Apostasie de Vincent Tassy

apostasie

Editions du Chat Noir, 333 pages, 19,90€

4ème de couverture

Anthelme croit en la magie des livres qu’il dévore. Étudiant désabusé et sans attaches, il décide de vivre en ermite et de s’offrir un destin à la mesure de ses rêves. Sur son chemin, il découvre une étrange forêt d’arbres écarlates, qu’il ne quitte plus que pour se ravitailler en romans dans la bibliothèque la plus proche.
Un jour, au hasard des étagères, il tombe sur un ouvrage qui semble décrire les particularités du lieu où il s’est installé. Il comprend alors que le moment est venu pour lui de percer les secrets de son refuge.
Mais lorsque le maître de la Sylve Rouge, beau comme la mort et avide de sang, l’invite dans son donjon pour lui conter l’ensorcelante légende de la princesse Apostasie, comment différencier le rêve du cauchemar ?

Merci aux éditions du Chat Noir pour l’envoi de ce roman.

Mon avis

Pas loin du tout du coup de coeur !

Anthelme, jeune homme désabusé, ne trouve pas sa place dans ce monde. Il dévore des livres, s’imprègne des histoires et rêve de mondes et de vies qui n’existent que dans les écrits. Sans attaches, il décide de voyager et d’errer par monts et par vaux au gré du vent. Cependant, un jour il pénètre dans une étrange forêt d’arbres rouges, dans laquelle il perd souvent la notion du temps, des heures, des jours et des nuits. Il découvre une cabane dans laquelle il s’installe. A partir de là, il va parcourir cette étrange contrée, entre lieux enchanteurs et sentiers déroutants. Il la quitte de temps en temps pour se rendre dans la ville la plus proche dans laquelle il pille la bibliothèque, tenue par Alice, de ses ouvrages fantastiques et envoûtants, des romans qui le font s’évader, vivre des vies et des histoires qu’il ne pourra jamais vivre. Un jour, il va tomber sur un roman fascinant qui parle de l’endroit où il a élu domicile depuis 3 ans. La Sylve rouge. Ainsi, il n’est pas seul à connaître cet endroit. Le jour où il le rapporte à la douce Alice, il va rencontrer Alvaron, auteur mystérieux, habitant de la Sylve, doté d’un magnétisme étrange.

Alvaron va donner rendez-vous à Anthelme dans un lieu à la fois ensorcelant et angoissant, la maison des Effraies. Dans cette tour sans âge, il va faire la connaissance de personnages singuliers et du maître de la demeure : Aphelion. Être autant charismatique qu’étrange, autant triste que fascinant, autant mystérieux que troublant…  A la douce lumière d’une bougie d’Ellébore, au son de la harpe, Aphelion va prendre tout son temps à conter, entre autres étrangetés, l’histoire mélancolique et sublime de la princesse Apostasie.

Ce roman, découpé en 3 parties, est une merveille. Au début, le lecteur découvre Anthelme, un être à fleur de peau, et sa vie dans la Sylve rouge. J’ai eu un peu de mal avec les premiers chapitres, tout s’est enchaîné très vite. Je m’attendais à suivre Anthelme avant la Sylve mais non, l’auteur nous plonge dans le vif du sujet dès le départ. C’était donc le temps d’accrocher au rythme de l’histoire et de me laisser bercer. La seconde partie se passe dans la Maison des Effraies,  et suite, … je vous laisse le plaisir de la découverte.

La plume de l’auteur est magique, très belle, envoûtante, je me suis laissée porter par les mots, les sonorités. C’est soigné, travaillé, chaque mot semble pesé et choisi avec soin. Le travail d’écriture a dû être important ou la muse très inspirée. C’est difficile d’en parler sans avoir l’impression de trop en dire, j’ai presque envie de vous laisser la surprise ^^

Le récit, l’histoire d’Anthelme est mélancolique, poétique, intemporelle. Pour le plus grand plaisir du lecteur, l’univers se veut sombre, romantique, un peu macabre, mais doux. L’auteur réussit à mêler les contraires: la cruauté et la douceur, la folie et l’espoir, la lumière et la nuit, la chaleur et le froid, … le tout dans un entêtant parfum de fleurs étranges et dans des décors abruptes. Même dans la manière d’écrire, Vincent Tassy souffle la modernité et le passé, il allie les références aux contes de notre enfance avec une histoire de buveurs de sang, hors d’âge, différente de celles déjà contées même si on y retrouve des thèmes chers au genre sous une nouvelle inspiration : ambiguïté sexuelle & sensualité exacerbée, souffrance & délivrance, rêves & réalité,…

La partie dans la Sylve est calme, c’est un temps propice à la découverte et à l’émerveillement, mélange de fascination pour sa flore étrange : fleurs et arbres rouges et de simplicité : promenades et repos. Ce qui se passe dans la maison des Effraies fait passer le lecteur du calme à l’agitation et il passe par une foule de sentiments. Dans cette demeure envahie d’effraies, de lierres et d’épines, on s’y sent à la fois bien et oppressé, fasciné et effrayé. Le merveilleux y côtoie l’horreur. On vit un émerveillement malsain dans une aura surnaturelle.
Tout le roman est poétique et enivrant, les lieux, les personnages, j’ai oscillé entre malaise et ravissement. L’histoire d’Apostasie et de ses parents m’a touchée, si belle, si triste, …. J’ai aimé découvrir Lavinia, liée à un amour inconditionnel non partagé; Ambrosius, si doué, si sensible et à la fois si grave. J’ai eu mal avec eux, espéré avec eux, lutter à côté d’eux. J’étais, comme Anthelme, envoûtée par les histoires, les drames, le beau, le merveilleux et l’horrible. Puis une révélation m’a frustrée autant que le protagoniste ! Pour dire comme l’histoire se vit avec intensité. Heureusement, tout n’est pas terminé à ce stade de la lecture. Pour le reste, il faudra lire ce roman.

Je retiendrai une histoire magnifique, envoûtante, différente et mélancolique et une plume précise, belle, avec sa musicalité et son rythme particulier. Ainsi que l’amour des belles histoires, des mots, des livres. Une réussite. Je vous conseille vivement ce roman et la découverte de cet auteur.

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Les Rois du Monde – T1 : Même pas mort de Jean-Philippe Jaworski

meme pas mort

Folio SF, 460 pages, 8€

4ème de couverture

«Je m’appelle Bellovèse, fils de Sacrovèse, roi des Turons. Pendant la guerre des Sangliers, le haut roi, mon oncle Ambigat, a tué mon père. Ma mère, mon frère et moi avons été exilés au fond du royaume biturige. Parce que nous étions de son sang, parce qu’il n’est guère glorieux de tuer des enfants, Ambigat nous a épargnés. Le temps a suivi son cours. Nous avons grandi. Alors mon oncle s’est souvenu de nous. Il a voulu régler ce vieux problème : il nous a envoyés, mon frère et moi, guerroyer contre les Ambrones. Dès le début des combats, nous nous sommes jetés au milieu du péril, et je suis tombé dans un fourré de lances. Mais l’impensable s’est produit : je ne suis pas mort.»

Résumé

Bellovèse s’adresse à un riche marchand et lui demande de raconter sa vie partout où il ira. Alors pour que l’aventurier, le voyageur puisse le faire, Bellovèse lui raconte tout et commence par son séjour vers l’île aux Vieilles. Bellovèse voyage avec Sumarios un héros et Albios le Champion. Il doit se rendre sur l’île interdite, pour peut-être comprendre pourquoi lors d’un combat, il a été mortellement blessé mais n’est pas mort…

Mon avis

Une excellente lecture.

J’aurai pris mon temps pour le lire, mais c’est une magnifique découverte. Pas facile d’en parler d’ailleurs, c’est dense, précis et épique. Pas simple d’en faire un résumé ! Je vais faire de mon mieux 🙂

Centenaire, Bellovèse, héros celte, raconte donc à un riche marchand sa vie. Le récit m’a tellement emporté que je ne me souvenais plus qu’il lui parlait à ce marchand, j’avais tellement l’impression qu’il racontait sa vie rien qu’à moi ! Comme un chuchotement parfois, comme un cri à d’autres moments. J’ai parcouru avec lui les moments marquants de sa jeunesse. Il m’a raconté pourquoi il a dû se rendre sur l’île des vieilles où aucun homme n’a le droit d’accoster. Il m’a présenté  les circonstances de sa blessure, son destin de guerrier, de héros en devenir et ce qui le lie au Haut Roi, à Sumarios, aux autres personnages de l’histoire. Il m’a conté sa jeunesse, avec son frère Ségovèse, dans les bois interdits avec le doux dingue Suobnos, qui semble ne plus avoir la lumière à tous les étages et pourtant…

J’ai adoré ce récit où la frontière entre la réalité et l’Autre-Monde est si mince qu’elle peut parfois être traversée. Quand le récit dévie lentement et soudainement vers le Merveilleux. Certaines des anecdotes racontées par Bellovèse basculent le lecteur dans un autre monde, comme si cela était simple, naturel, parfaitement normal pour le guerrier celte.

Même pas mort c’est aussi l’apprentissage d’un jeune homme dont le père était roi. Qui a tout d’abord été comme banni de la cour et de la vie royale,  par son oncle le Haut-Roi. Qui a grandi dans l’ombre d’une mère protectrice ancienne reine celte. Qui a fait d’une drôle de façon son apprentissage martial. Qui a couru vers le danger avec la fougue de la jeunesse. Même enfant, le monde de Bellovèse n’était déjà pas assez vaste. Puis, jeune adulte mais pas encore adulte, le Haut-Roi semble se souvenir de lui et de son frère Ségovèse, il les envoie faire la guerre. C’est un drôle de voyage initiatique que va suivre Bellovèse durant toute sa jeunesse, comme en équilibre entre deux monde. Enfin, le jeune garçon va devenir un homme mais à travers une épreuve bien singulière. Comment ne pas être emportée par ce récit, par les événements, par les rencontres que va faire Bellovèse, les êtres peuplant la forêt, des guerriers terrifiants de son enfance, les combats, l’Autre-Monde,…

Il n’est pas facile de s’attacher complètement à un guerrier celte mais son destin est si singulier que j’ai réussi à m’attacher à lui, à ce qui lui arrive. J’ai bien apprécié aussi certains personnages secondaires, notamment Suobnos, un peu devin, un peu vagabond. On a bien du mal à le cerner mais quelques révélations sur sa vie nous aiguillent et nous intrigue. J’ai apprécié Sumarios aussi et pourtant parfois sa « bourritude » m’a agacé, mais dans l’ensemble c’est un personnage de son époque.

L’écriture est parfaite. Pas de lyrisme mais pas banale ou trop simple. Toutefois, comme Janua Vera, l’écriture est exigeante. C’est vraiment très travaillé. J’ai trouvé le style tantôt percutant, tantôt poétique, à la fois dynamique dans la construction du récit et calme, lent parce que Jean-Philippe Jaworski pose les bases avec soin. J’ai ressenti parfois physiquement les effets du récit. Doute, mystère, sensation de froid,… J’ai tremblé dans la forêt avec Ségillos, Bellovèse et Suobnos. J’ai été impressionnée par les guerriers celtes, massifs ou agiles, aux tatouages bleus. Qui rapportent de bien sinistres trophées des champs de batailles. Oui, j’ai vraiment été emporté loin dans le temps, dans les lieux, dans une autre époque.

Le récit est dense et riche. Précis. On apprend ou redécouvre beaucoup de choses sur la culture celte sans s’en rendre compte. Sur l’art martial, les joutes verbales, les duels, les armes, les traditions. Mais aussi sur la hiérarchie, les Druides au dessus du Haut-Roi, le Haut-Roi au-dessus des rois. Les guerriers, les héros, les Barbes et leur statut particulier. Ou encore sur les manœuvres stratégiques, politiques, … mises en place pour le pouvoir, la renommée ou encore par respect ou crainte des esprits, des dieux… Sur la place de la femme, importante dans la société celte, ou encore sur celle des druides, conseillers des rois, influençant leurs décisions. La vie sociale, guerrière, politique des celtes ; les journées-type des hommes en marche vers la bataille, tout cela est magnifiquement conté par Jean-Philippe Jaworski. Exercice d’autant plus dur que la tradition celte est orale et qu’il est bien difficile de savoir ce qu’il se passait vraiment chez ces peuples celtes qui peuvent nous sembler barbares. Toutefois, pas un seul instant, je n’ai eu envie de mettre en doute les choix fait par l’auteur, tout en sachant que rien ne peut être avéré à 100%.  J’avais vraiment l’impression d’y être. Le pari de Jean-Philippe Jaworski est réussi. On sent sans que cela soit faire avec lourdeur, les recherches historiques qui ont été faite, et qui ont très certainement servi de base à ce récit imaginaire.

Je regrette une chose, ne pas avoir une culture assez étendue sur les royaumes celtes. J’ai eu du mal parfois à m’imaginer à quel endroit il était. Les liens entre les peuples aussi, pas toujours évidents. Les relations entre les tribus celtes sont parfois complexes mais je suis toujours parvenue à ne pas m’emmêler les pinceaux. Le lecteur pourra au choix se laisser porter de lieu en lieu ou être assez curieux pour retrouver les racines des mots utilisés, retrouver les villes et les régions de France où se déroulent les différentes actions. Malgré mes quelques lacunes, j’ai adoré me plonger dans le monde celte et suivre Bellovèse. C’est vraiment un personnage intéressant et intriguant. Il semble plus sensible que d’autres au Merveilleux, il apprend vite, il est intrépide et téméraire. Il a un lien particulier avec la nature et le mystère. J’ai hâte de l’entendre me raconter la suite de son histoire. Même pas mort est un roman de fantasy comme je les aime, avec de vrais personnages creusés, avec un côté historique cohérent et intéressant, avec un basculement flou dans le Merveilleux. Un premier tome qui donne sérieusement envie de continuer l’aventure. Vivement la sortie de Chasse Royale en poche (et encore plus si la couverture est toujours signée d’Aurélien Police ❤ ).

La belle et la bête de Madame de Villeneuve

9782070349593FSFolio, 2€, 135 pages

4ème de couverture

«Le monstre se fit entendre. Un bruit effroyable, causé par le poids énorme de son corps, par le cliquetis terrible de ses écailles et par des hurlements affreux, annonça son arrivée. En voyant approcher la Bête, qu’elle ne put envisager sans frémir en elle-même, la Belle avança d’un pas ferme, et d’un air modeste salua fort respectueusement la Bête. Cette démarche plut au monstre. Se retournant vers la Belle, il lui dit : « Bonsoir, la Belle ».» Gabrielle-Suzanne de Villeneuve (1685-1755) est l’auteur de l’un des contes de fées les plus célèbres de la littérature française. Venue tardivement à la littérature, elle est également l’auteur de plusieurs autres contes et romans, parmi lesquels La Jardinière de Vincennes qui connut un grand succès.

Résumé

Un riche marchand a 3 fils et 3 filles. La dernière des filles est la plus belle, si bien que tous ne l’appelle que la Belle, ce qui attise la jalousie de ses sœurs. Mais sans compter son physique, elle est aussi la plus studieuse et la moins vaniteuse. Mais un jour, le riche marchand perd tout et la famille est contraint de déménager à la compagne.

Un matin, une opportunité se présente au marchand de se refaire un pécule mais le temps d’arriver sur place, il ne trouve que de vains espoirs. Sur la route du retour, le cheval du marchand le conduit dans un château. Il y découvre des merveilles. Quand il cueille une rose pour sa fille Belle, une étrange malédiction se met en marche.

Mon avis

Mitigée !

Le lecteur découvre le conte original de la Belle et la Bête. Celui-ci est composé de deux parties. La première est le conte que l’on connait à quelques modifications près et la seconde nous raconte comment le prince est devenu à la Bête et qui est vraiment la Belle.

Autant j’ai bien aimé la première partie, autant j’ai vraiment pas aimé la seconde. Et pour vous dire pourquoi, je vais devoir spoiler, j’en suis désolée ^^

Commençons par le positif. C’est une belle histoire, un beau récit et bien écrit, même s’il faut s’accrocher pour bien comprendre toutes les tournures de phrases. Le style est celui du 17ème- 18ème siècle et il peut parfois sembler lourd. Je ne le cache pas, il ne m’aurait pas fallu 50 pages de plus. Parce qu’au bout d’un moment, c’est un peu fatiguant. Une question d’habitude sans doute.

Autre point positif, le récit touche vraiment au Merveilleux. La Bête est vraiment monstrueuse et bête. L’enchantement est vraiment présent. Il se passe des choses étranges et féériques dans le palais de la Bête. On prend plaisir à suivre la Belle qui déambule dans le château et découvrir 1000 et 1 choses surprenantes. Le côté magique, merveilleux est vraiment plaisant. Les fenêtres qui s’ouvrent vers des loisirs : théâtre, opéra,… les décors, les fées bonnes et mauvaises, ….

Toujours pour le positif, j’ai trouvé les sentiments relatés vraiment très bien maitrisés. La jalousie et la haine des sœurs de la Belle, leur vanité et leur suffisance aussi. La bêtise et l’horreur de la Bête, la naïveté et la candeur de la Belle, sa bonté et sa simplicité également. L’amour filial et fraternel. Vraiment tout cela est très bien décrit. Puis on comprend comment la Belle change d’avis et finit par s’unir à la Bête.

Dernier point positif, avoir des explications sur le comment et pourquoi  le Prince a été changé en Bête, comment les événements se sont enchainés, sont deux points forts intéressants et paradoxalement… je n’ai pas apprécié la version de l’histoire, surtout du côté de la Belle.

Arrive donc le négatif. Dans la seconde partie, où le lecteur en découvre plus sur Belle et le Prince. Pourquoi, cette jeune fille doit-elle absolument être une princesse pour épouser le prince ? Oui c’est la réalité de l’époque sans doute mais ça brise « le conte de fée » pour le coup ^^ Je serai bien resté sur la belle et intelligente fille, roturière qui épousa son Prince… Mais ce n’est pas encore ça le pire pour moi, c’est qu’on a deux fois la démonstration en moins de 20 pages. Une fée ne peux pas épouser un roi non plus, bien oui, la fée est trop au dessus du roi… Pfff, franchement moi, ça m’a fatiguée. En gros, pas possible de dépasser sa condition. A cette époque, tu es dans la misère, tu y restes…

De plus, les explications sont un peu embrouillées, les fées ne peuvent pas avoir des prénoms comme tout le monde, on arrive plus à suivre à la fin… C’est un peu dommage.

Je ne déconseillerai pas cette lecture, je pense que les défauts que j’y trouve, ont sans doute un grand fond personnel. Dans l’ensemble, c’est une belle lecture qui a vraiment pour elle d’ouvrir le lecteur à un style pas si aisé que ça et au Merveilleux.

Voilà, la Belle et la Bête, il y a du bon comme il y a du moins bon pour moi. Finalement, je resterais presque à préférer le dessin animé de Disney moi qui pourtant ne suis pas une fan absolue des Disney. J’ai aimé sans adoré. Et je pense que si je devais le lire un jour à mes enfants, je m’arrêterai avant que la fée nous raconte comment et pourquoi toute cette histoire !

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Blanche-Neige et le chasseur de Rupert Sanders

avec Kristen Stewart, Charlize Theron, Chris Hemsworth,…

Réécriture du conte des frères Grimm

Dans des temps immémoriaux où la magie, les fées et les nains étaient monnaie courante, naquit un jour l’unique enfant d’un bon roi et de son épouse chérie : une fille aux lèvres rouge sang, à la chevelure noire comme l’ébène et à la peau blanche comme neige. Et voilà précisément où l’histoire que vous croyiez connaître prend fin et où la nouvelle adaptation épique et envoutante de ce célèbre conte des frères Grimm débute. Notre héroïne, dont la beauté vient entacher la suprématie de l’orgueilleuse Reine Ravenna et déclencher son courroux, n’a plus rien d’une damoiselle en détresse, et la cruelle marâtre en quête de jeunesse éternelle ignore que sa seule et unique rivale a été formée à l’art de la guerre par le chasseur qu’elle avait elle-même envoyé pour la capturer. Alliant leurs forces, Blanche-Neige et le chasseur vont fomenter une rébellion et lever une armée pour reconquérir le royaume de Tabor et libérer son peuple du joug de l’impitoyable Ravenna.

La mère de Blanche-Neige, la reine du royaume meurt quelques années après la naissance de sa fille, de maladie. Le roi est accablé de tristesse et pense ne jamais pouvoir la remplacer. Une mystérieuse armée noire s’approche du royaume et le roi avec ses hommes s’en va la combattre dans la forêt. Tous les ennemis vaincus, les hommes du roi tombent sur une roulotte où une jeune femme est prisonnière:  Ravenna. Elle est magnifique et le roi en tombe amoureux au premier regard. Le lendemain ils se marient et le soir venu, la nouvelle reine tue le roi, prend possession du royaume et fait emprisonner Blanche-Neige dans la plus haute tour du château. Le mal s’étend alors sur le royaume. Des années plus tard, la maléfique reine découvre que son pouvoir s’affaiblit d’autant que la beauté et la pureté de Blanche-Neige s’épanouissent, elle envoie son gardien, son frère tuer Blanche-Neige. Mais celle-ci parvient à s’échapper dans la foret obscure. La reine demande alors à son frère de lui trouver un homme qui pourra pister Blanche-Neige et la lui ramener.

J’ai beaucoup aimé cette adaptation revue et corrigée du conte des frères Grimm. Un spectacle esthétique et de bons acteurs. L’histoire est un peu convenue et peu surprenante peut être, mais le film est quand même, je trouve, très réussi. Ce qui m’a interpelé, c’est vraiment les images, les effets spéciaux et l’ambiance sombre dès que la reine Ravenna prend le pouvoir. J’ai adoré la performance de Charlize Théron qui fait une méchante à la fois cruelle, orgueilleuse mais qu’on sent rongée par le mal et ses secrets. On apprend petit à petit pourquoi elle est devenue ce qu’elle est et comment et on ne peut s’empêcher de comprendre pourquoi elle fait tout ça. J’ai beaucoup aimé les transformations, du point de vue effets spéciaux c’est très réussi, aussi bien lorsque la reine décline et qu’elle vieillit ou alors quand elle se transforme pour rejoindre la forêt noire.

C’était pour moi, le premier film avec Kristen Stewart, j’ai trouvé qu’elle faisait une très belle et convaincante Blanche-Neige, naturelle et sensible. Enfin une Blanche-Neige qui n’est pas niaise ou naïve. Par contre, le personnage n’est pas très creusé. Elle n’a pas beaucoup de consistance avant le passage de la pomme et la bataille. L’accent est beaucoup plus mis sur la reine et je pense que c’était plus tourné sur son point de vue. Du coup, je regrette un peu de ne pas avoir vraiment eu les sentiments de Blanche-Neige sur la mort de ses parents, son enfermement, etc.

J’aime beaucoup Chris Hemsworth (et pas que physiquement, je vous vois venir), j’ai trouvé qu’il avait le regard juste et le jeu qu’il fallait pour jouer le chasseur. Il y a de très belles scènes entre lui et Blanche-Neige. Il n’est pas que bourru, son comportement est plus profond. Des personnages intéressants ont été ajoutés dans cette histoire, le frère de la reine ou encore William (le meilleur ami de Blanche-Neige) mais là encore, comme pour l’héroïne, les rôles n’ont pas vraiment été trop creusés. Du coup, il y a une nette préférence scénaristique pour le chasseur (forcément, vu le titre du film). Toutefois, pas de réelle histoire d’amour, pas de prince charmant, et vraiment j’ai trouvé ça bien.

J’ai beaucoup aimé les nains et leur histoire avec quelques clins d’œil appréciables et des touches d’humour. Je n’en ai pas réellement eu de préféré même si je ne nierai pas que j’ai apprécié retrouver Ian McShane, Nick Frost et Bob Hoskins.

J’ai vu qu’il y avait une polémique sur le choix du réalisateur d’avoir fait jouer des acteurs dits de taille normale et d’avoir ensuite tout retravaillé par ordinateur. Il me semble qu’il en était de même pour le Seigneur des Anneaux et je ne me souviens pas d’avoir entendu des protestations. Je comprends le point de vue de l’association Little People of America même si je salue la prouesse technique, parce qu’on y voit que du feu.

Comme j’ai pu voir Blanche-Neige (Mirror Mirror) de Tarsem Singh avec Julia Roberts, il y a peu de temps, je peux dire que les deux films sont du point de vue histoire fort peu comparables. Ils sont même complètement différents. Même si dans les deux, sont présentées, une reine maléfique et une Blanche-Neige combative, la comparaison s’arrête là. Ici c’est sombre et noir, Mirror, Mirror est burlesque, absolument second degrés, coloré et nettement sur le ton de la comédie. J’avais beaucoup aimé d’ailleurs ce décalage voulu avec le compte (même s’il manque vraiment quelque chose pour que ça soit génial). Dans Mirror, Mirror, les nains sont plus présents dans l’histoire, c’est peut être ce que j’aimerai aimé retrouver ici.

Des deux, je préfère quand même celui-ci, plus esthétiquement sombre, avec une reine qu’on adore détester, des effets spéciaux qui claquent, des sentiments mais pas d’histoire d’amour. C’est un très bon premier film pour Rupert Sanders, j’attends de voir son prochain film maintenant 🙂

Des bémols ? Pas beaucoup plus que ce qui a déjà été dit, peut être, juste ceci: le Merveilleux dans le film, même si j’ai aimé, j’ai trouvé que cela tombait un peu bizarrement ? Comment ? Quel sens donner à tout ça ? Mais ce n’est qu’un détail.

Sinon, je l’ai vu en VF, et je pense que je le reverrai en VO pour avoir les vraies intonations des personnages.

Là où je dis NON, c’est qu’une suite est annoncée, voire même une trilogie ! Franchement, si c’est pour nous faire le coup d’une histoire d’amour, je refuse l’idée. J’attendrai donc de lire le synopsis de ce volet supplémentaire avant de me décider sur la possibilité d’aller ou non le voir au cinéma.

Si vous voulez un autre avis très complet sur le film, je vous encourage à aller lire le billet de Dame Coquelicote sur Sans Grand Intérêt, avec qui je partage pas mal de points de vue sur ce film 🙂