura plaire à un public plus large.

J’ai adoré la relation fraternelle entre Aleksandre et Ludwik, très juste, très belle. Ils sont attachants, on prend plaisir à les suivre, on veut à tout prix savoir ce qu’ils vont découvrir, et ce qu’ils vont faire . Et puis aussi on tremble pour eux. Les épreuves, les expériences vont les faire grandir, mais aussi les confronter à des choix. Ces deux garçons sont des personnages très justes. On sent l’envie de l’auteur d’en faire des ados normaux, la tête sur les épaules, des « héros du quotidien » qui vont être pris dans des événements qui les dépassent. J’ai vraiment apprécié qu’on ne cherche pas à nous faire de ces jeunes des super-héros.

Il faut dire que Jess Kaan excelle dans la création d’histoires fantastiques ancrées dans une réalité brute et dans un quotidien pas facile. Dans créature du miroir, le fond est très réaliste, très concret, très actuel deux ados déboussolés depuis la mort de leur père, un quotidien fait d’écoles, de devoirs, de petites sorties, de filles, …. dans une ville banale où il ne se passe jamais rien… jusqu’au jour où… la vie flirte avec le fantastique, des événements étranges, des découvertes curieuses,… de quoi frissonner, parfois même on se trouve à la limite du conte horrifique… Le mélange équilibré, justesse des personnages, révélations fantastiques, donne une histoire prenante. L’opposition réussie des deux « mondes » rend le tout d’autant plus fascinant, plus terrifiant… Une réussite !

Ce roman a pour cible les adolescents et je pense qu’il trouvera son public dans cette tranche d’âge (dès 11 ans, s’il aime la lecture) mais également au delà, parce que même si les héros sont jeunes, ce qui leur arrive parlera à tous. Et puis l’histoire est super, il faut la découvrir ^^
Autre point, la fin. Qui m’a laissée la gorge serrée et avec un grand vide. Il me faut absolument une suite !!!!! L’issue est logique et conforme au style de l’auteur, elle est belle et compréhensible. Cependant, on a vraiment envie de continuer à découvrir les personnages, leur choix, ce qu’il va advenir d’eux. S’il y a une suite,  je la lirai avec plaisir !

Dernier point, la couverture de Sylvain Sarraihl  est superbe ! Elle reflète très bien le livre. bravo !

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