Les Damnés de Ceallach de David Le Yaouang

Les damnés de Ceallach

Yoran Embanner Editions, 11€, 167 pages

4ème de couverture

Alors qu’une terrible tempête se prépare, un homme hanté par la disparition mystérieuse de son père revient sur l’île où il est né pour tenter d’élucider les circonstances exactes du drame survenu 12 ans plus tôt. Que s’est il réellement passé sur l’île de Ceallach dans la taverne O’brien ce funeste soir de Novembre 1788 ? Quel sombre secret unis les derniers habitants de cet îlot rocheux inhospitalier perdu dans la mer d’Irlande au milieu des brumes et des pluies ? A travers l’histoire du clan Macnamara et la disparition du vieux Tomàs, ce récit nous fait revivre la tentative de soulèvement des « Irlandais unis » de 1798 et le destin tragique de Théobald Wolfe Tone, père du nationalisme irlandais, qui ainsi que plusieurs dizaines de milliers de patriotes, sacrifia sa vie pour la liberté de l’Irlande. L’attitude héroïque et exemplaire de ces hommes fit naitre un courant irréversible en faveur de l’indépendance totale, qui allait être relayé par d’autres partisans par la suite, jusqu’à l’établissement définitif de la république d’Irlande.

Résumé

Dans la taverne O’Brien, sur la petite île de Ceallach, les marins attendent que le gros de la tempête passe. En ce 1er novembre 1800, l’atmosphère est pesante. Est-ce dû à la présence parmi eux d’un marin étranger qui n’a encore prononcé aucun mot ? Des marins de passage il y en a quelques uns, mais celui, ils ne l’ont encore jamais vu, ses manières sont étranges. Qui est-il? Ce que ces marins  ne savent pas c’est qu’ils le connaissent déjà et que son retour va transformer leurs vies…

Mon avis

Tout d’abord je remercie David Le Yaouang qui m’a proposé de découvrir son premier livre. Un polar qui se passe en Irlande, vous vous doutez j’ai dit BANCO !!! Merci pour ce partenariat.

Une belle découverte !

Oui j’ai de la chance en ce moment, je découvre plein de belles choses ^^ Ce roman nous raconte plusieurs choses, on découvre l’île de Ceallach, une île sauvage, marquée par le climat, peu peuplée et ses habitants, des forces de la nature, dont les croyances ont été bouleversées par la Christianisation, … On découvre la famille Macnamara, Tomàs le père qui n’a jamais voulu quitté son île, sa femme Sorcha et leur enfant Padraig. On apprend que Tomàs a disparu un soir de novembre 1788, pourquoi ? Comment ? C’est le mystère qui nous sera dévoilé progressivement. Mais avant de disparaitre, il a confié Sorcha et Padraig à son frère Joseph, devenu riche négociant à Dublin. Ainsi l’auteur nous conte la vie de Padraig auprès de son oncle dans une période (1788-1798) tourmentée pour les Irlandais, le pouvoir est aux anglais, ils gèrent toutes les institutions importantes et répriment durement les tentatives de rébellion des Irlandais.

Loin d’être rébarbatif, ce côté historique est prenant, agréablement mêlé au récit de l’adolescence de Padraig. Le style de l’auteur permet de fluidifier les événements historiques. J’ai beaucoup aimé revenir sur le passé de l’Irlande, sur les grandes figures du nationalisme irlandais qui ont donnés leurs vies pour l’indépendance, la liberté, … , sur les tentatives des Irlandais aidés par la France car ils ont les Anglais comme ennemi commun, etc. Quand j’irai à Dublin le mois prochain, je ferai plus attention que la première fois, aux noms et aux symboles. Et j’espère remanger dans la Taverne peu recommandable au 18ème siècle le Brazen Head !

Le côté polar-enquête n’est pas très marqué, disons qu’on a une énigme mais pas vraiment d’enquête, par contre, le côté polar historique-politique est vraiment intéressant ! J’ai appris et réappris plein de choses sur l’Histoire de l’Irlande, des choses, et d’une façon très agréable ! Et on s’attache à Padraig, on a envie de savoir ce qu’il va faire et ce qu’il va découvrir en retournant sur l’île 12 ans après. Il est né sur cette petite île irlandaise mais a été élevé bien différemment finalement, comment va-t-il réagir face à ses découvertes ? Même si le récit est court, les personnages principaux sont détaillés et je n’ai pas ressenti trop de manques même quand il y avait des ellipses de plusieurs années. J’ai été surprise de la révélation finale, les apparences peuvent être trompeuses, et le tout est finement avancé par l’auteur.

J’ai aussi apprécié d’être vraiment immergée en Irlande, on n’a pas uniquement un nom de ville, un nom de famille à consonance irlandaise et des cheveux roux. Dans certains livres, on a parfois que ça, du coup, au bout de quelques pages, on pourrait être à Paris, Moscou ou New-York, ça serait la même chose. Ici non, on est vraiment en Irlande, avec le caractère des Irlandais et les paysages de là-bas. On sent la maitrise de l’auteur (ses recherches) de cette culture, de l’histoire du pays et son amour pour l’île d’émeraude.

Les damnés de Ceallach est un premier roman, bien écrit, au style fluide et avec un thème original (un mystère et une action au 18ème siècle avec un fond historique très intéressant), peut-être qu’un peu plus de détails sur certains personnages pour donner encore plus de profondeur à tout ce qui se joue aurait été un plus. C’est un roman à découvrir d’un auteur très prometteur, un roman policier mais aussi un roman d’aventures où la destinée d’un Irlandais se mêle à l’Histoire de son pays.

Un regret peut-être ? C’est un peu court ! Et bien oui, c’est tellement intéressant, j’aurai bien aimé continuer à découvrir la vie d’Irlandais le long de l’Histoire irlandaise. David Le Yaouang m’a indiqué être sur un deuxième polar. Je ne sais pas s’il se passera en Irlande ou si on y retrouvera des personnages similaires à ceux des Damnés de Ceallach, mais je resterai attentive à sa sortie car je serai ravie de retrouver la plume de cet auteur amoureux de mystère, d’Histoire et de culture celte.

Merci encore à David Le Yaouang.

Site de l’éditeur : http://www.yoran-embanner.com/

Pour acheter le livre : http://www.yoran-embanner.com/plr-damnes-de-ceallach.php

Et y a même du boutique avec des bijoux 😉

****************************

logo 3

logo challenge thriller. jpg

logo challenge

Le Montespan de Jean Teulé

Pocket, 6,70€, 307 pages

4ème de couverture

Au temps du Roi-Soleil, avoir sa femme dans le lit du monarque était pour les nobles une source de privilèges inépuisable. Le jour où Louis XIV jeta son dévolu sur Mme de Montespan, chacun, à Versailles, félicita le mari de sa bonne fortune. C’était mal connaître Louis-Henri de Pardaillan, marquis de Montespan…

Gascon fiévreux et passionnément amoureux de son épouse, Louis-Henri prit très mal la chose. Dès qu’il eut connaissance de son infortune, il orna son carrosse de cornes gigantesques et entreprit de mener une guerre impitoyable contre l’homme qui profanait une union si parfaite. Refusant les honneurs et les prébendes, indifférent aux menaces répétées, aux procès en tous genres, emprisonnements, ruine ou tentatives d’assassinat, il poursuivit de sa haine l’homme le plus puissant de la planète pour tenter de récupérer sa femme…

Résumé du début

Tout commence par une « dispute » entre 8 personnages de la noblesse, 4 d’un côté, 4 de l’autre et une proposition de duel le lendemain matin aux premières heures du jour. C’est à cette « occasion » ainsi que Louis-Henri Marquis de Montespan va perdre son frère le Marquis d’Antin. Alors qu’il se fait sermonné par La Reynie (les duels sont interdits par Edit), pour les actions de son frère trépassé, Louis-Henri va faire la rencontre de Françoise de Rochechouard de Mortemart, dite Mlle de Tonnay-Charente qui elle, suite à ce duel, n’a plus de fiancé. Entre Françoise et Louis-Henri, ça sera le coup de foudre, et le début du bonheur… Jusqu’à ce que criblé de dettes et voulant assuré un grand train de vie à sa magnifique épouse, le Marquis décide de partir en campagne de guerre (d’abord des séjours assez courts, puis plus longs) pour le Roi Louis XIV, pendant que sa femme restée seule, se fera introduire à la cour de Versailles par Louise de la Vallière, favorite du Roi mais il est bien connu que « la favorite en date présente toujours la prochaine à sa Majesté… »

Mon avis

Mitigé, je n’ai ni adoré, ni détesté, en fait, j’ai aimé certains points et en est pas aimé d’autres.

Je ne suis pas contre les romans historiques ou l’histoire de France, je n’en lis pas beaucoup, mais j’aime bien, surtout qu’en c’est un poil romancé et pas juste un traité d’histoire. Ici, j’ai apprécié que l’auteur nous raconte l’histoire d’un personnage qui est resté peu connu mais qui méritait d’être mis en lumière. Par contre, j’ai beaucoup de mal avec la royauté, le pouvoir de droit divin, les passes-droits du Roi qui était tout puissant et là impossible de faire l’impasse dessus, puisque de l’histoire du Marquis de Montespan c’est justement tout ça, une homme qui a une femme qui va plaire au Roi parce qu’elle est belle, pas farouche et avec moult traits d’intelligence. Et bien entendu, une fois que votre femme est la favorite du Roi, c’est comme si elle n’était plus votre femme, le drame pour quelqu’un d’aussi amoureux.  Du coup, j’ai oscillé entre l’intérêt porté à ce qu’allait décider, faire, choisir M. de Montespan et l’envie de jeter le livre à travers la pièce (nan j’exagère 😉 ) ! Comprendre que ce n’est pas le livre en lui même, ni le style de l’auteur mais bien certaines parties de l’Histoire avec un grand H que je n’aime pas.

Du coup, je ne me suis attachée qu’au Marquis, qui est amoureux de sa femme, un comble semble-t-il à l’époque. Dans la noblesse surtout. On ne s’y mariait pas par amour mais  pour des raisons d’argent, pour associer des familles, etc. Il est le seul a avoir été horrifié d’apprendre que sa femme couchait avec le Roi, tous les autres maris n’auraient attendu que cela, pour pouvoir bénéficier de titres, de terres, d’honneurs non acquis, d’argents. Tout ce que Montespan refusa toute sa vie. Et c’est vraiment ça qui m’a attaché au Marquis, il a décidé de ne pas se laisser faire, de ne pas se taire, il a refusé tous les privilèges qu’on lui a proposé quitte à finir en prison, exilé ou mort. Il est resté droit dans ses bottes et même en prenant de l’âge et en ayant une situation financière très peu reluisante, il n’a pas cédé au Roi qui lui avait déjà pris sa femme, pas question qu’on lui prenne en plus son honneur ! Mais il sera finalement malheureux quasiment toute sa vie, privée de sa femme, ses enfants frappés par le malheur (de façon différente) de n’avoir pas eu une mère auprès d’eux, etc. Cet homme a été ridiculisé, méprisé, montré du doigt par la noblesse de l’époque, alors qu’il n’avait aucun tort à se reprocher (ou si peu). La méchanceté et la vilénie de cette période et de ces gens, c’est vraiment quelque chose qui m’horripile. J’ai du mal à voir ça avec plus de recul. Du coup, ça me reste en tête après ma lecture, même si le sujet est ailleurs ou qu’on peut prendre le fait que ça soit relaté dans le roman, comme une forme de dénonciation des travers de l’époque. (Et puis, même si les temps ont changé, ça reste malheureusement encore trop actuel, bref, reprenons).

Au début j’ai apprécié Françoise, jeune, très femme, plein de joie et d’esprit, amoureuse de son époux et réticente à rester seule à la cour, mais plus j’avançais dans le roman, plus on apprend que la situation de favorite plus tient à coeur, qu’elle aime ça, se taper le roi et porter ses enfants finalement, plus je l’ai détesté. Pourtant, quand on y réfléchit, elle n’a fait que ce qu’on attendait d’elle à l’époque. Mais elle a pris la grosse tête, les gens ont commencé à la détester et moi avec. Après, on a pas réellement son point de vue ou très peu, du coup, est-elle heureuse elle ? Pas si sur.

Enfin, le roman n’épargne pas le Roi, la noblesse (française ou étrangère), les mœurs de l’époque (évoquées donc comme dénoncées finalement), du coup, c’est vrai que j’en garde quand même une bonne impression, même si j’ai pu être agacée par certaines choses pendant ma lecture.

J’ai bien aimé aussi les références qui sont introduites avec les personnages comme La Fontaine et les illustrations très parlantes qui aident à se faire une idée des lieux, personnages, etc. Les chapitres sont courts, le rythme est rapide, ça se lit très bien.

Sinon, j’ai aimé le travail de Jean Teulé, quand on regarde une biographie de Mme de Montespan, on se rend compte que tous les événements charnières de sa vie sont repris dans le roman (est-ce que tout est vrai, là c’est une autre question), de plus, la manière de décrire la réaction du Marquis, ses actions (comme repeindre le carrosse en noir et ajouter des cornes à son blason), sa manière d’envoyer bouler les émissaires du Roi, ou le Roi lui-même c’était vraiment un régal ! Le récit tout en image, avec un langage assez fleuri ou cru, pas mal de scène de sexe, de bravades, … ça m’a bien plu aussi, l’histoire est vraiment contée avec le style qu’il faut pour la mettre en relief, avec piquant et humour, mais aussi en n’occultant pas ce qui était dur, crasseux, sale, (au propre comme au figuré)…  Je pense donc que je relirai avec plaisir d’autres romans de  Jean Teulé. Et sans doute, le suivant viendra très vite avec Le Magasin des Suicides que je veux lire avant de voir l’adaptation au cinéma.

**********************************

Lecture commune dans le cadre du Club de Lecture Alille.com (16ème rencontre)