Deux petites filles de Cristina Fallarás

couv-1113Éditions Métailié, 216 pages, 17 €

4ème de couverture

Deux petites filles de trois et quatre ans sont enlevées en plein jour ; l’une d’elles est retrouvée morte, atrocement mutilée, l’autre est portée disparue. Enceinte jusqu’aux dents, Victoria González, journaliste et détective, reçoit un chèque anonyme de 30 000 euros avec l’ordre d’enquêter sur l’enlèvement, et surtout de retrouver au plus vite la deuxième petite fille.
Flanquée parfois d’un adjoint accro à la bière brune, Victoria plonge alors au cœur de l’enfer. Elle écume les bas-fonds de Barcelone, du Raval, peuplé de prostituées, d’alcooliques et de tous les immigrés échoués là en attendant l’avenir, jusqu’aux Viviendas Nuevas, cité semi périphérique sinistrée, ghetto de pauvres où tout s’achète et se vend à ciel ouvert, y compris les pires perversions. Entre les toxicos qui divaguent, les clodos passifs, les tueurs à gages sentimentaux, les mères folles, toute la ville semble avoir un penchant pour l’horreur et personne ne sera sauvé. Victoria elle-même a bien du mal à échapper à ses vieux démons, à son passé de petite frappe bourrée d’addictions. Seul moyen de se calmer les nerfs : la haine systématique contre d’innocents petits animaux domestiques.
Féroce et sans concession, Cristina Fallarás nous entraîne bien loin du Barrio Gótico et de la Sagrada Família : ici la famille est un précipité de haine et les décors sont sordides, on est à l’envers de la ville. Une écriture coup de poing qui n’épargne personne.

Ce livre a reçu le prix international du roman noir L’H Confidencial 2011, ainsi que le prix Dashiell Hammett 2012.

Résumé

Une petite frappe, ayant à son actif quelques délits, parfois quelques crimes, est engagé par une jeune femme rousse pour éliminer un homme. Pour que l’argent ne soit pas son seul moteur, l’homme (Genaro) reçoit également une vidéo. En parallèle, la détective Victoria González reçoit une belle somme d’argent pour enquêter sur la disparition de deux petites filles de 3 et 4 ans. Un des deux est malheureusement retrouvée morte, mutilée, torturée, et plus encore. Mais sa soeur est portée disparue. La demande anonyme est claire « faire la lumière sur tout ça »…

(Résumé un peu court mais la 4ème de couverture est très riche, presque je n’aurais pas eu besoin de faire un résumé!)

Mon avis

Mitigée je suis.

On suit plusieurs personnages, 4 principaux, Victoria, détective, journaliste, au passé trouble, enceinte de plusieurs mois, célibataire, elle a accumulé dans son passé des amitiés troubles, beaucoup de rage envers la vie. Elle exulte sa rage d’une manière très particulière et très cruelles, elle tue des animaux domestiques (je ne spoile pas, c’est dans la 4ème de couverture). Elle est parfois accompagné dans ses investigations par Jésus, une sorte d’ancien gitan qui n’a pas particulièrement envie de bosser mais qui est très attachée à Victoria, il ferait n’importe quoi pour elle. Le 3ème personnage est Genaro, engagé pour éliminer ceux qui sont liés à la disparition des deux petites filles. Il a vu dans la vidéo, les violences, viols et meurtres qui ont été filmés. Il ne sera plus jamais le même après ça. Il flirte avec la folie. Et enfin, on découvre la mère un peu folle des petite fille, perturbée, une ancienne droguée. Elle tient des discours plus ou moins cohérents mais parfois on ne voit pas où elle veut en venir.

Les quatre personnages vont être amenés à se croiser pendant le roman. L’intrigue tourne autour de la découverte des événements, pourquoi les petites filles ont-elles été kidnappées? Par qui ? Pourquoi une d’elle est morte ? Qu’est devenue la sœur ?

Ce que j’ai apprécié dans ce roman assez court finalement, c’est que l’auteure ne tombe pas dans la facilité, on ne nous épargne pas la noirceur de la ville de Barcelone, sa saleté, son aspect sombre et glauque qui dénote complètement avec la Barcelone que nous vendent les agences de voyage et les cartes postales. Ici on est dans les bas-fonds, dans les barres d’immeubles délavés qui contrastent beaucoup avec l’architecture de la ville, dans des quartiers tristes et sordides, dans une atmosphère moite de drogues, de prostitution, de délinquance, de trafic,… Et ça donne pas envie d’y aller s’y promener !

Cristina Fallarás nous dépeint des personnages complexes, perturbés, marqués, avec une enfance ou une adolescence difficile, une vie entre couleur et drogue, dans une Barcelone en quête d’elle même à la fois touristique et glauque, des personnages qui ont besoin de se révolter contre l’image du père, de la chrétienté, etc. Même si le récit est court, les caractères sont détaillés, leurs façons de penser aussi. Ces personnages sont intéressants.

Les différents points de vue des personnes sont servit par des chapitres courts. La lecture est donc assez rythmée, rapide.

J’ai apprécié découvrir une auteure espagnole, un premier pas, dans la littérature espagnole que je connais que très très peu (quelques textes au collège et au lycée, mais pas trop de souvenirs finalement).

Deux, trois points m’ont gêné dans ma lecture, remarques toutes personnelles, je pense que certains ne seront absolument pas dérangés par ces aspects. J’ai beaucoup de mal avec les dialogues narratifs, un mélange de 1ère et 3ème personne qui peut perturber le lecteur. C’est surtout l’absence de ponctuation ou de découpage des apartés à la 1ère personne qui me gène. Par contre, ça dynamise le récit et le moins qu’on puisse dire c’est qu’on ne nous épargne pas alors un langage oral, avec gros mots et insultes, en prime. On reste dans l’ambiance.

Autre point, Victoria a une rage et un besoin de destruction, c’est un personnage complexe mais que j’ai trouvé malheureusement peu attachante. C’est le gros bémol, même avec ce qui arrive dans le livre, je n’ai pas réussi, à avoir peur pour elle, à être triste ou à me sentir proche d’elle. Elle n’est pas agaçante, ni pénible, mais il m’a manqué quelque chose -et puis je l’avoue, je trouve qu’il y a d’autres façons de se défouler, d’exulter sa rage et sa frustration de notre monde pourri que de tuer des animaux (ce n’est pas ce point qui m’a fait m’éloigner d’elle mais ça n’a pas amélioré mon ressenti). Cependant, c’est un personnage construit et intéressant.

Dans l’ensemble, les personnages sont assez marquants, j’ai beaucoup aimé Jesùs, sa nonchalance contrebalancée par son besoin de protéger Victoria ou du moins de tout faire pour que certaines choses ne l’atteignent pas. Il est le seul qui voit que l’affaire est trop « grosse » pour leur petite agence de détective, qu’elle est trop dégueulasse, trop pourrie. Autre personnage que j’ai bien aimé : Genaro, même si on n’apprend pas autant de chose sur lui que sur Victoria, on découvre qu’il est assez sensible pour un homme de main, il vit très mal sa traque. Il abuse des stupéfiants pour chasser les horreurs qu’il a vu sur la vidéo. Le sort semble s’acharner sur lui. Il est touchant et attachant.

Cependant, dans l’ensemble, il n’y a pas beaucoup d’espoir qui se dégage du roman, on sent les personnages assez blasés, ils vont de l’avant mais ils n’y croient pas vraiment. Un peu le reflet de notre société en difficulté. Même la grossesse, la maternité, la vie ne sont pas porteur d’espoir. Tout semble triste et sale comme la ville qui nous est décrite. Un vrai roman noir quoi.

L’intrigue ne m’a pas trop passionnée, il y a quand-même quelques tournants dans l’histoire, on comprend ce qu’il se passe au fur et à mesure. Le but va être de découvrir le pourquoi, plutôt que le qui et le comment. La fin ne se laisse pas trop deviner. Mais elle est rapide, peut être trop, assez floue même. On comprend le « pourquoi » mais sans nous expliquer vraiment. Je suis restée un peu sur ma faim.

Je suis donc que moyennement convaincue par l’histoire, qui est intéressante par sa galerie de personnages, par l’intrigue, mais plutôt bien convaincue par le talent de l’auteure.

Quelques infos sur elle : Cristina Fallarás est née à Saragosse en 1968. Journaliste et écrivain, elle a été rédactrice en chef, chroniqueuse ou scénariste pour divers organes de presse nationaux, comme El Mundo, Cadena Ser, Radio Nacional de España ou El Periódico de Catalunya.

Livre lu en partenariat avec Babelio, opération Masse Critique, que je remercie.

Voici le lien vers le roman : http://www.babelio.com/livres/Fallaras-Deux-petites-filles/452972

masse critique

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3 réflexions sur “Deux petites filles de Cristina Fallarás

  1. BMR dit :

    J’ai trouvé quelques pages à lire sur le ouèbe et ça ne m’a pas enthousiasmé (beaucoup de violence verbale).
    Si tu veux découvrir d’autres auteurs de polars espagnols, je te conseille vivement : Domingo Villar.

  2. […] Victoria, dans Deux petites filles de Cristina Fallarás […]

une petite bafouille !

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