La vie sexuelle des super-héros de Marco Mancassola

La vie sexuelle des super-hérosFolio, 8,60€, 594 pages

Merci Pauline !

4ème de couverture

À New York, au début du vingt et unième siècle, les super-héros sont fatigués : Superman, Batman et les autres ont raccroché les gants. Ils sont devenus des hommes et des femmes d’affaires à succès, des vedettes des médias et du spectacle. Dès lors, qui peut bien vouloir les éliminer ? Car après Robin, l’ancien amant de Batman, Mister Fantastic et Mystique reçoivent des lettres de menace et semblent visés dans leur vie sexuelle. Le détective Dennis De Villa mène l’enquête, tandis que son frère Bruce, journaliste, couvre les événements… Roman jubilatoire mettant en scène nos fantasmes les plus fous, La vie sexuelle des super-héros est aussi le récit de la fin d’une civilisation, incarnée pendant des décennies par les Etats-Unis. Un monde qui est aussi le nôtre.

Résumé du début

Red Richards, Mister Fantastic ou encore l’Homme Caoutchouc, a pris sa retraite de super-héros depuis quelques temps déjà, mais ça ne l’empêche pas de rester très actif, homme d’affaires, consultant, il siège dans divers commissions, … Un jour après une séance de sauna, il découvre dans son vestiaire, une feuille de papier avec ces simples mots « ADIEU MISTER FANTASTIC ». Un drôle de message. Une menace? Un adieu? Une mise en garde? Red n’en sait rien et décide de ne pas s’en préoccuper. Lors d’un cours donné à de jeunes astronautes, il tombe sous le charme d’Elaine, un béguin ? une obsession ? Le monde n’est plus tout à fait le même ces derniers-temps, plus morose, plus triste. Que va-t-il se passer dans la vie de M. Richards ? D’autres anciens super-héros reçoivent-ils également des lettres étranges ? Depuis l’assassinat de Robin, leurs vies en tout cas semblent menacées….

Mon avis

Des longueurs mais une découverte intéressante.

Tout d’abord, je pense que les lecteurs qui s’attendent à retrouver l’univers des comics ne devraient pas se lancer dans cette lecture, il est fort à parier qu’ils hurleront que les personnages sont trop écornés, que les habitudes sexuelles sont galvaudées ou manquent d’originalité (fantasmes vus et revus). Faut pas donner le bâton pour se faire battre. Ce n’est pas parce qu’il y a super-héros dans le titre qu’il faut sauter dessus sans savoir à quoi on s’attend, de même pour les amateurs de livres érotiques ou coquins. J’ai bien aimé une trame un peu polar mais attention, se n’en est pas un au strict sens du terme.

On est loin d’une lecture détente, d’une parodie, d’un livre érotique ou d’un polar. Le genre de ce livre est à part. Vous êtes « prévenus » 😉

J’ai beaucoup aimé ce roman même s’il est inégal et que certains passages sont trop longs. Il y a beaucoup de très bonnes idées, de messages passés par l’auteur comme le changement, la perte de l’insouciance, la nouvelle génération, la « peoplisation », la surconsommation, les désillusions, les faux espoirs… c’est donc d’autant plus dommage qu’il y ait des longueurs qui font qu’on peine un peu à la lecture. Cependant, je pense qu’il faut s’accrocher parce que le rythme change un peu ensuite et la lecture devient plus facile.

Ce livre est découpé en 5 parties, la première concerne Red Richards, Mister Fantastic, la deuxième : Bruce Wayne/Batman, la troisième:  le journaliste Bruce De Villa, la quatrième : Mystique et la dernière : Superman. C’est la première partie qui est la plus longue et où se trouve une grosse partie des longueurs, il y a beaucoup de descriptions et on est bien dans l’esprit de l’homme caoutchouc.
Cependant, cette partie est cohérente avec le ressenti de Mister Fantastic et de sa vie. C’est symbolique de la lenteur du temps qui passe et de la vie sans saveur de cet ancien super-héros, ses journées sont rythmées par le boulot, et une discipline rigoureuse. Il est seul, désespéré, sa vie est vide, il se désintéresse de plus en plus de ses responsabilités et de ses amis, seule son obsession pour une fille beaucoup plus jeune va mouvementer un peu sa vie.

Ensuite on apprend à connaitre Bruce Wayne et ses habitudes notamment, il est vrai, sexuelles. Sa relation avec Robin, comment il se voit et comment il souhaite être perçu par les autres.  On découvre ensuite l’histoire du journaliste Bruce De Villa et surtout de sa famille, lui et son frère Dennis, fans des super-héros quand ils étaient jeunes, leur vie modeste, et le secret terrible de leurs parents. Enfin, on suit Mystique quelques semaines plus tard (après Batman), sa nouvelle vie de vedette de la TV, une vie solitaire pourtant. La partie concernant Superman est courte, Clark Kent est vieux, fatigué mais optimiste; on apprend qu’il tient un centre pour « jeunes super-héros aux intensions sérieuses ».

Il est difficile de parler des 600 pages de ce roman, tant l’auteur a voulu nous livrer de messages et que le contenu est dense. La psychologie des super-héros est poussée et travaillée. Dans certains livres, on n’a pas assez de détails sur les personnages, ici, ça n’en manque pas (surtout dans la première partie) de ce qu’ils prennent aux petits déj’ à leurs vies intimes. On découvre ce que ressent un être différent après avoir tant reçu et tant donné. On apprend aussi qu’avoir une caractéristique, un super pouvoir, c’est épuisant et troublant, que c’est difficile psychologiquement, et qu’en plus, en vieillissant, il évolue.

On partage alors à la vie d’anciens super-héros,  leur existence devenue presque « pathétique », après tant de gloires passées et après avoir tant fait rêver les gamins des années 70/80. Après tant d’exploits, la chute semble dure, à la retraite, ils se sont plus ou moins perdus, du moins pour les super-héros qu’on suit dans le roman. Soit ils misent sur leur ligne de conduite exemplaire quitte à perdre le gout de la vie et être nostalgique de la belle époque et des exploits passés (Mister Fantastic), soit ils sont narcissiques et égocentrés, ne misant plus que sur l’aspect et l’image qu’ils renvoient d’eux-même aux lecteurs des journaux people (Batman); soit, ils « retournent leur veste » et amusent le téléspectateur au lieu de combattre le système comme autrefois (Mystique) ou d’aider les gens (Namor). L’auteur nous évoque un système décadent, la fin d’une ère optimiste. La fin du rêve américain symbolisée à la fois par la fin des super-héros mais aussi cette famille italienne qui n’arrive pas à faire face aux dépenses et qui est obligée d’user d’autres moyens.

Pour moi, l’auteur n’a pas cherché à dénaturer ou choisi de « détruire » le symbolisme des super-héros uniquement pour le plaisir de s’en prendre à des mythes avec des clichés déjà vus et revus; ou à gagner de l’argent avec un titre racoleur, mais bien de faire passer des messages : la fin du rêve américain, une civilisation décadente, une société en crise et déprimée, …

Ce n’est pas un livre parodique ou une farce, les messages passés sont beaucoup plus profonds. J’ai l’impression qu’on a voulu nous montrer qu’il n’y a plus d’amour, plus d’espoir, en gros, qu’il n’y a plus de « sauveurs ». Les Etats-Unis ne sont plus héroïques, ce n’est plus l’époque de la vie facile et insouciante. C’est une vision très sombre de notre civilisation, de l’humanité actuelle qui nous est livrée dans cet ouvrage.

Pour marquer les esprits, les images et les habitudes que l’auteur donne aux super-héros sont très fortes, violentes, teintées de désespoir et de perversion parfois, elles sont là pour choquer le lecteur, qu’il ait un électrochoc, qu’il se dise « bien sur que non, on ne laissera pas notre civilisation agoniser comme « agonisent » les super-héros ». S’en prendre aux super-héros, c’est s’en prendre à l’Amérique, on se doit de redonner de l’espoir au peuple, de croire en la jeunesse, au renouveau, d’où la jeunesse qui mise en valeur à la fin du récit (fin symbolique et belle). On doit faire face, connaitre le danger, se battre, se créer de nouveaux symboles. Messages passés d’autant plus forts qu’on nous présente l’auteur comme ayant écrit après le 11 septembre 2001, dans un monde qui lui semble en proie aux doutes, au désespoir, à la peur. Pour lui, il semble qu’actuellement, il n’y ait plus de héros, de symboles, de personnes qui se battent vraiment pour améliorer les choses (économie, environnement, guerre,…), mais  majoritairement des gens superficiels, qui se complaisent à s’intéresser à des choses superficielles comme « La vie sexuelle des super-héros » par exemple. Un livre « à scandale », sorti après la mort de Mister Fantastic et Batman, où un docteur fait des révélations sur ses patients super-connus aux pratiques étranges. Dans notre « monde », on pourrait presque remplacer super-héros par « stars »…

Il y a pas mal de descriptions de New-York ou plutôt de son atmosphère, ses couleurs, sa frénésie et sa diversité. Mais aussi des évolutions, des changements. NY c’est un peu un personnage à part entière, blasée, paranoïaque, paumée, mais vivante et en pleine évolution.

J’ai vu que pour certains lecteurs, c’était le pire livre qu’ils aient jamais lus… pas pour moi. Je suis d’accord pour dire qu’il est inégal. Il est perturbant, il s’attaque à des mythes, à des symboles virtuels, il y a des longueurs mais, le « cri de désespoir » passé par l’auteur et son envie d’un monde meilleur dominent par rapport aux défauts du roman. Mais je peux comprendre, ça n’est pas une lecture « facile ».

Le style de l’auteur m’a bien plu, malgré les longueurs. J’avais envie de savoir: que va-t-il arriver aux super-héros ? Qui leur envoi des lettres anonymes ? Qui se cache derrière les meurtres ? Et pourquoi ? Et puis, il y a des passages super bien écrits, où on ne sait plus si on est dans la réalité ou dans le rêve. Les transitions nous aident à nous repérer et aussi à porter notre attention sur les choses qui vont nous être révélées, l’importance de telle journée, de tel événement,…

J’avais un peu « tiqué » sur l’ordre de « passage » des super-héros. Mais le choix de l’auteur s’explique au fur et à mesure où l’on va nous donner des réponses aux questions soulevées par les meurtres et par l’envoi des lettres. Symboliquement, j’aurai placé Mystique avant Batman mais ça n’aurait pas fonctionné dans la trame de l’histoire. Finalement avec le recul, les parties sont agencées, elles doivent l’être.

Voilà pour mon ressenti, j’ai aimé ce livre pour ses messages, pour ses réflexions, parce qu’il m’a amené à réfléchir aussi et parce que malgré des défauts, il est plus abouti qu’il n’y parait. Une critique de notre civilisation teintée de doutes, de désespoir,… et d’espoir.

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5 réflexions sur “La vie sexuelle des super-héros de Marco Mancassola

  1. Très très bonne critique !

  2. Lybertaire dit :

    Critique sympathique, et le livre a l’air original malgré tout ! Et j’aime les lectures pas « faciles », sinon, quel intérêt ? 😉

  3. Ivy Read dit :

    On m’a offert ce livre pour mon anniversaire, il me faisait de l’oeil. Je n’ai lu ta chronique que brièvement et en diagonale car, avec les chroniques sur lesquelles je suis tombée j’ai très peur d’être découragée avant même de l’avoir commencé !

une petite bafouille !

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