A vos souhaits de Fabrice Colin

J’ai lu, 381 pages, acheté d’occasion, tirage épuisé

Lecture effectuée dans le cadre de la 17ème rencontre du club de lecture l’île aux livres/Alille.com, sur le thème « A la découverte d’un auteur : Fabrice Colin »

4ème de couverture

Dans un Londres décalé, rebaptisé Newdon, vivent des elfes, des gnomes, des enchanteurs, des humains et des célébrités telles que Sherlock Holmes, Oscar Wilde ou Jack l’Eventreur. Au milieu de cette foule fantaisite, un entraîneur sportif mène l’équipe des Ogres de Chelsay d’echecs retentissants en piètres performances. Un quatuor formé de ce suicidaire raté, d’un apprenti magicien sans talent, d’un nain nuisible aux fleurs des jardins et d’un petit dragon domestique mythomane, va se voir confier la délicate mission de déjouer le diable qui a investi la ville…

Mon résumé

Dans la ville de Newdon, John Moon est entraineur sportif d’une équipe Les Ogres de Chelsay du jeu local, son équipe composé d’elfes, d’orges, et autres créatures est dernière du championnat. Dans cette ville plongée dans un brouillard quasi perpétuel et dont on ne connait pas les frontières, John est désespéré. Sa copine l’a quitté, la dernière place du championnat va sonner la fin de sa carrière, il voudrait bien en finir avec la vie. Mais à chaque fois, quelque chose se passe qui l’en empêche. En plus, en guise d’ami, il n’a que deux boulets qui lui collent aux basques : Gloïn un nain incapable de faire pousser la moindre plante (le BABA pour un nain normal) et Vaughan, un elfe incapable de réussir ses examens de magie (le comble pour un elfe).
Quand le Diable va se retrouver libérer de sa crypte, où les 3 Mères (la Mort, la Nature et la Magie) l’avait enfermé la dernière fois qu’il a voulu envahir le monde, la vie de John va être chambouler, et les ennuis vont commencer !
Mais si tout ça n’était qu’une invention de celui qui tire les ficelles en douce… le Grand Marionnettiste ?

Mon avis

Un ovni dans la Fantasy française

On retrouve ici beaucoup de personnages, de créatures fantastiques qui côtoient les humains : des elfes, des nains, des fées, des zombies, des vampires, des ogres, des fantômes, … Notre héros est clairement un anti-héros, un loser, un gars qui subit les événements, sur qui le sort s’acharne, qui ne comprend rien à ce qui lui arrive… Voilà John Moon et son aventure complément barrée. Parce que voilà, c’est clairement ici, rien que la 4ème de couverture le confirme, un livre de fantasy humoristique, mêlant tous les effets du genre.

Et effectivement c’est très drôle, des situations cocasses, rien ne se passe comme prévu, on navigue presque entre réel et rêve, fantasme et folie. Pas vraiment parodique sur le genre c’est plutôt loufoque, gentiment barré, décalé, très second degrè. Mais l’histoire se tient bien. J’ai eu du mal au début à rentrer dedans, je ne voyais pas trop où ça voulait en venir mais après une quarantaine de pages, j’y voyais déjà plus clair. Un livre où il faut se laisser complètement embarqué, sortir son sens de l’humour de sa poche, sinon, vous risquez vraiment de ne pas aimer et de trouver ça confus. Moi j’ai passé un moment agréable et drôle avec John Moon, Gloïn, Vaughan et le dragon domestique, étrangement doué de parole !

Les personnages secondaires sont très bien croqués, comme les décors, les lieux, les impressions mystérieuses, on s’y croirait presque dans ce Londres revisité ! Une atmosphère et une ambiance vraiment réussies. On trouve vraiment de tout question personnage dans ce roman qui foisonnent sans que ça ne soit trop. Une grosse préférence à la Mort et au Diable qui sont deux êtres incarnés complètement décalés, avec leur querelles qui datent de plusieurs millénaires. Il est difficile d’en parler plus précisément (des personnages ou des actions) tellement il se passe de choses, qui ont des imbrications les unes avec les autres. Il y a beaucoup de clins d’œil, quelques jeux de mots, des figures de style,… J’ai beaucoup aimé la façon dont Fabrice Colin joue avec son lecteur mais également avec ses personnages et notamment avec John Moon !

Ce livre c’est comme une farce mais dans le sens théâtral du terme, ici on n’essaie pas de nous faire croire à des faits peut-être réels ou peut-être imaginés, on est bien dès le début dans l’imagination débordante de Fabrice Colin, parfois tirée par les cheveux, mais comme c’est un roman drôle et décalé, c’est clairement dans le ton et cela passe très bien.

J’ai aimé le style d’écriture de Fabrice Colin, ça se lit vite et bien, c’est rythmé (découpage en petites parties ayant un titre plutôt qu’en chapitre), le ton est drôle, c’est léger mais pas simpliste. Le langage est adapté à la personne qui s’exprime, encore plus flagrant quand ce sont des abrutis (comme certains joueurs du jeu national) qui parlent ou des zombies auxquels ils manquent une partie de la mâchoire !

Si on veut aller un peu plus loin que le récit lui-même, on trouve des axes de réflexion très intéressants comme : Qui décide vraiment de notre vie ? Est-on complètement pris dans le système ? Pouvons-nous agir et réfléchir par nous-même ? Ou bien est-ce que ce sont nos croyances qui nous façonnent ?  Sommes-nous censés suivre ou bien agir et nous rebeller ? Faire le contraire de ce qu’on nous dit ? Est-ce que nos dirigeants agissent pour eux ? ou pour l’intérêt commun ? Faut-il croire ? Pourquoi ? Et finalement est-ce si important que ça toutes ces questions ?

Un bémol, même si j’ai beaucoup aimé la Mort et la façon dont elle est personnifiée etc., c’est dommage d’avoir négligé ses sœurs la Nature et la Magie, ça m’aurait bien plut d’avoir plus d’actions de ce côté. Un autre point, la couverture ne donne pas vraiment envie par rapport à celle des grands formats c’est dommage. Et le texte manque un peu d’aération dans cette version.

Voilà, pour moi, c’était une agréable lecture, une bonne découverte de l’auteur, c’est vrai que ça ne plaira pas à tout le monde la fantasy fantaisiste mais les personnages sont truculents, drôles, les personnifications bien trouvées, j’en garderai un bon souvenir. Cependant, je préfère l’humour parodique de Pratchett mais Colin se défend très bien dans le domaine en tout cas.

Bannière réalisée par Cassiopée pour la réunion du club de lecture ayant pour thème  » A la découverte d’un auteur : Fabrice Colin »

Le Montespan de Jean Teulé

Pocket, 6,70€, 307 pages

4ème de couverture

Au temps du Roi-Soleil, avoir sa femme dans le lit du monarque était pour les nobles une source de privilèges inépuisable. Le jour où Louis XIV jeta son dévolu sur Mme de Montespan, chacun, à Versailles, félicita le mari de sa bonne fortune. C’était mal connaître Louis-Henri de Pardaillan, marquis de Montespan…

Gascon fiévreux et passionnément amoureux de son épouse, Louis-Henri prit très mal la chose. Dès qu’il eut connaissance de son infortune, il orna son carrosse de cornes gigantesques et entreprit de mener une guerre impitoyable contre l’homme qui profanait une union si parfaite. Refusant les honneurs et les prébendes, indifférent aux menaces répétées, aux procès en tous genres, emprisonnements, ruine ou tentatives d’assassinat, il poursuivit de sa haine l’homme le plus puissant de la planète pour tenter de récupérer sa femme…

Résumé du début

Tout commence par une « dispute » entre 8 personnages de la noblesse, 4 d’un côté, 4 de l’autre et une proposition de duel le lendemain matin aux premières heures du jour. C’est à cette « occasion » ainsi que Louis-Henri Marquis de Montespan va perdre son frère le Marquis d’Antin. Alors qu’il se fait sermonné par La Reynie (les duels sont interdits par Edit), pour les actions de son frère trépassé, Louis-Henri va faire la rencontre de Françoise de Rochechouard de Mortemart, dite Mlle de Tonnay-Charente qui elle, suite à ce duel, n’a plus de fiancé. Entre Françoise et Louis-Henri, ça sera le coup de foudre, et le début du bonheur… Jusqu’à ce que criblé de dettes et voulant assuré un grand train de vie à sa magnifique épouse, le Marquis décide de partir en campagne de guerre (d’abord des séjours assez courts, puis plus longs) pour le Roi Louis XIV, pendant que sa femme restée seule, se fera introduire à la cour de Versailles par Louise de la Vallière, favorite du Roi mais il est bien connu que « la favorite en date présente toujours la prochaine à sa Majesté… »

Mon avis

Mitigé, je n’ai ni adoré, ni détesté, en fait, j’ai aimé certains points et en est pas aimé d’autres.

Je ne suis pas contre les romans historiques ou l’histoire de France, je n’en lis pas beaucoup, mais j’aime bien, surtout qu’en c’est un poil romancé et pas juste un traité d’histoire. Ici, j’ai apprécié que l’auteur nous raconte l’histoire d’un personnage qui est resté peu connu mais qui méritait d’être mis en lumière. Par contre, j’ai beaucoup de mal avec la royauté, le pouvoir de droit divin, les passes-droits du Roi qui était tout puissant et là impossible de faire l’impasse dessus, puisque de l’histoire du Marquis de Montespan c’est justement tout ça, une homme qui a une femme qui va plaire au Roi parce qu’elle est belle, pas farouche et avec moult traits d’intelligence. Et bien entendu, une fois que votre femme est la favorite du Roi, c’est comme si elle n’était plus votre femme, le drame pour quelqu’un d’aussi amoureux.  Du coup, j’ai oscillé entre l’intérêt porté à ce qu’allait décider, faire, choisir M. de Montespan et l’envie de jeter le livre à travers la pièce (nan j’exagère 😉 ) ! Comprendre que ce n’est pas le livre en lui même, ni le style de l’auteur mais bien certaines parties de l’Histoire avec un grand H que je n’aime pas.

Du coup, je ne me suis attachée qu’au Marquis, qui est amoureux de sa femme, un comble semble-t-il à l’époque. Dans la noblesse surtout. On ne s’y mariait pas par amour mais  pour des raisons d’argent, pour associer des familles, etc. Il est le seul a avoir été horrifié d’apprendre que sa femme couchait avec le Roi, tous les autres maris n’auraient attendu que cela, pour pouvoir bénéficier de titres, de terres, d’honneurs non acquis, d’argents. Tout ce que Montespan refusa toute sa vie. Et c’est vraiment ça qui m’a attaché au Marquis, il a décidé de ne pas se laisser faire, de ne pas se taire, il a refusé tous les privilèges qu’on lui a proposé quitte à finir en prison, exilé ou mort. Il est resté droit dans ses bottes et même en prenant de l’âge et en ayant une situation financière très peu reluisante, il n’a pas cédé au Roi qui lui avait déjà pris sa femme, pas question qu’on lui prenne en plus son honneur ! Mais il sera finalement malheureux quasiment toute sa vie, privée de sa femme, ses enfants frappés par le malheur (de façon différente) de n’avoir pas eu une mère auprès d’eux, etc. Cet homme a été ridiculisé, méprisé, montré du doigt par la noblesse de l’époque, alors qu’il n’avait aucun tort à se reprocher (ou si peu). La méchanceté et la vilénie de cette période et de ces gens, c’est vraiment quelque chose qui m’horripile. J’ai du mal à voir ça avec plus de recul. Du coup, ça me reste en tête après ma lecture, même si le sujet est ailleurs ou qu’on peut prendre le fait que ça soit relaté dans le roman, comme une forme de dénonciation des travers de l’époque. (Et puis, même si les temps ont changé, ça reste malheureusement encore trop actuel, bref, reprenons).

Au début j’ai apprécié Françoise, jeune, très femme, plein de joie et d’esprit, amoureuse de son époux et réticente à rester seule à la cour, mais plus j’avançais dans le roman, plus on apprend que la situation de favorite plus tient à coeur, qu’elle aime ça, se taper le roi et porter ses enfants finalement, plus je l’ai détesté. Pourtant, quand on y réfléchit, elle n’a fait que ce qu’on attendait d’elle à l’époque. Mais elle a pris la grosse tête, les gens ont commencé à la détester et moi avec. Après, on a pas réellement son point de vue ou très peu, du coup, est-elle heureuse elle ? Pas si sur.

Enfin, le roman n’épargne pas le Roi, la noblesse (française ou étrangère), les mœurs de l’époque (évoquées donc comme dénoncées finalement), du coup, c’est vrai que j’en garde quand même une bonne impression, même si j’ai pu être agacée par certaines choses pendant ma lecture.

J’ai bien aimé aussi les références qui sont introduites avec les personnages comme La Fontaine et les illustrations très parlantes qui aident à se faire une idée des lieux, personnages, etc. Les chapitres sont courts, le rythme est rapide, ça se lit très bien.

Sinon, j’ai aimé le travail de Jean Teulé, quand on regarde une biographie de Mme de Montespan, on se rend compte que tous les événements charnières de sa vie sont repris dans le roman (est-ce que tout est vrai, là c’est une autre question), de plus, la manière de décrire la réaction du Marquis, ses actions (comme repeindre le carrosse en noir et ajouter des cornes à son blason), sa manière d’envoyer bouler les émissaires du Roi, ou le Roi lui-même c’était vraiment un régal ! Le récit tout en image, avec un langage assez fleuri ou cru, pas mal de scène de sexe, de bravades, … ça m’a bien plu aussi, l’histoire est vraiment contée avec le style qu’il faut pour la mettre en relief, avec piquant et humour, mais aussi en n’occultant pas ce qui était dur, crasseux, sale, (au propre comme au figuré)…  Je pense donc que je relirai avec plaisir d’autres romans de  Jean Teulé. Et sans doute, le suivant viendra très vite avec Le Magasin des Suicides que je veux lire avant de voir l’adaptation au cinéma.

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Lecture commune dans le cadre du Club de Lecture Alille.com (16ème rencontre)

Intrusion d’Elena Sender

Pocket, 7€60, 533 pages

Lecture effectuée dans le cadre de la 2ème lecture commune du Club de Lecture ALille.com d’aout 2012

4ème de couverture

Brillante neuropsychiatre, spécialiste des troubles de l’âme, Cyrille Blake reçoit un nouveau
patient : Julien Daumas. Très séduisant, mais obsessionnel, impulsif, le regard inquiétant. D’emblée, il la tutoie, lui dit qu’il la préférait avec ses cheveux blonds. Cyrille est pourtant sûre de n’avoir jamais vu cet homme. En vérifiant dans ses dossiers, elle doit se rendre à l’évidence : elle l’a soigné lorsqu’elle terminait son internat de médecine. Comment peut-elle ne plus s’en souvenir ?
Déstabilisée, Cyrille fouille son passé et découvre l’impensable : elle a oublié des pans entiers de son existence. C’est incompréhensible. D’autant qu’au même moment, des événements inhabituels surviennent autour d’elle. Epiée en permanence, traquée jusque dans son appartement, Cyrille croit devenir folle ! Il faut qu’elle retrouve la mémoire. Coûte que coûte. Sauf que dans certains cas, il vaut mieux ne jamais se souvenir car, parfois, l’oubli est la seule solution pour continuer à vivre.

Résumé du début

Cyrille Blake est une neuropsychiatre brillante, à la tête du Centre Dulac, dont le but est la recherche du bonheur. Centre complet, présentant de nombreuses disciplines permettant de proposer des traitements légers mais efficace contre les pathologies les moins lourdes : dépressions, pertes, traumatismes légers,… L’occasion pour Cyrille d’utiliser le médicament dont la principale molécule a été découverte par son mari chercheur et brillant professeur en neuropsychiatrie. Molécule qui permet d’atténuer voire de supprimer la souffrance et les angoisses des patients traités. Un jour, Cyrille reçoit en consultation, Julien Dumas, souffrant de cauchemars et de divers troubles. Ce patient se comporte avec elle comme s’il la connaissait bien et en effet, Cyrille découvre qu’elle a été son médecin lors de sa dernière année d’internat mais elle n’en a plus le moindre souvenir. Que se passe-t-il ? Comment a-t-elle pu oublier quelques mois de sa vie ?

Mon avis

Un livre haletant et intriguant, j’ai cependant un avis mitigé. Les chapitres relativement courts ou composés de plusieurs parties comme autant de points de vue, des rebondissements et des changements de lieux permettent de rythmer ce roman. C’est très bien construit, le lecteur est souvent laissé à son suspect avec le changement de point  de vue ou de personnages, ce qui créé une attente, de petites frustrations qui poussent à tourner les pages rapidement jusqu’à se trouver à la fin du récit. Prise dans l’intrigue, je voulais absolument savoir de quoi il retournait. Une intrigue qui tourne sur la science du cerveau, les souvenirs, les oublis, … L’auteure a su parfaitement vulgariser les cotés et aspects scientifiques afin de rendre le récit le plus abordable possible pour les lecteurs. On est loin des thèses et des données scientifiques à chaque page, qui plomberaient le livre mais ça n’en reste pas moins assez précis et scientifique. On y trouve donc du suspense et on ne comprend où ça va en venir qu’assez loin dans la lecture.

Concernant l’histoire, j’ai fortement apprécié le début, les aspects scientifiques, les rebondissements qui amènent à découvrir de nouveaux personnages, mystérieux, intéressants et dont on souhaite découvrir leur implication dans les événements. Il y a tout un aspect original tournant autour du cerveau, des protocoles de médecin, des traitements des patients,…, cependant, je n’ai pas aimé la toute fin du roman, il y un aspect de l’histoire qui ne m’a pas plut, que j’ai trouvé de trop, en plus j’avais vu ça venir et j’espérais me tromper…  De plus, vu l’histoire, je ne le qualifiera pas vraiment de thriller… Ou alors psychologique (bien que je n’ai pas ressenti d’angoisse ou ce genre de réaction). Donc, si vous n’aimez pas avoir peur, si vous n’aimez pas quand c’est « gore » ou très noir, le thème thriller ne doit pas vous effrayer, vous pouvez y aller.

Je me suis attachée à Cyrille, elle est droite, professionnelle, un peu froide peut être mais très compétente, apaisant ses patients, convaincue de ce qu’elle fait, etc. Progressivement, elle découvre ce que les autres pensent d’elle, assez loin de la vision qu’elle a d’elle-même, et apprend qu’elle était bien différente 10 ans auparavant, plus enjouée, plus vivante, … On vit avec elle son angoisse quand elle se rend compte d’avoir oublié des pans entiers de sa vie, sa peur de devenir folle ou d’être malade et de devoir être soignée voire internée. J’ai apprécié qu’elle prenne des risques mais toujours en ayant conscience de sa peur et de ses angoisses. On n’est pas devant une super héroïne qui va foncer dans le tas sans réfléchir (même s’il lui arrive de prendre des décisions spontanées, on la voit réfléchir), résoudre tous les mystères en 5 min montre en main. Cet aspect d’un personnage juste avec des forces et des faiblesses est accentué par des événements assez cohérents, des temps d’action crédibles entre les choses que font les personnages.

J’ai apprécié qu’on ne sache pas avant la fin de l’histoire qui est vraiment Julien et ce qu’il veut, on a toujours un doute, gentil ? méchant ? Il y a pas mal de personnages secondaires reliés à Cyrille que l’on suit et auxquels on s’attache, Nino un cadre infirmier, MJ la nièce de Cyrille qui est aussi sa secrétaire, … ou qu’on déteste : Manien son ancien professeur et responsable à Ste Félicité (hôpital), …. Ils l’aident ou la conseillent pour son bien ? La mettent en garde ou se jouent d’elle ?

L’histoire est vraiment bien construite, elle vous fait aussi voyager en Thaïlande, c’est très bien écrit, assez facile d’accès même sans étude scientifique, loin d’être barbant, c’est très intéressant de voir la complexité du cerveau, l’implication de la perte de souvenirs, etc. Vraiment ce qui m’empêche de le trouver génial et d’avoir un coup de cœur, c’est la toute fin à laquelle je m’attendais tout en espérant que finalement je me trompe et que ça, ça me surprendrait. Après, d’autres ont adorés, donc c’est vraiment parce que la fin comme ça, non, pour moi, c’est pas possible.

C’est quand même un très bon premier roman, on sent que l’auteure connait son sujet, elle a dosé les données pour que ça soit à la portée de tout le monde.

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Trois Soeurcières de Terry Pratchett

Pocket, 6€10, 287 pages

Lecture réalisée dans le cadre de la lecture commune du Club de Lecture Alille.com d’aout 2012.

4ème de couverture

Le vent, l’orage et les éclairs… Tout cela dans l’horreur d’une profonde nuit. Une de ces nuits, peut-être, où les dieux manipulent les hommes comme des pions sur l’échiquier du destin. Au coeur des éléments déchaînés luisait un feu, telle la folle dans l’oeil d’une fouine. Il éclairait trois silhouettes voûtées. Tandis que bouillonnait le chaudron, une voix effrayante criailla :  » Quand nous revoyons-nous, toutes les trois ?  » Une autre voix, plus naturelle, répondit : « Ben, moi j’peux mardi prochain. » Rois, nains, bandits, démons, héritiers du trône, bouffons, trolls, usurpateurs, fantômes, tous sont au rendez-vous. Shakespeare n’en aurait pas rêvé autant. Ou peut-être que si ? Mais l’avantage du roman par rapport au théâtre c’est que l’on peut s’autoriser beaucoup, beaucoup plus de personnages. Et même le ravitaillement en vol d’un balai de sorcière !

Résumé du début

C’est la nuit, trois personnages sont à la fin de leur réunion autour d’un chaudron… Trois sorcières réunies en convent, histoire de partager leurs expériences, leur façon de voir et de faire les choses,… Initié par Magrat Goussedail, jeune sorcière, elle se réunit avec Nounou Ogg, qui vit marié avec une ribambelle d’enfants après du château du royaume et Mémé Ciredutemps, la doyenne des sorcières…

Quand le roi Vérence, monarque du royaume de Lancre, s’aperçoit qu’il est hors de son corps, assassiné d’une dague dans le dos, la Mort s’adresse à lui et lui explique la situation:  il ne peut l’emmener parce qu’il semble que sa destinée n’est pas terminée, il doit donc hanter le château en temps que fantôme. Quelle désolation pour Vérence qui ne peut plus rien faire et encore moins se venger du Duc qu’il sait être coupable de son assassinat ! Et en plus son fils (un bébé) a disparu, la couronne royale aussi d’ailleurs.

Ils ont été emmené par les gardes auprès de Mémé Ciredutemps, seulement cette dernière ne sait pas bien quoi en faire ! Elle ne peut garder ni le bébé, ni la couronne et encore moins s’immiscer dans les affaires du royaume…

Mon avis

J’ai lu les 5 précédents. Une chance d’ailleurs, parce que comme pas mal de mes coupines, je n’aime pas lire les séries dans le désordre. Cependant, ayant lu les 5 précédents donc, je peux dire que ce 6ème livre peut se lire indépendamment, des autres. On retrouve d’univers si particulier du Disque-Monde bien sur mais les personnages principaux de ce tome, n’ont pas été vu avant (mise à part la Mort, présente régulièrement dans les livres, et plus particulièrement dans le 4ème tome : Mortimer)

Seule une allusion à un (autre) personnage des tomes précédents est faite mais franchement elle n’a pas d’importance dans cette histoire donc pas de problème si vous devait lire ce tome avant les autres.

Autant j’ai me souviens bien des 4 premiers, autant le 5ème tome ne m’a laissé de souvenirs impérissables et autant celui-ci je pense que je m’en souviendrais ! C’est un très bon tome qui se lit facilement et vite, toujours écrit sur le ton du sérieux et de humour à la fois, de la parodie comme j’aime. Je trouve que plus j’avance dans les annales du Disque-monde, plus l’univers créé me semble familier, plus le côté parodique revient aux personnages, plus qu’à l’ensemble de l’histoire, question d’habitude certainement. En tout cas, j’ai beaucoup aimé l’histoire et les thèmes abordés par ce tome.

Les trois sorcières ont des comportements, des physiques et des caractères différents. Entre la doyenne Mémé Ciredutemps, intransigeante, qui n’aime pas franchement perdre son temps et encore moins user de la magie si elle n’y est pas forcée, Magrat, la jeunette débutante, romantique, qui aimerait tant que les sorcières utilisent tous les trucs et astuces des livres, dans les traditions et Nounou Ogg, bonne vivante, qui s’est marié, a eu une ribambelle d’enfants, qui aime bien boire un coup et chanter des chansons paillardes, on a 3 personnages hauts couleur qui ne sont pas souvent d’accord, j’adore quand elles se chamaillent et se prennent la tête,  toutes  trois différentes ça fait des étincelles mais elles ont quand même une belle complicité.

Les personnages secondaires sont bien développés je trouve entre le roi Vérence mort et fantôme de son nouvel état pédant comme il faut, le duc et la duchesse antipathiques à souhait, le fou pas si fou, le fils du défunt roi Vérence, Tomjan et ses parents adoptifs, le nain Hwel, auteur des pièces de la troupe de théâtre, on a là une belle palette de personnages également.

Cette intrigue tourne autour du théâtre et on a beaucoup de référence au théâtre tel qu’on le connait nous. J’ai adoré quand Mémé Ciredutemps découvre le théâtre et qu’elle a le sentiment qu’on lui  ment et que tout est faux, elle s’énerve et ne comprend pas! Pas de mystère Trois soeurcières fait référence aux 3 sorcières de MacBeth de Shakespeare et il y a même un passage très plaisant et librement inspiré. J’ai beaucoup aimé également l’inspiration et les rêves de Hwel, il rêve de notre théâtre, de choses qui n’existent pas dans son monde et le décalage est très drôle. Prendre le sujet du théâtre en parodie, je trouve ça très bien trouvé, les auteurs de pièce ont toujours quelques choses à dénoncer sur la société, les personnages sont rarement pure invention, les faits sont faux mais pas vraiment, etc.

On sourit beaucoup et on rigole même parfois à la lecture de ce tome joliment décalé. Les amoureux de théâtre devraient repérer plus facilement que moi les références et les clins d’œil. Moi, j’y vois aussi des références à Hamlet même si c’est moi flagrant que MacBeth. Il faut aussi avoir de l’humour, et ne pas être rebuté par certaines formes de parodie, parce que sinon, je vois déjà venir les brimades et autres remarques acerbes.

Autre point en décalage et récurent dans Les annales du Disque-Monde c’est la vision de la magie, ici par les sorcières (par les mages, les rois, les humains, la Mort, dans d’autres tomes), c’est caustique. On ne doit pas rigoler avec la magie, c’est un sujet sérieux, tellement, que c’est à peine si on en fait vraiment !

J’ai aimé retrouver le décalage et l’humour de Pratchett, cette façon qu’on les personnages à prendre au pied de la lettre les expressions, voire une retranscription de nos expressions courantes dans l’histoire même (avoir du sang sur les mains par exemple).

Parfois, il y a quelques longueurs, mais l’ensemble : les personnages, les réparties, les prises de bec, l’humour, les références, … ont su me les faire oublier.

J’ai lu que Trois soeurcières avait été adapté en film d’animation en 1997 avec la voix de Christopher Lee dans le rôle de la Mort, ça me plairait bien de tomber dessus un de ces jours mais ça ne doit pas être facile à trouver. Des années qu’on parle d’un film aussi mais verra-t-il un jour le jour ? Le prochain que je lirai sera Pyramides et après avoir zieuté la liste des personnages, je ne retrouverai ni les sorcières, ni les mages ! Voilà pourquoi j’aime cette série, on découvre dans un même univers, plein de domaines, de personnages et de lieux qui sont indépendant, mais délicatement reliés entre eux.