Dans les bois éternels de Fred Vargas

9782878582338

Editions Viviane Hamy, 442 pages, 18,50 € (disponible en poche)

Merci à Ludivine de m’avoir prêté son Vargas préféré pour me faire découvrir cette auteure que je n’avais jamais lu.

4ème de couverture

Danglard la voyez-vous ? demanda Admasberg. L’Ombre ? Le commandant revint sur ses pas, tournant les yeux vers la fenêtre et vers la pluie qui assombrissait la pièce. Mais il était trop fin connaisseur d’Adamsberg pour se figurer que le commissaire lui parlait du temps. – Elle est là, Danglard. Elle voile le jour . Vous la sentez ? Elle nous drape, elle nous regarde. – Humeur sombre ? Suggéra le commandant. – Quelque chose comme cela . Autour de nous. Danglard passa la main sur sa nuque, se donnant le temps de la réflexion. Quelle ombre ? Quand, où, comment ? – Depuis quand ? demanda-t-il. – Peu de jours après que je suis revenu. Elle guettait peut-être avant, rôdant dans nos parages. « 

Résumé

Adamsberg vient d’acquérir une maison, il est désormais voisin d’un vieil espagnol. Ce voisin lui apprend que sa demeure est hantée. Une ombre plane sur ce lieu. Mais elle ne s’en prend qu’aux femmes, Adamsberg n’a donc rien à craindre, a priori. Un Nouveau est arrivé au sein de la Brigade : Veyrenc. Il est placé à faire de la surveillance dans un cagibi. Sa mission, surveiller Camille. Pendant ce temps-là, deux corps sont retrouvés et faute de  preuves qu’il s’agisse qu’un crime non lié à la drogue, l’enquête risque d’être transférée aux stups. En déplacement personnel en Normandie, Adamsberg se lie avec des gars du coin qui lui racontent la façon dont un cerf a été tué récemment. D’une manière qui ne se fait pas, certainement pas l’acte d’un simple chasseur. De retour à Paris, Adamsberg retrouve Ariane, la nouvelle légiste, vielle connaissance de sa jeunesse, avec qui il évoque le cas de ‘l’Ange de la mort’, une infirmière, dissociée, qui a tuée pendant 40 ans un nombre conséquent de personnes âgées avant d’être arrêtée par Adamsberg.

Qu’est qui peut relier tous ses événements et le sont-ils ? Adamsberg va devoir creuser pour le découvrir.

Mon avis

Je n’aime pas prendre une « série » en cours, c’est donc assez exceptionnel pour moi. Ici c’est le Fred Vargas préféré de Ludivine, une copine du Club de Lecture L’île aux Livres, alors, je me suis lancée ! Il fallait bien que je découvre ^^ Alors, même s’il y a bien des allusions aux livres précédents (il y a même des notes en bas de page pour dire de quel livre il s’agit),  il ne s’agit de quelques bribes, de petites choses, sans rentrer dans le détail. Du coup, même si je n’aime pas « prendre le train en marche », ça ne m’a pas trop dérangée, ça m’a même donné envie de lire Sous les vents de Neptune (histoire se passant juste avant Dans les bois éternels) !

Les chapitres sont très courts et l’auteure creuse vraiment beaucoup ses personnages et notamment Adamsberg. Ce qui est quand même, vachement bien quand il s’agit d’un héros récurrent, c’est ce qu’attendent les lecteurs, et je pense qu’ils ne doivent pas être déçus. J’ai découvert la Brigade, un personnage à part entière. C’est comme une famille où tous les membres sont différents mais complémentaires, qui s’acceptent et s’engueulent, qu’on ne peut pas séparer. J’ai passé mon temps à me demander comment elle tenait debout cette Brigade, surtout avec un commissaire comme Adamsberg mais au final, il ne pourrait en être autrement. Cette façon s’être constamment en équilibre, prête à s’effondrer, c’est ce qui fait tout son charme.

Le commissaire est spécial, il a des moments de déconnexion, un côté mélancolique très prononcé, un côté perdu. Il est terriblement attachant ! Ses bizarreries le rendent encore plus  attachant d’ailleurs. On le perçoit à travers les membres de son équipe comme le pilier fragile. Il est assurément loin d’être parfait mais il a les qualités de ses défauts. Dans l’équipe, il est essentiel même si on se rend vite compte que chaque membre est important et à son rôle à jouer même mineur. Dans la Brigade, chaque membre a sa lubie, son caractère, sa façon d’être, … plein de spécificités qu’il est si plaisant de découvrir.

L’intrigue est diablement bien construite. Sous une impression de grosses ficelles et de facilité, le lecteur est en fait embarqué dans un imbroglio et ressort finalement assez voire complètement surpris du dénouement. Rebondissements, fausses pistes … Fred Vargas a réussi à me séduire, je n’en menais souvent pas plus large qu’Adamsberg. J’aime beaucoup les différents morceaux de l’intrigue, qui s’emboitent au fur et à mesure, avec en fond de tout ça, le quotidien du commissaire et ses relations difficiles avec les autres. Je n’en dirai pas plus sur l’histoire, parce qu’il est préférable de garder de la surprise, sans aucun doute ^^

J’ai beaucoup apprécié, la façon dont le récit est construit, jusqu’aux métaphores utilisées par le commissaire (les bouquetins tout ça). On recueille des indices, on cherche vraiment, on s’inquiète pour les personnages, on essaie de trouver le lien, on réussit ou on échoue, peu importe. La trame est vraiment réussie, c’est détaillé, imagé, avec un rythme propre à l’auteure et c’est, je pense, ce qui fait le charme de ce livre et de cette série très certainement. Le gros plus de Dans les bois éternels, et de la série entière sans doute, c’est le commissaire et son monde. C’est le microcosme crée par l’auteure : la Brigade, son fonctionnement, ses membres, son chef. La psychologie des personnages est bien développée. Comme le commissaire, les membres de la Brigade sont attachants, presque tous aussi barrés et bizarres qu’Adamsberg, sans oublier le chat le plus spécial du monde :p. Et comme la brigade compte presqu’une trentaine de membres, nul doute qu’il y ait matière à se renouveler de livre en livre ! Il a ceux qu’on adore, ceux qui intriguent, ceux qu’on déteste, ceux qui ne sont pas ce qu’ils laissent transparaitre…, vraiment il y a de quoi faire ^^

Je retiendrai entre autres que Fred Vargas réussit à me faire aimer des bizarreries et des attitudes qui dans la réalité m’agaceraient très certainement ^^ Elle a une façon bien à elle se surprendre son lecteur, une manière de retranscrire « l’imaginaire du quotidien » grâce à un héros différent avec les pieds sur Terre mais la tête dans les nuages.

J’ai vraiment beaucoup aimé ce roman, un vrai polar et j’ai envie de lire d’autres titres de l’auteure avec le commissaire Adamsberg, et si pour une fois, je ne cherchais pas à « lire dans l’ordre » ? Je pense que c’est faisable, parce que l’auteure ne spoile rien ou si peu des autres intrigues et donc, je risque de lire Sous les vents de Neptune prochainement.

Encore merci Ludivine, je comprend maintenant pourquoi ce livre et cette auteure sont un coup de coeur pour toi !

*******************************

88054463_p

Publicités

Ainsi fût-il d’Hervé Sard

couvÉditions L’Atelier Mosésu,  218 pages, 9,95€

4ème de couverture

« Quand Luc est appelé auprès d’un châtelain milliardaire, il s’attend à une mission ordinaire. Il va vite s’apercevoir qu’à la Pilonerie on meurt un peu trop souvent et d’étrange manière.
Le petit-fils du maître des lieux a été retrouvé écartelé par quatre chevaux, une pancarte portant l’inscription « RAVAILLAC » glissée autour du cou.
Mort naturelle selon le médecin de famille… »

Une enquête où l’embaumeur exprime tout son art, entouré de personnages tous plus extravagants les uns que les autres.
Un polar à l’intrigue bien ficelée, une galerie de portraits haute en couleurs, où le cynisme et la bêtise de chacun sont exacerbés dans les moindres détails.

« Au grand prix des macchabées, on parie que vous allez gagner ? »

Résumé

Luc Mandoline est contacté par téléphone par M. Corby, le secrétaire particulier d’un riche propriétaire. Tout en bégayant, M. Corby sollicite Luc car le petit-fils de Monsieur de Six-Fours a été retrouvé mort, une mort un peu particulière ! Et comment ! Écartelé par 4 chevaux appartenant au domaine ! Étrange demande, étrange personnage, mais il a été recommandé par la belle Elisa, ni une, ni deux, Luc saute dans le train, pour s’occuper du corps, et pourquoi pas découvrir ce qu’il se trame à la Pilonnière…

Mon avis

C’est avec joie, que j’ai retrouvé Luc Mandoline, L’Embaumeur ! J’avais besoin d’une bonne lecture détente et assez rapide et je suis très bien tombée ^^

Il s’agit donc du second volet des aventures de l’Embaumeur, de notre thanatopracteur préféré, Luc Mandoline, dont chaque tome est écrit pas un auteur différent, pour ce deuxième polar, c’est Hervé Sard, aux manettes. Souvenez-vous le premier était de Michel Vigneron et nous a transporté dans la moiteur de la Guyane. Ici, on reste en métropole et c’est du côté de Nantes, que se rend cette fois Luc. Chez un châtelain, M. de Six-Fours, presque centenaire mais sacrément alerte pour son âge. Luc va s’occuper du corps de Jean-Baptiste de Six-Fours, 29 ans, retrouvé écartelé dans l’enceinte du domaine. ça n’est pas beau à voir, mais quelle mort l’est ? Mais de là, à indiquer à la police un décès par mort naturelle… Pourquoi ?

Et comment Jean-Baptiste s’en est-il retrouvé là ? Qui est responsable ? C’est ce que va devoir découvrir Luc Mandoline sur la demande d’Hubert-Louis de Six-Fours, résolu qu’un homme extérieur au domaine, pourra faire toute la lumière sur cette étrange affaire. Enquête non officielle of course ^^ Luc va alors rencontrer toute une palette de personnages, tous plus extravagants, les uns que les autres : le fils François-Ferdinand, brillant, tellement qu’il vit dans son monde et qu’on ne comprend pas grand chose à ses raisonnements,  le médecin de famille Malo, drôle de médecin celui-là, Vali et Clara des catcheuses lesbiennes, les Chevaliers du Renouveau, des fils à papa se donnant des airs de Grands du Monde, et bien d’autres. Et puis Hubert-Louis est un être plus complexe que n’avait pu l’imaginer Luc, royaliste un peu particulier, propriétaire terrien, coureur de jupon, … Les dialogues et les idées échangés entre lui et Luc valent leurs pesants de cacahuètes ^^

Hervé Sard, nous sert un opus drôle, truffé de second degré, d’humour noir, de dérision. Serti d’une intrigue loufoque, de personnages barrés, car oui, personne n’a vraiment la lumière dans toutes les pièces là-bas ! C’est très bien écrit, comme je le disais, il y a des dialogues qui valent sacrement le coup d’œil. C’est bien construit, rythmé et prenant. La chute bien amenée, même si j’aurai bien aimé, un peu plus de développement, histoire de faire durer le plaisir de cette lecture vivante et drôle. Un bel équilibre entre dramatique de situation et humour.

Un tome court, dans lequel on découvre la manière de travailler de Luc et ses petites manies. Dans lequel, on retrouve avec plaisir, lors de plus ou moins longues apparitions, les personnages du 1er, Élisa la meilleure amie de Luc, les pieds sur terre et toujours pressée, Maxime, le flic qui aide Luc dans ses recherches, on en sait ici plus sur lui que dans le 1er. J’adore ce principe de « poulpe », chaque auteur y va de sa sensibilité, de sa gouaille, de sa façon de décrire les choses et ajoute au fur et à mesure de la consistance au personnage de Luc et aussi à ses amis. Et puis, on découvre des univers, des auteurs, … et Luc va certainement vivre tant d’aventures différentes, tantôt noires, tantôt drôles, tantôt terrifiantes, réalistes ou surréalistes,… J’ai vraiment hâte de poursuivre bientôt avec Concerto en lingots d’os de Claude Vasseur.

L’embaumeur vaut le coup qu’on le découvre ! Et puis vous pouvez facilement prendre la série en court, choisir l’auteur qui vous sied pour commencer, chaque histoire est indépendante, et les informations essentielles sont de toute façon rappelées dans le récit, et je suis sure que comme moi vous continuerez ! Cette collection devient ma parenthèse à la fois distraction et détente mais toujours lié au monde du polar et avec un fond de sérieux et de drame.

L’Embaumeur, c’est que du bonheur !

**********************

logo challenge thriller. jpg

logo challenge

Une terre si froide d’Adrian McKinty

9782234072039-GStock, 21,50€, 396 pages

4ème de couverture

« Par moments Une terre si froide fait penser à James Ellroy par la précision et l’intensité de la langue. »
The Glasgow Herald

1981, Carrickfergus, Irlande du Nord. Le gréviste de la faim Bobby Sands vient de mourir et la région est sous haute tension. C’est dans ce contexte oppressant que le sergent Sean Duffy est appelé d’urgence pour résoudre une étrange enquête : un homme a été retrouvé dans un terrain vague, une main coupée. La victime est un homosexuel notoire. Un mobile suffisant ? Puis une deuxième victime est découverte, présentant les mêmes sévices. Aurait-on affaire au premier serial killer de l’histoire du pays ? Duffy sait toutefois que les apparences sont souvent trompeuses, lui qui incarne un paradoxe en Ulster : il est flic et catholique.

Adrian McKinty réussit le pari de faire vivre la violence de la guerre civile en même temps qu’il nous entraîne au coeur d’une enquête palpitante, maniée avec un humour noir si cher aux Irlandais.

Résumé

A Belfast, les émeutes font rage suite à la mort d’un gréviste de la faim, militant de l’IRA provisoire, âgé seulement de 27 ans, Bobby Sands. Dans le même temps, le Sergent Duffy et ses coéquipiers, prêtent main forte à la police anti-émeute. En fait, ils attendent qu’on ait besoin d’eux, mais les conditions météo freinent la volonté des émeutiers et pour le moment, ils se sont pas sollicités. De retour chez lui, Sean Duffy est contacté en pleine nuit par son supérieur. Un homme a été retrouvé mort dans une voiture abandonnée, mort d’autant plus suspecte, qu’il est retrouvé avec une main coupée. Tout porte à croire qu’il s’agisse d’un règlement de compte mais la victime était homosexuelle et un autre crime similaire vient d’être découvert. L’affaire se complique et prend une drôle de tournure…

Mon avis

On n’est pas bien loin du coup de coeur !

Au début, je l’avoue, j’avais peur d’être perdue face aux contextes historique et politique de ce roman qui se passe en Irlande du Nord dans les années 80. Je n’y connais pas forcément grand chose et j’ai craint de ne pas comprendre ou que cela soit très présent dans l’histoire. Alors bien sur, le contexte est donné et les événements en fond sont réels mais les éléments sont donnés progressivement et on peut le lire sans s’y connaitre sur le climat difficile de l’époque, les groupes armés IRA, UDA, …Et puis, cela permet d’en apprendre plus sur ce qu’il s’est passé en Irlande du Nord en 1981 de manière différente. C’est vraiment très intéressant.

On suit l’histoire (à la 1ère personne) de Sean Duffy, jeune sergent catholique. Élève brillant, rien ne le destinait à rentrer dans la police. Il est muté à Carrickfergus, réputé pour être un poste plus calme, moins difficile que les autres villes d’Irlande du Nord. Sa hiérarchie souhaite plus ou moins le mettre à l’abri, car flic et catholique, c’est assez rare et peut  engendrer des tensions. Pas vraiment entre collègues mais plutôt avec la population. Mais Sean ne s’en préoccupe pas, surtout qu’il a choisi de s’établir dans un quartier protestant de la ville. Comme on s’en doute un peu, tout ne se passe pas cependant pour le mieux pour Sean. On sent bien dans le roman, la tension entre catholiques et protestants. Et puis Sean n’est pas bien vu par les catholiques, c’est un flic travaillant pour la couronne britannique, un « traitre » quoi. Heureusement Sean s’entend bien avec son équipe.
Et puis, il y a cette affaire qui commence comme un règlement de compte, la victime serait-elle un informateur ? Et ses employeurs se seraient-ils vengés de la « balance » ? Ou bien est-ce un crime homophobe ? Aurait-on affaire à la première victime d’un tueur en série, ce qui serait une première en Ulster ?

J’ai vraiment bien accroché à cette affaire, je pense que ça vient de plusieurs choses, que j’ai réussi sans mal à m’attacher à ce flic, sympathique, parfois un peu paumé. On suit l’évolution de l’enquête avec ses yeux et donc on a ses réflexions, on est perdu comme lui, on s’interroge, on cherche les pistes, remonte les fausses pistes, etc. La trame se met en place progressivement et on ne comprend pas trop vite où l’auteur nous emmène. Et puis le contexte, les tensions, les attentats dans Belfast, les émeutes, donnent une ambiance tendue et noire que j’ai beaucoup apprécié. Mais attention, ce livre est aussi touchant et drôle, j’ai souri plusieurs fois aux réflexions et à l’humour irlandais de Sean, noir mais aussi rempli d’autodérision ou parfois avec un humour « potache », ou celui de ses collègues, enfin plutôt malgré eux. Ces touches d’humour permettent de faire tomber un peu de la pression que l’on ressent dans l’histoire. J’ai aussi trouvé ça chouette de découvrir des références typiques des années 80, musicales, films ou autres (mariage du Prince Charles par exemple). Le contexte du pays dans ses années 80 est subtilement décrit, fermetures d’usines, chômages, … mais aussi le début des méthodes scientifiques. Bref, plein d’éléments qui rendent le livre terriblement efficace.

On suit aussi Sean dans sa vie de tous les jours, ses insomnies, ses rencontres, ses habitudes, son voisinage, sa passion pour la musique, les pubs, etc. etc. Ce personnage est voué à faire l’objet d’une trilogie et on apprend donc ici à le connaitre et à l’apprécier. Il sera très intéressant de suivre son évolution. L’intrigue n’est pas forcément des plus originales, bien que la tournure des événements, les liens entre les personnages et d’autres affaires sont très bien menées, on ne s’ennuie pas un instant.

Le style d’Adrian McKinty est à la fois poétique et noir (certaines descriptions des événements sont aussi belles que dérangeantes), j’ai le sentiment (sans mis connaitre beaucoup) qu’il n’y a pas de parti pris de la part de l’auteur, il essaie de rester attaché au contexte réel sans pour autant nous dire : l’IRA ou l’UDA c’est le mal ou le bien; par contre, il y a des choses qu’on ne peut accepter quelque soit le camp dans lequel on se trouve. En plus, on sent qu’Adrian McKinty est attaché à son pays, à son histoire, aux traditions, à ses particularités. C’est vraiment très bien écrit, équilibré et rythmé.

L’écriture est fluide, précise et agréable, on est emporté dans les années 80, en Irlande du Nord, on sentirait presque l’odeur de la tourbe dans les rues, en entendrait presque le bruit des balles en caoutchouc, on verrait presque les fresques sur les murs des immeubles de Belfast. J’ai beaucoup aimé découvrir cette histoire, je continuerai avec plaisir de suivre les aventures de Sean Duffy. Je découvre un auteur intéressant, qui a déjà publié une trilogie traduite en français, consacrée à Michael Forsythe, je me pencherais peut-être prochainement dessus. Ses one-shots eux ne sont malheureusement pas traduits.

Je découvre également cette collection chez Stock et l’objet livre que j’ai trouvé magnifique. Bref, je le conseille aux amateurs mais pas uniquement !

Livre lu en partenariat avec Babelio, opération Masse Critique, que je remercie.

Voici le lien vers le roman :

***********************logo challenge thriller. jpg

logo-1

Les Damnés de Ceallach de David Le Yaouang

Les damnés de Ceallach

Yoran Embanner Editions, 11€, 167 pages

4ème de couverture

Alors qu’une terrible tempête se prépare, un homme hanté par la disparition mystérieuse de son père revient sur l’île où il est né pour tenter d’élucider les circonstances exactes du drame survenu 12 ans plus tôt. Que s’est il réellement passé sur l’île de Ceallach dans la taverne O’brien ce funeste soir de Novembre 1788 ? Quel sombre secret unis les derniers habitants de cet îlot rocheux inhospitalier perdu dans la mer d’Irlande au milieu des brumes et des pluies ? A travers l’histoire du clan Macnamara et la disparition du vieux Tomàs, ce récit nous fait revivre la tentative de soulèvement des « Irlandais unis » de 1798 et le destin tragique de Théobald Wolfe Tone, père du nationalisme irlandais, qui ainsi que plusieurs dizaines de milliers de patriotes, sacrifia sa vie pour la liberté de l’Irlande. L’attitude héroïque et exemplaire de ces hommes fit naitre un courant irréversible en faveur de l’indépendance totale, qui allait être relayé par d’autres partisans par la suite, jusqu’à l’établissement définitif de la république d’Irlande.

Résumé

Dans la taverne O’Brien, sur la petite île de Ceallach, les marins attendent que le gros de la tempête passe. En ce 1er novembre 1800, l’atmosphère est pesante. Est-ce dû à la présence parmi eux d’un marin étranger qui n’a encore prononcé aucun mot ? Des marins de passage il y en a quelques uns, mais celui, ils ne l’ont encore jamais vu, ses manières sont étranges. Qui est-il? Ce que ces marins  ne savent pas c’est qu’ils le connaissent déjà et que son retour va transformer leurs vies…

Mon avis

Tout d’abord je remercie David Le Yaouang qui m’a proposé de découvrir son premier livre. Un polar qui se passe en Irlande, vous vous doutez j’ai dit BANCO !!! Merci pour ce partenariat.

Une belle découverte !

Oui j’ai de la chance en ce moment, je découvre plein de belles choses ^^ Ce roman nous raconte plusieurs choses, on découvre l’île de Ceallach, une île sauvage, marquée par le climat, peu peuplée et ses habitants, des forces de la nature, dont les croyances ont été bouleversées par la Christianisation, … On découvre la famille Macnamara, Tomàs le père qui n’a jamais voulu quitté son île, sa femme Sorcha et leur enfant Padraig. On apprend que Tomàs a disparu un soir de novembre 1788, pourquoi ? Comment ? C’est le mystère qui nous sera dévoilé progressivement. Mais avant de disparaitre, il a confié Sorcha et Padraig à son frère Joseph, devenu riche négociant à Dublin. Ainsi l’auteur nous conte la vie de Padraig auprès de son oncle dans une période (1788-1798) tourmentée pour les Irlandais, le pouvoir est aux anglais, ils gèrent toutes les institutions importantes et répriment durement les tentatives de rébellion des Irlandais.

Loin d’être rébarbatif, ce côté historique est prenant, agréablement mêlé au récit de l’adolescence de Padraig. Le style de l’auteur permet de fluidifier les événements historiques. J’ai beaucoup aimé revenir sur le passé de l’Irlande, sur les grandes figures du nationalisme irlandais qui ont donnés leurs vies pour l’indépendance, la liberté, … , sur les tentatives des Irlandais aidés par la France car ils ont les Anglais comme ennemi commun, etc. Quand j’irai à Dublin le mois prochain, je ferai plus attention que la première fois, aux noms et aux symboles. Et j’espère remanger dans la Taverne peu recommandable au 18ème siècle le Brazen Head !

Le côté polar-enquête n’est pas très marqué, disons qu’on a une énigme mais pas vraiment d’enquête, par contre, le côté polar historique-politique est vraiment intéressant ! J’ai appris et réappris plein de choses sur l’Histoire de l’Irlande, des choses, et d’une façon très agréable ! Et on s’attache à Padraig, on a envie de savoir ce qu’il va faire et ce qu’il va découvrir en retournant sur l’île 12 ans après. Il est né sur cette petite île irlandaise mais a été élevé bien différemment finalement, comment va-t-il réagir face à ses découvertes ? Même si le récit est court, les personnages principaux sont détaillés et je n’ai pas ressenti trop de manques même quand il y avait des ellipses de plusieurs années. J’ai été surprise de la révélation finale, les apparences peuvent être trompeuses, et le tout est finement avancé par l’auteur.

J’ai aussi apprécié d’être vraiment immergée en Irlande, on n’a pas uniquement un nom de ville, un nom de famille à consonance irlandaise et des cheveux roux. Dans certains livres, on a parfois que ça, du coup, au bout de quelques pages, on pourrait être à Paris, Moscou ou New-York, ça serait la même chose. Ici non, on est vraiment en Irlande, avec le caractère des Irlandais et les paysages de là-bas. On sent la maitrise de l’auteur (ses recherches) de cette culture, de l’histoire du pays et son amour pour l’île d’émeraude.

Les damnés de Ceallach est un premier roman, bien écrit, au style fluide et avec un thème original (un mystère et une action au 18ème siècle avec un fond historique très intéressant), peut-être qu’un peu plus de détails sur certains personnages pour donner encore plus de profondeur à tout ce qui se joue aurait été un plus. C’est un roman à découvrir d’un auteur très prometteur, un roman policier mais aussi un roman d’aventures où la destinée d’un Irlandais se mêle à l’Histoire de son pays.

Un regret peut-être ? C’est un peu court ! Et bien oui, c’est tellement intéressant, j’aurai bien aimé continuer à découvrir la vie d’Irlandais le long de l’Histoire irlandaise. David Le Yaouang m’a indiqué être sur un deuxième polar. Je ne sais pas s’il se passera en Irlande ou si on y retrouvera des personnages similaires à ceux des Damnés de Ceallach, mais je resterai attentive à sa sortie car je serai ravie de retrouver la plume de cet auteur amoureux de mystère, d’Histoire et de culture celte.

Merci encore à David Le Yaouang.

Site de l’éditeur : http://www.yoran-embanner.com/

Pour acheter le livre : http://www.yoran-embanner.com/plr-damnes-de-ceallach.php

Et y a même du boutique avec des bijoux 😉

****************************

logo 3

logo challenge thriller. jpg

logo challenge

L’âme du mal de Maxime Chattam

ame-du-mal

Pocket, 7,20€, 517 pages

4ème de couverture

Pas plus que sa jeune acolyte, l’inspecteur-profileur Brolin ne pense que les tueurs en série reviennent d’outre-tombe. Fût-il le monstrueux bourreau de Portland qui étouffait et vitriolait ses victimes avant de les découper avec précision. Mais le bourreau est mort et le carnage se poursuit. Le nouveau tueur agit-il seul ou fait-il partie d’une secte ? Pure sauvagerie ou magie noire ?
Brolin a peur. Cette affaire dépasse tout ce qu’on lui a enseigné. S’immerger complètement dans la psychologie d’un monstre, le comprendre afin de cerner et de prévoir ses crimes, devenir un monstre soi-même, tels sont les moindres risques de son métier. On dit au FBI qu’il s’en faudrait d’un rien pour qu’un bon profileur aille rejoindre la galerie de ses pires clients.
Peut-on impunément prêter son âme au mal ?

Résumé du début

Début des années 2000, l’inspecteur Brolin est appelé sur une scène de crime, un nouveau corps a été retrouvé dans un court d’eau, les avant-bras sectionné, le haut de la tête rongé parce qui semble être un acide. Mode opératoire similaire à deux autres corps retrouvés quelques semaines auparavant, tout laisse à penser qu’il s’agisse bien d’un tueur en série. Juliette, étudiante en psychologie, raisonnable, réservée et studieuse, est kidnappée par un homme et enfermée dans une sorte de cave. Brolin suit une piste intéressante sur le meurtre de la 3ème victime. C’est ainsi qu’il va secourir Juliette qui était tombée entre les mains du tueur. Mais un an plus tard, les crimes reprennent ! Que se passe-t-il ?

Mon avis

Un thriller fort sympathique.

C’était mon premier Maxime Chattam et je suis contente de découvrir enfin cet auteur.

J’ai beaucoup aimé l’intrigue de ce roman et les personnages, en plus, Maxime Chattam ne tombe pas dans la facilité avec ses personnages.

Après un prologue assez rapide, on découvre Juliette Lafayette, une jeune femme charmante et intelligente qui en est à ses dernières années d’études de psychologie à l’université. Elle « chat » sur le net avec un homme sympathique mais un soir, ses questions se font plus intimes, il parle de la voir en vrai. ça n’intéresse pas Juliette qui préfère poliment clore là leur entretien du soir.

En parallèle, on apprend à connaitre Joshua Brolin, dit Josh, qui travaille depuis deux, trois ans dans la police de Portland, aux affaires criminelles. C’est un ancien du FBI, il voulait cependant, travailler sur le terrain sans perdre des années à prouver ses capacités au FBI, il a donc démissionné pour entrer dans la Police. Il a donc été formé à Quantico et est plutôt très doué pour se mettre dans la tête des tueurs, c’est un bon profiler même s’il ne portant pas officiellement ce titre. Josh Brolin (et là, je digresse en indiquant, que j’ai eu la tête de l’acteur du même nom toute ma lecture!) enquête sur plusieurs meurtres qui semblent reliés au même assassin, un certain Leland Beaumont. C’est là que les routes de Joshua et Juliette vont se croiser. Juliette enlevée par Leland, sera secourue par Joshua.

Mais ça, ce n’est que le début de l’intrigue ! Parce qu’un an plus tard, une nouvelle série de meurtres similaires à ceux de Leland, va donner du fil à retordre à la police de Portland. Des meurtres qui vont faire douter la police, inspirés de la Divine Comédie de Dante, folie sous-jacente, Josh va établit un profil de tueur étrange et complexe. Mais surtout pourquoi ces crimes ?

J’ai trouvé le « truc » dans l’intrigue vers la moitié du roman, les indices sont assez évidents, au début ça m’a un peu perturbée d’avoir compris, puis ensuite, je me suis intéressée à la façon dont les enquêteurs allaient découvrir les choses et quand. Malgré ce point, l’intrigue complexe (mais pas encore trop) est très bien montée, on se laisse prendre à la résolution de l’enquête. On ne s’ennuie pas.

On sent dans ce livre, tout le travail de recherches effectuées en amont par Maxime Chattam, sur le fonctionnement du FBI, sur les techniques scientifiques, sur les tueurs en série. C’est à la fois un énorme point positif et un petit bémol (oui oui c’est possible). Les informations qui nous sont données sont très intéressantes et pour quelqu’un qui n’a pas l’habitude des thrillers et des séries policières, c’est excellent et très très bien amené dans le déroulement de l’histoire. Quand on a un peu plus l’habitude, ça ralenti un peu le récit, mais c’est une remarque toute personnelle et qui tient au fait que j’ai lu des romans de ce type avant et que je suis fan de séries policières!

J’ai trouvé les personnages, surtout Josh et Juliette, très bien construits, on apprend plein de choses sur eux, leur psychologie est travaillée, développée, on découvre leurs passés, leurs habitudes, leurs sentiments,… du coup, on s’attache facilement à eux. Et puis, les personnages secondaires, même si on sait moins de choses sur eux, sont quand-même présents, marquants qu’on les aime ou qu’on les déteste! Par exemple, j’ai beaucoup aimé Larry Salhindro, un collègue de Josh, il a plus de 25 ans de carrière, célibataire, avec de l’embonpoint, mais extrêmement fiable, volontaire, touchant; et j’ai détesté l’attorney Gleith et Bentley Cotland (qu’on colle dans les pattes de Josh, alors qu’il n’est même pas encore officiellement nommé à son poste d’adjoint de l’attorney) même s’il a une meilleure image vers la fin. L’équipe de policiers, l’assistant attorney, les médecins légistes ou techniciens de laboratoire, … apportent tous quelque chose à l’histoire, nous permettent d’en découvrir plus sur les personnages principaux mais aussi sur le fonctionnement de l’appareil judiciaire aux États-Unis.

L’âme du mal est un bon roman avec une fin que j’ai apprécié, en ça, l’auteur a su prendre des risques pour un de ses premiers livres et c’est plutôt chouette. C’est détaillé, bien écrit, cohérent (lenteur des investigations, les erreurs, …), vraiment très bien construit. Et la fin, un peu énigmatique, donne envie de retrouver  la police de Portland dans d’autres affaires.

Par contre, je n’étais pas angoissée ou tendue pendant ma lecture, c’est un bon thriller mais il m’a manqué un peu de tension nerveuse. Je n’ai pas trouvé le contenu effrayant même si, faut le reconnaitre, les crimes du tueur en série et sa psychologie semblent vraiment réalistes.

Une remarque encore, je n’aime pas beaucoup quand les auteurs français écrivent des romans dont l’action se passe aux États-Unis, je préfère largement découvrir la France, l’Europe pourquoi pas, quand je lis un auteur français. Mais là, Maxime Chattam nous parle d’une ville qu’il connait bien, il y a beaucoup de recherches pour l’intrigue policière, sur le fonctionnement de la police et de l’appareil judiciaire là-bas, du coup, on est vraiment immergé. On pourrait croire à un auteur étranger. Avec l’avantage ici, pour le coup, de n’avoir aucune perte ou aucun soucis de traduction ! Cela montre que c’est vraiment bien écrit et le gros travail de préparation de Maxime Chattam.

Je continuerai avec plaisir cette « Trilogie du Mal »  avec In Tenebris et Maléfices.

*****************************

challenge incontournablelogo challenge thriller. jpg

Les contes de crimes de Pierre Dubois

Les contes de crimes

Folio, 6,95€, 304 pages

4ème de couverture

Il était une fois, au temps où les princes n’épousaient plus des bergères mais se pacsaient aux bergers, des contes de fées noirs à souhait. Cendrillon est victime des pulsions sexuelles d’un prince héritier, la Belle au bois dormant, l’otage pathétique d’un époux déséquilibré. Derrière Peter Pan se cache un dangereux innocent, derrière le Petit Chaperon rouge une machiavélique enfant. Pour résoudre une série de meurtres, Blanche-Neige fait appel à un détective spécialiste des nains de jardin… Pierre Dubois se livre à une réécriture diabolique des contes ayant bercé notre enfance. Issus du mariage improbable de personnages de Grimm avec le roman policier, ces Contes de crimes font autant rire que frissonner..

Je ne fais pas de résumé global mais un petit résumé par nouvelles.

19ème lecture du Club de Lecture Lillois:  l’île aux Livres

Mon avis

Une féérique découverte ! J’ai adoré !

Attirée par le jeu de mot du titre, par la 4ème de couverture : une réécriture des contes de fées dans lesquels s’insèrent des crimes, j’ai pris ce livre à la librairie sans en avoir entendu parler et sans connaitre Pierre Dubois.

Finalement, il ne s’agit pas de que de réécritures de contes, c’est plutôt des nouvelles prenant pour base les contes, un événement dans un conte et l’action des nouvelles est contemporaine. Mais plutôt que me contrarier, j’ai apprécié la performance de mettre le monde des contes, des princesses, des fées, des créatures imaginaires en lien avec notre monde, la réalité.

J’ai beaucoup aimé l’écriture de Pierre Dubois, ça se lit rapidement, mais peut-être pas aussi facilement que je l’aurai cru. En effet, Pierre Dubois en connait du vocabulaire, on sait qu’il maitrise à fond son sujet, et est également doué pour inventer des mots qui sonnent bien. Pas toujours facile donc, dans le sens où même si on n’arrête pas la lecture en cours, car on comprend le sens général, on se dit qu’on va devoir y revenir, pour acquérir toutes les subtilités de l’écrit. Finalement, j’ai cherché certaines références et puis j’en ai laissé tombé d’autres. Puis quand je ne comprenais pas clairement une partie, je m’imaginais ce qu’il voulait dire avec mes propres mots (quitte à être un peu à côté) et j’ai progressé dans la lecture, sans me lasser. Je comprend qu’on puisse vite décrocher de son style si particulier mais moi ça n’a pas été le cas.

Toutes les nouvelles, ne sont pas au même niveau d’intrigue mais elles sont toutes magnifiquement écrites. On ne peut nier que Pierre Dubois s’y connait en contes et en histoires, il est pas elficologue pour rien! On a là un vrai conteur, ça doit être quelque chose de l’écouter conter un récit, un univers empli de magies, de personnages féériques et pourtant aussi liés à nos époques plus ou moins passées.

Mes préférées sont celles qui font apparait le détective des fées C. Marmaduke Perthwee, un détective excentrique, qui perçoit le fabuleux et le merveilleux dans notre monde, un des rares à croire aux femmes-fées, aux gnomes, aux présences, aux fantômes, aux contes, etc. Il est accompagné de Roger Ackroyd qui l’aide dans ses investigations en lui jouant des airs de cornemuses. Marmaduke est une sorte d’Hercule Poirot fantasque fusionné avec un Sherlock Holmes mystique. C’est un personnage que j’ai adoré suivre. Ces nouvelles sont donc un peu plus policières et ce n’est pas pour me déplaire, on cherche le coupable d’un ou plusieurs crimes, et on se concentre à la fois sur ces crimes et sur les révélations faites par Marmaduke. Des intrigues parfois, oserais-je le dire ?, digne d’Agatha Christie. Ce que j’ai aimé également, c’est être surprise par la résolution de l’intrigue alors qu’on nous donne les plus flagrants des indices : le nom de la nouvelle et un extrait des contes de Grimm ! On en oublie les titres, et on est porté par l’affaire sur laquelle enquête Marmaduke.

Les autres nouvelles sont plus courtes, mélangeant divers sentiments, cynisme, humour, folie, sensualité, … Les histoires sont peut-être un peu moins originales mais toujours bien construites avec  tantôt des fins surprenantes, tantôt des fins qu’on voit quand même venir.

****

Voici pour chacune des nouvelles, un petit résumé de l’action et mon ressenti :

La belle au Bois Dormant
Monsieur Pepinster cherche à se débarrasser de sa femme, mais rien de plus difficile que de faire passer ça pour un accident.
Un jour après une énième session de Luna Park, M. Pepinster a une illumination, et si sa femme devenait en quelque sort Une belle endormie comme la Belle au Bois Dormant ?

Ici, il s’agit d’une nouvelle assez courte. On y trouve beaucoup de jolis mots, de belles expressions mais parfois, je me suis retrouvée un peu bête à ne pas comprendre tout ce vocabulaire. C’est la première nouvelle, il faut un temps pour se faire au style de Pierre Dubois. Cette nouvelle criminelle, est légèrement cousue de fils blancs, j’ai vu venir finalement assez vite la fin mais une amie m’a dit elle n’avoir rien vu venir.

Riquet à la houppe
Un bébé est mis au monde, sa mère meurt en couche, il n’a pas de père et comble du malheur, il est né avec une excroissance qui le met à part des autres enfants. Riquet appelé ainsi car c’est son nom de famille, grandit en solitaire entouré d’Esprits. Il n’a qu’un ami Marc, chirurgien volage. Il est marié à Noémia, une belle jeune femme qui l’attend désespérément, chaque soir alors qu’il rentre tard. Riquet en est persuadé, Marc ne mérite pas l’amour de Noémia, mais lui si seulement,…

Avant de lire cette nouvelle, j’avoue, j’ai été voir le pitch du conte Riquet à la houppe que je ne connaissais que de nom. On ne retrouve pas ici toute la trame de ce conte mais l’idée est bien utilisée je trouve. Ici la mise en place est plus longue que dans la nouvelle précédente, l’angoisse et les interrogations montent crescendo, je ne me suis pas attendu de suite à la fin, ça m’est venu seulement juste quelques paragraphes avant la conclusion, les indices sont semés, afin de révéler le stratagème… Une nouvelle que j’ai trouvé très bien faite.

Cendrillon
Comme dans le conte, Cendrillon a perdu sa mère, puis son père et est laissée à la charge d’une belle-mère tyrannique et de deux belles-sœurs épouvantables. Cendrillon est vraiment leur bonne à tout faire et même encore plus…

On est ici presque dans la réécriture du compte tellement au début on est proche de l’original. Puis progressivement quelques détails diffèrent, et plus la nouvelle se poursuit, plus on s’écarte du conte que l’on connait. Je m’attendais à quelque chose de plus coquin, on est ici en tout en pondération, c’est un peu osé mais pas trop. J’ai beaucoup aimé la bonne marraine fée un peu étrange et loufoque. Dans cette nouvelle, le crime n’est pas si attendu que ça.

De nouveau, dans cette nouvelle, j’ai beaucoup aimé les effets et le style d’écriture, les figures de style employées, énumération, emphase, rimes, … Je l’aurai aimé un poil plus abouti quand même.

Le conte de l’amandier
Léonie Winkworth, française marié à un lord anglais, vit en Angleterre et après quelques belles années de mariage, son époux ne se préoccupe plus que du jardinage et de la croissance de son Amandier, sa passion, sa fierté. Léonie est délaissée, elle s’ennuie et ne supporte plus sa vie oisive. Déterminée à ce que cela change et à retrouver les verts paysages français, elle va se salir les mains…

Pour cette nouvelle, j’ai de nouveau cherché à quel conte faisait référence le conte de l’amandier. Je ne connaissais le conte du genévrier des frères Grimm. Et il s’agit encore une réécriture du conte qui s’approche du conte d’origine mais en gardant une trame originale. Encore une fois, pour moi, c’est superbement écrit même si y a des mots qui me sont inconnus. J’aime beaucoup la façon d’écrire sur cette dame française avec tout le champs lexical, les habitudes et les us anglais. J’aime beaucoup cette influence britannique. On ne serait vraiment cru dans une demeure britannique du début du siècle, ressentir cette lenteur, cette vie facile mais triste et longue, les odeurs, les couleurs, … C’était très visuel, ça m’a beaucoup plu.

Rapunzel
Dans les Ardennes, un vieil original fait construire un château sur le domaine du Val aux Sotais. Cet homme est fasciné par les contes de fées, les contes de Grimm, il collectionne les ouvrages et  vit comme dans ses livres. Sa femme est une très belle femme qui accepte cette douce folie et elle lui lit des contes chaque soir dans la haute tour du château. Un soir, les domestiques entendent deux cris terrifiants et découvrent Monsieur assassiné et Madame évanouie. La police ne trouve que peu d’indice voire aucun et soupçonne alors la jeune veuve. Elle fait alors appel à un détective des fées, un gentleman anglais qui perçoit ce que d’autres ne ressentent pas, C.Marmaduke Perthwee se rend alors de Londres au domaine du Val aux Sotais afin d’aider la « femme-fée » à prouver son innocence…

J’ai adoré cette nouvelle, dont je n’avais pas imaginé la fin (une de celles où j’ai oublié le titre tellement prise par la lecture!). J’ai beaucoup aimé, ce découpage en 4 actes, cette enquête paranormale policière qui termine par des faits concrets et réels. Un style très british avec une référence à Hercule Poirot pour un extravagant enquêteur qu’on pourra associé un peu à Sherlock Holmes. Une nouvelle particulièrement bien construite dans sa trame et son thème, une réussite pour moi. Une histoire qu’on pourrait aisément trouver chez Agatha Christie sans les références féériques. J’ai adoré cet un enquêteur loufoque mais attachant. On trouve également dans cette nouvelle, l’évocation d’autres contes de fée comme par exemple La Belle et la Bête ^^

Barbe de grive
Rosette est une jeune femme belle mais superficielle, elle recherche une union qui lui apporte plus qu’elle ne souhaite donner, villa, voiture, faste, etc. Elle refuse de se marier avec Barbe de Grive parce qu’il a le menton de travers. Ses parents l’obligent à épouser le premier venu. C’est alors qu’elle se met à envier ce qu’elle n’a pas, ce qui appartient à Barbe de Grive et qu’elle ne peut avoir. Elle finit par quitter son époux et se précipite chez Barbe de Grive qui l’accueille à bras ouvert. Mais la belle finit par jouer les effarouchées, ce qui ne va pas plaire à Barbe de Grive…

Une nouvelle un peu plus courte, un peu plus « gore » que les autres.  Elle fait froid dans le dos. *Pensez à ne jamais s’accoquiner avec un créateur de haute couture* ^^ J’ai bien aimé la ritournelle qui sert de fil conducteur peu importe ce qu’aurait fait la belle rousse, à mon avis, son destin était tout tracé…

Peter Pan
Des prostituées sont retrouvées égorgées, tailladées, massacrées dans les ruelles sombres de Whitechapel… Une, deux, trois, … huit catins assassinées, comme dans une comptine que chantent les mères pour effrayer leurs enfants. Marmaducke Perthwee est persuadé que le tueur ne s’arrêtera pas à 8, et qu’il cherche quelque chose de bien précis. Ce détective des fées, à deviner qui se cache derrière Jack L’éventreur…

Cette nouvelle prend comme thème Jack L’Éventreur. La comptine du début m’a fait pensé au livre 10 petits nègres d’Agatha Christie. Dans cette comptine sont évoquées les prostituées tuées par le mystérieux Jack, dont on cherche à connaitre l’identité. Encore une nouvelle pleine de références sur le thème mais également sur d’autres contes de fées. On sent toute la maitrise de Pierre Dubois sur ses sujets. Fabuleux ^^
Ce Jack est terrifiant, il entend une voix et récupère des morceaux de ces victimes. On a ici un portrait plus que concret d’un tueur en série et pourtant…  Jack cherche quelque chose et Marmaduke va nous apprendre quoi et pourquoi. Le destin de Jack se lie alors à celui de Peter Pan et au Pays Imaginaire. J’ai adoré cette nouvelle, remarquablement bien faite ^^ La nouvelle la plus réussie du recueil !

Petite table couvre-toi
Un homme s’adresse à un policier et lui raconte son malheur, une année plus tôt, ce passionné de cirque, mécenne à ses heures, s’éprend de Reptilia une contorsionniste qui est maltraitée par son partenaire de scène, lanceur de couteaux. Il en tombe amoureux et lui propose le mariage et de la sortir de son enfer quotidien. Mais cette dernière est morte désormais et notre homme est persuadé que le seul coupable ne peut être que l’ancien compagnon violent rejeté…

Encore un conte de Grimm que je ne connaissais pas. Ce livre m’aura fait connaitre trois contes parmi ceux des frères Grimm les moins connus. Je me suis laissée porter par la narration à la 1ère personne et ai été surprise de découvrir la trame de ce conte ^^ C’est une narration efficace et la nouvelle est hyper bien montée ! L’intrigue n’est pas celle qu’il y parait.

Le petit chaperon rouge
Viktor a été mis à la porte du domicile conjugal par sa femme Greta qui ne supporte plus son époux et ses petites manies un rien pervers. Il se retrouve dans sa voiture en route vers nul part, cet homme ne sait pas où aller. A l’orée d’un bois, il tombe sur une jeune fille habillée d’un chaperon rouge, il l’a prend en stop, elle lui conte se rendre chez sa mère-grand souffrante pour lui apporter un panier de galettes…

Un conte peu grivois cette fois. Un chaperon rouge un peu gourgandine, un homme jeté dehors par sa femme-fée, une cabane au fond des bois où grand-mère attend… Mais que va-t-il donc se passer ? On sent qu’un retournement de situation ne peut manquer d’arriver. Et on est pas déçu. Cette nouvelle est assez courte, je n’en dirai pas plus 😉

Blanche-Neige
Dans un club très privé de Chelsea, C.Marmaduke Perthwee passe ses vieux jours. Régulièrement, les dames présentes lui demandent le récit d’une de ses aventures, un conte de fées, … Cette fois-ci, Marmaduke va leur conter une affaire lié pourrait-on le croire au conte de Blanche Neige. Des petites filles sont retrouvées mortes grimées comme la princesse du conte et à côté de chaque cadavre, les enquêteurs découvrent un nain de jardin…

Pour mon grand plaisir on retrouve à nouveau Marmaduke ! Ici, il a vieillit et se contente de narrer une de ses aventures et non de nous embarquer avec lui au moment de son enquête. Il décide de leur raconter l’histoire de Blanche-Neige. Les dames du club de Marmaduke s’attendent à un conte de fées mais finalement on est ici dans une enquête policière qui n’a rien de féérique. Encore une nouvelle très bien écrite, une résolution de l’enquête logique. L’attrait de la nouvelle est ici de retrouver une dernière fois dans ce recueil le détective si particulier inventé par Pierre Dubois, ses réflexions et ses déductions, plutôt que l’originalité de l’intrigue policière.

****

Dans l’ensemble, j’ai trouvé qu’on avait là de très belles nouvelles, bien écrites avec de très nombreuses références aux contes et contes de fées, Alice aux pays des merveilles, la Belle et la Bête, … des figures anglaises pour enfants. Certaines bien connues, d’autres un peu moins, du coup, on est souvent amené à chercher la référence. Cela permet d’apprendre pleins de choses mais dans la lecture parfois c’est gênant pour assimiler les subtilités qu’a voulu faire passer Pierre Dubois. En tout cas, on sent qu’on a affaire à quelqu’un qui s’y connait. Un conteur de talent. Depuis, je suis tombée en librairie sur des encyclopédies co-signées Pierre Dubois (Fantômes, Elfes, Fées), qui me font de l’oeil !

J’ai beaucoup aimé ce qu’a fait Pierre Dublois, des contes de fées, détourner l’image qu’on en garde. J’ai apprécié ses personnages diaboliques et les intrigues issues de son imaginaire. Un gros coup de cœur pour Peter Pan et Rapunzel !

Je pense que Pierre Dubois, on arroche ou on arroche pas, moi, c’est bon, je suis séduite.

Je pense que je lirai Les comptines assassines, la 4ème de couverture, me donne envie de continuer l’expérience :

«  » Il était une fois un assassin. Il était une fois une victime. Il était une fois une ville apparemment encline à favoriser leur rencontre.  » Que se passerait-il si le cruel Croquemitaine ressuscitait ? Et Dracula ? Et Barbe-Bleue ? Pire encore, imaginons le Chat botté, non plus au service du marquis de Carabas, mais comme un impitoyable serial killer, obsédé par l’infirmité. Et si Blanche-Neige,  » lèvres rouges comme la rose, cheveux noirs comme l’ébène, et blanche comme neige « , n’était pas l’innocente que nous présentent les frères Grimm ? Après Les contes de crimes, Pierre Dubois détourne de nouveau les contes de fées. Il nous en offre une version tour à tour drôle et terrifiante, nourrie d’un vocabulaire ensorcelant où l’extrême noirceur se combine au raffinement. »

********************

logo3

logo challenge thriller. jpg

clipboard02