Le lecteur de cadavres d’Antonio Garrido

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Le livre de poche, 761 pages, 8€60

4ème de couverture

Ci Song est un jeune garçon d’origine modeste qui vit dans la Chine du XIIIe siècle. Après la mort de ses parents, l’incendie de leur maison et l’arrestation de son frère, il quitte son village avec sa petite soeur malade. C’est à Lin’an, capitale de l’empire, qu’il devient fossoyeur des « champs de la mort » avant d’accéder à la prestigieuse Académie Ming. Son talent pour expliquer les causes d’un décès le rend célèbre. Lorsque l’écho de ses exploits parvient aux oreilles de l’empereur, celui-ci le convoque pour enquêter sur une série d’assassinats. S’il réussit, il entrera au sein du Conseil des Châtiments ; s’il échoue, c’est la mort. C’est ainsi que Cí Song, le lecteur de cadavres, devient le premier médecin légiste de tous les temps. Un roman, inspiré par la vie d’un personnage réel, captivant et richement documenté où, dans la Chine exotique de l’époque médiévale, la haine côtoie l’ambition, comme l’amour, la mort.

Mon avis

Ci est un jeune garçon qui va jouer de malchance pendant une grande partie du récit mais qui va vivre une aventure extraordinaire qui va l’amener à exceller dans le domaine de la science légale, la « lecture de cadavres », déterminer à partir des blessures, indices, modifications post-mortem, etc. la cause des décès. Inspiré de la vie d’un personnage réel mais romancé pour la majeure partie, le lecteur va suivre Ci dans la Chine du Moyen-âge.

Au début du récit, un crime est commis dans la province du Fujian, dans les champs cultivés de de la sous-préfecture de Jianyang. C’est dans cette province que vit Ci, avec ses parents, sa jeune soeur malade Troisième, chez son frère Lu, avec qui il a du mal à s’entendre. Lu possède son exploitation agricole. Il a accepté de s’occuper de sa famille, avec qui il était pourtant fâché, pendant le temps du deuil familial rendu aux aïeux et qui ont éloigné Ci et son père de la grande ville Lin’an. A Lin’an, le père est dans l’administration au service de l’honorable Feng,  juge spécialiste de la résolution de meurtres, morts suspectes et d’autres crimes, tandis que Ci étudie sous l’aile de Feng, en tant qu’assistant. Pour Ci le retour à la campagne est difficile et l’entente avec son frère houleuse. Pourtant, il l’aide du mieux qu’il peut même si son esprit est resté en ville. Alors qu’il travaille dans la rizière, il découvre un corps sans vie, qui a été enterré là. Ce dernier a été décapité.

Le juge Feng de passage dans la région se rend chez les parents de Ci. Ce dernier voit là l’occasion de demander à nouveau à son père de rentrer plus tôt à Lin’an avec Feng mais il accuse un refus cinglant. Son père lui fait même comprendre que lui n’y retournera jamais. Ci espère ensuite que le juge s’occupera du cadavre retrouvé dans les champs, même si le juge n’est pas dans sa juridiction. Cela lui donnera au moins l’occasion de renouer avec son rôle d’assistant, comme avant. Le juge fait les premières constatations et finira même par désigner avec une méthode originale, le coupable de l’assassinat. Malheur pour Ci, le juge désigne son frère Lu. Ce dernier est arrêté et torturé. Il finira par avouer le crime. La honte s’abat sur la famille de Ci. Mais comble du malheur, la nuit suivante, la maison de Lu part en fumée et cendres, et ne survit que Troisième qui s’était cachée et Ci qui n’était pas présent dans la demeure cette nuit-là. Après quelques jours de confusion, Ci tente de vendre les terres de son frère mais il se fait arnaquer par les personnalités les plus hauts placés du village. Son frère et ses parents disparus, il ne reste plus à Ci que l’exil avant d’être recherché et arrêté par ceux qui se sont joué de lui lors de la vente des terres de Lu. Ci et Troisième, de plus en plus souffrante, partent donc vers la grande ville…

L’histoire et le récit sont denses et pas simple à résumer. Là, ce ne sont que les grandes lignes du début mais elles annoncent déjà la malchance que rencontre Ci tout le long du récit. Parce qu’il n’en pas pas fini de fuir et de tenter de survivre. On découvre un jeune homme un peu (voire beaucoup) naïf, cependant débrouillard mais bien souvent à côté de la plaque. Par contre, il se révèle extrêmement doué pour trouver des indices sur un corps, déduire ce qui a pu arriver, d’abord grâce à son enseignement auprès de Feng, puis à force de côtoyer certaines personnes dont le personnage étrange de Xu, un fossoyeur et enfin par les études qu’il aura la chance de commencer à l’académie Ming. Enfin, il développera lui même certaines techniques et un certain savoir. Même si à chaque étape, il se fera avoir par les uns et les autres. Certains lecteurs auront l’occasion de s’attacher à Ci et d’autres pourront être énervés par son attitude. Moi, je me suis plutôt attaché à lui, j’avais envie de le voir réagir parfois mais j’avais aussi de la peine pour lui. Les lecteurs découvriront pléthores de personnages pour le moins antipathiques ce qui, moi, m’a conforté dans mon attachement au jeune homme.

Par contre, on peut regretter que le récit ne comporte pas assez de « lectures de cadavres » dans sa première partie, on assiste plutôt aux malheurs de Ci.  Qui cumule il faut bien le dire. Et ça peut même finir par être « trop », en devenir agaçant. Cependant, j’ai quand même beaucoup apprécié cette lecture, qui tourne ensuite en intrigue plus policière, dans la partie où Ci doit découvrir qui a tué plusieurs personnes au sein ou dans l’entourage de l’empereur. Il n’a pas droit à l’erreur d’ailleurs, sinon, c’est la mort assurée. Dans cette partie-là, donc, il est passionnant de voir comment il découvre les choses et déduit certains faits.

A partir d’un moment, on se doute de qui est le coupable, même si l’auteur arrive habilement à nous faire douter en introduisant un personnage ambigu. Et si finalement le lecteur faisait fausse route ? Il a du très bon dans ce récit comme du moins bon faut le reconnaître, mais dans l’ensemble, l’histoire de Ci se lit vite, et devient de plus en plus prenante. L’auteur a fait beaucoup de recherche sur la Chine du 13è siècle et sur le véritable Ci Song qui était a établit le premier traité légiste en 5 volumes, abordant des procédés et des caractéristiques légistes qui devaient être assez ardues, et pour d’autres tabous pour l’époque. Époque où la médecine était une discipline négligée voire répudiée et où les arts, la littérature et le droit étaient les sciences absolues. Au début, j’ai eu peur que ça soit très théorique et compliqué, mais ce n’est pas le cas, on peut même regretté un peu que la vie de Ci soit si romancée. De même, j’appréhendais beaucoup le côté Chine moyenâgeuse, une période que je n’apprécie pas du tout en général et qui ne me donnait absolument pas envie. Alors même si effectivement ce n’était pas une partie de plaisir de vivre à cette époque, la lecture n’en est pas trop lourde. Elle est peut-être un peu sombre, tellement, parfois, la misère et la cruauté de certaines pratiques nous sont narrées. Mais ce côté historique apporte un plus au roman et j’ai appris plein de choses. Finalement, ce ne fût pas une épreuve si terrible.

Dans son ensemble, j’ai beaucoup aimé cette lecture même si ça partait mal (Chine, 13è siècle, succession de malheurs). Et puis j’aime beaucoup les histoires de légistes, anthropologues, sciences légales, … ici ancêtre de la police scientifique. Ce fut donc une bonne lecture pour moi.

Les Outrepasseurs – T1 : Les héritiers de Cindy Van Wilder

Les-outrepasseurs-01Gulf Stream éditeur, 350 pages, 18€

4ème de couverture

«- Jure-moi fidélité et je te protégerai. Nous le ferons tous.
– Nous ?
– Les Outrepasseurs. Tous ceux qui portent la Marque. Regarde ces jeunes gens. Voilà ta seule famille, à présent. Vous combattrez ensemble. (Il baissa le ton de sa voix.) Nos adversaires ne s’arrêteront jamais. Les fés nous pourchassent depuis huit siècles. Une éternité pour nous. Un instant pour eux.»

Peter, un adolescent sans histoires, échappe de justesse à un attentat et découvre que l’attaque le visait personnellement. Emmené à Lion House, la résidence d’un mystérieux Noble, il fait connaissance avec les membres d’une société secrète, les Outrepasseurs. Les révélations de ces derniers vont changer le cours de sa vie…

Résumé

Un homme étrange au coeur plein de magie traine une jeune femme inconsciente dans une grande salle obscure, à l’atmosphère étrange. Au centre de la pièce un bassin. La jeune femme reprend peu à peu ses esprits. Elle découvre où elle a été conduite et pourquoi. L’homme lui explique qu’elle est tombée sous le charme d’un fé et qu’en tant qu’employeur, il ne peux se permettre que les secrets de son entreprise soient divulgués à ses ennemis….

Entre temps, Peter un jeune garçon excelle sur le terrain de foot. Son entraineur lui laisse entendre qu’un sélectionneur va venir bientôt et qu’il a toutes ses chances. Euphorique, il rentre annoncer  à sa mère la bonne nouvelle. Sur le chemin, il a toutefois l’impression d’être suivi et une fois rentré, il est refroidi par le comportement de Marcelline, celle qui s’est occupée de lui toute son enfance pendant les absences de sa mère. Cette dernière est d’ailleurs introuvable dans la maison. Peter part la retrouver dans le jardin. Quand il est attaqué par des chiens affreux comme tout droit sortis des Enfers…

Mon avis

Un très bon roman jeunesse !

J’avais beaucoup aimé un e-court paru chez Voy’el éditions de Cindy Van Wilder (Au service des insectes) et quand j’ai vu qu’elle avait sorti son premier roman, j’ai sauté sur l’occasion de découvrir un texte plus long. Et c’est une très belle surprise. On peut le dire, j’ai beaucoup de chance ces temps-ci, je suis très peu déçue par mes lectures. Les héritiers est un très bon premier roman, un tome introductif certes, mais une introduction dense, travaillée et passionnante.

Le lecteur découvre Peter un londonien assez banal qui depuis quelques temps se révèle être un très bon joueur de football. Sa mère l’élève seule mais elle n’est pas très présente. Elle travaille pour une firme chic qui l’envoie un peu partout, n’importe quand. C’est Marcelline, une excellente cuisinière et une oreille attentive qui s’occupe en général de Peter. La vie de ce dernier est somme toute assez banale. Mais un soir, alors qu’il rentre avec des projets plein la tête, il est attaqué dans le jardin de la propriété familiale par deux chiens terrifiants. Alors qu’il pense qu’il ne pourra pas se soustraire à ces chiens infernaux, il reçoit une aide complètement inattendue ! Un renard roux le défend et met en déroute les deux molosses. Quand le renard prend apparence humaine, s’en est trop pour Peter. Que se passe-t-il ? Que signifie cette attaque mais surtout par quel prodige un humain peut-il se changer en renard ?

Un homme étrange Noble arrive peu de temps après chez lui. Sa mère semble lui vouer une vraie déférence. Qui est-il ? Pourquoi, lui sert-elle du Monseigneur à chaque phrase ? Noble est assez spécial, déjà dans son apparence, mais il émane de lui une puissance et une aura forte, et il est difficile de dire s’il veut le bien de Peter ou pas… En tout cas, si ce dernier veut des réponses à ses questions, il n’a pas le choix, il doit se rendre avec sa mère à Lion House, la demeure de Monseigneur. Même s’il souhaite mettre le plus de distance possible entre lui et Noble, Peter accepte de suivre sa mère, le besoin de savoir étant plus fort que ses appréhensions.

A Lion House, Peter découvre qu’il n’est pas le seul convié dans la demeure de Noble, d’autres jeunes gens sont là aussi. D’une bien étrange façon, il va découvrir qu’il est un Héritier, un Outrepasseur.

L’intrigue est vraiment très bien menée ! Il y a du suspense, des rebondissements, des découvertes. L’histoire oscille entre le présent en 2013 à Lion House avec Peter et les autres jeunes gens présents avec leurs parents et le moyen-âge, là où tout a commencé. Au 13ème siècle, le lecteur suit un moine qui remonte la France vers le nord mais qui a interrompu son voyage pour comprendre un étrange phénomène qui ravage les contrées : des jeunes gens disparaissent. Des villages entiers sont pillés. Mais aucune trace, aucun indice ne permet de retrouver les coupables. Le lecteur découvre également Le chasseur, un fé qui semble obsédé par les humains. A la tête d’un groupe, il arpente le monde extérieur pour leur reine. Mais ils doivent obligatoirement rentrer avant l’hiver. Enfin, le lecteur rencontre les villageois de la villeneuve de Maupertuis.

Les passages en 1206 sont passionnants. On est plongé dans le quotidien des villageois et dans la traque du Chasseur. Ces passages sont denses, très travaillés; on sent qu’il y a beaucoup de recherches derrière ces écrits. L’auteure ne s’est pas contentée de baser une partie de son récit à cette période. On a vraiment toute une histoire développée, les liens entre les personnages, leur relation avec les fés, les coups du sort, des choses qui semblent possibles à cette époque trouble où le malin semble partout (superstition, religion) … On est happé dans cet univers et on est fasciné par ce qu’on y découvre. Moi qui était fâchée avec la période (mes lectures de l’imaginaire sur cette période ne m’ont pas vraiment marquée en bien), je suis ravie d’avoir enfin une bonne lecture, je vais peut-être finir par changer d’avis !!!

J’ai beaucoup aimé comment l’intrigue a été découpée, cette façon de découvrir le destin de Peter, un parcours initiatique original. Ce dernier est un personnage qui a du mal à accepter ce qui lui arrive. Et j’ai beaucoup apprécié qu’il ait du mal à comprendre, qu’il ait envie de se révolter contre ce qu’il découvre. Il est perturbé et j’ai trouvé cela très cohérent. Il n’est pas parfait parfois égoïste, parfois prétentieux mais il réagit vraiment comme un ado de son âge. La psychologie des personnages m’a beaucoup plu.

Il y a des personnages que j’ai aimé et d’autres que j’ai détesté. Certains qui m’ont donné la chair de poule ! Certains qui demeurent encore très mystérieux mais c’est le 1er tome d’une trilogie, nul doute que les choses se dévoileront par la suite. En tout cas, ce premier tome est très bien mené et bien construit. Le style de Cindy Van Wilder est fluide, très agréable. ça se lit vite. Le vocabulaire est riche et on ne croule pas sous les faits inutiles. L’action est détaillée et on ne s’ennuie pas une minute. Le fantastique et la magie rentrent progressivement en action. J’espère que la suite nous en apprendra plus sur les fés, leur reine, leur monde. Et sur tout ce qu’il se passe de nos jours. Je lirai avec plaisir la suite qui j’espère sera aussi passionnante que ce premier tome. Ravie de tomber sur des romans jeunesse qui ne prennent pas les ados pour des enfants et qui creusent les intrigues. Les Outrepasseurs devraient donc plaire à un très large public.

Un petit, tout petit bémol, il y a une erreur de prénom qui m’a perturbée. Elle arrive assez tôt dans le récit et si on est attentif, elle spoile sur la suite des événements. Enfin, une fois cet instant passé, on se reconcentre sur le récit et on est de nouveau captivé.

Une lecture jeunesse construite, travaillée et passionnante. Une auteure qui ne fait pas dans la facilité de l’intrigue. A découvrir !

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DefiPALImaginales2014