Le Nibelung – Tome 1 – Le carnaval aux corbeaux d’Anthelme Hauchecorne

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Editions du Chat Noir, 19,90€,

4ème de couverture

Ludwig grandit à Rabenheim, un petit bourg en apparence banal.
Claquemuré dans sa chambre, il s’adonne au spiritisme. À l’aide d’une radio cabossée, il lance des appels vers l’au-delà, en vue de contacter son père disparu.
Jusqu’à présent, nul ne lui a répondu… Avant ce curieux jour d’octobre.
Hasard ? Coïncidence ? La veille de la Toussaint, une inquiétante fête foraine s’installe en ville. Ses propriétaires, Alberich, le nabot bavard, et Fritz Frost, le géant gelé, en savent long au sujet du garçon. Des épreuves attendent Ludwig. Elles seront le prix à payer pour découvrir l’héritage de son père.
À la lisière du monde des esprits, l’adolescent hésite… Saura-t-il percer les mystères de l’Abracadabrantesque Carnaval ?

Mon avis

Coup de coeur  ❤

D’ailleurs comme à chaque coup de cœur, c’est super difficile pour moi d’en parler, j’ai tellement envie que les gens se ruent sur ce livre mais en même temps leur laisser la surprise de la découverte fabuleuse qu’ils ne manqueront pas de faire, que je ne sais comment aborder cette chronique.

Peut-être déjà en disant que je l’ai lu deux fois, une fois en bêta lecture à un stade assez avancée (la dernière si je me souviens bien) et j’avais adoré. Puis, une seconde fois où je l’ai reçu si gentiment par l’auteur. Et là, je m’étais dis « bon tu le lis vite comme ça fait pas un an que tu l’as lu » et … bien non, j’ai replongé dedans comme la première fois, c’était toujours aussi prenant, je voulais retrouver les détails (et les différences suite aux dernières modifications) et finalement j’ai pris mon temps pour le savourer une seconde fois. Et je crois bien que plutôt, je le relirai encore et que le plaisir sera toujours le même.

Car quelle ambiance ce carnaval,  j’en ai eu la chair de poule ! Je n’avais jamais envie de m’arrêter. Dès le début, j’ai eu envie de pousser les portes de cette semaine de Toussaint et de ses spectres. C’est vraiment une lecture pour cette saison-là mais pas que ! (On peut la lire à tout moment, pas de doute mais les soirs d’Octobre, la magie va se révéler un peu plus). L’intrigue est effrayante juste ce qu’il faut. Adapter à tous les publics et les tranches d’âge d’ailleurs. Ce n’est pas parce que l’histoire met en avant des adolescents que les adultes s’en trouveront chagrinés ou frustrés ! Parce que coté, adultes justement, forains notamment mais aussi membres de la communauté de Rabenheim, il y a de quoi faire ! Et quelle galerie de portraits ^^ On ne s’ennuie pas une minute entre les dialogues savoureux, la musicalité de l’écriture, la poésie et le joyeux macabre. Cette plongée dans l’Est et ses légendes est vraiment un petit bijou de fantastique.

Le carnaval aux corbeaux m’a fait penser aux récits et séries de mon enfance. Avec une teinte de pourritures et de sombrécumes en plus ^^  Le lecteur ressentira, à n’en pas douter, les influences artistiques d’Anthelme entre Edgar Allan Poe et Tim Burton, cet univers fantasque très imagé aux relents de pourriture saupoudré de merveilleux, très visuel et sonore pourrait facilement être adapté en conte animé ou en film pourquoi pas ^^
Encore une fois, je suis impressionnée par le style si travaillé de l’auteur. Cette façon de dépeindre les personnages, les lieux et les décors mais aussi de donner vie à ses personnages hauts en couleur, avec des joutes verbales mémorables entre les deux héros Ludwig et Gabriel et les autres personnages.  Quelle gouaille de nouveau. Il nous sert une histoire fascinante, à la fois drôle et sensible, mystérieuse et frissonnante avec un arrière gout sucré, aux odeurs fétides et nauséabondes; un mélange des genres et le gout des mots, une poésie, un conte, un imaginaire influencé certes (Poe, Grimm, Burton,…) mais qu’il réussit à rendre unique et original.

Je me suis attachée à Ludwig Poe ce garçon qui possède une sensibilité pour le paranormal mais surtout qui souffre de n’avoir pas connu son père et qui aimerait le retrouver. Sa relation avec sa mère est tendue mais on note aussi l’affection qu’ils se portent mutuellement. Le jeune garçon, régulièrement tête en l’air est aussi la tête de turc préféré des plus grands et surtout d’Otto. Heureusement, il y a Gabriel Grimm son copain, son opposé, presque aussi transparent que Ludwig est bizarre. Gabriel qui doit composer avec ses frères chahuteurs et ses parents qui traversent des difficultés financières. Parents qui voient d’un très mauvais oeil son amitié avec le fils Poe d’ailleurs. Quand un étrange carnaval s’installe en ville, Ludwig commence à recevoir des lettres de son père disparu acheminée par bien d’étranges façons. Il va tomber sur une fille encore plus bizarre et dérangée que lui. Le comportement des parents de Gabriel va changer aussi et ce dernier va fouiller un peu dans le passé familial. Ludwig et Gabriel vont vite se rendre compte que les apparences peuvent être trompeuses qu’elles concernent les étranges forains ou leur propres familles.
Je n’en dirais pas plus que l’intrigue. Mais le récit ne manquera pas de rebondissement, de révélations, de surprises et de coups bas.

J’ai beaucoup aimé les personnages secondaires également, Slike la petite peste dont la répartie est juste hallucinante ! Je n’ai pas toujours compris ses réactions mais ça fait tellement parti du personnage ^^ J’ai adoré détester Alberich, avec lui on ne sait jamais sur quel pied danser, est-il sincère ? Cherche-t-il à embrouiller Ludwig ? Est-il cruel ou juste aigri ? Dame Vala est aussi un personnage attachant dans son genre comme le géant Frost. L’Abracadabrantesque Carnaval est bien un personnage à part entière dont on découvre l’histoire qui ne manquera pas de faire frissonner les lecteurs sensibles.

Il ne faut pas avoir peur de vous lancer dans ce récit, c’est un tome 1 mais il y a bien une fin, la grande majorité des mystères sont levés et même je me demande ce que Le Nibelung nous réserve la prochaine fois ! Pas de doute pour moi, je me jetterai sur la suite A la Cour des nuits d’hiver (si je ne me trompe pas).

Cette histoire m’a donné envie d’approfondir les contes et les légendes du Nord ou de l’Est que je ne connaissais pas, le Nibelungen un peuple de nains légendaires de la mythologie germanique, l’Élivágar de la mythologie nordique ou encore le Schimmelreiter, inspiré de l’Homme au cheval blanc de Theodor Storm (mixé avec la Mort de Pratchett non ?) bref, toute une foule de légendes, de thèmes passionnants qui manquent les esprits et donne envie d’en connaitre, d’en savoir plus.

Un gros plus, pour cet ouvrage sorti dans la collection  Graphicat des Editions du Chat Noir sont les illustrations, la mise en page et la typographie très travaillée elle aussi. Pour avoir lu en béta lecture, je me demandais comment ça allait rendre et le résultat est magnifique. Je vous invite à découvrir les deux illustrateurs Loïc Canavaggia et Matthieu Coudray si ce n’est pas encore fait. Leurs illustrations rendent magnifiquement l’atmosphère du carnaval et de ses forains mais aussi de Rabenheim.

Je ne pense pas avoir dit la moitié du quart de ce que j’aimerai dire, si vous ne connaissez pas le talentueux Anthelme Hauchecorne, son écriture ciselée, précise et acérée et son univers sombre et poétique, coloré et brumeux (le joyeux macabre est un terme qui lui va si bien), Le carnaval aux corbeaux est idéal pour commencer. Le livre-objet est magnifique et vous ne verrez plus les corbeaux de la même façon après votre lecture ^^

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Secrets et mystères de la vie de Merlin de Marie Tanneux

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Editions Ouest-France, 192 pages, 15,90€

4ème de couverture

Issu d’une tradition orale celtique archaïque, le personnage de Merlin a acquis, au cours des siècles, une immense popularité, le faisant accéder au statut de véritable mythe littéraire. Fuyant et méprisant les honneurs de ce monde, il s’est volontairement coupé de celui-ci pour vivre en ermite. Pourtant, il n’en demeure pas moins la figure centrale de la légende arthurienne. Merlin personnifie le détenteur des pouvoirs magiques du passé et de la connaissance des évènements futurs. Conjuguée sur le mode des fêtes celtiques, voici la vie secrète et mystérieuse de Merlin.

Résumé

Un vieil homme bat des cartes dans une Taverne un soir de Samain…. Une bien étrange nuit où tout est possible. Riwalen et ses amis écoutent ce vieux étrangement jovial, alerte, alors que son visage est fortement marqué par l’âge. Des cartes de l’étrange homme surgissent des animaux et commence alors la roue du temps. Riwalen se précipite dehors dans une course folle. Quand il s’arrête, il rencontre à nouveau le vieil homme de la taverne et s’il ne s’était finalement pas arrêté de courir ?

Mon avis

J’ai beaucoup aimé même si c’était mal parti ! Comme quoi !

Le lecteur découvre un vieil homme qui rapidement nous apprend être Merlin, il est pourtant bien dans une taverne bretonne possédant des tables en Formica… Comment dire ? ça m’intrigue quand même ! Le début est donc assez surprenant car on ne comprend pas bien comment Merlin peut être présent en Bretagne au 21ème siècle mais attention, c’est la nuit de Samain et cette nuit n’est pas comme les autres ! Rappelez-vous en en lisant ce livre ^^ Car les Portes sont ouvertes ce soir là…

Secrets et mystères de la vie de Merlin permet de façon un peu romancée de revisiter la vie de Merlin. Son histoire étant oral, le récit de Marie Tanneux, lui est donc propre et sa vision de certaines choses pourront surprendre voire faire bondir peut-être. Mais moi, j’ai bien aimé les liens entre Merlin et Arthur par exemple. Le lecteur retrouve donc les « temps forts » de la légende de l’enchanteur. De la légende arthurienne aussi, profondément liée. Mais Merlin ce n’est pas que le guide, le conseil du Roi, c’est une vie remplie bien avant et bien après également. Certains aspects de cette passionnante vie seront développés, quand d’autres seront moins abordés, parce que plusieurs légendes s’entrecroisent et qu’on ne peut pas tout dire en un seul ouvrage. Mais pas d’inquiétude, on retrouve Viviane, Morgane, Lancelot et encore d’autres ^^

Le livre permet un voyage sympathique en Bretagne mais également en Angleterre et en Irlande. J’aurais pu faire la liste des lieux, j’avais envie de tout voir, de tout visiter. C’est un magnifique voyage en Grande-Bretagne et Petite Bretagne, chaque lieux est l’occasion de développer un partie de la légende, la liaison aux mythes est vraiment très bien faite.  Pour compléter le voyage, la vie de Merlin, la culture celte, on redécouvre également les célébrations d’équinoxe et de solstice, les traditions, les symboles. Toujours un plaisir pour moi de glaner des infos sur ces célébrations, avoir plusieurs sources.

Si j’ai eu un peu de mal au début ensuite, je me suis complètement laissée emporter par la course du temps, l’initiation de Riwalen. Les choses vues, les propos de Merlin, les événements se mettrent progressivement en place et à avoir du sens. C’est une lecture envoutante, déroutante et surprenante. Passionnante également. Parfois, elle peut sembler un peu « fourre-tout » tant Merlin est lié à la culture et aux traditions magiques mais au final on est vraiment pris dans la roue du temps et on apprend beaucoup de choses. Un autre plus du livre, des lexiques, un des lieux de Bretagne, un des personnages, histoire d’éclairer encore plus le lecteur.

J’avais craqué sur la couverture, elle est vraiment parfaite pour cette lecture, on la comprend encore mieux en lisant ce récit de la vie de l’enchanteur, à mesure que l’on découvre les secrets et les mystères de son existence. J’ai beaucoup aimé la façon qu’à l’auteure de se réapproprier certains mystères. Poser par écrit une transmissions orale c’est accepter que chacun le retranscrive à sa manière. Ce qui donne des visions différentes d’un même mythe. C’est ce qui me passionne dans la légende de Merlin et celle d’Arthur, chacun contribue à la légende.

De plus, l’auteur sert cette visions d’un Merlin entre le fou et l’attendrissant bonhomme. Il y a beaucoup d’humour en lui, autant que de sagesse mais finalement d’humanité car, Merlin aussi n’a pas toujours fait les bons choix, réussi tout ce qu’il avait en tête.

Comme quoi parfois un début déroutant pour livrer une très belle surprise ! Je suis bien contente de l’avoir lu avant mes vacances en Bretagne, son souvenir m’a accompagné en Brocéliande et à Huelgoat. Le début d’un voyage…. initiatique ?

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L’elfe du Grand Nord de Lucy Daniel Raby

9782226170200

Edition Wiz Albin Michel, 336 pages, 13,5€

4ème de couverture

Quand on est un garçon aux oreilles pointues et qu’une fée minuscule babille sans arrêt autour de soi, on a toutes les raisons de douter d’être un humain. Nickolaï décide de savoir qui il est vraiment. Ses alliés : huit rennes volant dans la forêt. Sa destination : le Grand Nord, vers Doransk, la Cité dorée où il pense trouver le secret de sa naissance. Mais les pièges maléfiques ne sont jamais très loin dans le monde magique. Surtout quand ils sont tendus par une sorcière diabolique qui n’a qu’une obsession : attirer auprès d’elle un merveilleux garçon aux oreilles pointues…

Résumé

C’est la nuit du solstice d’hiver mais c’est aussi jour de fête pour le peuple des elfes du Grand Nord. C’est le jour de l’organisation de la course de traineau qui est suivie par un banquet ! Et cette année Ella participe, elle a passé du temps sur son traineau, cela lui change les idées depuis la mort de son époux. Et cette année est incroyable, Ella est la première femme elfe à gagner ! C’est peut-être son petit Nickolaï qui l’accompagnait qui lui a porté chance ? Mais à l’apogée du solstice, le royaume des elfes est attaqué…

Mon avis

Si vous avez gardé votre âme d’enfant, ce conte est pour vous !!!!!!!!!! Personnellement, j’ai adoré, ça faisait longtemps que je n’avais pas retrouvé magie et émerveillement dans une lecture ^^ J’avais le sourire béat et les yeux qui brillent.

L’elfe du Grand Nord est très bien écrit, travaillé, c’est un très bon jeunesse, avec un suspense bien ménagé, des héros terriblement attachants, et des méchants laids, vils, égoïstes et vaniteux.

Une nuit de solstice d’hiver, au royaume des elfes créé de la magie des aurores boréales, une elfe bannie Magda et ses gnomes difformes, surgissent du Vortex et viennent se venger de leur bannissement. Interrompant la remise du trophée de la course de traineaux, remporté par Ella et son bébé, Magda vole les fées de aubes lumineuses, ces êtres qui accompagnent les elfes et leur permettent de vivre. Chaque elfe a sa fée qui le protège.  Faisant disparaitre les fées, le royaume se pétrifie. Mais Ella a réussi à fuire, elle emporte son enfant avec elle et tente de sortir de son monde enfoui sous la glace. Malheureusement, elle est poursuivie par des loups terrifiants aux ordres de Magda. Ella parviendra à la surface et son bébé sera sauvé par une étrange créature volante… Un renne ! Ce dernier parvient à la ville la plus proche et laisse le petit elfe tombé dans la seule cheminée sans feu du coin. Nickolaï est recueilli par Joe et Hannah un couple de personnes âgés qui n’a jamais eu d’enfant. Un enfant ? Pas vraiment et cette luciole qui le suit partout ? Joe et Hanna vont-ils accepter de s’occuper de ce petit être ? Que deviendra-t-il ?

Le lecteur suit ensuite l’enfance de Nick, ses dons étranges, ses camarades de classe, le « bravage » des interdits. Le lecteur découvre des personnages attachants, la forêt mystérieuse, les rennes…. La vie n’est pas toujours simple pour Joe et Hannah et encore moins pour un enfant différent. Nickolaï découvrira la cruauté mais aussi l’amitié solide et indéfectible. Le récit suit Nick et sa quête d’identité, on l’accompagne dans ses doutes et ses découvertes. J’ai beaucoup aimé ce personnage, ce garçon qui différent cherche à s’adapter, reste positif et sa jovialité malgré les coups du sort et les coups durs. J’ai aussi beaucoup apprécié le personnage d’Anneka sa meilleure amie ou encore Zak ou Louisa. Mais aussi j’ai adoré détester Volpo ou Magda !

Quand une ville étrange sortie de nulle part attire les foules, et promet richesses et bonheur, nous ferons le chemin avec Nick, vers la clé de son destin ? vers la découverte de lui même ? dans une drôle d’aventure en tout cas !

Les légendes reprises par l’auteure, les croyances, la féerie, la magie sont subtilement et superbement mixées pour donner un récit prenant. La chute est habillement menée et amenée et s’adaptent fort bien à la période des fins d’année. Il s’esquisse un être fantastique, une ode à l’amitié et à la liberté. Le travail est fait de transmission de valeurs et de messages sans que ça soit moraliste ou pathétique. Il y a beaucoup d’humour aussi et parfois ça fait du bien quand le récit fait écho aux travers de notre société : pouvoir, argent, ambition, … qui engendre inégalité, malheur, … Attention, tout ça reste en arrière plan, le récit est à destination des plus jeunes, il ne faut pas les rebuter, ça reste souvent un émerveillement, mais ça n’empêche pas de réfléchir ! En tout cas, l’auteure a parfaitement réussi !
J’ai beaucoup apprécié les « explications » à la fin qui viennent compléter le récit ^^

J’ai beaucoup aimé cette histoire, cette genèse, c’est vraiment une excellente surprise ! C’est un récit que je n’hésiterai pas à lire à mes gamins si j’en ai un jour. Si vous avez gardé votre âme d’enfant, surtout en période de fête, ce livre devrait voir plaire !

Enchantement, frissons, émerveillement,… une lecture jeunesse très réussie !

Lughnasadh de Pat McMurphy

LughnasadhManannan Editions, 14,90€, 400 pages

4ème de couverture

1845.
Touchée par une famine épouvantable et des tensions fratricides, l’Irlande abandonne son âme épuisée à la promesse d’une nouvelle légende. Mais est-il encore un Devin ou quelques dieux anciens pour consacrer la naissance d’Aenghus Cork sous ce dolmen sacré et révéler son ineffable destinée ?

Véritable saga qui le mènera de Cork à la terrifiante réalité des bagnes australiens, en passant par la prometteuse Amérique, le jeune Aenghus apprendra l’âpreté du monde à la découverte d’un idéal qu’il semble incarner à la perfection: un humanisme qui défie tous les rêves de ces temps troublés.

Face aux tragédies de son époque, il ne lui reste que son courage, le soutien de quelques proches et l’Amour. Un amour par delà le Temps qui lui révèlera bien plus que tout ce qu’il ne pouvait imaginer et s’imposera comme une révélation à tous les protagonistes de cette fascinante épopée… « 

Lughnasadh est le premier roman de Pat Mc Murphy. Il signe sur ce coup d’essai une oeuvre remarquable.

Résumé

Aenghus a 10 ans. Sa mère l’amène chez Cogan qui vit en ermite au Conrrag. Il est temps pour Aenghus de découvrir d’où il vient. Cogan l’emmène dans les montagnes, c’est l’occasion de raconter au garçon l’histoire de son père Aenghus Cork. Un enfant particulier confié à ses soins et ses connaissance druidiques, pour le former jusqu’à son Initiation. Car Aenghus Cork a une destinée à accomplir quelque soit les obstacles qui se dresseront peut-être devant lui…

Mon avis

UNE MERVEILLE ! Un énorme coup de coeur !

Lu en lecture commune avec ma Cassiopée, vous pouvez retrouver son avis >ici<

Le lecteur découvre donc très vite Aenghus Cork, un enfant confié par Deirdre (personnage de la mythologie celtique) à Cogan pour que celui-ci l’élève et lui inculque l’amour de son pays, de ses légendes, et le prépara à son Initiation. Qui de mieux pour cela qu’un druide. C’est à Lughnasadh des années après, que nous retrouvons Aenghus, à la croisée de sa destinée. Il rencontre par hasard une belle lavandière un jour de méditation dans la forêt. Intrigué par les hommes et par le fait que Cogan l’élève à l’écart de tout, il décide de découvrir leur « monde » et de voir par lui-même comment ils vivent. Il se rend alors au marché, là où les paysans recrutent leur main d’oeuvre. Malgré son manque d’expérience, Daniel O’Grady accepte de l’embaucher pour l’aide aux champs de pomme de terre. Aenghus découvre que toute la vie de la maisonnée tourne autour du tubercule. Et il a la chance d’y retrouver la jolie lavandière : Fiona. C’est le départ pour Aenghus de la découverte des hommes, des troubles qui surviendront dans cette Irlande du 19ème siècle.

Lughnasadh est un récit multiple, on y découvre l’Irlande du 19ème, la culture de la pomme de terre, la vie paysanne rude et simple mais fière et honnête. L’opposition entre l’Irlande et l’Angleterre qui administre l’île, s’octroie les richesses, et laisse au peuple irlandais les restes. Avec Aenghus, le lecteur s’initie à l’écoute de la nature, des traditions celtiques, les connaissances druidiques et découvre via ses rencontres les convictions des catholiques irlandais, leur croyance en Dieu, la révolte sous jacente d’un peuple dont certains ne reconnaissent pas l’autorité anglaise. Mais tout cela n’est que le début du chemin initiatique d’Aenghus. Tout va commencer avec la grande famine et les événements conduiront le jeune irlandais jusqu’en Australie…

Aenghus a été élevé par un druide, il est proche de la nature et sensible à des choses qu’il est le seul à voir. Il a une destinée, liée aux Dieux.  Il semble qu’il doive retrouver la trace de l’esprit de du dieu Lugh. Symboliquement, tout se passe lors de la grande famine qui toucha l’Irlande. Lugh s’étant égaré, la terre ne réagi plus comme elle le devrait. Coïncidence ou croyance celtique ? Aenghus, cette nature sensible qui semble être au dessus de toute considération humaine, va découvrir l’injustice, les politiciens véreux, la justice aveugle,  une Angleterre souveraine qui manque de compassion. Sur son chemin, il verra la misère, la mort, les troubles et vivra même l’exil. Le lecteur ne pourra pas lui non plus rester insensible à ce qui se passe en Irlande et ressentira lui aussi ce sentiment d’injustice pour le peuples irlandais et pour ce que vivra Aenghus.

Au court, de son périple, Aenghus sentira la présence de Dreidre, cette fée qui semble désirer quelque chose et qui a besoin d’Aenghus pour y parvenir. Il sera victime de ses charmes, de ses desseins et de sa jalousie. Aenghus est-il maitre de son destin ? ou un jouet dans les mains d’autres ? Il vivra tellement de choses, devra surmonter des obstacles, vivre l’enfer pour découvrir sa destinée, ce pourquoi il a été engendré. Nous sommes en empathie avec lui et on voudrait tellement que les choses changent mais le destin doit s’accomplir et les épreuves être passées. Elles sont nécessaires et on apprend pourquoi.

L’auteur n’épargne pas au lecteur la cruauté de la vie. On ressent l’émerveillement de la nature. Mais aussi la puanteur de la mort. La confrontation entre l’espoir et l’horreur. Le récit mêle légende et réalité, malheur et beauté. On voyage avec Aenghus et on continue d’apprendre et de découvrir à la fois l’horreur du monde, le bagne, la misère, le rejet et l’espoir, le destin. Même à ce stade de son parcourt initiatique, on sent qu’Aenghus a un lien puissant avec la nature et son environnement. Il se dégage de lui une assurance, une force qu’il ne voit pourtant pas. Il est comme en dehors du monde en étant pourtant un humaniste. Et bien souvent, il a du mal à comprendre le comportement des gens leurs vices, leurs défauts mais il voit leurs faiblesses, leurs désœuvrements. Leur désespoir ou leur espoir. Il essaie toujours quelque part de faire quelque chose. Aenghus est un personnage incroyable que j’ai adoré suivre. J’ai eu beaucoup de mal à le quitter. Surtout avec cette fin….

Dans Lughnsadh, on apprend beaucoup de choses, l’histoire de l’Irlande, les Dieux et leurs particularités, tout cela prend vie sous la plume de Pat McMurphy. Des légendes et des mystères dont Lugh, Deirdre, Mannanan Mac Lyr, … Parfois, un peu confus dans ce que sera la finalité du récit, tout s’éclaire progressivement et la fin est magistrale. A la fin de cette histoire extraordinaire, je me suis aperçue que des détails sont donnés sans s’en rendre compte, ce qui montre tout le travail de l’auteur. Luhgnasadh est un récit prenant et vivant. L’écriture est délicate et belle. On sent la passion de Pat McMurphy pour l’Irlande, les mythes, les mystères, pour la mer aussi. J’ai vraiment adoré cette lecture dense et riche sur des sujets merveilleux, variés, durs, passionnés. Pat McMurphy a un véritable talent de conteur, je fus tenue en haleine jusqu’au bout. Et conquise par l’histoire, les personnages, les ambiances.

Il y aura un autre livre, une suite, bien que Lughnasadh se suffit amplement à lui-même, que j’attends avec impatience pour replonger dans l’univers et être charmée de nouveau par la plume de l’auteur !

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Le souffle des ténèbres de Frédéric Livyns

souffleVal Sombre Editions, 15€, 139 pages

4ème de couverture

Bryan et Suzy décident de faire un voyage en Bretagne afin d’échapper à un douloureux souvenir et de se ressourcer. Sur place, ils découvrent les ruines d’un vieux château qui n’est mentionné dans aucun guide touristique et dont les villageois superstitieux rechignent à parler. Animés par la curiosité, ils entreprennent alors de s’y rendre et vont, bien malgré eux, réveiller la force maléfique qui y sommeillait. Quel est donc le secret de cet étrange village que Bryan ne connaît qu’à travers les récits de son grand-père ? Entre légendes bretonnes et fantastique contemporain, l’auteur nous entraîne dans une spirale infernale.

Résumé

C’est enfin les vacances pour Bryan et son épouse Suzy. Destination la Bretagne, terre des ancêtres de Bryan et plus particulièrement Munoz, petit village reculé, loin des hauts lieux touristiques. Accueilli par Maz l’aubergiste, le couple s’installe et Bryan planifie les excursions. Il a hâte de découvrir les lieux où son grand-père a grandit. La première visite sera pour le château du village qui n’apparait étrangement sur aucune carte, dans aucun guide. Même Maz leur déconseille de s’y rendre. Mais Susy et Bryan ne donne pas de crédit aux superstitions des villageois… Mais ont-ils raison ou tord ?

Mon avis

Une très bonne lecture !

J’avais hâte de retrouver Frédéric Livyns dont je suis fan des nouvelles et dont j’ai adoré Oxana. Le souffle des ténèbres a été une très bonne lecture même si elle m’a apporté je dois l’avouer moi de surprises que les autres écrits de Frédéric. Mais ça n’enlève rien au fait que j’ai passé un super moment de lecture ^^

Bryan et Suzy sont un couple de parisien, venu découvrir ce coin particulier de la Bretagne, Munoz terre des ancètres de Bryan. C’est la première fois qu’il vient découvrir le lieu de l’enfance de son grand-père. Ce dernier lui a tellement parlé de ce coin, que c’est comme si Bryan était déjà comme chez lui. Mais les choses ne vont pas se passer comme il l’avait imaginé. Déjà, lui et sa femme Suzy se rendent compte que les villageois ne sont pas fans des touristes, et n’aiment pas qu’on vienne « fouiner » dans le passé. Pourtant quoi de plus normal que de vouloir visiter les coins pittoresques et typiques comme le château du coin. Enfin ses ruines. Bryan et Susy ne croient pas aux superstitions des gens du village. Les ruines seraient celles qu’un ancien domaine appartenant à la famille de Gilles de Rais … Que cachent donc les ruines ? Bryan et Suzy vont-ils réellement remuer le passé et les vieilles croyances ?

J’ai beaucoup aimé l’atmosphère, l’ambiance créée par Frédéric Livyns, la localisation de l’intrigue en Bretagne, les mystères, les légendes… L’atmosphère est pesante, intrigante, un peu oppressante et de plus en plus sombre. Des choses étranges se passent, Suzy voit certaines choses,  certains villageois ont des réactions bizarres….

L’histoire est bien construite, les éléments sont fournis au fur et à mesure, avec certains passages intermédiaires qui donnent des pistes. J’aime bien cette construction. On s’attend alors à certaines choses et d’autres nous surprennent car moins attendues. Le récit est fluide, le livre se lit facilement et rapidement. Oui la fin est rapide mais je la trouve à l’image de l’ensemble du livre. L’ensemble est homogène et cohérent. Toutefois, j’aurai aimé plus de descriptions (c’est vrai que les descriptions ne sont pas la tasse de thé de l’auteur, plus incisif que contemplatif, et j’adore ça) mais là ça m’aurait plu. Parce que l’histoire se passe en Bretagne et que j’aurai aimé un peu plus voyager. En connaitre un peu plus que les légendes bretonnes évoquées et sur Gilles de Rais. En tout cas, ça donne envie de s’y plonger et de faire des recherches ^^

J’ai beaucoup aimé les personnages, au départ, j’avais peur qu’ils manquent d’épaisseur, mais en très peu de mots, de passages, Frédéric Livyns arrive à leur créer un passé, des failles, des fêlures, de la consistance. J’ai pu m’attacher à Suzy et Bryan et j’ai aimé que les personnages soient plus creusés que ce qu’on pourrait imaginer de prime abord. Surtout Suzy, j’ai apprécié me mettre à sa place, comment aurais-je réagit face aux événements passés et présents ? J’ai souvent partagé les réflexions de cette femme et c’est vrai que du coup, j’aurai bien aimé la connaitre encore plus ^^

Frédéric Livyns joue moins avec nos peurs dans ce récit (enfin je trouve comparé avec les autres textes que j’ai pu lire de lui) mais on est pris dans le texte, on a envie de savoir ce qu’il va se passer, comment vont tourner les événements. J’ai aimé savoir pourquoi, le but des événements et ça m’a beaucoup plu.

C’était une très bonne lecture, je ne le cache pas, que j’aurai aimé être un peu plus riche en descriptions, légendes bretonnes et lieux mais qui se lit extrêmement bien, prenante et agréable.
La couverture signée Miesis est magnifique, encore un superbe livre chez Val Sombre Editions !

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