Folie(s) : 18 textes échappés de l’asile – Collectif Les artistes fous associés

folies

Les éditions des Artistes fous, lu en ebook gratuit, 368 pages, 15 € version papier

4ème de couverture

Les Fous ont la parole !

Folie joyeuse, tragique, douce ou furieuse, folie visionnaire, délirante, compulsive, criminelle ou simplement géniale… Mais aussi : folie qui ouvre sur un autre monde, qui efface les limites de la réalité. Entre engloutissement et hypothétique guérison.Dans cette troisième anthologie des Artistes Fous Associés, 18 écrivains de tous horizons vous initieront aux arcanes de nos déraisons les plus secrètes. Pour ne plus jamais dire : “Je suis sain d’esprit”.

Composition du recueil

  1. Préface (Sébastien “Herr Mad Doktor” Parisot)
  2. Nuit Blanche (Sylvie Chaussée, illustré par Cham)
  3. La couleur de la folie (Éric Udéka Noël, illustré par cAmille)
  4. Cauchemars (Maniak, illustré par Xavier Deiber)
  5. Coccinelles (Émilie Querbalec, illustré par Merrion)
  6. Le même sang coule dans mes veines (NokomisM, illustré par Ana Minski)
  7. Marie-Calice, Missionnaire de l’extrême (Nelly Chadour, illustré par ARZH)
  8. La nuit où le sommeil s’en est allé (Cyril Amourette, illustré par NikoEko)
  9. Entre-deux (Louise Revoyre, illustré par Maniak)
  10. La convenance de la bête (Leith, illustré par Corvis et FloatinG)
  11. C15 (Herr Mad Doktor, illustré par Stabeor Basanescu, Cooke et Martin Lopez)
  12. Jour gras (Southeast Jones, illustré par StanleyGrieves et Kenzo Merabet)
  13. Le maître des bélougas (Julie Conseil, illustré par Sophie Clair)
  14. La maman de Martin (Morgane Caussarieu, illustré par Venom et Nelly Chadour)
  15. Europe (Pénélope Labruyère, illustré par Deadstar)
  16. Sanguines (Adam Roy, illustré par Fred Wullsch)
  17. Transfert (Julien Heylbroeck)
  18. Les soupirs du voyeur (Corvis, illustré par Margaux Coste et Corvis)
  19. Le décalage (Ludovic Klein, illustré par Kinglizard)

Mon avis

Un recueil un peu inégal

Je ne suis pas fan de la couverture, et je pense que malheureusement elle peut freiner beaucoup de lecteurs. Mais heureusement le prologue est très bien écrit, c’est une belle entrée en matière. Il donne envie de tourner les pages et éveille la curiosité.

Il y a des nouvelles que j’ai beaucoup aimé comme la première du recueil, Nuit blanche, où je me suis laissée porter par le récit et même si le doute monte peu à peu je n’ai pas vu venir le retournement de situation ! Une jeune femme en voiture affronte une tempête de neige et alors qu’elle prend en auto-stop un jeune homme sans aucune affaire avec lui même pas un manteau, elle apprend par la radio qu’une personne dangereuse s’est évadé de prison…Ou encore Le même sang coule dans mes veines, une nouvelle qui fait froid dans le dos. Une jeune fille se fait du mal, elle se blesse volontairement, surprise par sa mère, elle arrête quelques temps mais voilà, la raison pour laquelle elle le fait va vous glacer d’effroi. Elle fait réfléchir, folie, fatalité, y a-t-il des choses auxquelles on ne peut échapper?

J’ai aimé aussi Marie-Calice, Missionnaire de l’extrême et La nuit où le sommeil s’en est allé. La première est complètement décalée avec un humour barré très drôle, elle raconte le départ de Marie Calice en mission. Lors d’une « rave party » elle va tenter de sauver les jeunes en danger. Il faut au moins qu’elle sauve une personne. J’ai beaucoup souri et je ne m’attendais pas à cette fin ! Dans la seconde, l’auteur décrit un monde où le sommeil n’existerait plus. Elle présente l’incompréhension du phénomène et la souffrance du manque de sommeil. Jusqu’à la folie ? J’ai trouvé que les effets étaient trop rapides au début mais la nouvelle dans son ensemble m’a vraiment beaucoup plu.

J’ai beaucoup aimé C15 (c one five), à NY pendant 15 min une fois par mois et jamais au même moment, les hommes redeviennent libres, cette liberté qui rime avec sauvagerie, absence d’interdit. 15 min de « folie » où l’homme à l’impression d’avoir enfin vécu sa vie. Un journaliste français débarque 1 mois à NY pour comprend le phénomène désormais inscrit dans la constitution des USA… Cette nouvelle fait réfléchir sur les lois, la liberté, l’absence d’interdit, de barrières, sur la vie. C’est terrifiant sur beaucoup d’aspect.

J’ai aimé également Europe, une nouvelle plus SF. Un vaisseau atteint enfin Europe, satellite de Jupiter et militaires et chercheurs se séparent en deux groupes. Certains posent le pied sur le satellite pour faire des relevés pendant que les autres les attendent en orbite. Mais ceux qui se sont posés sur Europe commencent à voir des choses étranges tandis qu’une tempête solaire les coupe de tout communication avec la Terre. Nouvelle très prenante, même si j’ai eu un peu de mal avec retrouver qui est qui dans le récit. L’univers et les phénomènes m’ont vraiment accroché. Où commence la folie ? La fiction ? Que se passe-t-il vraiment?

Enfin, j’ai beaucoup aimé également Sanguines et Le décalage. Dans la première, l’auteur prend l’hypothèse qu’il n’y a plus d’homme sur terre, les femmes ont épuisé le dernier homme pour tenter de tomber enceintes mais sans succès. Mais un jour, l’une d’elle attend un enfant ! Comment va réagir la doyenne à cet événement ? Bien écrite et mélancolique, elle est aussi assez effrayante, les situations sont terribles. Cette nouvelle est une belle découverte. Dans la seconde nouvelle, un homme sort de plusieurs années en hôpital psychiatrique. Il décide de remettre un pied dans la vraie vie en se rendant à un repas d’anciens élèves. Mais le pauvre garçon se retrouve vite en plein décalage avec les autres. J’ai beaucoup aimé la fin de cette nouvelle, la prise de conscience, l’endroit. C’est beau.

Ensuite, il y a deux nouvelles assez particulières qui m’ont plu mais qui m’ont mises mal à l’aise je dois le reconnaitre : La maman de Martin et Les soupirs du voyeur. La première présente une femme qui n’a pas pu avoir d’enfant et qui adopte un enfant pas comme les autres. Il semble en retard et elle ne supporte pas cela. En grandissant il est atteint de migraines importantes, dont les raisons échappent à tous. La mère ne supporte pas les plaintes de son fils… Nouvelle perturbante, dans un style percutant et direct, elle met en relief toute l’horreur de la situation de Martin. Et on ne sait plus si on doit éprouver du dégout ou de la peine pour les protagonistes de l’histoire. Dans les soupirs du voyeur, un homme impuissant et dépressif ne peut être satisfait et ne satisfaire les femmes que dans ses rêves. Des rêves qui deviennent de plus en plus particuliers. On navigue entre érotisme et sadisme dans les songes de cet être qui ne s’aime pas. Puis soudain, la tournure de la nouvelle change et de plus en plus, l’homme a l’impression de rêver, nous de vivre la nuit, au travers un homme bien réel… On se dirige alors vers l’inéluctable. C’est une nouvelle qui marque et qui est assez difficile, elle ne plaira pas à tout le monde.

Moins marquante mais très sympathique, il y a aussi La couleur de la folie sur un septuagénaire qui perçoit les couleurs des hommes, leur noirceur, leur folie. Il peut parvenir à en soulager ou soigner quelques uns mais doit perpétuellement bouger pour ne pas être rattraper par le Mal. Un jour, il va découvrir un autre être comme lui. Et aussi, Le maître des bélougas, une nouvelle poétique, très jolie sur un homme en hôpital psychiatrique qui ne supporte pas le désordre, ni la présence des couleurs. Dans son monde tout est blanc et le reste représente le danger. Son symbole, son animal totem est le bélouga. Mais un jour, un homme arrive dans le même hôpital et lui raconte qu’il peut passer des portes grâce à l’électricité. Cette annonce va changer le monde du patient aux bélougas.

Enfin, pour les autres nouvelles, je suis plus mitigée, soit j’ai eu l’impression de passer à côté, de ne pas accrocher, soit de ne pas vraiment comprendre où voulait en venir l’auteur. De temps en temps, j’ai trouvé  que le thème ne touchait pas vraiment à la folie mais plus à ses dérivés. Cependant, quand cela arrive, ça ne dénote pas encore trop avec le reste du recueil. Toutefois, j’ai eu un peu de mal avec le déséquilibre de la longueur des nouvelles, quand certains sont beaucoup trop longues, d’autres intéressantes sont trop courtes.

Folie(s) m’aura permis de découvrir des auteurs, dont certains qui sont dans ma PAL comme Morgane Caussarieu, des styles, des univers. Un ouvrage à découvrir pour cela et pour être entraîné dans une multitude de folies, folie douce, folie furieuse, folie consciente, inconsciente, … ^^ Les nouvelles abordent aussi des thèmes comme la liberté, le libre arbitre, le choix, le fait d’être pris dans l’engrenage.

Autre point, sur liseuse, j’ai malheureusement trouvé que les illustrations n’étaient pas suffisamment mises en valeur, sur la mienne en tout cas, certaines ne rendaient pas du tout, dommage.

Si ce recueil vous intéresse, il est gratuit en numérique sur le site de l’éditeur : http://www.lesartistesfous.com/les-editions-des-artistes-fous/folie-s

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Nos étoiles contraires de John Green

9782092543030

Nathan, 330 pages, 16,90€

4ème de couverture

Hazel, 16 ans, est atteinte d’un cancer. Son dernier traitement semble avoir arrêté l’évolution de la maladie, mais elle se sait condamnée. Bien qu’elle s’y ennuie passablement, elle intègre un groupe de soutien, fréquenté par d’autres jeunes malades. C’est là qu’elle rencontre Augustus, un garçon en rémission, qui partage son humour et son goût de la littérature. Entre les deux adolescents, l’attirance est immédiate. Et malgré les réticences d’Hazel, qui a peur de s’impliquer dans une relation dont le temps est compté, leur histoire d’amour commence… les entraînant vite dans un projet un peu fou, ambitieux, drôle et surtout plein de vie.

Résumé

Hazel a 16 ans, elle est en phase terminale d’un cancer de la thyroïde. Elle n’a pas envie de grand chose ces temps-ci. Même aller au groupe de soutien ne l’emballe pas, elle s’y ennuie et ne parvient pas rester concentrer la séance. Le moindre effort lui coute, son dernier traitement est plutôt efficace. Elle ne sort pas beaucoup, sa mère la pousse dehors et lui recommande une énième fois de se faire des amis. Lors d’une réunion du groupe de soutien, Issac un des membres vient accompagné d’Augustus. Hazel se rend compte qu’il la regarde beaucoup et finit pas engagé la conversation à la fin de séance. C’est là que tout commence…

Mon avis

Une très belle lecture, j’ai vraiment bien aimé, mais ce n’est pas un coup de cœur (bien que je comprend vraiment mieux maintenant pourquoi s’en est un pour beaucoup de monde).

Un roman très juste et très fin sur un sujet délicat et qui malheureusement peut encore être tabou.Le sujet de la maladie, de la mort est superbement bien traité. Il n’y a pas de faux-semblant. Le style et la mécanique de l’auteur prennent à contre pied la manière dont le cancer est traité habituellement. Il y a dans ce récit beaucoup d’humour, de second degré, de dérision et d’auto-dérision. Les personnages d’Hazel et d’Augustus mais aussi plus secondaire comme les parents des adolescents, Isaac, etc. ont des réactions, des comportements, des réflexions justes et vrais. Presque à chaque fois, l’auteur trouve les mots justes et parle de façon sincère, touchante et réaliste de la maladie, de la fatalité, de l’échéance. Hazel ne se voile pas la face et n’entretient pas de faux espoirs, sa famille non plus, elle sait qu’elle ne vivra pas longtemps. Mais elle a du mal à profiter de ce temps, du temps présent. Elle a tellement peur d’affecter son entourage, qu’elle en oublie de vivre, d’avoir les joies qu’elle mérite même si elles sont éphémères. Hazel est au départ seule, renfermée mais sa fraicheur et son humour vont lui permettre de se rapprocher d’Augustus. Lui est en rémission depuis plus d’un an.

Hazel et Augustus vont vivre une jolie histoire qui transcende la fatalité de la vie. Hazel bien que réticente au début va faire lire son livre préféré à Augustus et ils vont partager leur gouts, apprendre de l’autre. Mais seront frustrés par la fin de leur livre de chevet. Et une folle aventure va commencer. A travers leur façon d’agir, de réagir, on s’attache à ses héros du quotidien. Des mots justes, des personnages sincères, attachants. Une vérité et une réalité qui permettent de réfléchir, de se poser des questions. On tombe rarement dans le pathos, exit la mièvrerie, le gros plus de ce roman est qu’il est juste, il ne donne pas de faux espoirs ou une fausse image. C’est assez réaliste et laisse quand même une part de « beau ». La couverture ne ment pas, c’est poignant et touchant, tout en étant, drôle et frais. J’ai beaucoup aimé le voyage que réalise Hazel et Augustus, au sens propre comme au figuré.

Je garde en mémoire la justesse des relations entre Hazel et Augustus mais aussi entre Augustus et Isaac ou Hazel et ses parents. On ne nous cache pas que c’est dur, qu’il y a de l’abattement mais qu’il faut aussi vivre, faire des projets, se divertir, apprendre. Chaque personnage est tout à tour drôle et émouvant. Il y a aussi de la colère, de la passion, du drame et de la joie. Ce roman est très complet, on parcourt toute une palette de sentiments et d’émotions en 330 pages ! J’ai aimé les personnages principaux mais ce sont les secondaires que j’ai aimé le plus, les parents d’Hazel et Issac, ce dernier a beaucoup d’importance dans ce récit tout en restant secondaire. Je ne sais pas comment le dire mais c’est ce que j’ai ressenti.

L’écriture reste simple et accessible, tout passe par le style et la façon de raconter l’histoire. Le style est percutant, il y a du rythme, c’est fluide, ça se lit aisément. J’ai quand même eu une impression de longueur, pas du fait de répétition mais peut être parce que certaines choses prennent trop de temps. Mais l’humour et la finesse des relations, des idées, des messages sont le gros plus de cette histoire qui ne peut pas laisser indifférent et du coup, je suis passée au dessus de ces « longueurs ». J’ai vraiment aimé cette histoire même si j’ai vite compris ce qu’il allait se passer, la tournure m’a semblé  inévitable, c’est du coup, une impression de manque d’originalité dans la direction prise mais  là encore, c’est une impression plus qu’un défaut.

Un point m’a toutefois plus « chagriné », le fond présent de religion : l’église où se passe les réunions, les croyances après la mort, les petites phrases dans la maison d’Augustus. Je sais bien que c’est comme ça en vrai pour les gens, je ne suis pas athée mais je trouve que c’est parfois un peu trop d’ancrer le récit dans ce fond là. Bon, ce n’est pas un point négatif qui empêche de lire ce roman, de l’apprécier et/ou d’être touché.

C’était une bonne lecture, merci Coquelicote pour le prêt 🙂 Maintenant je n’ai plus qu’à voir le film !

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