Une terre si froide d’Adrian McKinty

9782234072039-GStock, 21,50€, 396 pages

4ème de couverture

« Par moments Une terre si froide fait penser à James Ellroy par la précision et l’intensité de la langue. »
The Glasgow Herald

1981, Carrickfergus, Irlande du Nord. Le gréviste de la faim Bobby Sands vient de mourir et la région est sous haute tension. C’est dans ce contexte oppressant que le sergent Sean Duffy est appelé d’urgence pour résoudre une étrange enquête : un homme a été retrouvé dans un terrain vague, une main coupée. La victime est un homosexuel notoire. Un mobile suffisant ? Puis une deuxième victime est découverte, présentant les mêmes sévices. Aurait-on affaire au premier serial killer de l’histoire du pays ? Duffy sait toutefois que les apparences sont souvent trompeuses, lui qui incarne un paradoxe en Ulster : il est flic et catholique.

Adrian McKinty réussit le pari de faire vivre la violence de la guerre civile en même temps qu’il nous entraîne au coeur d’une enquête palpitante, maniée avec un humour noir si cher aux Irlandais.

Résumé

A Belfast, les émeutes font rage suite à la mort d’un gréviste de la faim, militant de l’IRA provisoire, âgé seulement de 27 ans, Bobby Sands. Dans le même temps, le Sergent Duffy et ses coéquipiers, prêtent main forte à la police anti-émeute. En fait, ils attendent qu’on ait besoin d’eux, mais les conditions météo freinent la volonté des émeutiers et pour le moment, ils se sont pas sollicités. De retour chez lui, Sean Duffy est contacté en pleine nuit par son supérieur. Un homme a été retrouvé mort dans une voiture abandonnée, mort d’autant plus suspecte, qu’il est retrouvé avec une main coupée. Tout porte à croire qu’il s’agisse d’un règlement de compte mais la victime était homosexuelle et un autre crime similaire vient d’être découvert. L’affaire se complique et prend une drôle de tournure…

Mon avis

On n’est pas bien loin du coup de coeur !

Au début, je l’avoue, j’avais peur d’être perdue face aux contextes historique et politique de ce roman qui se passe en Irlande du Nord dans les années 80. Je n’y connais pas forcément grand chose et j’ai craint de ne pas comprendre ou que cela soit très présent dans l’histoire. Alors bien sur, le contexte est donné et les événements en fond sont réels mais les éléments sont donnés progressivement et on peut le lire sans s’y connaitre sur le climat difficile de l’époque, les groupes armés IRA, UDA, …Et puis, cela permet d’en apprendre plus sur ce qu’il s’est passé en Irlande du Nord en 1981 de manière différente. C’est vraiment très intéressant.

On suit l’histoire (à la 1ère personne) de Sean Duffy, jeune sergent catholique. Élève brillant, rien ne le destinait à rentrer dans la police. Il est muté à Carrickfergus, réputé pour être un poste plus calme, moins difficile que les autres villes d’Irlande du Nord. Sa hiérarchie souhaite plus ou moins le mettre à l’abri, car flic et catholique, c’est assez rare et peut  engendrer des tensions. Pas vraiment entre collègues mais plutôt avec la population. Mais Sean ne s’en préoccupe pas, surtout qu’il a choisi de s’établir dans un quartier protestant de la ville. Comme on s’en doute un peu, tout ne se passe pas cependant pour le mieux pour Sean. On sent bien dans le roman, la tension entre catholiques et protestants. Et puis Sean n’est pas bien vu par les catholiques, c’est un flic travaillant pour la couronne britannique, un « traitre » quoi. Heureusement Sean s’entend bien avec son équipe.
Et puis, il y a cette affaire qui commence comme un règlement de compte, la victime serait-elle un informateur ? Et ses employeurs se seraient-ils vengés de la « balance » ? Ou bien est-ce un crime homophobe ? Aurait-on affaire à la première victime d’un tueur en série, ce qui serait une première en Ulster ?

J’ai vraiment bien accroché à cette affaire, je pense que ça vient de plusieurs choses, que j’ai réussi sans mal à m’attacher à ce flic, sympathique, parfois un peu paumé. On suit l’évolution de l’enquête avec ses yeux et donc on a ses réflexions, on est perdu comme lui, on s’interroge, on cherche les pistes, remonte les fausses pistes, etc. La trame se met en place progressivement et on ne comprend pas trop vite où l’auteur nous emmène. Et puis le contexte, les tensions, les attentats dans Belfast, les émeutes, donnent une ambiance tendue et noire que j’ai beaucoup apprécié. Mais attention, ce livre est aussi touchant et drôle, j’ai souri plusieurs fois aux réflexions et à l’humour irlandais de Sean, noir mais aussi rempli d’autodérision ou parfois avec un humour « potache », ou celui de ses collègues, enfin plutôt malgré eux. Ces touches d’humour permettent de faire tomber un peu de la pression que l’on ressent dans l’histoire. J’ai aussi trouvé ça chouette de découvrir des références typiques des années 80, musicales, films ou autres (mariage du Prince Charles par exemple). Le contexte du pays dans ses années 80 est subtilement décrit, fermetures d’usines, chômages, … mais aussi le début des méthodes scientifiques. Bref, plein d’éléments qui rendent le livre terriblement efficace.

On suit aussi Sean dans sa vie de tous les jours, ses insomnies, ses rencontres, ses habitudes, son voisinage, sa passion pour la musique, les pubs, etc. etc. Ce personnage est voué à faire l’objet d’une trilogie et on apprend donc ici à le connaitre et à l’apprécier. Il sera très intéressant de suivre son évolution. L’intrigue n’est pas forcément des plus originales, bien que la tournure des événements, les liens entre les personnages et d’autres affaires sont très bien menées, on ne s’ennuie pas un instant.

Le style d’Adrian McKinty est à la fois poétique et noir (certaines descriptions des événements sont aussi belles que dérangeantes), j’ai le sentiment (sans mis connaitre beaucoup) qu’il n’y a pas de parti pris de la part de l’auteur, il essaie de rester attaché au contexte réel sans pour autant nous dire : l’IRA ou l’UDA c’est le mal ou le bien; par contre, il y a des choses qu’on ne peut accepter quelque soit le camp dans lequel on se trouve. En plus, on sent qu’Adrian McKinty est attaché à son pays, à son histoire, aux traditions, à ses particularités. C’est vraiment très bien écrit, équilibré et rythmé.

L’écriture est fluide, précise et agréable, on est emporté dans les années 80, en Irlande du Nord, on sentirait presque l’odeur de la tourbe dans les rues, en entendrait presque le bruit des balles en caoutchouc, on verrait presque les fresques sur les murs des immeubles de Belfast. J’ai beaucoup aimé découvrir cette histoire, je continuerai avec plaisir de suivre les aventures de Sean Duffy. Je découvre un auteur intéressant, qui a déjà publié une trilogie traduite en français, consacrée à Michael Forsythe, je me pencherais peut-être prochainement dessus. Ses one-shots eux ne sont malheureusement pas traduits.

Je découvre également cette collection chez Stock et l’objet livre que j’ai trouvé magnifique. Bref, je le conseille aux amateurs mais pas uniquement !

Livre lu en partenariat avec Babelio, opération Masse Critique, que je remercie.

Voici le lien vers le roman :

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