Les contes de crimes de Pierre Dubois

Les contes de crimes

Folio, 6,95€, 304 pages

4ème de couverture

Il était une fois, au temps où les princes n’épousaient plus des bergères mais se pacsaient aux bergers, des contes de fées noirs à souhait. Cendrillon est victime des pulsions sexuelles d’un prince héritier, la Belle au bois dormant, l’otage pathétique d’un époux déséquilibré. Derrière Peter Pan se cache un dangereux innocent, derrière le Petit Chaperon rouge une machiavélique enfant. Pour résoudre une série de meurtres, Blanche-Neige fait appel à un détective spécialiste des nains de jardin… Pierre Dubois se livre à une réécriture diabolique des contes ayant bercé notre enfance. Issus du mariage improbable de personnages de Grimm avec le roman policier, ces Contes de crimes font autant rire que frissonner..

Je ne fais pas de résumé global mais un petit résumé par nouvelles.

19ème lecture du Club de Lecture Lillois:  l’île aux Livres

Mon avis

Une féérique découverte ! J’ai adoré !

Attirée par le jeu de mot du titre, par la 4ème de couverture : une réécriture des contes de fées dans lesquels s’insèrent des crimes, j’ai pris ce livre à la librairie sans en avoir entendu parler et sans connaitre Pierre Dubois.

Finalement, il ne s’agit pas de que de réécritures de contes, c’est plutôt des nouvelles prenant pour base les contes, un événement dans un conte et l’action des nouvelles est contemporaine. Mais plutôt que me contrarier, j’ai apprécié la performance de mettre le monde des contes, des princesses, des fées, des créatures imaginaires en lien avec notre monde, la réalité.

J’ai beaucoup aimé l’écriture de Pierre Dubois, ça se lit rapidement, mais peut-être pas aussi facilement que je l’aurai cru. En effet, Pierre Dubois en connait du vocabulaire, on sait qu’il maitrise à fond son sujet, et est également doué pour inventer des mots qui sonnent bien. Pas toujours facile donc, dans le sens où même si on n’arrête pas la lecture en cours, car on comprend le sens général, on se dit qu’on va devoir y revenir, pour acquérir toutes les subtilités de l’écrit. Finalement, j’ai cherché certaines références et puis j’en ai laissé tombé d’autres. Puis quand je ne comprenais pas clairement une partie, je m’imaginais ce qu’il voulait dire avec mes propres mots (quitte à être un peu à côté) et j’ai progressé dans la lecture, sans me lasser. Je comprend qu’on puisse vite décrocher de son style si particulier mais moi ça n’a pas été le cas.

Toutes les nouvelles, ne sont pas au même niveau d’intrigue mais elles sont toutes magnifiquement écrites. On ne peut nier que Pierre Dubois s’y connait en contes et en histoires, il est pas elficologue pour rien! On a là un vrai conteur, ça doit être quelque chose de l’écouter conter un récit, un univers empli de magies, de personnages féériques et pourtant aussi liés à nos époques plus ou moins passées.

Mes préférées sont celles qui font apparait le détective des fées C. Marmaduke Perthwee, un détective excentrique, qui perçoit le fabuleux et le merveilleux dans notre monde, un des rares à croire aux femmes-fées, aux gnomes, aux présences, aux fantômes, aux contes, etc. Il est accompagné de Roger Ackroyd qui l’aide dans ses investigations en lui jouant des airs de cornemuses. Marmaduke est une sorte d’Hercule Poirot fantasque fusionné avec un Sherlock Holmes mystique. C’est un personnage que j’ai adoré suivre. Ces nouvelles sont donc un peu plus policières et ce n’est pas pour me déplaire, on cherche le coupable d’un ou plusieurs crimes, et on se concentre à la fois sur ces crimes et sur les révélations faites par Marmaduke. Des intrigues parfois, oserais-je le dire ?, digne d’Agatha Christie. Ce que j’ai aimé également, c’est être surprise par la résolution de l’intrigue alors qu’on nous donne les plus flagrants des indices : le nom de la nouvelle et un extrait des contes de Grimm ! On en oublie les titres, et on est porté par l’affaire sur laquelle enquête Marmaduke.

Les autres nouvelles sont plus courtes, mélangeant divers sentiments, cynisme, humour, folie, sensualité, … Les histoires sont peut-être un peu moins originales mais toujours bien construites avec  tantôt des fins surprenantes, tantôt des fins qu’on voit quand même venir.

****

Voici pour chacune des nouvelles, un petit résumé de l’action et mon ressenti :

La belle au Bois Dormant
Monsieur Pepinster cherche à se débarrasser de sa femme, mais rien de plus difficile que de faire passer ça pour un accident.
Un jour après une énième session de Luna Park, M. Pepinster a une illumination, et si sa femme devenait en quelque sort Une belle endormie comme la Belle au Bois Dormant ?

Ici, il s’agit d’une nouvelle assez courte. On y trouve beaucoup de jolis mots, de belles expressions mais parfois, je me suis retrouvée un peu bête à ne pas comprendre tout ce vocabulaire. C’est la première nouvelle, il faut un temps pour se faire au style de Pierre Dubois. Cette nouvelle criminelle, est légèrement cousue de fils blancs, j’ai vu venir finalement assez vite la fin mais une amie m’a dit elle n’avoir rien vu venir.

Riquet à la houppe
Un bébé est mis au monde, sa mère meurt en couche, il n’a pas de père et comble du malheur, il est né avec une excroissance qui le met à part des autres enfants. Riquet appelé ainsi car c’est son nom de famille, grandit en solitaire entouré d’Esprits. Il n’a qu’un ami Marc, chirurgien volage. Il est marié à Noémia, une belle jeune femme qui l’attend désespérément, chaque soir alors qu’il rentre tard. Riquet en est persuadé, Marc ne mérite pas l’amour de Noémia, mais lui si seulement,…

Avant de lire cette nouvelle, j’avoue, j’ai été voir le pitch du conte Riquet à la houppe que je ne connaissais que de nom. On ne retrouve pas ici toute la trame de ce conte mais l’idée est bien utilisée je trouve. Ici la mise en place est plus longue que dans la nouvelle précédente, l’angoisse et les interrogations montent crescendo, je ne me suis pas attendu de suite à la fin, ça m’est venu seulement juste quelques paragraphes avant la conclusion, les indices sont semés, afin de révéler le stratagème… Une nouvelle que j’ai trouvé très bien faite.

Cendrillon
Comme dans le conte, Cendrillon a perdu sa mère, puis son père et est laissée à la charge d’une belle-mère tyrannique et de deux belles-sœurs épouvantables. Cendrillon est vraiment leur bonne à tout faire et même encore plus…

On est ici presque dans la réécriture du compte tellement au début on est proche de l’original. Puis progressivement quelques détails diffèrent, et plus la nouvelle se poursuit, plus on s’écarte du conte que l’on connait. Je m’attendais à quelque chose de plus coquin, on est ici en tout en pondération, c’est un peu osé mais pas trop. J’ai beaucoup aimé la bonne marraine fée un peu étrange et loufoque. Dans cette nouvelle, le crime n’est pas si attendu que ça.

De nouveau, dans cette nouvelle, j’ai beaucoup aimé les effets et le style d’écriture, les figures de style employées, énumération, emphase, rimes, … Je l’aurai aimé un poil plus abouti quand même.

Le conte de l’amandier
Léonie Winkworth, française marié à un lord anglais, vit en Angleterre et après quelques belles années de mariage, son époux ne se préoccupe plus que du jardinage et de la croissance de son Amandier, sa passion, sa fierté. Léonie est délaissée, elle s’ennuie et ne supporte plus sa vie oisive. Déterminée à ce que cela change et à retrouver les verts paysages français, elle va se salir les mains…

Pour cette nouvelle, j’ai de nouveau cherché à quel conte faisait référence le conte de l’amandier. Je ne connaissais le conte du genévrier des frères Grimm. Et il s’agit encore une réécriture du conte qui s’approche du conte d’origine mais en gardant une trame originale. Encore une fois, pour moi, c’est superbement écrit même si y a des mots qui me sont inconnus. J’aime beaucoup la façon d’écrire sur cette dame française avec tout le champs lexical, les habitudes et les us anglais. J’aime beaucoup cette influence britannique. On ne serait vraiment cru dans une demeure britannique du début du siècle, ressentir cette lenteur, cette vie facile mais triste et longue, les odeurs, les couleurs, … C’était très visuel, ça m’a beaucoup plu.

Rapunzel
Dans les Ardennes, un vieil original fait construire un château sur le domaine du Val aux Sotais. Cet homme est fasciné par les contes de fées, les contes de Grimm, il collectionne les ouvrages et  vit comme dans ses livres. Sa femme est une très belle femme qui accepte cette douce folie et elle lui lit des contes chaque soir dans la haute tour du château. Un soir, les domestiques entendent deux cris terrifiants et découvrent Monsieur assassiné et Madame évanouie. La police ne trouve que peu d’indice voire aucun et soupçonne alors la jeune veuve. Elle fait alors appel à un détective des fées, un gentleman anglais qui perçoit ce que d’autres ne ressentent pas, C.Marmaduke Perthwee se rend alors de Londres au domaine du Val aux Sotais afin d’aider la « femme-fée » à prouver son innocence…

J’ai adoré cette nouvelle, dont je n’avais pas imaginé la fin (une de celles où j’ai oublié le titre tellement prise par la lecture!). J’ai beaucoup aimé, ce découpage en 4 actes, cette enquête paranormale policière qui termine par des faits concrets et réels. Un style très british avec une référence à Hercule Poirot pour un extravagant enquêteur qu’on pourra associé un peu à Sherlock Holmes. Une nouvelle particulièrement bien construite dans sa trame et son thème, une réussite pour moi. Une histoire qu’on pourrait aisément trouver chez Agatha Christie sans les références féériques. J’ai adoré cet un enquêteur loufoque mais attachant. On trouve également dans cette nouvelle, l’évocation d’autres contes de fée comme par exemple La Belle et la Bête ^^

Barbe de grive
Rosette est une jeune femme belle mais superficielle, elle recherche une union qui lui apporte plus qu’elle ne souhaite donner, villa, voiture, faste, etc. Elle refuse de se marier avec Barbe de Grive parce qu’il a le menton de travers. Ses parents l’obligent à épouser le premier venu. C’est alors qu’elle se met à envier ce qu’elle n’a pas, ce qui appartient à Barbe de Grive et qu’elle ne peut avoir. Elle finit par quitter son époux et se précipite chez Barbe de Grive qui l’accueille à bras ouvert. Mais la belle finit par jouer les effarouchées, ce qui ne va pas plaire à Barbe de Grive…

Une nouvelle un peu plus courte, un peu plus « gore » que les autres.  Elle fait froid dans le dos. *Pensez à ne jamais s’accoquiner avec un créateur de haute couture* ^^ J’ai bien aimé la ritournelle qui sert de fil conducteur peu importe ce qu’aurait fait la belle rousse, à mon avis, son destin était tout tracé…

Peter Pan
Des prostituées sont retrouvées égorgées, tailladées, massacrées dans les ruelles sombres de Whitechapel… Une, deux, trois, … huit catins assassinées, comme dans une comptine que chantent les mères pour effrayer leurs enfants. Marmaducke Perthwee est persuadé que le tueur ne s’arrêtera pas à 8, et qu’il cherche quelque chose de bien précis. Ce détective des fées, à deviner qui se cache derrière Jack L’éventreur…

Cette nouvelle prend comme thème Jack L’Éventreur. La comptine du début m’a fait pensé au livre 10 petits nègres d’Agatha Christie. Dans cette comptine sont évoquées les prostituées tuées par le mystérieux Jack, dont on cherche à connaitre l’identité. Encore une nouvelle pleine de références sur le thème mais également sur d’autres contes de fées. On sent toute la maitrise de Pierre Dubois sur ses sujets. Fabuleux ^^
Ce Jack est terrifiant, il entend une voix et récupère des morceaux de ces victimes. On a ici un portrait plus que concret d’un tueur en série et pourtant…  Jack cherche quelque chose et Marmaduke va nous apprendre quoi et pourquoi. Le destin de Jack se lie alors à celui de Peter Pan et au Pays Imaginaire. J’ai adoré cette nouvelle, remarquablement bien faite ^^ La nouvelle la plus réussie du recueil !

Petite table couvre-toi
Un homme s’adresse à un policier et lui raconte son malheur, une année plus tôt, ce passionné de cirque, mécenne à ses heures, s’éprend de Reptilia une contorsionniste qui est maltraitée par son partenaire de scène, lanceur de couteaux. Il en tombe amoureux et lui propose le mariage et de la sortir de son enfer quotidien. Mais cette dernière est morte désormais et notre homme est persuadé que le seul coupable ne peut être que l’ancien compagnon violent rejeté…

Encore un conte de Grimm que je ne connaissais pas. Ce livre m’aura fait connaitre trois contes parmi ceux des frères Grimm les moins connus. Je me suis laissée porter par la narration à la 1ère personne et ai été surprise de découvrir la trame de ce conte ^^ C’est une narration efficace et la nouvelle est hyper bien montée ! L’intrigue n’est pas celle qu’il y parait.

Le petit chaperon rouge
Viktor a été mis à la porte du domicile conjugal par sa femme Greta qui ne supporte plus son époux et ses petites manies un rien pervers. Il se retrouve dans sa voiture en route vers nul part, cet homme ne sait pas où aller. A l’orée d’un bois, il tombe sur une jeune fille habillée d’un chaperon rouge, il l’a prend en stop, elle lui conte se rendre chez sa mère-grand souffrante pour lui apporter un panier de galettes…

Un conte peu grivois cette fois. Un chaperon rouge un peu gourgandine, un homme jeté dehors par sa femme-fée, une cabane au fond des bois où grand-mère attend… Mais que va-t-il donc se passer ? On sent qu’un retournement de situation ne peut manquer d’arriver. Et on est pas déçu. Cette nouvelle est assez courte, je n’en dirai pas plus 😉

Blanche-Neige
Dans un club très privé de Chelsea, C.Marmaduke Perthwee passe ses vieux jours. Régulièrement, les dames présentes lui demandent le récit d’une de ses aventures, un conte de fées, … Cette fois-ci, Marmaduke va leur conter une affaire lié pourrait-on le croire au conte de Blanche Neige. Des petites filles sont retrouvées mortes grimées comme la princesse du conte et à côté de chaque cadavre, les enquêteurs découvrent un nain de jardin…

Pour mon grand plaisir on retrouve à nouveau Marmaduke ! Ici, il a vieillit et se contente de narrer une de ses aventures et non de nous embarquer avec lui au moment de son enquête. Il décide de leur raconter l’histoire de Blanche-Neige. Les dames du club de Marmaduke s’attendent à un conte de fées mais finalement on est ici dans une enquête policière qui n’a rien de féérique. Encore une nouvelle très bien écrite, une résolution de l’enquête logique. L’attrait de la nouvelle est ici de retrouver une dernière fois dans ce recueil le détective si particulier inventé par Pierre Dubois, ses réflexions et ses déductions, plutôt que l’originalité de l’intrigue policière.

****

Dans l’ensemble, j’ai trouvé qu’on avait là de très belles nouvelles, bien écrites avec de très nombreuses références aux contes et contes de fées, Alice aux pays des merveilles, la Belle et la Bête, … des figures anglaises pour enfants. Certaines bien connues, d’autres un peu moins, du coup, on est souvent amené à chercher la référence. Cela permet d’apprendre pleins de choses mais dans la lecture parfois c’est gênant pour assimiler les subtilités qu’a voulu faire passer Pierre Dubois. En tout cas, on sent qu’on a affaire à quelqu’un qui s’y connait. Un conteur de talent. Depuis, je suis tombée en librairie sur des encyclopédies co-signées Pierre Dubois (Fantômes, Elfes, Fées), qui me font de l’oeil !

J’ai beaucoup aimé ce qu’a fait Pierre Dublois, des contes de fées, détourner l’image qu’on en garde. J’ai apprécié ses personnages diaboliques et les intrigues issues de son imaginaire. Un gros coup de cœur pour Peter Pan et Rapunzel !

Je pense que Pierre Dubois, on arroche ou on arroche pas, moi, c’est bon, je suis séduite.

Je pense que je lirai Les comptines assassines, la 4ème de couverture, me donne envie de continuer l’expérience :

«  » Il était une fois un assassin. Il était une fois une victime. Il était une fois une ville apparemment encline à favoriser leur rencontre.  » Que se passerait-il si le cruel Croquemitaine ressuscitait ? Et Dracula ? Et Barbe-Bleue ? Pire encore, imaginons le Chat botté, non plus au service du marquis de Carabas, mais comme un impitoyable serial killer, obsédé par l’infirmité. Et si Blanche-Neige,  » lèvres rouges comme la rose, cheveux noirs comme l’ébène, et blanche comme neige « , n’était pas l’innocente que nous présentent les frères Grimm ? Après Les contes de crimes, Pierre Dubois détourne de nouveau les contes de fées. Il nous en offre une version tour à tour drôle et terrifiante, nourrie d’un vocabulaire ensorcelant où l’extrême noirceur se combine au raffinement. »

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5 réflexions sur “Les contes de crimes de Pierre Dubois

  1. NyrA dit :

    Je suis toute d’accord avec toi ! Je vais juste redire que j’ai moi aussi beaucoup aimé Perthwee =D Merci de l’avoir présenté, c’était une chouette découverte !

  2. Lystig dit :

    un petit livre que j’ai noté !

  3. Ivy Read dit :

    Très intriguée par ce livre ! J’aime beaucoup les remixs de contes de fées !

une petite bafouille !

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