Tragic Circus de Cécile Guillot & Mathieu Guibé

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Éditions du chat noir , 213 pages, 14,90 €

4ème de couverture

« Mesdames et Messieurs ! Jouvenceaux et jouvencelles ! Petits et grands ! Approchez, approchez ! Venez assister à un spectacle unique en son genre. Notre cirque vous ouvre ses portes et dévoile ses mystères. »
À chaque prestation, les monstres de foire enchantent les spectateurs : l’enfant funambule, le dompteur de fauves et la charmeuse de serpents, clowns et jongleurs, sans oublier l’effroyable homme sans visage…
Mais que se passe-t-il au cirque Andreani une fois le rideau retombé ? Quels sombres tourments agitent les âmes et enflamment les cœurs ? À moins qu’il n’y ait à l’œuvre une magie pernicieuse… Cela, Cătălina, la nouvelle diseuse de bonne aventure, va tenter de le découvrir, mais même les Tarots ne sauraient la prémunir contre l’indéfectible fatalité…

Mon avis

Une excellente lecture !

Cătălina est une jeune sorcière roumaine qui n’a comme seuls biens que sa roulotte et tout ce que lui a appris sa grand-mère une drabarni, une diseuse de bonne aventure. Seulement, même si Cătălina est très douée, la charmante jeune femme, n’a pas le contact aussi facile avec la clientèle que sa mamaia et ses affaires ne vont pas bien. Elle survit, plus qu’elle ne vit et ne voit pas d’autre solution que de chercher protection, couvert et salaire auprès d’un cirque. Elle postule donc auprès d’Andreani. Le M. Loyal ne lui fait pas bonne impression, quelque chose chez lui la met mal à l’aise mais elle veut s’en sortir et rompre avec sa solitude. Il accepte de la prendre dans son cirque. Elle va alors découvrir ses nouveaux collègues, aussi étrange les uns que des autres : une étrange jeune funambule, un ventriloque et sa poupée aussi vraie que nature, un clown dépressif,… et un mystérieux homme isolé et triste, l’homme sans visage.

En parallèle, le lecteur va découvrir la rencontre entre Pierre, violoniste de talent mais qui ne parvient pas à percer dans le milieu et Hortense une jeune fille de bonne famille qui possède une grâce et un véritable don pour le chant. Leur association va peut-être leur permettre de percer dans le métier. Pierre rêve de se produire au prestigieux Opéra Bach…

Le lecteur comprendra assez rapidement que les destinées des personnages de Pierre, Hortense, Andreani et Cătălina vont être liés…

Ce roman court est vraiment très bien écrit. Les deux auteurs réussissent à faire transparaître le malaise de la jeune voyante. Il y a quelque chose qui cloche dans ce cirque et progressivement on partage son mal être et on se demande bien ce qui va nous être relevé. L’histoire est très bien menée et même si j’ai rapidement compris ce qui se tramait, les pages se tournent toutes seules et j’ai été happé dans ce récit teintée de symboles et de drames. J’avais envie de savoir ce qui allait se passer ensuite. C’est beau et triste. L’univers décrit est à la fois mélancolique et macabre, on sent la tragédie poindre, inéluctable mais on se prend à espérer.

Même si le roman est assez court et se lit rapidement, la psychologie des personnages est bien travaillée. C’est le gros point fort du roman. On découvre des personnages touchants et singuliers. Chacun est pourvu d’un don qui fait sa force mais qui couvre à peine les blessures, fêlures ou autres coups du sort. Cătălina va vite comprendre que les coulisses de ce cirque ne sont pas aussi fastueuses que l’image véhiculée par cet univers. L’envers du décor est étrange, rempli de non dit et tragédie. Les auteurs ont réussi à dépeindre les personnages en peu de pages mais avec une réelle intensité. Par exemple, un personnage (ou plutôt un duo) m’a fichu la chair de poule… Et j’en ai détesté un autre. Pour un 3ème, j’oscillais entre admiration et dégoût. Les impressions, les sentiments, la détresse ou l’espérance des personnages sont incroyablement bien retranscrits par les deux plumes des auteurs qui se marient à merveille.

Les deux auteurs ont réussi à créer deux ambiances à la fois sombre et lumineuse, noire et colorée. Un récit habillement structuré avec une pointe de mystère et de magie, équilibré et fluide, j’ai beaucoup aimé. Il se dégage de ces lignes une musicalité, une mélancolie, un romantisme, un fatalité et un parfum d’étrangeté qui collent très bien aux styles de Cécile Guillot et Mathieu Guibé. Une jolie réussite. J’ai hâte qu’ils nous écrivent à nouveau un récit à « 4 » mains.

Bravo aussi à Mina M pour sa magnifique couverture ^^

Merci aux Editions du Chat Noir et à Babelio.com pour ce titre.

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Les illusions de Sav-Loar de Manon Fargetton

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Editions Bragelonne, 665 pages, 20€

4ème de couverture

Dans le royaume d’Ombre, les femmes qui possèdent le don sont persécutées. Pour survivre et devenir magiciennes, il leur faut se réfugier dans la cité légendaire de Sav-Loar.
Or Bleue se trouve très loin de là lorsque apparaissent ses pouvoirs : elle n’est qu’une jeune esclave entre les griffes d’un seigneur sadique desquelles nul ne s’est jamais évadé. Mais certains de ses compagnons de captivité vont risquer leur vie pour tenter de sauver Bleue, à commencer par Fèl, une beauté farouche qui ne rêve que de liberté. Leur fuite éperdue va précipiter le royaume dans une guerre impitoyable au cours de laquelle Bleue, dont la puissance s’affirme de jour en jour, pourrait bien changer le monde…

Mon avis

Coup de coeur ❤

J’avais beaucoup aimé L’héritage des Roi-Passeurs mais j’en regrettais un peu le manque de développement. Et bien là, j’ai été servi ! L’univers d’Ombre dense est bien développé, le lecteur suit plusieurs personnages dont les destins s’entremêlent, c’est palpitant et complet ^^ Ce second roman dans l’univers des rois et reines d’Ombre, des magiciens et des magiciennes m’a complètement happé, même si ma lecture n’a pas été rapide (pouponnage oblige), j’y pensais souvent et avait envie de m’y replonger avidement, voire même je regrette encore d’avoir terminé, j’ai eu du mal à quitter cet univers.

Un magicien, une cape d’or, recherche une jeune femme avec qui il a passé une nuit et qui est enceinte, très certainement de lui. Il doit la retrouver pour éliminer l’enfant si c’est une fille, l’envoyer étudier au Clos à Astria si c’est un garçon. Car cette cape d’or est un Traqueur, hors de question pour lui, de laisser dans la nature, une potentielle magicienne… Dans le royaume, lui et ses pairs ont pour tâche de retrouver les jeunes filles dont le pouvoir s’est déclenché et de les éliminer avant qu’elles s’en aillent grossir les rangs des sorcières qui se cachent dans la Forêt des Songes, à Sav-Loar. La jeune femme traquée mets au monde une petite fille, l’abandonne à des marchands et disparait.

Quelques années plus tard, à Dorderès, sur la foire aux esclaves, les hommes du Sker Nazâr, seigneur d’une citadelle dans le Désert des Regrets, recherchent des bras pour les mines et des jeunes femmes pour le harem du maître. Fèl, une étrangère du royaume d’Ombre, belle blonde provocante est remarquée par le chef du harem, elle est achetée avec une sauvage en haillon. Ils achètent également sur les recommandations du médecin du Sker, Amesân, deux guerriers un étranger d’Ombre et un homme robuste. Ils croisèrent le regard d’une gamine, Bleue qui fût acheté elle aussi pour le harem malgré son jeune âge… Le groupe hétérocycle, enchaîné, se mets ensuite en route avec la citadelle. Cependant, Fèl ne pense qu’au moyen de s’échapper, peut-être en séduisant un des trois hommes, un guerrier du nom de Yôn. Mais il reste plutôt insensible à ses charmes mai surtout ils n’ont pas l’occasion de s’arrêter en chemin.

Fèl et Bleue se retrouvent donc au harem et si Bleue essaie d’être la plus transparente possible, Fèl elle décide de se mettre en avant, afin d’être choisie par le Sker, dans l’intention de réussir à découvrir comment elle pourrait s’échapper de la citadelle. Mais rien ne va se passer comme elle l’attendait, notamment, le seigneur va se révéler bien différent de se qu’elle s’était imaginé… Surtout, elle et Bleue vont vivre un enfer à la merci de cet être infâme…

C’est toujours difficile pour moi de parler d’un coup de coeur, j’ai envie de rentrer dans les détails mais je ne voudrais pas gâcher votre lecture et en même temps, je veux vraiment vous convaincre de lire ce roman !
Les personnages sont vraiment bien développés, on suit principalement Fèl et Bleue mais nombre de personnages secondaires qui vont croiser les jeunes femmes. Des magicien(ne)s mais aussi des personnes normales ou encore des Dieux. En effet, pour ceux qui ont lu les Rois-Passeurs, on retrouve Aa et Izil. Ce ne sont les seuls personnages que l’on retrouve d’ailleurs. Je me suis attachée à beaucoup de personnages, j’ai couru avec eux, j’ai tremblé pour eux, j’ai espéré pour eux et avec eux. J’ai adoré la petite troupe qui gravite autour de Fèl. Surtout, l’auteure prend le temps de nous en apprendre sur chacun et à chaque fois pour servir l’histoire. Plus on creuse les personnages, plus je m’attache à eux et plus j’ai du mal à m’en détacher et c’est exactement ça que j’ai ressenti avec Oreb, Luernios, Bleue notamment. J’ai eu un peu plus de mal avec les magiciennes. Comme tout n’est pas tout blanc ou tout noir, on se rend compte que rien n’est parfait même à Sav-Loar et que même cette communauté cachée par nécessité et qui devrait pouvoir vivre au grand jour à ses défauts. Même si j’ai eu un peu plus de mal avec ces personnages, je me suis beaucoup attachée à certaines d’en elle, notamment Néphélie et Tyna.

On ne s’ennuie pas une seconde et on apprend beaucoup sur l’univers imaginé par Manon Fargetton. L’histoire des magiciennes et des magiciens, du royaume d’Ombre, du Dieu gris… L’intrigue est solide et se met en place, parfois on se demande ce que le début va nous apporter, où on va, et progressivement tout se lie, tout à un sens, rien n’est laissé au hasard. Le lecteur va naviguer entre le destin des deux femmes, mais aussi entre les eaux tumultueuses de la politique du royaume et des caprices des Dieux.
L’auteure a réussi à faire évoluer ses personnages et de quelle façon ! Ils traversent tous  un moment donné un tournant décisif dans leur vie et les événements, les gens, les façonnent.
Différents thèmes sont abordés, très forts, la liberté, le renoncement, l’acceptation de soi, des autres, la vengeance, l’espoir. Pour les développer, sachez que Manon Fargetton ne va pas épargner les personnages et le lecteur non plus. Le plus puissant est la dualité des êtres, faire mal en pensant faire le bien mais aussi apprendre à accepter d’être imparfait, apprendre à pardonner pour avancer. La dualité de l’ombre et de la lumière, des faux-semblants et des vérités, de la mort et de la vie, de la vengeance et du pardon. Le savoir et les non-dits, les mensonges et la vérité. On sent que l’auteure travaille dans le milieu de la lumière, son récit est tout en nuance, éclairage / part d’ombre… C’est encore plus flagrant que dans le premier.

Comme pour L’héritage des Rois-Passeurs, les personnages féminins sont forts et mis en valeur, un livre encore une fois un peu féministe mais cette fois si, en nuance, le Passé nous est révélé et les défauts des deux camps, magiciens qui ont le pouvoir et traquent les magiciennes, et ces dernières qui ne font plus confiances aux hommes… Le mystère sur ces personnages est levé par rapport au premier livre. Comme dans ce dernier, j’ai beaucoup aimé la façon de faire la magie, et encore plus je crois, ce que peuvent faire les magiciennes les illusions, seulement la méthode …. est loin d’être parfaite…

Un récit fluide et prenant. Des personnages consistants et attachants. Une histoire passionnante et terrible. J’ai eu beaucoup de mal à quitter cet univers, il me manque déjà. Je garde l’espoir que l’auteure aura peut-être envie d’y replonger un jour et alors, je me ferais un plaisir de continuer l’aventure même si beaucoup de choses ont été dites, on ne sait jamais ^^

Merci à Babelio et aux Editions Bragelonne pour la découverte et ce beau coup de coeur ❤

Un cadeau du ciel de Cecelia Ahern

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J’ai lu, 317 pages, 7€20

4ème de couverture

Lou a une vie parfaite, une femme magnifique, deux enfants adorables et un travail qui le comble. Mais la réussite a un prix et Lou est prêt à tout pour parvenir au sommet. Un matin, en se rendant au travail dans les rues enneigées de Dublin, il fait la connaissance de Gabe et lui propose de l’embaucher. Il ne sait pas encore que cette rencontre va bouleverser sa vie. Car Gabe n’est pas un homme comme les autres…

Mon avis

Un policier voit débarquer au poste le jour de Noël un ado paumé qui a balancé une dinde à travers la fenêtre de la maison où son père a refait sa vie avec nouvelle femme et bébé. Le gamin est désabusé et ne semble pas comprendre la portée de son coup de folie. Raphie, le policier va alors lui raconter une histoire incroyable que lui et sa collègue viennent de vivre…

Lou Suffern est un homme charmant et séducteur. Il a une belle femme Ruth, une petite fille adorable Lucy et un bébé Pud. Mais Lou a aussi beaucoup d’ambition et dans la société où il travaille il vise le poste laissé vacant de n°2 par un collègue qui vient de craquer et partir en dépression. Lou est le genre d’homme qui devrait être à deux endroits en même temps, qui enchaine les rendez-vous sans avoir participer au début et en attendre la fin. Son ambition lui a fait perdre de vue l’importance d’accorder du temps à sa femme, ses enfants, il ne s’est jamais occupé du petit dernier et à sa famille. Il n’écoute plus rien, ni personne et ne se remet jamais en question. En fait, l’homme charmant en est devenu détestable, volage et arrogant.

Un matin, il est pris d’une impulsion qui va pourtant à l’encontre de ses habitudes, il offre un café à un sans-abri qui squatte devant l’immeuble à côté de celui de son boulot. Et prend le temps de discuter avec lui. Gabriel, dit Gabe lui fait une telle impression, que quelques temps plus tard il va le faire engager au service courrier de sa boite. Gabe est étrange, intriguant, énigmatique. Il semble se déplacer plus vite que n’importe qui dans cet immeuble, et séduit la moindre personne à qui il parle. Lou est à la fois attiré par ce personnage et effrayé. Et si ce dernier n’attendait rien d’autre que de lui prendre sa place… La parano de Lou s’accroit progressivement mais en même temps il ne peut s’empêcher d’aider le jeune homme.

Quelques jours avant Noël, la vie de Lou devient de plus en plus compliquée. Il doit gérer plusieurs choses en même temps pour le boulot et décide en parallèle de soulager sa soeur Marcia de l’organisation des 70 ans de leur père, alors qu’il en a visiblement rien à faire mais aussi qu’il n’a pas de temps pour se consacrer à ça… Quand Gabe lui propose une recette miracle, Lou pense que tout va s’arranger….

Cecelia Ahern est une de mes auteurs préférées parce qu’elle aborde des thèmes durs avec un regard sensible et des mots souvent très justes. Un cadeau du ciel ne déroge pas à la règle. Toutefois, j’ai un peu moins aimé que les livres précédents de l’auteur et en même temps, je n’ai pas su retenir mes larmes de nouveau lors de ma lecture. C’est juste que parfois le récit s’étire au lieu d’aller droit au but et puis il y a deux ou trois petites choses que j’ai peut-être trouvé trop faciles mais cette histoire est presque un conte, et du coup, ces petites choses ne viennent pas pour autant gâcher le plaisir de la lecture.

Lou est un personnage à la fois détestable et attachant. Il est devenu tout ce qu’il détestait chez les autres, dévoré par l’ambition et la chance que ça marche plutôt bien pour lui. Avec l’entrée de Gabe dans son existence, il va évoluer et comprendre certaines choses. Il va changer et faire le point sur sa vie mais pourra-t-il vraiment modifier sa destinée ? On a envie de le secouer et de lui donner des baffes mais on espère aussi que tout va aller bien pour lui parce qu’on arrive à voir ses bons côtés. Sa famille est touchante, la petite Lucy, son père et sa femme Ruth surtout. Qui ont vu Lou se transformer et qui ne savent plus comment communiquer avec lui.

Et puis, qui est Gabe ? Que propose-t-il a Lou ?
Au départ, je pensais avoir une réécriture du Conte de Noël de Dickens et finalement non, même si on se doute bien que Gabe n’est pas un homme comme les autres, ce qu’il veut et ce qu’il fait ne sont pas toujours évidents pour Lou ou le lecteur et on se demande comment cette histoire va finir.

Certains ont trouvé cette histoire de Cecelia Ahern trop moralisatrice. Il y a en effet, une morale mais je pense pas que cela desserve le récit. Au contraire, elle lui donne du sens. Et personnellement, même si je suis loin de ressembler à Lou et d’avoir sa vie, je retiens ce que l’auteur veut nous faire passer comme message. Le temps qui passe ne se rattrape pas. Et il faut profiter oui mais ce qui est vraiment important. Et moi, ça ne me dérange pas que me le rappelle de temps en temps dans mes lectures. Je ne me sens pas pour autant montrer du doigt ou je n’ai pas l’impression qu’on me fasse la morale.

J’ai encore beaucoup apprécié l’action à Dublin, l’évocation des lieux et des immeubles, la description des décors et le charme de l’Irlande. Y a pas c’est vraiment agréable d’avoir un peu de descriptions qui ne donne pas l’impression qu’on pourrait être n’importe où. Cette fois-ci pas de légende et de folklore irlandais. Une pointe de fantastique pendant la période de Noël, comme un conte en effet. Une lecture qui me marquera bien qu’elle ne sera pas ma préférée de l’auteure.

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Les Rois du Monde – T1 : Même pas mort de Jean-Philippe Jaworski

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Folio SF, 460 pages, 8€

4ème de couverture

«Je m’appelle Bellovèse, fils de Sacrovèse, roi des Turons. Pendant la guerre des Sangliers, le haut roi, mon oncle Ambigat, a tué mon père. Ma mère, mon frère et moi avons été exilés au fond du royaume biturige. Parce que nous étions de son sang, parce qu’il n’est guère glorieux de tuer des enfants, Ambigat nous a épargnés. Le temps a suivi son cours. Nous avons grandi. Alors mon oncle s’est souvenu de nous. Il a voulu régler ce vieux problème : il nous a envoyés, mon frère et moi, guerroyer contre les Ambrones. Dès le début des combats, nous nous sommes jetés au milieu du péril, et je suis tombé dans un fourré de lances. Mais l’impensable s’est produit : je ne suis pas mort.»

Résumé

Bellovèse s’adresse à un riche marchand et lui demande de raconter sa vie partout où il ira. Alors pour que l’aventurier, le voyageur puisse le faire, Bellovèse lui raconte tout et commence par son séjour vers l’île aux Vieilles. Bellovèse voyage avec Sumarios un héros et Albios le Champion. Il doit se rendre sur l’île interdite, pour peut-être comprendre pourquoi lors d’un combat, il a été mortellement blessé mais n’est pas mort…

Mon avis

Une excellente lecture.

J’aurai pris mon temps pour le lire, mais c’est une magnifique découverte. Pas facile d’en parler d’ailleurs, c’est dense, précis et épique. Pas simple d’en faire un résumé ! Je vais faire de mon mieux 🙂

Centenaire, Bellovèse, héros celte, raconte donc à un riche marchand sa vie. Le récit m’a tellement emporté que je ne me souvenais plus qu’il lui parlait à ce marchand, j’avais tellement l’impression qu’il racontait sa vie rien qu’à moi ! Comme un chuchotement parfois, comme un cri à d’autres moments. J’ai parcouru avec lui les moments marquants de sa jeunesse. Il m’a raconté pourquoi il a dû se rendre sur l’île des vieilles où aucun homme n’a le droit d’accoster. Il m’a présenté  les circonstances de sa blessure, son destin de guerrier, de héros en devenir et ce qui le lie au Haut Roi, à Sumarios, aux autres personnages de l’histoire. Il m’a conté sa jeunesse, avec son frère Ségovèse, dans les bois interdits avec le doux dingue Suobnos, qui semble ne plus avoir la lumière à tous les étages et pourtant…

J’ai adoré ce récit où la frontière entre la réalité et l’Autre-Monde est si mince qu’elle peut parfois être traversée. Quand le récit dévie lentement et soudainement vers le Merveilleux. Certaines des anecdotes racontées par Bellovèse basculent le lecteur dans un autre monde, comme si cela était simple, naturel, parfaitement normal pour le guerrier celte.

Même pas mort c’est aussi l’apprentissage d’un jeune homme dont le père était roi. Qui a tout d’abord été comme banni de la cour et de la vie royale,  par son oncle le Haut-Roi. Qui a grandi dans l’ombre d’une mère protectrice ancienne reine celte. Qui a fait d’une drôle de façon son apprentissage martial. Qui a couru vers le danger avec la fougue de la jeunesse. Même enfant, le monde de Bellovèse n’était déjà pas assez vaste. Puis, jeune adulte mais pas encore adulte, le Haut-Roi semble se souvenir de lui et de son frère Ségovèse, il les envoie faire la guerre. C’est un drôle de voyage initiatique que va suivre Bellovèse durant toute sa jeunesse, comme en équilibre entre deux monde. Enfin, le jeune garçon va devenir un homme mais à travers une épreuve bien singulière. Comment ne pas être emportée par ce récit, par les événements, par les rencontres que va faire Bellovèse, les êtres peuplant la forêt, des guerriers terrifiants de son enfance, les combats, l’Autre-Monde,…

Il n’est pas facile de s’attacher complètement à un guerrier celte mais son destin est si singulier que j’ai réussi à m’attacher à lui, à ce qui lui arrive. J’ai bien apprécié aussi certains personnages secondaires, notamment Suobnos, un peu devin, un peu vagabond. On a bien du mal à le cerner mais quelques révélations sur sa vie nous aiguillent et nous intrigue. J’ai apprécié Sumarios aussi et pourtant parfois sa « bourritude » m’a agacé, mais dans l’ensemble c’est un personnage de son époque.

L’écriture est parfaite. Pas de lyrisme mais pas banale ou trop simple. Toutefois, comme Janua Vera, l’écriture est exigeante. C’est vraiment très travaillé. J’ai trouvé le style tantôt percutant, tantôt poétique, à la fois dynamique dans la construction du récit et calme, lent parce que Jean-Philippe Jaworski pose les bases avec soin. J’ai ressenti parfois physiquement les effets du récit. Doute, mystère, sensation de froid,… J’ai tremblé dans la forêt avec Ségillos, Bellovèse et Suobnos. J’ai été impressionnée par les guerriers celtes, massifs ou agiles, aux tatouages bleus. Qui rapportent de bien sinistres trophées des champs de batailles. Oui, j’ai vraiment été emporté loin dans le temps, dans les lieux, dans une autre époque.

Le récit est dense et riche. Précis. On apprend ou redécouvre beaucoup de choses sur la culture celte sans s’en rendre compte. Sur l’art martial, les joutes verbales, les duels, les armes, les traditions. Mais aussi sur la hiérarchie, les Druides au dessus du Haut-Roi, le Haut-Roi au-dessus des rois. Les guerriers, les héros, les Barbes et leur statut particulier. Ou encore sur les manœuvres stratégiques, politiques, … mises en place pour le pouvoir, la renommée ou encore par respect ou crainte des esprits, des dieux… Sur la place de la femme, importante dans la société celte, ou encore sur celle des druides, conseillers des rois, influençant leurs décisions. La vie sociale, guerrière, politique des celtes ; les journées-type des hommes en marche vers la bataille, tout cela est magnifiquement conté par Jean-Philippe Jaworski. Exercice d’autant plus dur que la tradition celte est orale et qu’il est bien difficile de savoir ce qu’il se passait vraiment chez ces peuples celtes qui peuvent nous sembler barbares. Toutefois, pas un seul instant, je n’ai eu envie de mettre en doute les choix fait par l’auteur, tout en sachant que rien ne peut être avéré à 100%.  J’avais vraiment l’impression d’y être. Le pari de Jean-Philippe Jaworski est réussi. On sent sans que cela soit faire avec lourdeur, les recherches historiques qui ont été faite, et qui ont très certainement servi de base à ce récit imaginaire.

Je regrette une chose, ne pas avoir une culture assez étendue sur les royaumes celtes. J’ai eu du mal parfois à m’imaginer à quel endroit il était. Les liens entre les peuples aussi, pas toujours évidents. Les relations entre les tribus celtes sont parfois complexes mais je suis toujours parvenue à ne pas m’emmêler les pinceaux. Le lecteur pourra au choix se laisser porter de lieu en lieu ou être assez curieux pour retrouver les racines des mots utilisés, retrouver les villes et les régions de France où se déroulent les différentes actions. Malgré mes quelques lacunes, j’ai adoré me plonger dans le monde celte et suivre Bellovèse. C’est vraiment un personnage intéressant et intriguant. Il semble plus sensible que d’autres au Merveilleux, il apprend vite, il est intrépide et téméraire. Il a un lien particulier avec la nature et le mystère. J’ai hâte de l’entendre me raconter la suite de son histoire. Même pas mort est un roman de fantasy comme je les aime, avec de vrais personnages creusés, avec un côté historique cohérent et intéressant, avec un basculement flou dans le Merveilleux. Un premier tome qui donne sérieusement envie de continuer l’aventure. Vivement la sortie de Chasse Royale en poche (et encore plus si la couverture est toujours signée d’Aurélien Police ❤ ).

L’héritage des Rois Passeurs de Manon Fargetton

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Editions Bragelonne, 20€, 312 pages

4ème de couverture

Ombre, univers peuplé de magie, et Rive, le monde tel qu’on le connaît, sont les deux reflets déformés d’une même réalité.
Énora est unique : elle peut traverser d’un monde à l’autre. Lorsque sa famille est brutalement décimée par des assassins masqués, elle se réfugie au seul endroit où ses poursuivants ne peuvent l’atteindre. Au royaume d’Ombre, sur la terre de ses ancêtres. Là-bas, Ravenn, une princesse rebelle, fait son retour après neuf ans d’exil passés à chasser les dragons du grand sud. Sa mère, la reine, est mourante. Ravenn veut s’emparer de ce qui lui revient de droit : le trône d’Ombre. Et elle n’est pas la bienvenue. 
Deux mondes imbriqués. Deux femmes fortes, éprouvées par la vie. Deux destins liés qui bouleverseront la tortueuse histoire du royaume d’Ombre…

Résumé

En Terre de feu, agile et légère, Ravenn mène une meute à la chasse aux dragons. Quand, après une expédition, elle revient au Clan, un message l’y attend. Sa mère la reine du royaume d’Ombre est mourante. Ravenn princesse héritière a un jour fait la promesse de revenir sur ses terres et d’accéder au trône. Mais quand elle rentre après 9 ans d’exil, à la capitale Astria elle n’est pas vraiment la bienvenue. Le Roi son père avait annoncé sa mort et préparé Aénor sa soeur au trône. En Rive, dans le monde que l’on connaît, Enora et Erwan s’appètent à fêter leur vingtième anniversaire. Chez leurs parents, l’attitude de leur grand-mère est étrange mais Enora s’apprête à revoir Axel, un voisin parti pendant plusieurs années et pour lequel la petite fille d’alors craquait. Mais au plus fort de la fête, une étrange délégation débarque et massacre les invités sauf Enora et Axel, miraculeusement retranchés dans les jardins, hors de vue des assaillants…

Mon avis

Un très bon roman, une bonne lecture même si j’aurai bien aimé un peu plus de développement.

Pendant que Ravenn revient pour la succession à la tête du royaume d’Ombre, Enora en Rive est confrontée au pire des cauchemars, et perd sa famille, tous ceux à qui elle tient. Elle est secourue par deux jeunes hommes Charly et Julian qui l’aident à prendre la fuite. Ils l’emmènent rencontrer Hank un ami qui pourrait leur venir en aide. Ils lui apprennent que les assassins sont connus sous le nom de l’Ordre. Cet Ordre s’en est pris à sa famille car elle est une passeuse. Elle a le pouvoir de traverser entre les deux mondes : Ombre et Rive. Mais cela, avant ce jour néfaste, Enora n’en avait aucune idée. Profondément ébranlée par les événements, elle accepte néanmoins de fuir l’Ordre en ouvrant un passage en Ombre où elle se rend avec Charly et Julian. Ne sachant pas ce qu’ils vont trouver là-bas, la prudence et la discrétion sont de mise. Ils doivent se fondre dans la masse.

Au château où vivent les Rois, Ravenn, revenue avec deux aides, Laïm un jeune garçon très intelligent et observateur et Pelekaï, le second de la meute (en terre de feu), se rend compte qu’elle n’est absolument pas la bienvenue. Dans le bureau qu’elle s’est choisie, et avec l’aide de l’intendant du royaume, elle se met au fait des événements et des intrigues politiques. Elle doit, le soir venu, déjouer des tentatives d’assassinats. En effet, son père, les magiciens et les prêtes du Royaume ne sont pas prêts à laisser la princesse rebelle le droit de gouverner. Heureusement, Ravenn peut compter sur quelques soutiens. Notamment un des généraux de son père qui lui affrète quelques soldats pour sa sécurité.

J’ai adoré le monde façonné par Manon Fargetton. Les liens entre Ombre et Rive, l’histoire des Rois Passeurs, la succession en Ombre : de mère en fille, les dieux et leur intrusion dans le monde. Les intermèdes permettent de donner de nombreuses informations sur le Royaume d’Ombre, son fonctionnement, les différentes « dynasties » de rois, etc. Ils enrichissent le monde créé par l’auteure. Cette dernière sème des indices tout le long du roman et quand les liens se dénouent, que les pièces du puzzle se mettent en place, le lecteur se rend compte que l’intrigue et sa mise en place sont rudement bien ficelées. J’ai beaucoup apprécié la magie développée dans le roman, différente de celle que l’on peut trouver ailleurs. Elle permet une touche originale dans une histoire prenante mais un peu convenue. J’ai aimé aussi le mystère et le secret entourant les magicien(ne)s.

J’ai beaucoup aimé Ravenn, cette princesse qui a fuit le royaume parce qu’elle ne voulait pas être celle que tout le monde voulait qu’elle soit. Elle a ses envies, son besoin de liberté et ses valeurs. On pourrait croire qu’elle fuit ce qu’elle est mais il n’en ai rien. Elle avait besoin d’apprendre ce qu’elle a appris avec les clans et la meute pour devenir un jour, Reine. Indépendante et à la fois extrêmement attachée à son royaume, Ravenn est vraiment une héroïne, une figure féminine de premier plan. J’ai aussi beaucoup aimé les deux frères : Charly et Julian, un solaire, l’autre plus sombre, torturé. Manon Fargetton joue beaucoup sur les opposés et sur cette thématique de l’ombre et de la lumière même chez ses personnages, comme les deux frangins ou encore l’artiste peintre Jana par exemple. J’ai vraiment beaucoup aimé ce travail sur les héros. J’ai aimé aussi les Dieux, les échanges entre Aa, Dieu de la Nuit et Izil, Déesse du Jour, ou encore le Gris et leurs réactions, leur capacité à interférer sur les humains et leur implication dans l’histoire.

Par contre, et c’est dommage, je suis restée un peu distante avec Enora. Malgré tout ce qu’elle a vécu, je ne suis pas parvenue à me lier, à m’attacher à elle. Et je l’ai trouvé peut-être trop effacée dans la seconde moitié du roman. J’aurai aimé la suivre avec plus de ferveur, avec plus d’empathie. J’ai préféré Ravenn et son destin, à celui d’Enora. Je ne serai pas vraiment expliquer pourquoi mais je n’ai pas tremblée pour elle par exemple, et ne cherchais pas à savoir ce qu’elle allait faire.

C’est le premier livre de Manon Fargetton que je lis et j’ai découvert une plume très agréable, un style rapide et dynamique. Le lecteur est tout de suite, dès le prologue et le premier chapitre, embarqué au cœur de l’action. Très peu de temps morts, le fil de l’intrigue se déroule et les complots, les trahisons, les Heures sombres passent, cela va très vite. Peut-être un peu trop. J’aurais bien aimé un peu plus de développement. Plus d’informations sur les autres royaumes, sur d’autres personnages. Un récit un chouilla plus dense sur les personnages, même secondaires.

Un roman  un peu féministe  et c’est temps mieux, les figures féminines y sont très fortes. Ce sont de beaux personnages qui ne s’en laissent pas compter. Pas de simples marionnettes comme leurs prédécesseurs, les héroïnes affrontent avec force et esprit leur destin et s’affirment. L’auteur est en train d’écrire un second livre dans le même univers avec un personnage secondaire qui est déjà marquant dans ce roman. Je pense que je le lirai pour retrouver cet univers et surtout en savoir plus sur cette partie effleurée dans ce one shot mais qui mérite (et j’en suis contente) une mise en lumière, un développement.

Je remercie Babelio et les Editions Bragelonne pour cette découverte ^^

La voleuse de livres de Markus Zusak

la-voleuse-de-livresLu en ebook

Édition pocket, 8,10€, 633 pages

4ème de couverture

Leur heure venue, bien peu sont ceux qui peuvent échapper à la Mort. Et, parmi eux, plus rares encore, ceux qui réussissent à éveiller Sa curiosité.
Liesel Meminger y est parvenue.
Trois fois cette fillette a croisé la Mort et trois fois la Mort s’est arrêtée.
Est-ce son destin d’orpheline dans l’Allemagne nazie qui lui a valu cet intérêt inhabituel ? Ou bien sa force extraordinaire face aux événements ? A moins que ce ne soit son secret… Celui qui l’a aidée à survivre. Celui qui a même inspiré à la Mort ce si joli surnom : la Voleuse de livres…

Résumé

Liesel prend le train avec sa mère et son petit frère, direction une autre province de l’Allemagne… Le malheur qui commence à se répandre partout en cette année 1939, va s’abattre sur Liesel, son petit n’arrivera jamais à destination. Une méchante toux va l’empoter, ou plutôt la Mort qui le fera. C’est la première fois que la Mort et Lièresel vont se croiser et ça ne sera pas la dernière… Obligée d’enterrer son petit frère dans une obscure ville de province, Liesel va, ce jour là, récupérer un livre, qui aura plus de symbole que d’utilité dans une premier temps et si c’était le premier d’une série ? L’histoire de la voleuse de livre ne fait que commencer…

Mon avis

Liesel est une petite fille d’à peine 9 ans que sa mère va confier à une famille nourricière car les temps changent et cette maman craint pour la vie de ses enfants. Malheureusement, la Mort vient ravir le petit frère de Liesel pendant le trajet en train vers Molching en Allemagne. Après la mise en terre du petit, Leisel récupère un livre tombé de la poche d’un des fossoyeur, et le conserve  au lieu de le remettre à son propriétaire. Puis finalement Liesel est confiée à M et Mme Hans Hubermann, habitants à  Molching. Rosa gagne un peu d’argent en faisant du repassage pour certains familles de la ville et Hans est peintre en bâtiment le jour, accordéoniste le soir. Liesel est inscrite à l’école de la ville mais ne sachant pas lire et peu écrire elle est placée avec les plus jeunes. La nuit elle fait des cauchemars mais le généreux Hans vient apaiser ses peurs. Un soir où il sera contraint de changer les draps de Liesel, il tombera sur le livre que cette dernière a récupéré au cimetière. Il décide alors de lui apprendre à sa façon, à lire. Rattrapant son retard doucement, Liesel sera changée de classe et deviendra la camarade préférée de Rudy Steiner …

Au départ, la narration est étrange, à chaque nouvelle partie du roman, on nous donne les titres des chapitres de la partie. Et puis le récit est entrecoupé d’apartés. Et puis on se rend compte que la narratrice de l’histoire de Liesel est la Mort elle-même. C’est déroutant au début parce que la Mort s’attache à des choses comme les couleurs et les impressions et surtout elle n’aime pas les mystères, elle annonce donc parfois ce qu’il va se passer quelques temps après.  Mais on se rend vite compte que cette façon de procéder permet d’atténuer un peu le drame ou les drames que l’on pressent. Et puis l’important, au final ce sont moins les événements que le cheminement, que ce qui va conduire aux faits qu’elle annonce. La Mort est un personnage cynique mais finalement (et paradoxalement) attachante ! Elle se raccroche aux couleurs et aux belles histoires pour se raccrocher à quelque chose dans les ténèbres. C’est loin d’être simple d’être la Mort.

L’histoire de Liesel oscille entre l’extraordinaire et le banal. C’est surtout apprentissage du pouvoir des mots et l’importance de savoir lire pour comprendre le monde et comment il fonctionne. Son histoire est touchante car elle s’inscrit dans une réalité dure et implacable. Une époque marquée par les horreurs de la guerre où il peut germer des fleurs d’espoir.

Le lecteur suit Liesel pendant les années de la seconde guerre mondiale et il découvre le quotidien de personnages normaux prises dans la montée du nazisme et la tourmente de la guerre.  Quand on est pris dans la spirale, que faire ? Comment s’en sortir ? J’ai beaucoup aimé avoir ces points de vue, à travers le regard des enfants, des habitants de Molching, entre ceux qui soutiennent le Führer et ceux qui ceux ne savent plus comment se comporter. Ou quand les hommes bons se sent coupables d’être ce qu’ils sont, alors que ne sont pas eux les méchants et les responsables. Mais que faire, risquer de perdre la vie, mettre en jeu celle de sa famille, se taire ? Ou essayer de changer les choses quand même en prenant tous les risques… Difficile. Une des choses les pires peut être c’est d’être persécuter par son propre pays et que tout part d’idées, de mots qui se rependent, qui grandissent dans la tête des gens, qu’on finit par croire, sans réfléchir au vrai sens de tout cela. Terrifiant. Il y a de beaux passages, parfois drôles, parfois tristes, il y a de belles leçons de vie, de courage, d’amour, d’amitié,… Il y a des images et des métaphores, comme les combats de Max (combats intérieurs) ou la course de Rudy, l’accordéon d’Hans, … des moments qui sont plus que ce qu’ils paraissent, des personnages qui se révèlent différents de ce qu’on attendait.

L’enfance de Liesel est remplie d’anecdotes touchantes, d’amitié, de rencontres, de combats, de découvertes et les mots, les livres, auront une part très importante dans tout ça. J’ai trouvé que le livre ne creusait pas assez parfois certaines choses (et d’autres sont moins crédibles, notamment une mais faut savoir pour le remarquer) mais dans l’ensemble c’est un très bon roman qui peut être lu par les ados et les adultes et qui livre à sa façon de superbes messages. C’est une manière particulière mais très reussie de transmettre,  d’accomplir le devoir de mémoire.

Personnellement, je n’aime pas les livres sur la guerre, encore plus sur celle là (hyper sensible, je suis et je resterai je pense) mais celui là permet grâce à son traitement d’aborder des sujets graves et terribles de façon différente et moins oppressante. Ce n’est pas un coup de coeur mais une lecture marquante (à lire avec une boite de Kleenex quand même un peu, même si l’auteur ne fait pas dans le pathos, ça reste très émouvant parfois).

Les gros plus du livre : utiliser la Mort comme narratrice, découvrir des personnages qui ont tous un rôle important et beaucoup sont attachants, un peu pathétique parfois mais c’est ce qui est touchant, les personnages secondaires sont aussi importants que Liesel (j’ai peut être même préféré ces personnages à la voleuse de livres)  : Rudy, Hans, Max, la femme du maire, la voisine…. Chacun fait face comme il le peut à la guerre, à la vie, à la mort…

J’ai beaucoup aimé ce livre et je le recommande ^^ Maintenant, je vais essayer d’aller voir l’adaptation ciné, bien que j’ai un peu peur que le traitement diffère beaucoup et que je n’y retrouve pas ce que j’ai aimé dans le livre, la poésie, les couleurs, les destinées, la Mort et ses apartés, … cette indéniable impression que les mots sont vivants.

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Petit extrait :
UN DÉTAIL
Vous allez mourir.

En toute bonne foi, j’essaie d’aborder ce sujet avec entrain, même si la plupart des gens ont du mal à me croire, malgré mes protestations. Faites-moi confiance. Je peux vraiment être enjouée. Je peux être aimable. Affable. Agréable. Et nous n’en sommes qu’aux «A». Mais ne me demandez pas d’être gentille. La gentillesse n’a rien à voir avec moi.

RÉACTION AU DÉTAIL CI-DESSUS
Ça vous inquiète ?
Surtout, n’ayez pas peur.
Je suis quelqu’un de correct.

(Voilà le ton est donné !)

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Le sacrifice des damnés (Le cycle des âmes déchues, T2) de Stéphane Soutoul

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Editions du Petit Caveau, 14,90€, 181 pages

4ème de couverture

Fin du XIXe siècle. Paul de Lacarme, l’héritier d’un clan dévoué à la chasse aux vampires, regagne la demeure familiale après une longue errance. Sur place, il ne découvre que mort et désolation. Les résidants du domaine mis à sac ont été assassinés, mais surtout sa sœur est portée disparue.

Léonore de Lacarme couve en son sein un terrible enfant convoité par un groupe de fanatiques. La jeune femme enceinte pourra-t-elle échapper à ces individus prêts à tout pour accomplir leurs sombres dessins ? Et son fiancé, cet amant à présent devenu un prédateur aux mœurs sanglantes et à la séduction irréelle… peut-elle encore lui accorder sa confiance ?

Paul de Lacarme va tenter l’impossible pour retrouver l’unique famille qui lui reste et la soustraire à un funeste destin. À moins que la trahison d’un ancien amour ne le précipite lui aussi au cœur d’un piège sans retour…  

Résumé

1899, Léonore de Larcame et son ami Norman sont en fuite. La demeure familiale de Léonore a été dévastée, mais ce ne sont pas l’argent ou les trésors que cherchaient les vandales.  Mais Léonore et son conjoint eux-même. Parvenu à se soustraire à ceux qui les ont enlever, ils reçoivent l’aide inespéré d’une jeune femme Sélène. Elale les met à l’abri, l’occasion pour Léonore de se reposer, bientôt au terme de sa grossesse, cette mésaventure l’a beaucoup affaiblit. Elle se remémore alors l’enfer qu’elle vient de vivre…

Mon avis

Une excellente lecture !

J’ai retrouvé avec plaisir la plume magnifique de Stéphane Soutoul, c’est à chaque fois un plaisir de lire un de ses textes, tant il a l’art de nous transporter dans un univers sombre et différent, ici au 19ème siècle. J’avais adoré le premier tome du cycle et je suis toujours autant emballée !

L’action se déroule un peu plus d’un an après Le mal en la demeure. Les deux textes pourraient se lire indépendamment mais c’est quand même plus sympa de lire le cycle en entier ! Toute fin 1899, le style d’écriture est toujours adapté à l’époque contée. Même si cette fois-ci, l’atmosphère n’est pas aussi marquée et que l’histoire se prête un peu moins à la description des us et coutumes de cette époque. Parce qu’il s’agit d’un tome, où l’action prime par rapport au précédent.

L’histoire et la trame est différente du premier, j’apprécie énormément quand on nous évite les répétitions. Quand on referme un tome d’une saga et qu’on se dit « voilà je n’ai pas eu l’impression de relire la même chose » et là c’est vraiment chouette ! Alors bien sur on reste dans le thème vampirique mais les personnages et ce qui leur arrive changent et ça renouvelle totalement le récit tout en gardant une continuité, des liens et l’esprit du premier tome.

J’ai beaucoup apprécié retrouver Léonore de Larcame, ce personnage m’avait déjà bien plu dans la nouvelle qui finissait Le mal en la demeure. Elle a changé, elle attend un enfant et a un homme dans sa vie. On tremble pour elle dans ce tome, pour elle, pour la famille Larcame. J’ai beaucoup apprécié Norman, son fiancé, surtout la psychologie de ce personnage qui lutte contre la fatalité. Il doit lutter contre des instincts qu’il exècre et son amour pour Léonore. La dualité qui se fait jour en lui est vraiment bien écrite, bien décrite. On ne peux qu’être révolté parce qu’il lui arrive et compatir à sa souffrance. Le lecteur également découvrira Paul, le demi-frère de Léonore, le grand absent du tome 1, que l’on apprend enfin à connaitre.

Dans ce tome, j’admire la façon dont Stéphane Soutoul surprend son lectorat en malmenant ses personnages. Oui, ce cycle, la destinée des Larcames est dramatique et je m’y attends, il n’empêche que je suis quand même surprise par la tournure des événements ! Les personnages de ce tome sont attachants, courageux, humains, avec des points fort et des faiblesses. Les ennemis de ce tome, font froid dans le dos. Trahison, vendetta, ambition, folie, cruauté,… un panel qu’on nous réserve certainement dans la suite, je pense. En tout cas, il est probable qu’on retrouve un personnage que je sais déjà détester au plus haut point !!!!

A la fin de ce récit, comme pour le premier, le lecteur découvrira une nouvelle qui prendra comme personnage un nouveau membre de la famille Larcame. On découvre donc quelqu’un qu’il sera plus que très intéressant de suivre dans le tome 3 ! Cette nouvelle donne sans soute le ton de la suite et je suis impatiente de la lire ! Entre ténèbres et lumière, entre espoir et désolation, je sens que je dévorerai le tome 3 autant que les deux premiers opus de ce cycle !

Le sacrifice des damnés est une digne suite du mal en la demeure, différente mais qui compète à merveille le cycle. C’est très bien écrit, délicat et cruel à la fois. Le style est un peu moins « victorien » que le premier tome mais on excuse bien volontiers l’auteur car il nous réserve de l’action, des surprises et des retournements de situation !

Cette chronique est assez courte mais ça serait gâcher votre plaisir que d’en raconter trop ! Sachez en tout cas, qu’une fois de plus, je suis charmée par les histoires et la plume de Stéphane Soutoul, qui est adorable en plus, toujours disponible pour vous parler de ses livres et de ses idées en salon ! Je suis heureuse de savoir que j’ai encore le tome 3 à lire et que je lirai certainement en début d’année prochaine le tome 2 d’Anges d’Apocalypse (sauf si je craque avant!) ^^

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