Le magasin des suicides de Patrice Leconte

Adaptation du livre de Jean Teulé

Imaginez une ville où les gens n’ont plus goût à rien, au point que la boutique la plus florissante est celle où on vend poisons et cordes pour se pendre. Mais la patronne vient d’accoucher d’un enfant qui est la joie de vivre incarnée. Au magasin des suicides, le ver est dans le fruit…

A une époque pas très éloignée de la nôtre; dans un monde sombre, gris et triste, pluvieux et froid, le désespoir a envahi les villes surpeuplées et les gens n’ont pas le moral et c’est pas rien de le dire … Un homme tente de se jeter sous les roues d’un camion quand il est stoppé dans son élan par un autre citoyen qui lui indique que le suicide sur la voie publique est passible d’une amende, il n’a pas l’intention de l’empêcher de mettre fin à ses jours pour autant. Ce petit bonhomme lui indique alors l’endroit rêvé pour vous aider à réussir votre mort : Le Magasin des Suicides tenu par Mishima et Lucrèce Tuvache.  Ce couple tient un magasin plus qu’utile à leurs concitoyens, on y trouve de tout, à tous les prix, pour tous les goûts, une diversité qui fait leur bonheur, ils vendent : des poisons, des lames rouillées, des cordes, des pistolets –avec une seule balle forcément-, des kits pour se donner la mort,…. Ils ont deux enfants à l’image de leur clientèle, dépressifs, inutiles et ennuyeux : Vincent et Marilyn. Mais Lucrèce est enceinte du troisième et l’accouchement imminent se produit. Le bébé Alan n’est pas comme son frère et sa soeur, il sourit. En grandissant, les choses ne vont pas s’arranger pour Lucrèce et Mishima, Alan c’est la joie de vivre faite homme ! Mais la « vie » ce n’est pas vraiment le credo des Tuvache !

Alors je suis très mitigée.
J’ai beaucoup aimé le graphisme, l’ambiance et le magasin des suicides sont tels que je me les étais imaginé pendant ma lecture. Le dessin est dans le ton de ce que j’espérais, une influence un peu burtonnienne de « joyeux-macabre » qui rend très bien.

Les personnages j’avoue que ça va, Mishima, Lucrèce, Marilyn, Vincent sont à peu près comme je les voyais. Par contre, Alan, je dis non ! Pourquoi, il n’est pas comme dans le livre ? Avec son cheveu sur la langue, ses boucles blondes ? Dommage, en fait si, je me doute du pourquoi mais j’y viendrai à la fin. D’ailleurs, je risque de spoiler un peu sur le roman du coup.
Pour Vincent non plus, ça va pas, en fait quand on sait à quoi il ressemble vraiment dans le livre, et qu’on ne voit pas ces détails dès les premières images du film, on sait que certaines parties seront tronquées. Vincent est torturé, il a des migraines affreuses, un énorme turban autour de la tête et invente pleins de choses macabres. Je suis triste de ne pas les avoir retrouvé dans le film.

Les idées principales du début du roman sont dans l’adaptation : le bébé qui sourit, l’éventail de moyens de se suicider, la joie de vivre d’Alan mais il y a quand même de grosses différences qui résident dans les coupures faites et plus on va vers la fin, plus ce qu’on retrouve dans le livre change.
Mon homme a trouvé le film très bien (bien que trop chanté, et là je suis d’accord avec lui, surtout que je n’ai pas compris le quart des paroles et que parfois c’était trop trop!) et plaisant. Moi, j’ai surtout vu les différences avec le livre que je venais de lire.

Alors oui, le réalisateur a bien le droit d’adapter comme il veut un roman, si en plus ça ne gène pas l’auteur soit. Mais, un point que je ne comprend pas : ça n’est pas vraiment pour les enfants (ado peut être mais pas les moins de 10 ans), faut le reconnaitre, le thème est morbide, beaucoup d’humour noir qu’on ne comprend pas bien à cet âge, de la nudité (oui Teulé il aime bien alors on en a aussi dans Le Magasin des suicides et c’est repris), etc. mais du coup avec les coupures dans l’histoire, la fin changée, je me dis qu’on a voulu l’édulcorer un peu (trop?), le rendre abordable, mais si de base c’est pas pour les gamins alors pourquoi changer ? Bref, je n’aurai certainement jamais ma réponse mais bon…

Voilà, oui, le gros défaut pour moi, c’est le changement de la fin, alors si vous n’aviez pas aimé la fin du livre, le film vous plaira peut être plus finalement. Moi, j’ai trouvé ça dommage. Et du coup, je sais pourquoi Alan est physiquement différent. ATTENTION Spoiler, il représente un ange dans le livre, ça n’est pas dit, pas décrit comme tel, mais avec la fin du livre, c’est comme ça que je l’interprète (attention c’est mon point de vue qui n’est peut être pas celui de l’auteur et des autres lecteurs), et donc, il est blond bouclé, gracile, un peu dans les nuages, comme un angelot) bref, du coup, dès le début du film, je me suis douté que ça ne serait pas pareil au roman. Et du coup, j’ai moins aimé cet Alan qui a des camarades d’école qui eux aussi sont prêts à laisser la joie de vivre remplir leurs cœurs, etc.

D’autres choses que j’avais aimé dans le livre ont disparu du film, le cadeau des parents à Marilyn pour ses 18 ans par ex, les jeux de masques d’Alan et Vincent, … Tous les chamboulements provoqués par Alan, les changements insidieux de comportement de son frère, de sa sœur, puis de ses parents; la nouvelle vocation du Magasin des Suicides. Bref, je n’ai pas retrouvé ce que j’avais adoré dans le roman et du coup, je suis déçue.

Je pense que le film plaira à ceux qui n’ont pas lu le livre, ceux qui n’avait pas eu un coup de cœur ou une grosse impression de l’ouvrage, les autres, le détesteront ou le trouveront bien en dessous. Je pense que pour une fois, j’aurai du faire le processus inverse, voir le film, puis lire le livre.

Mais j’ai beaucoup aimé les graphismes et ça je pense c’est le gros plus que je retiendrai. Par contre, c’est vrai que outre les points négatifs que je lui trouve il est cohérent, bien fait, pas trop long et il remonte le moral. Il est cependant, trop musical pour moi, même si je chante encore cette semaine dans ma tête : Y a d’la joie…