Les belles images de Simone de Beauvoir

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Folio, 182 pages, 6€20

4ème de couverture

« »Non » ; elle a crié tout haut. Pas Catherine. Je ne permettrai pas qu’on lui fasse ce qu’on m’a fait. Qu’a-t-on fait de moi ? Cette femme qui n’aime personne, insensible aux beautés du monde, incapable même de pleurer, cette femme que je vomis. Catherine : au contraire lui ouvrir les yeux tout de suite et peut-être un rayon de lumière filtrera jusqu’à elle, peut-être elle s’en sortira… De quoi ? De cette nuit. De l’ignorance, de l’indifférence.»

Résumé

Laurence travaille dans la publicité, elle a repris le travail après une période de déprime profonde. Elle a deux petites filles, un époux architecte qui a une bonne situation, une mère qui a un certain statut et qui montre peu d’affection à son entourage, un père solitaire et sympathique, une sœur en quête de sainteté. Comment va réagir cette femme au changement d’attitude de sa fille ainé, cette dernière se pose beaucoup de questions et pleure souvent la nuit…

Mon avis

Drôle de sensations

J’ai eu beaucoup de mal au début, les 10 premières pages, pffiou, Simone a failli me perdre, heureusement ça ne dure pas. L’effet « embrouillé » passe et on comprend enfin qui nous parle. Question style, j’avoue ne pas beaucoup accrocher au mélange 3ème personne et réflexion à la 1ère, mais bon, une fois dedans, je m’y suis fait. Même si je trouve ça plutôt agaçant.

Après, je trouve qu’il est difficile d’en parler, de mettre des mots sur l’histoire et l’impression générale. Mon avis sera peut-être un peu décousu désolée. Je sais que je ai terminé ce roman en me disant à « oui quand même, c’est pas mal du tout » mais je ne sais pas si en fait, je m’en souviendrai longtemps, déjà mes souvenirs sont moins précis, et si je n’avais pas pris quelques notes, je ne sais pas si je me serai rappelé certaines choses.

Pendant un long moment, j’ai cru ne pas m’attacher à Laurence, cette femme qui ne montre pas beaucoup ses émotions, qui a l’air de rêvasser tout le temps, qui semble détachée de tout. Elle est plutôt heureuse en couple, son mari la comprend plutôt bien, enfin semble-t-il, mais pourtant elle a pris un amant. Elle voit souvent sa mère mais elles ne sont pas pour autant très proches. Sa mère a refait sa vie avec une personne en vue et ne semble pas du tout naturelle. Elle s’est créée une façade qui pourrait bien un jour s’écouler. Laurence comme sa mère sont plus complexes qu’elles n’y paraissent. Mais finalement, j’ai eu la surprise de m’attacher à Laurence et à ce qu’elle ressent, ce qu’elle vit. Elle est en pleine période de doute, de réflexions, à la fois bien et mal dans sa peau, pas malheureuse mais pas heureuse non plus. Elle se pose beaucoup de questions sur comment gérer le changement d’humeur de sa fille Catherine. Elle finit par comprendre qu’elle ne veut pas que sa fille se sente vide. Elle ne veut pas que sa fille ne devient comme elle ou comme sa mère.  Laurence a souvent l’impression de ne rien ressentir ou alors pas grand chose mais là, c’est hors de question pour elle que sa fille ne puisse pas s’épanouir. Elle refuse que, comme elle, Catherine n’est pas d’ami, pas d’affection de sa mère. Qu’elle ne connaissance pas de déception mais pas de joie non plus. Bref, Laurence doit faire quelque chose. Elle se doit bien ça. On peut se retrouver, se reconnaitre un peu en Laurence et elle nous semble alors plus proche. C’est ce qui fait qu’on s’attache à elle malgré le reste.

Le roman est assez court, c’est une tranche de vie. On ne creuse pas sur le long terme mais Simone de Beauvoir réussi quand même à dresser des portraits de personnages complexes en peu de pages. C’est assez impressionnant. On a l’impression d’avoir passé plus de temps avec les membres de la famille ou l’entourage de Laurence. Pourtant il fait bien moins de 200 pages.  Ce roman se lit plutôt bien et rapidement (si on omet les premières pages). Certains passages sont très beaux, dans leur forme, leur énumérations et leurs idées.

C’est mon premier livre de l’auteure mais je pense qu’on y retrouve les thèmes qui lui tenaient à cœur dans la vie : la liberté, le féminisme, la psychologie féminine, le progrès, l’analyse des différences des classes : les milieux de faux semblants, de l’hypocrisie, de la publicité, de l’éphémère et de poudres aux yeux où tout sonne faux contre la réalité de l’existence.

Le format est plaisant, c’est une tranche de vie donc pas trop long, pas de théorie compliquée, grandiloquente. C’est savamment dosé pour que le sujet soit intéressant sans être assommant ou pesant. J’avais un peu peur de lire Simone de Beauvoir, je n’avais pas à avoir peur finalement !

Les réflexions sur le progrès, les contemporains, le milieu qui se veut intellectuel, les apparences m’ont beaucoup plu. Maintenant, j’avoue ne pas avoir creusé sur ce que voulait réellement transmettre de Beauvoir. Si elle pensait à certaines personnes en écrivant ce livre. J’ai beaucoup aimé la façon dont Laurence qui travaille dans les slogans et les affiches décortique les pubs, les intentions des gens, les objets. C’est très symbolique et à la fois ça sonne si juste.

Laurence se cherche, se comprend et finit par se détester, enfin par détester ce que les autres ont fait d’elle, j’ai trouvé ce propos sensible et réaliste. Comment nos parents, la société nous façonnent et comment on les laisse faire. Mais Laurence prend conscience que c’est mauvais, et elle refuse que cela arrive à sa petite fille. Elle va de désillusion en désillusion. Elle se demande souvent ce qu’on les autres qu’elle n’a pas, elle est comme détachée d’elle-même. Ce personnage est si vrai. C’est difficile à expliquer mais Simone de Beauvoir elle réussit très bien à transmettre toute la difficulté d’être une femme, une mère, une épouse. Mais encore bien d’autre chose, la difficulté de s’épanouir, de décider, de vivre tout simplement.

C’est difficile de dire si j’ai aimé ou adoré, en tout cas, ce roman court m’a touché et m’a fait réfléchir. Je ne sais pas si je m’en souviendrai encore vraiment dans quelques temps, mais je sais que j’en garderai une bonne impression et qu’il contient des choses intéressantes, fortes et joliment bien retranscrites par l’auteure. A découvrir.

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5 réflexions sur “Les belles images de Simone de Beauvoir

  1. Ysanya dit :

    Ah, un de mes romans préférés ! Et mon auteure préférée… Je comprends ce que tu dis sur son style qui peut paraître un peu difficile à suivre parfois. C’est une des richesses pour moi, mais je crois qu’il faut adhérer. Visiblement, le roman a fait son effet sur toi et c’est le principal, je pense: susciter la réflexion, l’interrogation, faire ressentir les doutes et les questionnements des personnages… Pour moi c’est un merveilleux roman féministe ! Si tu veux découvrir Beauvoir un peu plus, je te conseille vivement le recueil « La femme rompue » et particulièrement « L’âge de discrétion » qui est mon texte favori de l’auteure.

  2. Kristin dit :

    has an analysis of this book ever been written? if so, by who?

une petite bafouille !

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