Le miroir du damné de Frédéric Livyns et JB Leblanc

Séma Editions

Collection : Séma’lsain

Sortie : 14 avril 2017

Nombre de pages : 502

Prix : 22 €

ISBN : 978-2-930880-21-1

Couverture par Floating Fantask

4ème de couverture

Au cœur du massif des Maures, le petit village de Tarsac est le cadre de meurtres sauvages qui font ressurgir la peur et la paranoïa.

Qui est cet assassin particulièrement retors qui ne laisse aucune trace et semble connaître parfaitement ses victimes ?

C’est ce que devront découvrir le lieutenant Courtas du SRPJ de Toulon et Martin Fabre, le chef de la police municipale. Cette enquête les confrontera à des croyances révolues sur fond de sorcellerie et à un étrange miroir qui semble être le cœur de l’énigme.

Mais, dans cette cuvette infernale écrasée par la chaleur, les morts se succèdent à un rythme effréné, et le temps leur manque…

Mon avis

Le lecteur découvre d’abord Lucy, une vieille dame, qui semble habiter Tarsac depuis toujours. Elle est en train de faire un malaise cardiaque et ses pensées dérivent vers Henri et sa culpabilité dans les événements qui ne manqueront pas de survenir vu son état…

Henri, un brave homme, que l’on retrouve en 2004, quelques années auparavant, et qui s’occupe du mieux qu’il peut de son fils Lucas atteint d’une malade aussi rare que grave. Son fils vit isolé et Henri commence à ne plus le supporter. Que pourrait-il bien faire pour alléger la peine de son petit garçon  ?

Kalvyn Brimac a tiré un trait sur son passé, enfin presque. Parce qu’il étouffait à Tarsac le village de son enfance, il a déménagé, il vit avec son amie Susan et gagne sa vie comme agent immobilier. Tarsac se rappelle à son souvenir, quand un des voisins de son père l’appelle pour lui annoncer le décès de ce dernier. Dernier membre de la famille Brimac, Kalvyn va devoir s’occuper de la succession. Il doit revenir pour un temps à Tarsac.

Tarsac où il n’y a pas un souffle de vent l’été. Où le temps s’écoule comme au ralenti. Où les gens vivent au rythme des vignes et des moissons. Où l’on se perd dans le dédale des rues qui se ressemblent toutes. Où le réseau téléphonique a bien du mal à passer. Où les jeunes n’ont que le bar de Phiphi pour s’amuser un peu le soir…

Kalvyn revient au moment où des morts étranges se produisent dans le village. Et l’angoisse liée à d’anciens souvenirs douloureux resurgissent dans le village… La tension monte peu a peu…

Une excellente lecture.

Les deux auteurs réussissent un roman prenant, dense et machiavélique.

< p dir= »auto » style= »text-align: justify; »>Les deux plumes s’accordent parfaitement et font de ce récit une réussite.

Le miroir du damné c’est l’oscillation entre fantastique et réel, le thriller et le style horrifique, présent chez des deux auteurs. Je ne pense pas me tromper en disant qu’on retrouve de JB Leblanc la précision des enquêtes policières et la psychologie torturée des personnages. Et de Frédéric Livyns les scènes qui vous donnent la chair de poule et font monter la tension nerveuse.

Le style est fluide et c’est très bien écrit.

<pdir= »auto »>Le petit bémol, pour moi, c’est le rythme. Parfait pourtant au debut et la fin mais au milieu de lecture j’ai trouvé que les personnages mettaient un peu trop de temps à bouger. Toutefois, ce bémol n’enlève rien à l’intrigue très bien ficelée et prenante. Les événements montent crescendo et la tension est palpable. Il faut dire que Tarsac est un village à l’atmosphère irrespirable en plein été et le lecteur ressent très bien cette touffeur et le malaise qui va avec. Mêlée aux événements qui arrivent, fantastiques, on ne peux qu’y être sensible nous aussi.

Le miroir du damné, c’est aussi l’histoire d’un flic du srpj de toulon qui débarque pour mener l’enquête sur les décès étranges qui ont eu lieu et qui se retrouve dans un milieu très éloigné du sien et pas très bien accueilli par les villageois. Il va faire équipe avec le chef de la municipale Fabre. Une figure importante de Tarsac.

La relation entre les deux sera tendue.

< p dir= »auto »>J’ai beaucoup apprécié le flic Courtas. On s’attache à lui. C’est un personnage très bien travaillé qu’on prend plaisir à suivre. Je me suis aussi attachée de façon plus étrange à ceux qui ont disparus et qu’on ne voit pas aussi longtemps que les autres  :  Henri, Lucas et Grégory. En toute cas, plus qu’à Kalvyn ou Lucy encore que pour cette dernière mon ressenti est plus ambigu. Car j’ai  beaucoup apprécié ce personnage mais j’ai été beaucoup moins en empathie.

Quand à la fin, il faudra que j’en discute avec les auteurs. Je ne suis pas restée sur ma faim contraire mais je m’interroge au sens de la dernière scène.

En bref, j’ai adoré, j’ai étouffé dans Tarsac, j’ai ressenti parfois le malaise des personnages, j’ai frissonné d’horreur… Un titre parfait pour découvrir la plume et le style de Frédéric Livyns et JB Leblanc.

Un autre petit bémol le poids du livre… 850g presque 1kg… Pas pratique à lire dans le métro ni même allongée dans son lit si on veut pas l’abimer…

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Dagon de H.P. Lovecraft

dagon

J’ai lu, 431 pages, 6€80

4ème de couverture

Indicible et innommable, l’horreur est partout. Une menace universelle, aux dimensions démesurées du cosmos : dans la brume entourant les falaises de Kingsport, dans une vieille maison solitaire qui entre en résonance avec l’au-delà, dans le cadre rassurant de l’université Miskatonic d’Arkham, où le docteur Herbert West réanime les morts… Mais aussi en d’autres temps, d’autres lieux : au plus profond des abysses marines, antre du terrible dieu Dagon ; à Ulthar, où règnent en maîtres les chats ; au grand temple d’Ilarnek, dans lequel les hideux servants de Bokrug, destructeurs de la ville de Sarnath, adorent encore aujourd’hui leur idole impie… Trente nouvelles d’effroi et de poésie ténébreuse, trente terribles révélations sur les secrets que dissimule la réalité.

Mon avis

Je suis très mitigée sur cette lecture. C’était mon premier Lovecraft et j’avoue j’en attendais beaucoup, on m’a tellement vendu l’auteur comme le maître de l’horreur que j’ai été déçue par cet aspect de ma lecture. L’horreur est partout oui mais elle est finalement très peu décrite et j’ai au final trouvé ce recueil de 30 nouvelles assez inégal et long. Je m’attendais à de récits plus horrifiques et j’ai donc été déçue.

Ce recueil comporte beaucoup de récits oniriques, à la limite c’est vrai de la folie, et j’avoue que c’est ceux auxquels, même si les histoires sont bien trouvées, j’ai le moins accroché. Aussi c’est sans doute pourquoi j’ai trouvé le recueil trop long. Toutefois, il y a de très beaux « exercices d’écriture », des nouvelles originales dans leur construction, comme La rue, que j’ai trouvé extrêmement bien faite même si je ne partage pas certaines choses / idées de l’auteur. Et une certaine poésie se dégage de ces nouvelles oniriques, sombres et mélancoliques.

En ce qui concerne l’écriture, je regrette les nombreux préjugés de certaines nouvelles même si malheureusement ils correspondent à l’époque. Le style peut être parfois un peu plus « compliqué » mais finalement comme ce sont des nouvelles le recueil n’est pas dur à lire.

Je me souviens de 3 ou 4 nouvelles plus longues que j’ai beaucoup aimé, celle où le docteur Herbert West réanime les morts, celle en Égypte où le narrateur est dupé par son guide touristique, ou encore celle, classée SF, où un homme se perd dans un labyrinthe sur Vénus. Le bémol de certaines de ces nouvelles, et qu’elles ont été assemblées à partir de feuilletons écrits pour la presse de l’époque, et elles présentent de ce fait, des répétitions qui rendent le récit plus lourd. C’est flagrant sur celle du Dr West et c’est dommage.

J’adhère par contre au principe de la nouvelle où l’on ne sait jamais si le protagoniste est drogué, fou ou complètement transporté dans un monde fantasmé et terrifiant. Il se dégage vraiment quelque chose du style de l’auteur et je comprend pourquoi il a inspiré autant de nos auteurs contemporains. Beaucoup de novellistes, lui rendent hommage et je comprend désormais mieux leurs références.

Il y a beaucoup de nouvelles sur le thème de la recherche de l’ailleurs, d’îles au delà des continents, du royaume des rêves, etc. et bien souvent, pour ne pas dire à chaque fois, le protagoniste y trouve des choses encore pires que dans notre monde, et pourtant ce dernier n’est pas exempt de ses créatures mythologiques et de ses abysses terrifiants. Les personnages ne ressortent pas indemnes de leurs expériences voire même n’en ressortent pas du tout… Il n’est pas toujours bon vouloir découvrir ce qui n’est pas visible…

Lovecraft sait parfaitement faire passer les émotions, certes assez négatives et malsaines. Il se dégage surtout des sentiments de désespoir, d’angoisse,  de malaise et c’est ce qui fait la marque de fabrique de l’auteur. Il sait aussi bien créé des choses mystérieuses, une ambiance pesante, des montres mythiques et surnaturels mais aussi des montres humains. Je regrette toutefois que les nouvelles choisies ne soient pas plus horrifiques, plus détaillées. Sur 30, on doit avoir à peine 5 nouvelles où apparaissent des créatures de cauchemar. Le plus gros problème pour moi c’est donc le déséquilibre des nouvelles. J’ai lu ce livre pour mon club de lecture et les autres membres m’ont assuré que d’autres étaient mieux construits.

Il est dommage que ce recueil n’est pas été plus équilibré concernant les périodes de l’auteur et qu’il n’y ait pas un fil conducteur vers le reste de son oeuvre. Parce que si je reste sur ce livre, je n’ai pas vraiment envie d’en découvrir plus et de creuser la bibliographie de l’auteur. Je pense que Dagon n’est pas forcément la meilleure façon de découvrir l’auteur et d’avoir envie de continuer. Toutefois, on ne sait jamais, il se peut qu’un jour je découvre un roman de l’auteur, pourquoi pas, L’Affaire Charles Dexter Ward ou Le mythe de Cthulhu.

 

Zone d’ombres de Frédéric Livyns

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L’ivre-book, ebook : 2,99 €, environ 70 pages

4ème de couverture

Ce recueil va vous faire rencontrer, au travers de ses différentes histoires, les êtres qui se dérobent à votre regard.
Tapis dans les ténèbres, ils n’attendent que l’occasion de se jeter sur vous afin de vous souiller de leur empreinte malfaisante.
Vous y trouverez des vampires, des zombies, des démons, des Grands Anciens… tout ce qui fait la saveur particulière du fantastique d’hier et d’aujourd’hui.

Mon avis

Merci à Frédéric pour ce nouveau partenariat 🙂 Je suis ravie d’avoir découvert son dernier bébé publié chez L’ivre Book. Le lecteur aura 7 histoires intrigantes comme autant de façons de découvrir l’univers de Frédéric Livyns.  Une plongée dans le fantastique à travers 7 fenêtres ouvertes vers les ombres…

L’autre côté
C’est une nouvelle assez courte et l’auteur joue sur les symboles et les impressions. Un homme se réveille dans une pièce sans issue, pourtant dans son lit mais il n’y a personne avec lui et aucun moyen de sortir. Comment est-il arrivé là ? Pourquoi ?
L’auteur parvient à surprendre son lecteur avec une fin inattendue.

Lilith
Dans un autre style, Frédéric Livyns fait avancer son lecteur vers une des facettes de l’horreur absolue. C’est une nouvelle assez glauque où l’on rentre dans la tête d’un homme prêt à tout pour sa campagne Lilith, pour leur passion dévorante.
Je ne peux pas dire que j’ai aimé cette nouvelle mais elle a le mérite de mettre le lecteur légèrement mal à l’aise et donc réussie à l’amener dans une zone d’ombre.

Querry’s Dephts
Aux States, un ancien policier devenu détective enquête sur la soudaine et mystérieuse disparition d’une mère de famille et de ses deux enfants.  Le père de la jeune femme inquiet n’a plus de nouvelle de sa famille partie s’intaller à Querry’s Dephts, où l’activité touristique est en plein essor. Le détective va se rendre sur place, interroger les habitants du coin. Bien vite, il apprend que le passé du lieu est trouble… L’auteur amène le lecteur vers un mythe bien connu, vers un endroit maudit. Le clin d’oeil et les références sont bien amenés. La nouvelle est un peu plus longue que les précédentes ce qui aide à plonger le lecteur dans l’ambiance.

Lydia
Une main sort de terre puis le reste d’un corps. Lydia, abandonnée par son conjoint de façon peu élégante, revient à la vie et elle a soif de vengeance.
Le lecteur apprend comment la jeune femme a été traité par son homme et ensuite comment le « miracle » de sa renaissance est possible et enfin ce qu’elle compte bien faire pour se venger…
Une histoire sympathique qui permettra au lecteur de découvrir la plume de l’auteur dans un registre plus fantastique et moins horrifique. Un gros plus pour la psychologie de cette jeune femme.

Dancin’pig
Où comment vous faire faire des cauchemars la nuit, en espérant toutefois qu’ils ne soient pas similaires à ceux de Rudy… Rudy reçoit un spam dans sa messagerie, contenant une vidéo assez glauque et est invité à poursuivre une chaine comme on en reçoit tant. Mais notre homme même superstitieux, ne se voit pas transférer ce message horrible…
Le lecteur est plongé au cœur d’une légende urbaine qui prend vie… Une nouvelle avec son petit côté malsain, l’auteur joue avec les frayeurs et les superstitions.
J’avais déjà eu l’occasion de lire cette nouvelle et l’effet souhaité fonctionne encore même à la relecture ^^

Le manoir Winsart
Un jeune garçon pari avec ses copains qu’il pourra passer toute la nuit dans la vieille demeure Winsart, réputé hantée, sans prendre ses jambes à son cou. On rapporte que bien des choses horribles se seraient passées dans cette demeure. Peu rassuré, le jeune garçon s’installe tant bien que mal et parvient même à s’endormir. Quand soudain, un bruit étrange le réveille… A quoi va-t-il être confronté ?
J’ai  beaucoup aimé cette nouvelle, un peu plus longue que les deux précédentes. J’ai vraiment apprécié le thème et surtout la façon de le traiter. Une petite angoisse monte doucement et j’ai adoré la fin.

Zombie love
Une nouvelle courte, assez sympa et pourtant je ne suis pas du tout fan des zombies. A la fin du 19è, un homme ravagé par le chagrin suite à la perte de sa femme et de leur enfant, se rend toutes les nuits au cimetière. Un soir, il va y faire une mauvaise rencontre…

Zone d’ombres est un recueil très sympathique, un peu moins horrifique que les précédents de l’auteur mais qui est tout aussi efficace. Il est un peu plus abordable que Sutures par exemple si vous n’aimez pas le glauque et l’horreur. C’est une bonne façon de découvrir l’auteur en 7 nouvelles toutes différentes sur 7 registres fantastiques. Cette fois-ci, on retrouve vampire, zombie, loup-garou, monstres, créatures, …

Je ne me suis pas ennuyée une seule seconde, le style est efficace, agréable et le recueil se lit rapidement. On est parfois mis un peu en dehors de nos zones de confort dans ces zones d’ombre. C’est donc réussi.

Je suis un peu moins surprise que pour d’autres récits de l’auteur, sans doute parce que je m’habitue un peu à son style. J’avais déjà lu 2 ou 3 des nouvelles également, ça doit jouer. C’est toutefois toujours un plaisir de retrouver Frédéric Livyns et ses histoires.

Le songe d’Adam de Sébastien Péguin

Songedadam-MagaliVilleneuve

L’homme sans nom éditions, 395 pages, 19,90€

4ème de couverture

Allemagne, Forêt-Noire, de nos jours. C’est dans ce cadre magnifique que s’installent Hugo, chercheur dans le domaine des lettres, et sa fille Morgane, inventive adolescente. Mais la Forêt-Noire est également le cadre de légendes ancestrales, dont certaines seraient peut-être bien plus que de simples légendes…

Et lorsque Morgane commence à percevoir des choses qui ne devraient pas exister et que les fantômes du passé du père et de la fille semblent devenir plus que des souvenirs, l’horreur surgira, et les disparitions au cœur des bois trouveront une explication que l’esprit humain ne peut concevoir…

Résumé

3 chausseurs en pleine Forêt Noire. Une chasse nocturne. Traquant un animal, ils s’enfoncent dans la forêt, la tension monte entre les 3 amis, entre ceux qui feraient bien demi-tour et ceux qui s’acharnent. Quand soudain, un silence de mort se fait. Deux des chasseurs sont plus tard retrouvés massacrés. Le troisième semble bon pour l’asile. Les blessures sur les deux cadavres sont telles que rien ne peut les expliquer. Que s’est-il donc passé ?

Hugo et sa fille Morgane font route de Strasbourg vers la forêt Noire, où Hugo a décidé de loger une année, le temps de finir sa thèse. Il a choisi cette région car elle l’inspire et est assez proche de la bibliothèque de Göttenberg où il pourra trouver de précieuses sources et documents pour sa thèse. Mais sur le chemin, une étrange apparition va les glacer d’effroi et inaugurer d’une étrange façon leur séjour en Forêt Noire.

Mon avis

Le Songe d’Adam est un livre original, extrêmement construit et travaillé ! C’est une excellente découverte !

Une œuvre dense et complexe mais terriblement passionnante et prenante, qu’il est très dur de synthétiser ! Je m’en excuse d’avance.

Le lecteur va suivre Morgane une jeune fille de 16 ans et son père Hugo. Morgane n’a pas vraiment de souvenir de sa mère Mélanie, morte quand elle était encore toute petite. A 16 ans, elle a encore un pied dans l’adolescence mais l’autre déjà dans le monde des adultes. Hugo, qui a élevé seul sa fille, en est assez dérouté. Ils sont très complices mais ces derniers temps, Hugo travaillant beaucoup, il a moins de temps à accorder à sa fille. Ce séjour d’un an en Forêt Noire pour sa thèse sera peut être l’occasion de passer du temps avec elle.

Hugo va cependant passer beaucoup de temps en dehors du chalet qu’il loue à un vieil original du coin, principalement pour ses recherches, sur Dionysos, la résurrection, … Une thèse vaste avec de nombreux recoupements, d’idées… Du coup, Morgane va se retrouver seule assez régulièrement et va combattre sa solitude en prenant possession d’un lieu proche du chalet : une carrière en bordure de la Forêt Noire.

Leur séjour ne sera pas de tout repos. Après avoir aperçu une créature étrange sur leur route, un cerf déchiqueté, ensanglanté mais pourtant bien debout sur ces pattes en travers de leur chemin, plus rien ne sera pareil pour Hugo et Morgane …. Notamment, cette dernière sera réveillée une nuit par des coups sourds à sa fenêtre. Une créature mi-homme, ni-cerf lui apparait alors… Ce qui ne manquera pas de la perturber. A-t-elle rêvée ? Était-ce réel ?

Hugo est un père affectueux mais perdu, très pris par ses recherches. Il va promettre à Morgane de se renseigner sur ce qu’elle a semblé voir/vivre au cours de cette nuit-là. Mais plus Hugo va creuser sur les légendes ancestrales allemandes, sur la Forêt Noire, plus il va faire des liens avec certaines de ses recherches, plus il va s’enfoncer vers un but inattendu. Et s’il parvenait à découvrir des secrets cachés depuis des siècles? Tout cela, dans une ambiance de plus en plus oppressante et pesante, habilement créée par Sébastien Péguin. Certaines scènes sont fortes, le lecteur a l’impression d’étouffer, une aura malsaine attend son aile sur le récit. C’est peut être maladroitement dit de ma part, mais c’est un compliment, j’adore  être happée dans une ambiance, une atmosphère étrange, malsaine qui sert le récit. Là, on a presque l’impression de ressentir les odeurs et les sensations de la carrière, de la forêt, …. Et puis certaines scènes, rien que d’y repenser …

Le récit qui va creuser plein de choses mais qui vont servir l’histoire. L’auteur, rencontré aux Imaginales m’a avoué qu’on lui avait reprocher un côté académique trop marqué, un récit trop développé. Personnellement, je n’ai pas eu cette impression. De toute façon, j’adore les récits développés où j’apprends beaucoup ! Et là, j’ai lu cette histoire et les explications de façon linéaire, j’ai trouvé que les éléments donnés étaient utiles pour comprendre toute l’histoire et qu’ils n’étaient pas superflus. Comme quoi, chacun sa perception de la lecture, moi j’ai adoré !

J’en reviens aux thèmes développés. Moi, qui ne connait rien à l’Allemagne, j’ai été captivée par les légendes narrées. Par leur côté sombre et terrible. L’auteur utilise racines et étymologie pour expliquer certaines choses par le biais d’Hugo et un homme qu’il rencontre en Allemagne. C’était fort intéressant. Il y a plusieurs croisements, de mises en abyme entre la religion et les mythes grecques, sur la résurrection, les croyances. L’auteur sublime tout ça avec en filigrane le mythe d’Orphée que j’apprécie énormément ^^

Le lecteur avance donc avec Hugo dans les déductions qu’il fait et comme lui, il a envie de savoir si ce qu’il apprend, ce que les gens du cru raconte est vrai. Hugo va-t-il vraiment découvrir quelque chose? Personnellement, je me suis plus attachée à Hugo qu’à Morgane. Pourtant ce sont deux personnages intéressants. Morgane est accablée par sa solitude et ne comprend pas toujours son envie créatrice exacerbée. A un moment donné, on ne sait plus si elle a des hallucinations, si elle devient folle, si elle cherche à attirer l’attention, à se faire du mal ou si tout ce qui se passe autour d’elle est réel. Hugo lui est dépassé par certains événements, il a un peu trop tendance à repenser au passé mais c’est un personnage qui m’a touchée. Les personnages secondaires sont aussi passionnants. Mais je vous laisse les découvrir par vous même 🙂

On sent que ce roman est le fruit d’un gros travail par quelqu’un de passionné. C’est dense et travaillé. Sombre, complexe. Pour apprécier la lecture, je pense qu’il faut éviter d’être de trop perturbé et de la couper le moins possible. C’est un récit plus atypique, où l’on frissonne d’horreur, où le cerveau travaille, où l’on se questionne. C’est très appréciable d’alterner les lectures plus légères avec un roman de cette qualité où l’on doit être attentif.

La couverture de Magali Villeneuve est magnifique, elle retransmet parfaitement l’idée qu’on se ferait de la Forêt Noire sans trop en dévoiler non plus. Parfaite. Le récit comprend des typographies différentes. Qui permettent de bien s’y retrouver. Même si une d’entre elle fatigue assez rapidement les yeux, j’ai trouvé. Mais ce n’est pas un défaut, juste que j’ai pas une super vue lol

J’ai vraiment beaucoup apprécié cette lecture. Que je pense relire quand quelques années pour retrouver l’ambiance décrite et peut être découvrir des choses qui m’auraient échappés à la première lecture ^^ Je recommande.

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